Chapitre 3 : L’antre de Black Jack

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La pluie frappait mollement les vitres de l'Auberge de la Lune. Dans la salle principale, le tic-tac monotone de la vieille horloge ponctuait un silence pesant, à peine troublé par le raclement d'une chaise ou le tintement occasionnel d'une chope. Les compagnons attendaient. Encore. Comme chaque jour de cette semaine maussade, les clients ne se bousculaient pas au portillon. Seul un vieillard profitait de son filet de poisson lune poêlé, préparé avec amour par le chef.

Katalyne, le charmeur aux pouvoirs psychiques qui avait rejoint les rangs de l'auberge tout récemment, somnolait sur sa chaise, les pieds sur le comptoir. Il portait sa chope à ses lèvres par intermittence, son regard vague fixant le plafond. Mini, la blondinette aux poings flamboyants, passait et repassait son chiffon sur les tables déjà impeccables, soupirant régulièrement d'ennui.

- Bouge tes pieds du comptoir tu vas le salir, s’exclama-t-elle en fusillant du regard Katalyne.

- Au pire tu repasseras derrière, c’est ton boulot, marmonna Katalyne entre deux gorgées. Ce matin j’ai déchargé toutes les cargaisons je suis éreinté.

Mini leva les yeux au ciel.

- Tu plaisantes j’espère !? les décharger t’as pris à peine 3 minutes avec ta magie, on ne peut pas dire que tu as forcé.

A peine eut-il le temps d’objecter que Mini avait déjà dégagé avec véhémence ses pieds du comptoir et repassait un coup de chiffon.

De son côté, le tacticien au sang-froid s'était installé à la table du vieillard, seul client de la matinée. Il écoutait poliment la conversation de son client, hochant la tête par politesse, quand soudain une lueur d'intérêt s'alluma derrière son monocle lorsqu’il entendit le nom de Black jack. Son dos se redressa imperceptiblement.

- Avez-vous connaissance de la localisation de cet antre ? demanda Wiroh, une étincelle d'avidité faisant briller son monocle.

L'atmosphère de la pièce sembla changer subtilement. Mini suspendit son geste, son chiffon immobile au-dessus de la table. Même Katalyne tourna légèrement la tête, intrigué par le changement de ton dans la voix de son compagnon.

- Justement, répondit le vieillard en fouillant dans sa besace, l'un de mes compagnons de voyage, avec qui j'ai partagé ma dernière expédition en carriole vers Nordelia, m'a raconté que la caverne se situerait dans les monts rocheux.

Le bruit de la pluie s'estompa tandis qu'il sortait une carte usée. "Il a même pris le temps de me montrer l'emplacement précis."

Wiroh se pencha en avant, son regard analytique suivant le doigt du vieil homme jusqu'à une croix tracée à l'encre brune. Les rouages de son esprit calculateur s'activaient déjà, évaluant distances et possibilités. Le vieillard, remarquant son intérêt, lui tendit la carte avec un sourire bienveillant.

- Mon brave, déclara Wiroh avec emphase, permettez-moi de vous offrir votre repas pour vous remercier de ces précieuses informations.

Carra, qui sortait tout juste de sa cuisine, laissa échapper un petit rire. "Le menu coûte quinze pièces d'argent," rappela-t-il avec malice. "Je les déduirai de ta paye si nécessaire."

- Je... Wiroh s'éclaircit la gorge, rajustant son monocle d'un geste nerveux. Ma langue a dû fourcher. Je souhaitais bien entendu vous offrir votre boisson en guise de remerciement.

- Mais j'ai pris de l'eau, remarqua le vieillard, amusé. N'est-elle pas gratuite ?

- Si, mais je vous l'offre avec plaisir, confirma Wiroh avec un clin d'œil, ignorant le gloussement de Mini derrière lui.

Se levant de table, il brandit la carte. L'excitation dans sa voix dissipa d'un coup la torpeur qui régnait dans l'auberge : "Chers membres de l'Auberge de la Lune, une aventure prometteuse s'offre à nous !"

Le chiffon de Mini tomba au sol dans un bruit mat. En deux bonds, elle fut près de Wiroh, ses yeux pétillant d'une énergie retrouvée. "On va où ?" demanda-t-elle en sautillant déjà vers l'entrée pour enfiler ses bottines.

Même Katalyne se redressa sur sa chaise, soudain plus alerte. La pluie contre les vitres semblait maintenant murmurer des promesses d'aventures.

- Les monts rocheux, répondit Wiroh en dépliant la carte avec précaution. Un trésor nous y attend.

Avec une méticulosité qui lui était propre, Wiroh sortit sa liste soigneusement rédigée et commença à vérifier leur équipement. Son expression s'assombrit soudainement. "Mini, aurais-tu par hasard dérangé mes affaires ?"

- Je rangeais le placard hier, répondit-elle en haussant les épaules. Il y avait une corde énorme qui prenait toute la place. Franchement, à quoi ça sert d'avoir ça dans un sac ?

- Une corde ? Wiroh ajusta son monocle. Tu parles de la corde en chanvre tressé de quinze mètres que j'avais spécialement commandée à la corderie des frères Delacorde ?

