Chapitre 11 (3/3)

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Tous demeurèrent silencieux quelques secondes. Garance avait raison et William souhaita s'ôter d'un doute. Il s'adressa à son tour à Shaelo.

— Combien d'hommes avez-vous envoyé contre eux ?

— Quarante-deux...

Elle baissa la tête de dépit. Tant de ses camarades avaient péri pour rien. Morga la regarda avec des yeux écarquillés.

— Je retire ce que j'ai dit. Les mages en priorité.

Le groupe acquiesça en silence.

— Un mage entièrement vêtu de blanc...

Victor se tourna vers le Sage.

— As-tu une idée, Alan ?

— Je ne sais pas... Il nous faudra consulter Maître Astanatos à ce sujet.

— Maître Astanatos ? LE Maître Astanatos ? demanda Garance, un léger sourire sur les lèvres.

— En effet, Garance.

— Et de qui s'agit-il ? demanda Morga avec hésitation.

Garance se tourna vers elle.

— C'est un des dix Maîtres de la Connaissance.

— Vraiment ?!

Le groupe fut de nouveau surpris. Cela était bien la première fois qu'il entendait Alan parler de son maître si ouvertement, lui qui tâchait d'être le plus attentif possible à ce sujet. Il devait forcément y avoir une raison.

— Astanatos ? s'interrogea Sérion. Pas très alenois comme nom de famille. Et puis...il me dit quelque chose... Voyons... Ah, j'ai trouvé !

Morga haussa un sourcil.

— Et ?

— Les Astanatos sont une des sept Maisons dirigeantes de Perica.

— C'est une elfe noire ?

— Oui.

Garance fit de nouveau face au Sage.

— Enfin, bon... Pourquoi en fais-tu mention ? Tu en parles comme si elle allait bientôt être présente.

Victor soupira puis sourit.

— Dis-leur, au point où nous sommes.

— Au vu de la situation, Maître Astanatos a estimé que sa présence était, disons, nécessaire.

— C'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? demanda Garance, méfiante.

— Les deux, lui répondit son père.

Il n'avait pas tort. Avec les difficultés actuelles, ce renfort était nécessaire. Cependant, si un Maître de la Connaissance en personne se déplaçait, c'est que la situation était probablement plus grave qu'il n'y paraissait. Mais en quoi l'était-elle ? Garance avait toujours le sentiment que de nombreuses informations lui échappait encore. Des informations qui semblaient bien loin d'être étrangères à son père.

— Il y a encore un dernier point que nous n'avons pas abordé, rappela Walther.

— Les disparitions ? demanda Sérion.

— Oui.

Victor se tourna vers Shaelo. Il était en effet temps qu'il la questionne sur ce point-là.

— Depuis le début de la semaine, plusieurs personnes ont disparu dans les bas-fonds de la capitale. Un homme aux yeux blancs en serait apparemment responsable. Il aurait recruté ces personnes pour un soi-disant « travail » dans les souterrains.

— Ouais, un de nos contacts à la surface a entendu deux prêtresses en parler à l'ombre d'une ruelle. Le chef est dans une colère noire avec cette histoire-là en plus. Il ne supporte pas quand des étrangers et des intrus se permettent de pas respecter ses règles. Ça attire l'attention et c'est pas bon pour les affaires.

— Bien. Voilà qui...

Shaelo se mit soudainement à rire.

— Tant que j'y pense, une dernière chose... Le chef se fout pas mal de votre avis. De toute façon, avec ce qu'il se raconte à la surface, j'espère que vous dégagerez vite d'ici et que vous emmerderez plus personne !

— Silence.

Walther resserra de nouveau sa prise sur son épaule mais cela ne suffit pas à la faire taire. Elle semblait complètement hystérique.

— A part le chef, y'a plus grand monde de prêt à vous adresser la parole. Si vous saviez tout ce que l'on raconte sur vous sur les quais, y-aurait de quoi faire pâlir de honte les monstres que vous chassez. On est tous au courant pour les massacres à l'est d'Alen. Tas de merde.

