Le complot de la Naljan

14 minutes de lecture

Cela faisait quelques semaines que Lermin était au château de son père. Il avait épousé Barnisie, la Peldoniste, sans se convertir, proclamant haut et fort qu’aucun Chandelonnais ne se convertirait pour se marier. Elle avait simplement penché la tête, sans émettre la moindre objection, mais Lermin avait soufflé la fumée de ses pensées jusqu’à la lisière de son oreille. Il avait perçu la pensée de sa promise :

— Dommage, ce sera pour La Naljan.

Barnisie était jolie, aux traits réguliers et bien dessinés. Son nez était peut-être un peu trop long, sa taille fine et ses hanches relativement larges. Sa poitrine était loin d’être plate. Aucun homme ne pouvait prétendre se sentir floué, comme l’aurait dit Axile.

Cependant, Lermin ne l’aimait pas. Elle était froide, distante, capricieuse. Les gens du château la fuyaient et Lermin l’ignorait autant que possible. Certes, il avait tenté de l’honorer le premier soir, mais elle lui avait décrété qu’elle ne partagerait jamais son lit avec un hérétique. Lermin avait éclaté de rire et était retourné dans sa chambre, soulagé de ne pas devoir la toucher.

Quant à « La Naljan » qu’il avait perçu au coin de son oreille, il ne la connaissait pas. Il n’en avait jamais entendu parler. Il se demanda s’il avait correctement compris le nom, mais rien, dans les prénoms des personnes qui l’entouraient, ne ressemblait à cela.

Il n’avait pas fallu une semaine à Barnisie pour vouloir régir le château. Elle s’était tout de suite heurtée à Éleuria, qui n’appréciait nullement les ordres démesurés de la jeune épouse vis-à-vis des serviteurs. Elle lui avait alors fait savoir qu’à Chandelon, tant qu’elle serait de ce monde, Barnisie ne s’occuperait pas des affaires domestiques. Barnisie ne s’avoua pas vaincue ; elle demanda à élargir ses appartements et Éleuria lui accorda une tour et une aile pour ne plus l’avoir dans les pieds.

Barnisie y installa alors tous ses gens. Elle fit installer une seconde cuisine parce que, dans sa religion, on mangeait, le jour du Peldonie, de l’agneau accompagné inlassablement de champignons. Comme par hasard, deux aliments proscrits dans la religion paale. Cela frisait la provocation. Lermin s’était discrètement renseigné sur cette tradition : il n’en était rien. Ce n’était que supercherie, un bras de fer, ou une guerre qui s’installait.

Comme Axile l’avait prédit, les cinq cents invités du mariage s’étaient dispersés dans l’île à la recherche d’un compagnon ou d’une compagne.

Lermin rejoignait régulièrement Axile. Il aimait sa franchise et sa liberté. Ils faisaient l’amour avec, comme le disait son amante, « une petite dose de culpabilité et une grande dose de gourmandise ». Cela créait, ajoutait-elle, du piment à la saveur de leurs ébats. En réalité, elle ne connaissait de l’amour que les épisodes furtifs qu’elle vivait avec Lermin, et cela lui suffisait. Elle aimait sa liberté ; cela ne la dérangeait nullement d’être la maîtresse plutôt que la légitime ; un amant à mi-temps lui convenait parfaitement. Lermin, par contre, n’appréciait pas cette situation qui l’incommodait. Quand il lui en faisait part, elle haussait les épaules et le traitait de nigaud. À chaque fois, Lermin se disait qu’il n’irait plus la voir, mais, entre deux visites, il avait une envie folle de la revoir.

Il pensait également beaucoup à Aély et à Barden. Il avait envie de les rejoindre plus souvent. De temps en temps, Aély débarquait au château avec l’enfant qu’elle confiait à Lermin pour quelques heures. La dernière fois, elle lui avait paru fatiguée, presque triste. Elle était allée trouver Bachy et ils s’étaient enfermés tout l’après-midi dans son antre.

Lermin se méfiait de ce guérisseur car il pensait que c’était lui l’assassin de Calrice. Il était allé le questionner sur son enquête ; l’homme avait tourné autour du pot avec une telle application que Lermin avait compris qu’il était loin d’être probe dans cette affaire. Quand il fit part de ses craintes à son père, celui-ci avait tout bonnement balayé la question d’une main désinvolte. Il avait d’autres soucis bien plus importants que l’assassin présumé de Calrice.