- Celle qui prenait la poussière, oui.

- Dois-je vraiment t'expliquer l'importance capitale d'une corde lors d'une expédition ? Wiroh prit une profonde inspiration. Permettez-moi de vous éclairer sur les innombrables utilisations d'une corde de qualité...

Katalyne, qui jusque-là somnolait dans son coin, leva les yeux au ciel.

- On perd du temps là. On est des hom… commença-t-il à dire avant de se raviser en regardant Mini qui le dévisageait attendant la fin de sa phrase pour l’embrouiller. Il reprit finalement : "des magiciens ! On est des magiciens !"

- Très bien, coupa Wiroh en refermant sèchement son carnet. Puisque nous partons vers l'inconnu, je vais devoir en racheter une. Et je vous assure qu'elle nous sera utile.

Les magiciens de l'Auberge de la Lune quittèrent l'établissement avec leur sac à peine rempli de quelques provisions, de quoi tenir deux ou trois jours tout au plus. Les monts rocheux se trouvaient à plus d'un mois de marche de l'auberge. Par chance, les grandes villes de ce monde étaient pourvues de téléporteurs. Des grands portails bleus payants permettant de se déplacer d'une ville à une autre.

Le passage coûtait, en général, très cher. Pour voyager ainsi de Floria à Nordelia, il fallait compter cent pièces d’argent par personne. Cette somme astronomique représentait un mois de salaire et Carra était loin d'être le plus pingre des gérants d'auberge. Wiroh, en contemplant sa bourse, comprit soudainement pourquoi le vieillard avait choisi de s'y rendre en carriole. L'espace d'un instant, il se demanda quelle mouche l'avait piqué d'organiser une telle mission. Toute sa bourse ou presque allait y passer...

Nordelia, plus communément appelée la cité des pêcheurs, les saisit dès leur sortie du téléporteur. Une gifle glacée leur coupa le souffle, tandis qu'une odeur puissante de poisson leur assaillait les narines.

- On se les gèle ! grelotta Ecaflip, surpris par cette morsure du froid.

- Je vous avais suggéré de consulter le guide climatique des régions avant notre départ, fit remarquer Wiroh en ajustant tranquillement son écharpe de laine.

Mini, elle, paradait dans son simple chemisier, apparemment insensible au climat glacial. "Vous exagérez, il fait super bon ici !" lança-t-elle en s'étirant.

Des étals s'étendaient à perte de vue le long des rues pavées, proposant une multitude de créatures marines. Du modeste poisson-chaton aux monstrueuses baleines à bosses dont un seul steak faisait près d'un mètre de diamètre, le choix semblait infini. Le port au nord de la ville grouillait de chalutiers et de barques de pêche par centaines, leurs mâts se balançant doucement sous les assauts du vent glacial. Les mouettes et goélands les suivaient sans relâche, leurs cris stridents se mêlant au fracas des vagues contre les pontons.

- Quelle idée d'installer une ville dans un endroit pareil, grommela Katalyne en frottant ses bras nus. Il se répétait à lui-même pour s’en convaincre : "Les hommes ne craignent pas le froid... les hommes ne craignent pas le froid…"

Une douce lueur argentée enveloppa Ecaflip. Son corps ondula comme de la fumée, ses contours devenant flous avant de se redessiner complètement. En quelques secondes, un crodacier se tenait à sa place, créature majestueuse au pelage épais semblable à celui d'un loup. Ses longs poils gris et blancs flottaient dans le vent glacial, le protégeant efficacement des bourrasques.

Wiroh s'était déjà éloigné, repérant une échoppe de fournitures. "Je reviens, je dois acquérir une nouvelle corde," lança-t-il par-dessus son épaule.

- Pas besoin de veste, je tiendrai, marmonna Katalyne, bien que ses lèvres commençaient à bleuir. Il s'encourageait à mi-voix entre deux rafales particulièrement vicieuses : Le froid, c'est dans la tête... Le froid, c'est dans la tête...

- Tu vas tomber malade, fit remarquer Mini, qui se baladait toujours en chemisier et pantacourt, sa magie de feu la réchauffant naturellement.

- Ça ira, insista-t-il en tentant de masquer ses frissons.

Les aventuriers tous regroupés derrière Wiroh qui revenait avec sa corde, se mirent en route pour rejoindre les monts rocheux. Ils devaient franchir le sentier de glace pour arriver ensuite jusqu’aux montagnes. Par malheur, l'air glacial s'était fait sentir bien avant qu’elles ne soient visibles à l'horizon. Le sol recouvert de neige craquait sous leurs bottes, et le vent mordant leur fouettait le visage.

- C'est quand qu'on arrive ? gémit Mini pour la troisième fois en une demi-heure, ses joues rouges chauffées par ses flammes intérieures.

- On arrivera plus vite si tu arrêtes de poser la question, grogna Wiroh depuis l'avant du groupe, resserrant son manteau autour de lui.