Elle cracha sur le sol, en direction des pieds de Victor qui l'ignora simplement. Il avait mieux à faire que de perdre son temps à s'énerver pour un tel geste. Et concernant les rumeurs qui couraient à la surface, il se moquait éperdument de ce que le reste du monde pensait de lui ou de la Légion. Du moment que ces opinions se limitaient à des pensées et mots, il ne s'en soucierait pas plus que de la venue des premières neiges de l'hiver.

Morga, qui l'avait toléré jusque-là, en eu assez. Elle serait probablement réprimandée pour son geste mais trop était trop. Elle avait atteint sa limite et en avait plus qu'assez d'entendre les gens insulter la Légion et les gens qui la composaient. Elle était comme une seconde famille pour elle, une famille qui lui avait donné l'occasion de se relever, plus forte qu'avant. Elle lui devait beaucoup comme pour un grand nombre de ses collègues, dispersés un peu partout en Alen.

Elle se rapprocha de la contrebandière, les poings serrés.

— Eh, t'as pas entendu, pauvre conne ? On t'a dit de la fermer.

— Va t'fai...

Shaelo n'eut pas le temps de finir. De colère, Morga la frappa au visage. Quelques gouttes de sang volèrent au moment de l'impact. La contrebandière s'écroula sur sa chaise, inconsciente, un mince filet de sang s'écoulant de son nez.

— Morga !!

Elle s'éloigna rapidement de Shaelo puis s'inclina. Elle savait qu'elle avait fait une bêtise et choisit d'assumer son geste jusqu'au bout.

— Pardon, Commandant, mais j'en ai eu plus qu'assez de cette...de cette foutue peste.

— Je comprends ta réaction mais tâche de garder la tête froide. Elle n'est que la première d'une très longue liste.

— Oui, Commandant, lui répondit-elle soulagée.

Au moment de se redresser, elle sentit Garance lui tapoter le bras. Elle tourna la tête vers elle. La jeune femme arborait un petit sourire en coin.

— Joli crochet du gauche, lui murmura-t-elle.

Morga sourit. Mais cela ne l'empêcha pas de repenser au soudain « éclat de joie » de Shaelo les concernant. Dans la salle, d'autres pensaient comme elle.

— S'ils sont au courant pour les massacres, j'imagine que la cour l'est aussi ? demanda alors William, soucieux comme ses camarades de l'évolution de leur situation.

Ce que certains avaient craint était désormais là. L'occasion que le roi Edwald attendait depuis le début de son règne : une raison légitime de les bouter hors de son royaume.

Victor se tourna vers son fils.

— Oui, elle l'a appris la veille. Alan m'a mis au courant ce matin, en votre absence.

William soupira longuement.

— Merveilleux...

— On fait quoi au final ? On commence à faire nos malles et on oublie les souterrains ? demanda Garance.

Une part d'elle-même espérait voir son père répondre positivement à sa question. Elle craignait quelque peu les réponses qu'ils seraient susceptibles de trouver s'ils demeuraient plus longtemps ici. Mais d'un autre côté, elle voulait savoir ce qu'il se tramait réellement plus bas et cette part commençait à se faire de plus en plus pressante.

Depuis son plus jeune âge, sa mère l'avait baigné dans cet univers au-travers de ses recherches et Garance avait fini par développer un véritable intérêt pour ces choses. Lorsque vint le temps de lui enseigner l'usage de la magie, la petite fille insista grandement pour apprendre à maîtriser les mêmes forces sombres que sa mère.

Bien qu'elle finît à ses côtés par obtenir une certaine connaissance et habitude de l'occulte, il ne lui était pas toujours facile de vivre ces expériences. Beaucoup étaient encore parfois étranges, déstabilisantes ou encore mystérieuses. Mais pour les siens, c'était là où se situait le courage : trouver la force de continuer à avancer dans le noir, sans véritablement savoir ce que l'on trouverait au bout du chemin. Très souvent, dans leur univers, la nécessité l'exigeait.

Au plus profond de son être, Garance connaissait déjà la réponse à sa question.

— Certainement pas. Nous restons jusqu'au bout.