Lermin se promenait dans le jardin des simples. Celui-ci était très bien entretenu : les plantes étaient soignées, taillées, et les mauvaises herbes convenablement arrachées. Lermin fut attiré par une fleur qu’il n’y avait pas du temps de Calrice : la byblis. Bachy en avait mis tout autour du parterre des plantes vénéneuses. Il s’accroupit, l’observa sans la toucher.

— C’est pour savoir ceux qui s’approchent de ces essences, dit Bachy dans son dos.

Lermin se redressa et salua le guérisseur d’une petite inclinaison polie.

— Et comment vous l’apprend-elle ?

— La Byblis est une plante carnivore.

— Cela, je le sais, répliqua Lermin un peu brutalement.

Bachy le dévisagea pendant quelques secondes avant de poursuivre. Son regard était légèrement soucieux, ennuyé par la défiance que lui témoignait le prince.

— Je n’en doute pas, continua Bachy. Vous connaissez aussi son piège : la glu qu’elle sécrète pour attirer ses proies. Elle garde en elle les morceaux de peau morte de toute personne qui y touche.

— Et puis ? demanda Lermin un peu trop sèchement.

— La plante se tourne inlassablement vers les dermes qu’elle a ingurgités.

Bachy hésita encore un instant puis se décida :

— Je suis régulièrement ici. Je sais qui s’approche de ce parterre quand je n’y suis pas. Cela n’en fait pas des assassins, certes, mais cela me permet de savoir qui connaît les plantes, qui se passionne particulièrement pour ces plates-bandes et qui me les vole.

Lermin grimaça une approbation vague. Cela ne lui apprenait rien, ou pas grand-chose.

— Vous avez beaucoup de larcins ?

— Depuis l’arrivée des Kyrviens ? Oui.

Lermin fut tout à coup intéressé ; il ajusta son regard à celui du guérisseur.

— Nous devons parler, Lermin. Vous êtes le seul qui pouvez renverser la vapeur de ce qui se passe à Chandelon.

Lermin hocha longuement la tête. Il ne croyait pas être l’unique sauveur de Chandelon, mais il se doutait qu’il avait un rôle à jouer. Bachy regarda le ciel, grimaça et murmura :

— Rejoignez-moi dans mon office d’ici quelques minutes.

Il partit à grands pas, puis se retourna et cria :

— Vous ne serez jamais guérisseur et vous n’avez rien à faire ici !!

Il fit volte-face et disparut, laissant Lermin relativement pantois. Lermin observa à son tour le ciel ; il ne vit rien d’extraordinaire, seulement quelques mouettes qui émettaient leurs ricanements stridents. Il ne comprit pas pourquoi Bachy prenait tant de précautions. Il se promena quelques minutes encore dans le jardin, avant de descendre dans l’antre du guérisseur.

C’était la première fois que Lermin entrait dans les anciens appartements de Calrice. D’un regard circulaire, il fit l’inventaire des plantes, bocaux et parchemins : rien n’avait bougé. Cela l’étonna, voire le contenta.

— Au moins, Bachy ne considère pas sa prédécesseure comme une inculte, pensa-t-il.

— Bien sûr que non ! s’exclama Bachy. Calrice était une très grande guérisseuse !

— Vous m’avez entendu penser ?

— Oui. Et toi aussi, tu perçois les pensées qui effleurent les lèvres. Je le sais. Nous n’allons pas jouer au chat et à la souris, Lermin. Tu es un fumeux, je le suis également. Je vais t’apprendre à t’en servir, puis tu quitteras le château. Tu iras chez ton oncle Saleïs, mais nous resterons en contact grâce au feu.

Prudemment, Lermin ne réagit pas tout de suite. Il était un peu surpris par le ton autoritaire de Bachy ; il l’avait à nouveau tutoyé, comme on le faisait des garçons qui n’étaient pas mariés. Bachy ne considérait donc pas que le jeune homme l’était. Ce en quoi il n’avait pas tort ; Lermin, non plus, ne se sentait pas uni à Barnisie. Il pencha la tête, observa Bachy et, d’un léger mouvement du menton, l’engagea à poursuivre.