Katalyne, qui n'avait même pas daigné acheter une écharpe en laine à Nordélia, marchait en silence à proximité d'Ecaflip, qui avait pris sa forme de loup pour mieux supporter les températures. Par moment il glissait même discrètement ses mains à l’intérieur de son épaisse fourrure qui semblait bien plus efficace contre le froid que n'importe quelle tenue. Ce n’était certainement pas le bout de tissu, ramassé en ville, noué autour de son cou qui l’empêchait de grelotter.

- Ce n’était pas toi qui disais que les hommes ne craignent pas le froid ? ricana Ecaflip, qui avait remarqué le tissu improvisé.

- C'était avant que je découvre que toi, tu pouvais te transformer en boule de poils géante, répliqua Katalyne en claquant des dents. Si t'avais un peu de cœur, tu partagerais ta chaleur.

- Mon "cœur" te dit de courir si tu ne veux pas geler sur place, lança Ecaflip en s'éloignant légèrement.

- Avancez ! interrompit Wiroh d'un ton tranchant. Si la nuit tombe, il fera encore plus froid, et je ne parle même pas des créatures qui rodent dans les environs.

- Quelles créatures ? demanda Mini, un mélange de curiosité et de motivation dans la voix.

- Les pires, répondit Wiroh, sans plus de détails. Il accéléra le pas, incitant les autres à le suivre.

Après trois heures de marche dans le froid glacial des montagnes, les compagnons atteignirent enfin les Monts Rocheux. Leurs pics acérés perçaient les nuages, comme autant de dents menaçantes dévorant le ciel gris. L'ascension fut éprouvante. Mini, dont les mains brûlantes faisaient fondre la neige à chaque prise, guidait les autres sur la pente glissante. Katalyne, lui, les pieds gelés aussi raides que des planches de bois, marmonnait entre ses dents "on est plus très loin, encore un effort", bien que ses lèvres bleuies trahissaient son inconfort. Par moment il contemplait ses mains qui devenaient presque imprégnés dans le décor blanc enneigé.

Entre deux rochers massifs, ils découvrirent enfin leur objectif : l'entrée de la grotte. La cavité sombre semblait avaler la lumière déclinante du jour, tandis qu'un souffle glacial en sortait, chargé d'une odeur de terre humide et de moisi. Le vent s'engouffrait dans l'ouverture avec un sifflement lugubre, interrompu fréquemment par le bruit des gouttes d’eau qui résonnait dans les tunnels sombre, comme pour les mettre en garde contre ce qui les attendait à l'intérieur.

- J'aime pas trop cet endroit commenta Mini. Il me fait littéralement froid dans le dos.

Elle repéra une vieille torche fichée dans le mur. D'un geste vif, elle l'embrasa, puis la confia à Ecaflip redevenu humain pour qu’il les guide à travers les passages sinueux de la grotte.

Le passage s'enfonçait en pente douce, le plafond s'abaissant progressivement. Des stalactites suintaient au-dessus de leurs têtes, chaque goutte résonnant dans le silence pesant.

Parfois, les tunnels se resserraient au point qu'ils devaient marcher en file indienne. L'humidité rendait les pierres glissantes, et plusieurs fois, Mini manqua de trébucher.

- Regardez où vous mettez les pieds, prévint Wiroh. J’ai certes ma trousse de premiers secours, mais elle ne fera pas de miracles.

Bientôt, Ecaflip dut courber l'échine pour avancer. Ses épaules raclaient la roche par endroits.

- Je pourrais me transformer, suggéra-t-il, mal à l'aise.

- Garde tes forces, conseilla Wiroh. Black Jack était connu pour sa malice. Il aimait épuiser ses adversaires avant même le véritable combat.

Des craquements étranges accompagnaient leurs pas, comme si le sol grouillait de vie. Dans la pénombre, des ombres furtives se mouvaient le long des parois. Katalyne, qui fermait la marche aux côtés de Mini, tentait d'ignorer ces mouvements inquiétants.

Soudain, une sensation sur sa jambe le figea. Quelque chose remontait le long de son pantalon. Baissant les yeux, il aperçut une araignée aussi grosse qu'un poing. Un cri aigu déchira le silence de la grotte, rebondissant contre les parois dans un écho interminable.

- Mini ? s'inquiéta Ecaflip.

- J'ai rien fait, répondit-elle, un sourire naissant au coin des lèvres.

Tous les regards convergèrent vers Katalyne. Il s'éclaircit la gorge, tentant de retrouver contenance tandis qu'il chassait discrètement l'arachnide.

- Allons Mini..., marmonna-t-il, les joues rougissant dans l'obscurité.

Elle retint un petit rire. "Mmh..."

Alors qu'ils reprenaient leur progression, le tunnel changea brutalement d'aspect. La roche brute et irrégulière laissa place à quelque chose de différent, presque artificiel. Devant eux s'étendait maintenant un long corridor aux parois lisses comme du verre, si parfaitement rectiligne qu'il ne pouvait être l'œuvre de la nature. Au sol, une fine couche de poussière s'étendait, immaculée, sans la moindre empreinte pour en troubler la surface.

Wiroh leva sa main, arrêtant net le groupe. Son monocle brillait tandis qu'il examinait les murs avec attention.