— Sans vouloir vous manquer de respect... (Morga était hésitante.) Vous êtes sûr que c'est raisonnable ?

— Non, ça ne l'est pas. Mais nous n'avons pas le choix.

IL n'avait pas le choix. Victor avait besoin de l'aide de tous ceux présent ici. Mais avec ce qu'il avait appris récemment, le commandant savait qu'il n'était pas le seul à s'intéresser aux secrets du septième sous-sol. Ishaa l'était tout autant que lui. Sans parler de...

— Qui que soient ces mages, nous ne pouvons les laisser aller plus loin. Aussi, nous ne pouvons simplement pas ignorer l'éventualité qu'il puisse s'agir de cultistes.

Même s'ils faisaient peu parler d'eux, les suivants des Archontes, anciens comme nouveaux, constituaient souvent un problème, plus ou moins importants en fonction de celui qu'ils servaient. Et quand les plus violents d'entre eux n'essayaient pas d'invoquer un monolithe, l'ensemble des cultistes accomplissaient sans cesse les volontés, parfois obscures, de leur maître. Considérant la réputation passée d'Agrisa, cette possibilité pouvait tout aussi bien être une réalité.

— On la gère comment ? fit William en désignant Shaelo de la tête.

— Alan, tu peux t'en occuper ?

— Sans problème, Victor. Rien qu'une petite altération de la mémoire ne puisse régler. (Il se tourna vers son apprenti.) Galbali, tu t'en charges.

— A vos ordres, Maître.

— Prends-la et emmène-la dans une des geôles annexes. Arrange-toi pour que la dernière chose dont elle se souvienne fut d'avoir été en poste à l'entrée du quatrième, juste avant que Walther et les autres n'arrivent.

— Bien. Ce sera fait, Seigneur Mortis.

Walther détacha Shaelo.

— Venez me chercher une fois que vous aurez terminé. Je me chargerai de l'abandonner plus tard dans le troisième sous-sol.

Galbali acquiesça de la tête puis transporta Shaelo sur son épaule. Alan le suivit à l'extérieur de la pièce afin de s'assurer de la réussite du sortilège de son élève.

— Papa, on fait comment pour les patrouilles ? demanda Garance. Si de tels individus rôdent dans les souterrains...

— Nous continuons même si cela implique un certain nombre de risques. Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher notre vigilance.

— La patrouille de ce soir est donc toujours prévu ?

— Oui, Sérion.

— Où allez-vous ? demanda Garance, curieuse.

— La porte scellée du quatrième. Le commandant veut voir ce qu'il en est depuis notre dernière visite. Cependant...avec ce qu'il vient de s'être dit...

— J'en suis.

— Garance...

— S'il te plaît, papa. J'insiste.

Il soupira longuement.

— Très bien. Tu accompagneras ton frère et Sérion.

La jeune femme se tourna vers eux.

— Vous partez quand ?

— Au crépuscule. Nous passerons par les sous-sols de l'hôtel. Cela nous rallongera la route mais au moins, personne à la surface ne nous verra.

— Très bien. Dans ce cas, je vais commencer à préparer mes affaires. Je vous rejoindrai pour le dîner.

— A tout à l'heure dans ce cas.

Garance prit congé du groupe puis entama le trajet jusqu'à la surface. Elle avait pris sa décision. Si ce Lua venait à apparaître de nouveau, comme plus tôt dans la matinée, elle tâcherait de trouver le courage de lui faire face et d’obtenir quelques réponses. A partir de maintenant, elle ne se laisserait plus surprendre.

Mais le concernant, une chose supplémentaire l'intriguait, en plus du fait qu'il semblait connaître sa mère. De ses deux rencontres, pas une seule fois n'avait-elle senti de mauvaises intentions émises à son égard. Il lui avait même plutôt parut curieux. Et ce n'était même pas la première fois qu'elle avait patrouillé dans cette zone, s'y étant rendue à de nombreuses reprises par le passé. Alors pourquoi ne se manifestait-il que maintenant ? Elle voulait en savoir plus. Et pour ce faire, quoi de mieux que de retourner là où les choses avaient commencé.

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