Bachy l’invita à s’asseoir.

— Connais-tu l’animal fétiche de Barnisie ?

— Non.

— La mouette. Elle en a même une apprivoisée et certains affirment qu’elle voit par les yeux du volatile. Je ne mettrais pas ma main au feu que c’est entièrement faux.

— Qu’est-ce qui vous le fait croire ?

— Elle sait exactement quand tu vois Axile, quand tu la sautes ou quand tu te chamailles avec elle.

Lermin rougit.

— Comment savez-vous tout ça ?

— Le feu, pardi ! Penses-tu que je sois à ce point frileux pour avoir un feu qui brûle perpétuellement dans la cheminée ?

— Apprenez-moi à m’en servir ! demanda tout de go Lermin.

Bachy avança une chaise non loin du foyer et la désigna à son hôte. Lui-même s’assit dans un vieux fauteuil usé jusqu’à la corde. Lermin s’installa sans se faire prier.

— Tu peux l’utiliser de deux façons, commença le guérisseur sans introduction. La première est l’espionnage : tu passes par la fumée, tu te caches dans le feu et tu écoutes. La seconde est un moyen de communication : tu dois alors avoir un morceau de tissu de la personne avec qui tu veux parler, tu attends qu’elle s’en serve, et une fois les deux chiffons rassemblés, tu peux créer un dialogue.

— Barden et Aély utilisent du cornouiller.

— C’est différent. C’est le cornouiller de la colline qui agit et non les sages. Ils doivent prendre celui qui pousse à l’endroit de leur interlocuteur, le lancer dans le feu et, du côté de l’interlocuteur potentiel, le feu devient rouge foncé. Celui-là sait que la Colline l’appelle. Il prend à son tour du cornouiller et le jette dans son feu. Les deux cornouillers ensemble créent la liaison. Toi, tu quittes ton corps pour écouter ou pour entrer en communication. Tu dois, et c’est impératif, être dans un endroit où tu ne seras ni dérangé ni en danger. On pourrait te tuer sans que tu t’en rendes compte. C’est compris ?

Lermin hocha la tête.

— Bien. Aujourd’hui, je vais t’apprendre à écouter. Nous allons espionner l’autre côté du château.

Lermin approuva à nouveau d’un mouvement de tête.

— Donne-moi la main. Enracine-toi profondément dans le sol. Tu dois toujours penser que tes racines sont rouges, car le rouge, je ne sais pas pourquoi, est plus solide que les autres couleurs. Donc tu as de longues racines rouges qui se faufilent profondément dans la terre...

Bachy attendit quelques minutes que Lermin soit bien enraciné.

— Très bien, souffla-t-il. On continue. Nous allons mentalement entrer dans le feu. Maintenant, prononce tout doucement le nom de ton épouse.

— Barnisie, murmura Lermin.

— Pense plus fort à elle, aide-toi d’un détail de son visage, mais pas du nez, elle te sentirait venir.

Lermin imagina ses yeux. Ils étaient terriblement pâles, d’une couleur incertaine. Tout à coup, ils furent dans le feu de la cheminée de Barnisie.

Comme les fois précédentes, Lermin avait envie de danser avec la fumée, mais Bachy le retenait près des flammes. Ils étaient comme soudés l’un à l’autre par la main que Bachy lui avait demandé de tenir avant leur passage. Il pestait un peu bêtement de ne pas pouvoir s’amuser dans la fumée. D’un mouvement sec, Bachy lui ordonna de rester tapi entre les bûches.

Barnisie parlait avec un homme dans la petite pièce adjacente à celle du foyer. Lermin reconnut directement sa voix : c’était celle de celui qui chassait la baleine. Le prince avait été surpris de ne pas le revoir aux festivités du mariage. Il avait cru qu’on l’avait renvoyé chez lui pour éviter l’incident diplomatique.

Barnisie revint près du feu.

— À présent, vous devriez savoir de qui nous devons nous méfier le plus, dit-elle.

— Je pencherais pour le guérisseur ; son jardin est truffé de plantes potentiellement dangereuses, et pour sa femme. C’est à coup sûr celle qui vient de temps en temps avec la fille de Lermin. À Pastel, c’est tout. La famille royale ne me fait pas peur ; ils sont très pacifiques, Nilakin cherchera encore une solution à l’amiable alors que son peuple sera déjà converti. Sa femme est très discrète et, même si elle ne t’aime pas, elle te respectera en tant qu’épouse de son fils.