- Cette régularité n'est pas naturelle, murmura-t-il. Regardez ces jointures dans la pierre... et ces rainures au sol...

Katalyne s'accroupit pour observer de plus près. "On dirait... des rails ?"

- Ça sent le piège, déclara Wiroh en reculant d'un pas.

Mini fit claquer sa langue avec impatience. "On ne va pas rester plantés là pendant des heures."

Avant que quiconque puisse la retenir, elle s'élança dans le corridor.

Un clic métallique résonna. D'énormes lames acérées jaillirent des murs dans un grincement sinistre, fonçant droit vers Mini.

- Attention !

Une aura bleutée enveloppa instantanément les lames. Katalyne, les bras tendus, les avait bloquées par pur réflexe. Elles s'immobilisèrent à quelques centimètres de Mini, figées dans leur élan mortel.

- C’était… moins… une, souffla Katalyne, des gouttes de sueur perlant sur son front. Je ne sais pas combien de temps je peux tenir.

- Dans ce cas traversons sans tarder ! cria Wiroh.

Le groupe se précipita dans le corridor. Ecaflip, transformé en loup, prit au passage Katalyne sur son dos qui ne put s’empêcher de se murmurer un commentaire à lui-même : "Là tu acceptes de m’aider…". Les lames tremblaient légèrement, luttant contre l'emprise télékinésique.

Dès qu'ils furent tous de l'autre côté, Katalyne relâcha son pouvoir. Les lames reprirent leur danse mortelle dans un fracas assourdissant.

Il s'effondra contre la paroi, essuyant la sueur de son front.

- De rien, marmonna-t-il, en fusillant du regard Mini qui avait été imprudente.

Mini, un peu embarrassée, croisa les bras.

- Merci, mais je m'en serais sortie seule !

- Bien sûr, sourit Katalyne, qui malgré la mauvaise foi évidente prenait avec joie les remerciements de la blondinette.

Wiroh ajusta son monocle avec un soupir. "Si vous avez fini de vous chamailler, on a encore un trésor à trouver."

L’obstacle était derrière eux et devant une cavité plus large où l'air était plus froid encore se présentait. Ils pensaient tous pouvoir reprendre leur souffle, mais un cri d'appel à l'aide les fit sursauter, l'écho se répercutant contre les parois humides.

Ils s'approchèrent prudemment du bord d'un gouffre, mais l'obscurité était trop profonde pour en distinguer le fond. Mini intensifia ses flammes, mais même leur lueur ne perçait pas les ténèbres.

- Il y a quelqu'un ? cria Mini.

- Oui ! Je suis coincé en bas !

Ecaflip saisit sa torche et la lança dans le gouffre. Elle tournoya dans les airs, éclairant brièvement les parois couvertes de mousse, avant d'atterrir en contrebas. La lumière révéla un homme au crâne rasé, recroquevillé contre la paroi.

- Hé ! Faites attention avec ça ! protesta-t-il. J'ai failli me la prendre sur la tête !

- On essaie de te sauver, répliqua Ecaflip.

Wiroh sortit sa corde neuve avec un sourire satisfait. "Je savais qu'elle nous serait utile." Il en jeta l’extrémité en bas pour venir en aide au pauvre homme qui ne tarda pas pour s’en saisir.

La remontée semblait interminable. Le trou était bien plus profond qu'ils ne l'avaient imaginé. Les mains moites de Mini glissaient sur la corde à cause de sa chaleur naturelle tandis qu'Ecaflip, concentré, guidait celle-ci pour éviter les aspérités de la roche.

- Encore un effort, encouragea Wiroh. "Plus que quelques mètres."

Un premier craquement, presque imperceptible, les fit tous tressaillir.

- Utile tu disais ? murmura Mini, les yeux écarquillés.

- Il m'a vendu de la camelote… rétorqua Wiroh déployant toutes ses forces.

- Tirez plus vite ! ordonna Ecaflip.

Leurs muscles brûlaient sous l'effort. Un second craquement, plus distinct, résonna dans la grotte. Des fibres commençaient à se détacher de la corde.

- Non, non, non, souffla Katalyne entre ses dents.

Les fils cédaient un à un dans un bruit sinistre. Ils pouvaient presque compter les secondes avant la rupture totale. L'écho de leurs respirations haletantes se mêlait aux craquements de plus en plus menaçants.

Dans un claquement final, la corde céda.

- Je le tiens ! hurla Katalyne, tendant ses mains vers le gouffre.

Une aura bleutée enveloppa la silhouette qui chutait. Les veines sur les tempes de Katalyne se gonflèrent sous l'effort. Un filet de sang coula de son nez tandis qu'il luttait pour maintenir son emprise.

Centimètre par centimètre, il remonta l'homme, ses mains tremblant violemment. Ses genoux menaçaient de céder à chaque instant.

Quand enfin les deux pieds du jeune homme touchèrent la terre ferme, Katalyne s'effondra contre la paroi, essuyant le sang qui coulait de son nez.

- Je... je n'ai pas l'habitude de soulever des personnes, haleta-t-il.

L'homme se releva avec une aisance déconcertante, époussetant ses vêtements dépareillés comme s'il venait de faire une simple promenade. Il était légèrement plus grand que Wiroh, mais d'une maigreur qui contrastait avec son visage rond et jovial. Son crâne totalement rasé brillait sous la lumière de la torche.

Ce qui frappait d'emblée, c'était l'assemblage chaotique de ses vêtements - une chemise jaune citron, un pantalon bleu marine rapiécé, une ceinture rouge nouée de travers - comme s'il s'était habillé les yeux fermés. Et sa peau, lisse comme celle d'un bébé, sans le moindre poil sur le corps ni la moindre ombre de barbe ou de moustache.

- Tout va bien ? lui demanda Mini, incrédule. Elle l'inspectait de haut en bas, cherchant la moindre blessure, la plus petite égratignure. Rien. Comment avait-il fait pour se retrouver au fond du gouffre ? Était-il tombé ? Dans ce cas comment pouvait-il encore être vivant ?

Un gargouillis sonore lui répondit. L'homme eut un sourire gêné. "Ça va ! J'ai juste un peu faim."

- Que faisiez-vous dans ce gouffre ? intervint Wiroh, son monocle brillant de suspicion.

- Ah ça, c'est une drôle d'histoire ! s'anima le jeune homme chauve qui récupéra un petit bout de pain tendu par la blondinette. "Je cherchais une fleur chez un fleuriste de Nordélia, en chemin j’ai croisé deux hommes qui m’ont demandé de l’aide pour réparer leur barque. C’étaient sans doute des pêcheurs, j’ai donc tenu les planches pour qu’ils puissent planter plus facilement les clous. Ensuite…"

- Trop longue ton histoire lança, Mini qui baillait d’ennui. Tu es juste rentré dans la grotte et tu es tombé au fond du trou quoi ?

- Oui c’est un peu l’idée confirma-t-il entre deux bouchées. Enfin plus exactement, je suis entré ici pour me protéger du froid mais…

- Mais comment as-tu survécu, s’étonna Katalyne en regardant à nouveau le fond du trou. La chute aurait dû t’être fatal…

Le sourire de l’homme s'élargit davantage.

- Ah ça, non ne vous inquiétez pas, mon corps se répare tout seul ! confia-t-il en train de macher bruyamment.

- Une capacité de régénération..., murmura Wiroh, fasciné, mais aussi horripilé par ses bruits de mastication.

- Au fait, je m’appelle Seryatte, mais pour les amis vous pouvez m’appeler Sery, confia-t-il après avoir fini de manger, en tendant une main chaleureuse.

Ecaflip la serra rapidement avant de pointer le chemin du retour. "La sortie est par là. Fais attention aux..."

- Je peux venir avec vous ?

- Plaît-il ? s'étrangla Wiroh.

- Laissez-moi vous aider ! Je demande rien en échange.

Cette réponse désintéressée fit tiquer Wiroh. Son monocle scintilla tandis qu'il étudiait leur mystérieux compagnon. Un immortel qui ne demandait rien en retour... Son esprit pragmatique commençait déjà à évaluer les possibilités. D'un côté, un inconnu potentiellement dangereux, de l'autre, quelqu'un qui pourrait s'avérer précieux face aux pièges qui les attendaient.

Il observa tour à tour ses compagnons. Mini semblait déjà l'avoir adopté, et même Ecaflip paraissait moins méfiant que d'habitude, presque même heureux de le rencontrer. Sans doute pensaient-ils aux supplices qu’il pourrait lui faire subir si jamais ils devenaient amis.

- Soit, concéda-t-il après avoir présenté chaque membre du groupe. "Mais n'étant pas à l'initiative de cette aventure, aucune part du trésor ne te sera reversée."

Le sourire de Seryatte, loin de faiblir devant cette condition, s'élargit encore davantage.

- Attendez, cette caverne renferme un trésor !? s’étonna Seryatte. Trop génial !

- Oui mais comme je le disais, tu n’en aurais point la moindre pièce.

- Pas de soucis je veux juste découvrir ce qu’il contient. Un jour mon cousin Beryatte m’avait organisé une chasse au trésor dans le jardin de mes grands-parents. Ils…

Wiroh l’interrompit et réorganisa rapidement leur formation : Ecaflip toujours en tête avec la torche remontée avec soin à l’aide de la télékinésie, Mini et leur compagnon de voyage au centre, tandis que Katalyne et lui fermaient la marche. Cette configuration leur permettrait de mieux protéger Seryatte, même si son immortalité rendait cette précaution un peu ironique…

Ainsi, la progression dans la grotte se poursuivit, leurs pas résonnant sur la pierre humide. Le passage serpentait, s'enfonçant toujours plus profondément dans la montagne. L'air devenait plus lourd, chargé d'une odeur âcre de renfermé qui leur piquait la gorge. Des champignons phosphorescents parsemaient les parois par endroits, leur lueur bleutée dansant sur les flaques d'eau stagnante, créant des ombres mouvantes qui semblaient les suivre.

Mini observait Seryatte du coin de l'œil. Depuis maintenant plusieurs minutes qu'il les suivait, son enthousiasme et sa bonne humeur n'avaient pas faibli, malgré l'atmosphère oppressante de la grotte.