— Et Lermin est comme on nous l’avait décrit, ajouta-t-elle. Gentil et sans intérêt. J’ai appris qu’il partait dans quelques jours pour Salèse, chez son oncle Saleïs. Le diplomate est-il potentiellement un ennemi ?

— Oui. Il est très intelligent et il a l’expérience, mais son fils, Balnéric, est déjà Peldoniste. Nous nous appuierons sur lui.

— J’ai hâte d’en finir.

— Ce sera pour La Naljan ; où en est notre culture ?

— Ça avance bien, regardez.

Les deux se penchèrent devant le feu. Cinq bassins y étaient pleins d’une eau saumâtre.

— Ce n’est pas suffisant. Mais si ça marche, on en enverra les semences dans toute l’île. Chacun des Kyrviens aura trois bassins, ce sera prêt pour Naljan. Je le testerai d’ici une semaine, sur Pastel.

— Reste dans cette position, dit l’homme en écartant les pans du sari de Barnisie. Tu es très désirable et il nous faut un héritier.

Lermin demeura quelques instants subjugué. Le chasseur s’envoyait Barnisie sans autre préambule. Barnisie se laissa faire. Elle était à quatre pattes devant le feu et fixait le foyer d’un œil absent. Bachy emporta Lermin hors de la vision. Les deux hommes ouvrirent les yeux en même temps.

— Ça alors ! murmura Lermin. Elle me fait un fils dans le dos !

— On va lui faire croire qu’il lui faut la marque du monarque pour être héritier ! réagit directement Bachy.

— Quelle marque ?

— La tache de naissance dans le creux de l’aine que tu as, ainsi que ton père, Saleïs, Yxiri et Balnéric.

— Ils viennent de dire que Balnéric était des leurs...

— Oui, mais Balnéric aura quitté Chandelon dans quelques jours et pour longtemps. Saleïs était désespéré de voir son fils tourner ainsi ; il a demandé à Aély de l’envoyer sur les flots. Les voyages amènent souvent sagesse et ouverture, nous espérons qu’il reviendra sain de corps et d’esprit. De toute façon, son retour n’est pas prévu avant quelques saisons.

Lermin se tut un instant. Bachy était au cœur de l’organisation de la défense contre une guerre qui se tramait à ses pieds. Il comprit pourquoi son père ne comptait pas rendre justice sur l’assassinat de Calrice. Il se demanda aussi comment se faisait-il qu’il ne connût pas cet homme avant tout cela. Et pourquoi l’avait-on fait épouser une Peldoniste alors que manifestement le danger était connu ? Comme toujours dans ces cas-là, Lermin chercha qui profiterait de l’affaire, du crime ou de la guerre.

Pour sa part, Bachy l’observait avec une certaine bienveillance.

— Qui êtes-vous, Bachy ?

Bachy sourit.

— Voilà la question que j’attendais depuis que tu es venu me demander où en était l’enquête du meurtre de Calrice !

— Mais encore ?

— Tu as entendu le serment que les guérisseurs et les soldats ont prêté à Barden lors de son intronisation ; tu connais l’histoire de la Colline et des sages et tu sais que le bébé n’est la fille ni de Barden ni d’Aély.

— Oui, je sais tout ça ! répliqua Lermin, un peu énervé par la manière dont Bachy tournait autour du pot.

— Eh bien, je suis celui qui fera le lien entre Aély et le bébé qui remplacera Aély une fois qu’elle sera morte. C’est pourquoi Aély vient me voir de temps à autre.

Lermin était suffoqué. Les questions se bousculaient dans sa tête :

— Qui vous a désigné ?

— Aély.

— Et qui a pris la régence de la petite Barden ?

— Cela devait être Calrice.

— Et ?

— Cela ne l’est plus, bien entendu. Calrice et Aély parlaient de cela quand l’attaque a eu lieu. Elles ont été surprises par une guérisseuse qui est Peldoniste. Aély a fait alors ce qu’elle devait faire pour sauver la Colline : elle a tué la Peldoniste.

— C’était qui ?

— Solaire, la sœur d’Axile.

Lermin s’assit, assommé.

— Pourquoi m’avoir tu tout cela quand je vous ai demandé qui était l’assassin de Calrice ?

— Parce que c’est plus compliqué que ça... Nous avons d’autres choses bien plus importantes dont parler, nous reviendrons sur ce sujet plus tard. Quand Barden voulait te faire épouser Barnisie, il ne s’agissait pas de cette petite prétentieuse, bête et méchante. Il s’agissait essentiellement de maintenir Chandelon à sa place. Cette partie-là est gagnée : le lien établi avec Guerlon par Erloa et celui avec Barnisie consolident nos amarres. Nous savions que Kyrven était unissiste, mais nous ignorions qu’elle avait été envahie et colonisée par la secte. En acceptant cette noce, nous avons introduit le ver dans le fruit. Nous devons agir avant que les Chandelonnais soient obligés de se convertir. Tu as entendu parler de La Naljan ?

— Par deux fois, mais qu’est-ce que cela signifie ?

— C’est une fête Peldoniste. Elles se déroulent le jour du solstice d’hiver.

— Ils préparent donc une attaque pour ce jour-là.

— Je pencherais plutôt pour un empoisonnement collectif. Barnisie et son complice observaient une eau trouble et ils parlaient d’essayer leur production sur ce château. C’est la première fois qu’ils en discutent, mais le feu brûle sans arrêt dans la cheminée. Pour tout t’avouer, je les espionne depuis un petit temps, mais cette fois-ci est la pêche la plus importante.

— Dans ce cas, je ne serais pas étonné qu’ils veuillent souiller notre eau potable. L’aile qu’ils occupent est alimentée par un autre puits que notre partie. Ils ne peuvent pas imaginer que nous nous servons de ce procédé mis au point par le comte de Sendre et que ce puits ne sert plus à rien.

— Le père de Solaire ?

— Celui-là même !

Lermin réalisa que Solaire devait en être informée, avant même la cour, des transformations du château. Elle aurait pu le dire à d’autres Peldonistes avant de mourir.

— Êtes-vous sûr que Solaire est morte ? Sa sœur ne m’a rien dit de tel.

— J’en suis certain, c’est moi qui l’ai enterrée.

Pourquoi Axile avait-elle tu ce deuil ? Ou alors, elle n’en sait rien. Il approfondirait la question à leur prochaine rencontre.

— Je ne crois pas que le fait de savoir que l’eau ne vient pas du puits soit un problème, sauf s’ils comptent empoisonner la ville de Pastel et non pas le château, réfléchit-il tout haut. Il ne faut pas créer un mouvement de panique. Je demanderai à mon père de faire passer la consigne de bouillir l’eau auprès du peuple. Nous préviendrons les cuisines de ne pas laisser les gens de Barnisie s’approcher des plats et du potager. Du reste, cela m’étonnerait qu’ils les côtoient, ils se détestent. Nous ne pouvons rien faire de plus pour l’instant. Revenons à la leçon du jour, je dois pouvoir être dans le feu sans vouloir danser perpétuellement avec la fumée.

Manifestement surpris que Lermin orientât lui-même la conversation, Bachy le dévisagea avec une pointe de satisfaction. Lermin était d’une nature assez discrète ; les gens du château ne le décrivaient que comme un jeune homme qui n’arrivait pas à devenir adulte, sans aucun sens des responsabilités. Il en était tout autrement. Un peu ennuyé de l’avoir pris pour un gamin, il pencha la tête en signe de respect. Presque sans s’en apercevoir, il le vouvoya :

— C’est tout l’apprentissage que vous devez accomplir. Pour y parvenir, vous devez vous accrocher à un élément de votre propre foyer. Faites attention à ne pas vous brûler si vous choisissez la crémaillère ou un des chenets. Pour ma part, j’ai mis un anneau sur le bandeau. Pour tout le monde, il sert à y pendre les vêtements mouillés, et c’est d’ailleurs le cas pendant la saison des pluies. Enfermez-vous dans votre chambre pour vous exercer, c’est le plus tranquille. Nous aborderons le dialogue par ce biais une autre fois.

— Entendu ! dit Lermin en prenant congé.

Annotations

Vous aimez lire Yaël Hove ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0