- Black Jack était un génie de la dissimulation, murmura Wiroh, sa voix à peine plus haute qu'un souffle. On raconte qu'il cachait ses trésors dans des endroits impossibles d'accès.

Un déclic métallique brisa le silence. Des fléchettes jaillirent des murs.

Seryatte bondit. Son corps heurta Mini, la projetant sur le côté. Les projectiles s'enfoncèrent dans son dos avec des bruits mats. Il laissa échapper un cri de douleur étouffé.

- Seryatte ! s'exclama Mini, sonnée. Pourquoi tu as fait ça ?

Il grimaça en retirant une fléchette, du sang imbibant sa chemise.

- Bah, je suis immortel, c'est donc normal que je prenne les coups à votre place. Ça pique un peu, mais ça va passer.

Mini le regarda retirer les projectiles un par un. Il avait plongé sans hésiter. Pour elle. Alors qu'ils se connaissaient à peine.

- Merci, dit-elle simplement en posant brièvement une main sur son bras.

Les plaies se refermaient déjà sous leurs yeux, ne laissant que des traces de sang sur sa chemise déchirée.

- Tu as du cran, ça me plaît, commenta Katalyne avec une admiration sincère.

Ils attendirent que Seryatte reprenne son souffle, observant ses blessures se refermer. Même Wiroh semblait avoir oublié momentanément leur quête et le fixait désormais avec un intérêt nouveau derrière son monocle brillant dans la pénombre.

Une fois les dernières plaies cicatrisées, le groupe reprit sa progression avec plus de prudence, Après quelques minutes de marche, le tunnel s'élargit brusquement. Ils pénétrèrent dans une vaste salle qui leur coupa le souffle. Des centaines de lucioles magiques dansaient près du plafond, leurs corps lumineux traçant des arabesques hypnotiques dans l'obscurité. Leur lueur vacillante révélait trois passages identiques. Devant chaque entrée, les créatures lumineuses semblaient s'organiser, dessinant des motifs distincts : un sabre étincelant, des flammes dansantes, et ce qui ressemblait à des pièces d'or scintillantes.

- Les lucioles étaient les yeux et les oreilles de Black Jack, murmura Wiroh, son monocle reflétant la danse hypnotique des insectes lumineux.

Son esprit analytique s'activait, rassemblant chaque fragment d'information qu'il avait collecté dans les nombreux récits sur le légendaire pirate. "Il les utilisait pour créer des illusions, pour tromper ses poursuivants..." Ses doigts tapotaient nerveusement son menton tandis qu'il examinait chaque motif. "Le sabre pourrait symboliser sa force au combat, ses conquêtes et ses victoires. Les flammes sa passion destructrice, les canons qui tonnent. Et l'or... trop évident, sûrement un piège."

- Dans les récits, Black Jack aimait la complexité, poursuivit-il, parlant presque pour lui-même. "Il tendait toujours des pièges élaborés, des énigmes à plusieurs niveaux. Le sabre pourrait être une référence à son premier navire, 'La Lame Vorpaline', ou peut-être..."

Il s’arrêta quelques instants de réfléchir et jeta un coup d’œil vers les autres. Mini, les bras croisés, semblait fascinée par les flammes. Elle murmurait pour elle-même, comme si elle pesait le pour et le contre. Ecaflip, lui, restait en retrait avec Katalyne, une main posée sur son menton, ses yeux trahissant une méfiance profonde.

Soudain, Seryatte pointa les pièces d’or du doigt, son visage illuminé d’un enthousiasme naïf.
"Moi, je dis que c’est ça le bon chemin ! Vous êtes venus pour un trésor, non ? Alors, c’est forcément ça !"

Mini soupira bruyamment.

- On ne choisit pas au hasard, Seryatte. Si on se trompe, il y aura sûrement des conséquences.

- Dit-elle alors qu’elle-même a foncé tête baissée dans un piège quelques minutes plus tôt… marmonna Katalyne circonspect.

- Qu’est-ce que tu as dit ? demanda Mini avec amertume elle avait senti la pique à son égard.

- Je suis sûr que c’est par là, les interrompit Seryatte. Quand j’étais petit je jouais souvent au jeu de la langue du sphinx. Et je dois dire que je m’en sortai pas mal, je répondais presque toujours juste et je ne donnais jamais ma langue au sphinx. Je ne sais pas si vous connaissez ce jeu, il consiste à…

- Allez, on suit l’avis de notre nouvel ami, lança Ecaflip avec entrain. Non pas qu’il pensait que Seryatte avait raison, il n’en avait pas la moindre idée. Il voulait juste ne plus l’entendre raconter son histoire.

Wiroh secoua légèrement la tête. Il fixa longuement les pièces d’or, leur éclat vibrant dans l’obscurité comme un appel irrésistible. Un piège évident.

- Son explication est trop simpliste. Black Jack ne choisirait jamais quelque chose d'aussi évident. C'est forcément un piège.

- Au pire on le déjouera, reprit Mini en tapant amicalement l’épaule de son ami qui se morfondait.

Ils franchirent le passage marqué par les pièces d’or. Derrière eux, les symboles s’éteignirent dans un bruissement léger, et une inscription magique apparut brièvement devant eux, gravée dans le sol en lettres d’or : "Les désirs les plus simples mènent souvent aux vérités les plus cachées."

Wiroh observa les mots avec un mélange de frustration et de résignation.

- Un coup de chance ! murmura-t-il agacé.

L'énigme des portes derrière, une gigantesque salle circulaire les accueillit de toute sa splendeur. Un silence admiratif pesa sur le groupe. Même Ecaflip, pourtant peu enclin aux effusions, ne put s'empêcher de lâcher un sifflement bas. Les lucioles dansantes illuminaient l'espace d'une beauté surnaturelle.

Toute la pièce baignait dans la lueur émeraude des lucioles. Elles tapissaient les parois par milliers, leurs reflets dansant sur les murs humides comme des étoiles dans un ciel souterrain. Au centre, sur un promontoire naturel, reposait leur objectif : un coffre ancien, sa surface patinée portant les marques du temps.

Un escalier de pierre grimpait jusqu'au coffre. Mais le spectacle à ses pieds glaça le sang des aventuriers. Des ossements s'entassaient depuis les premières marches, certains encore vêtus de lambeaux d'armures rongées par la rouille. Certains semblaient s'être effondrés de douleur, d'autres gisaient les mains sur la gorge.

Tout autour du coffre s'étalait une collection disparate de coupes. Certaines rutilaient d'or et de pierreries, d'autres étaient de simples gobelets de cuivre ou de bois.

Wiroh s'approcha, son monocle reflétant la lueur verdâtre. Il déchiffra l'inscription gravée sur le coffre : "Celui qui boira l'eau dans la bonne coupe sera alors digne d'ouvrir mon bien le plus précieux."

Son regard balaya les ossements.

- Tous ces aventuriers... Ils ont essayé. Aucun n'a survécu.

- Donc si on se trompe, on meurt ? demanda Mini, nerveuse.

- Probablement, murmura Wiroh. Black Jack ne plaisantait pas avec ses pièges.

Seryatte s'approcha avec son enthousiasme habituel.

- Pas de souci ! Je peux toutes les tester si vous voulez !

- Non ! s'écria Wiroh. Même si tu ne meurs pas, le poison pourrait...

Mais Seryatte avait déjà saisi une coupe ornée de saphirs. Il la remplit avec l'eau d'une vasque à côté du coffre et la porta à ses lèvres.

- Seryatte, attends !

Il but d'une traite.

Pendant une seconde, rien ne se passa. Puis son corps se raidit. Des arcs électriques bleus parcoururent sa peau dans un crépitement sinistre. Il lâcha la coupe qui se brisa au sol, ses yeux écarquillés, incapable de crier. Son corps convulsa violemment avant de s'effondrer comme une marionnette aux fils coupés.

- SERYATTE ! hurla Mini en se précipitant vers lui.

Katalyne tendit les mains, prêt à utiliser sa télékinésie, mais Wiroh l'arrêta.

- Attends... regarde.

Les brûlures sur la peau de Seryatte commençaient déjà à se refermer. Ses doigts bougèrent. Il gémit, puis ouvrit les yeux.

- Ouf... ça va... c'est passé, souffla-t-il en se relevant péniblement, des arcs électriques se dessinant encore quelques fois sur son corps. Je crois que c'était pas la bonne...

- Tu CROIS ? s'étrangla Wiroh.

Mini aida Seryatte à s'asseoir contre une pierre.

- Bon, on ne va pas toutes les essayer comme ça. J'en ai marre.

Elle s'avança vers le coffre, les mains s'enflammant progressivement.

- Mini, que fais-tu ? demanda Wiroh.

- Je vais le forcer.

- Mais l'énigme...

- Tant pis pour l'énigme !

Ses flammes enveloppèrent la serrure. Elle tira sur le couvercle de toutes ses forces.

À sa grande surprise, il s'ouvrit sans la moindre résistance.

Le silence tomba sur la salle. Wiroh se figea, bouche bée.

- Il... il n'était même pas verrouillé ?

Mini regarda à l'intérieur. Pas de pièces d'or. Pas de joyaux. Juste... des objets.

Une petite robe d'enfant, soigneusement pliée. Une poupée en bois sculptée à la main, usée par le temps. Un médaillon en argent terni. Et un parchemin.

Katalyne s'approcha, intrigué.

- C'est... c'est tout ?

Mini prit délicatement la robe. Elle était à peine plus grande que ce qu'une fillette de sept ou huit ans aurait porté. Le tissu, autrefois sans doute coloré, avait pâli avec les années.

Seryatte, remis de son électrocution, ramassa le parchemin.

- Y'a quelque chose d'écrit.

Mini le lui prit et lut à voix haute :

"Bien joué à toi, aventurier, qui a déjoué mes pièges. Je te laisse donc mon plus grand trésor. J'ai passé ma vie à accumuler des richesses, à conquérir des mers, à terrifier des royaumes. Mais ma plus grande découverte fut que la véritable fortune d'un homme réside dans ceux qu'il aime. Ma fille était mon plus grand trésor. Hélas, je l'ai compris trop tard."

Un silence ému s'installa.

Wiroh s'approcha lentement, ramassant le médaillon. Il l'ouvrit délicatement. À l'intérieur, un minuscule portrait peint : une petite fille aux cheveux noirs, souriant.

- Selon les légendes... Black Jack aurait eu une fille, murmura-t-il, sa voix tremblant légèrement. Mais elle serait morte jeune, d'une maladie. Personne n'a jamais pu le confirmer. Les historiens en débattent depuis des décennies.

Il leva les yeux vers le coffre, son monocle reflétant la lueur des lucioles.

- Ce coffre... Il n'a jamais contenu d'or. C'était sa chapelle. Le seul endroit où il pouvait garder ce qui comptait vraiment.

Mini tenait toujours la petite robe, visiblement émue. Elle imaginait le pirate et sa fille, les moments précieux qu'ils avaient partagés

- Super, mais ce ne sont pas des souvenirs qui vont remplir nos bourses. Puis, voyant le regard de Mini, Katalyne ajouta rapidement : Mais... c'est touchant. Vraiment.

Wiroh ajusta son monocle, partagé entre frustration et émerveillement.

- Pas d'or, c'est certain. Mais... nous venons de résoudre l'un des mystères de l'histoire maritime. Des dizaines d'aventuriers ont cherché ce trésor pendant des décennies. Il désigna les ossements. La plupart sont morts en essayant. Nous... nous avons réussi.

Les lucioles continuaient leur danse paisible. Ecaflip observait la poupée en bois, silencieux.

- Ces objets devraient être dans un musée, dit finalement Wiroh. Ils appartiennent à l'Histoire. Au moins, notre voyage n'aura pas été complètement vain.

Son regard s'arrêta sur Seryatte, qui se frottait encore les bras là où l'électricité l'avait frappé.

- Et puis nous avons peut-être trouvé un nouveau compagnon de route ? Qu’en penses-tu Seryatte, souhaites-tu faire partie des nôtres et intégrer notre guilde incroyable : L’auberge de la Lune ?

Seryatte, encore un peu décoiffé par l'électrocution, écarquilla les yeux.

- Vraiment ? Moi ? Même après avoir bu dans la mauvaise coupe ?

- On s’en fiche de la coupe, sourit Mini. Tu as quand même essayé de nous aider.

- Tu as du courage, ajouta Ecaflip. Du courage et... de la chance, apparemment.

Seryatte sourit, ému.

- Alors j'accepte !

De retour à l'Auberge de la Lune, Carra accueillit leur récit avec son calme habituel. Quand Wiroh mentionna le nouveau membre, le meneur hocha simplement la tête.

— Approche, dit-il à Seryatte.

Comme il l'avait fait pour les autres, Carra prépara l'encre magique argentée avec des gestes précis, rituels. Seryatte retira sa chemise déchirée, découvrant son épaule gauche.

- Vous êtes sûr que ça va marcher, demanda-t-il inquiet. Ma peau cicatrise vite, un jour j’ai voulu me faire tatouer mon chien Ralph en bas du dos mais…

- Sery ! s’exclama Mini qui voyait Carra attendre la fin de l’histoire avant de commencer.

- Quoi je vous ai déjà parlé de mon chien Ralph c’est ça ? C’était vraiment un chien…

- Sery la ferme et laisse te faire le tatouage ! lança fermement Ecaflip.

Un silence enfin agréable s'installa dans l'auberge. Mini, Wiroh, Ecaflip et Katalyne regardaient, recueillis, tandis que Carra commençait à tracer le croissant de lune. L'encre scintillait à chaque passage de l'aiguille, dessinant progressivement le symbole de leur guilde.

Seryatte ne broncha pas, son regard fixé droit devant lui.

Quand Carra eut terminé, il recula d'un pas. Sur l'épaule de Seryatte brillait maintenant la même lune argentée que celle des autres membres.

- Bienvenue dans notre famille, dit simplement Carra.

Seryatte enfila sa chemise, cachant le tatouage. Quand il se tourna vers les autres, ses yeux brillaient.

- Génial, mon premier tatouage !

Ce soir-là, autour de la table de l'auberge, Wiroh annonça qu'il déposerait les objets de Black Jack au musée de Floria le lendemain. La petite robe, la poupée, le médaillon. L'histoire de la fille du pirate pourrait enfin être racontée.

Ils n'avaient pas ramené d'or. Mais ils avaient résolu un mystère. Et surtout, ils avaient gagné un nouveau compagnon.

Seryatte, attablé entre Mini et Katalyne, racontait déjà une histoire interminable sur son cousin Beryatte. Mini levait les yeux au ciel en souriant. Ecaflip buvait tranquillement. Pour une fois, personne ne l’interrompit, c’était sa soirée, il l’avait mérité.

L'Auberge de la Lune venait de comprendre quelque chose d'important : le voyage comptait plus que la destination. Et les compagnons valaient plus que n'importe quel trésor.

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