Chapitre 8 : Un sentiment de liberté
La chaleur écrasante d'Ispahan pesait sur la grande place du marché des saveurs. Le soleil de midi dardait ses rayons impitoyables sur la foule qui se pressait entre les étals, transformant l'air en une chape brûlante et suffocante. Carra, le meneur au pelage de chat, s'efforçait de se frayer un chemin dans cette marée humaine, sa cape soigneusement ajustée pour dissimuler sa nature aux regards méfiants des passants.
Les odeurs s'entremêlaient en un ballet enivrant : épices mordantes venues des terres lointaines, parfums sucrés des pâtisseries locales, relents âcres de cuir tanné et de métaux chauffés par le soleil. Les cris des marchands s'élevaient de toutes parts, leurs voix se chevauchant en une cacophonie assourdissante alors qu'ils vantaient leurs marchandises aux quatre vents.
- Dis Carra ? Tu penses qu'ils s'en sortiront avec Sailor ? demanda Seryatte qui revenait d’un étal avec une lampe à huile ancienne particulièrement abimée et usée comme si elle avait été frottée à de nombreuses reprises. Le vendeur lui avait dit qu’elle était magique.
- Je ne me fais aucun souci pour eux, répondit Carra, esquivant habilement un porteur d'eau qui fonçait tête baissée dans la cohue.
Mini, Wiroh et Katalyne étaient restés à l'auberge pour former la nouvelle serveuse. Son premier jour avait été... mémorable. Entre la dizaine d'assiettes brisées, ses trois siestes improvisées en plein service et l'oubli total des commandes d'un groupe d'aventuriers, Sailor avait démontré qu'elle avait encore beaucoup à apprendre. Pourtant, personne ne lui en tenait rigueur. Les membres de l'auberge de la Lune préféraient l'encourager et la guider avec patience. Après tout, elle faisait désormais partie de leur famille.
La foule se faisait de plus en plus dense à mesure qu'ils progressaient vers le cœur du marché. Les corps se pressaient les uns contre les autres, la sueur perlait sur les visages crispés. L'air devenait rare entre les étals serrés et les auvents de toile qui tentaient vainement de protéger du soleil assassin. Ecaflip le métamorphe suivait Carra de près, tandis qu'Itachi l'illusionniste se glissait silencieusement dans leurs pas, son carnet serré contre sa poitrine.
- Pourquoi tu portes une cape par cette chaleur ? lança innocemment Seryatte, s'épongeant le front d'un revers de manche.
- Pour ne pas attirer l'attention plus que de raison, répondit Carra à voix basse.
Les regards qui se posaient sur leur petit groupe n'avaient rien d'amical. À chaque étal qu'ils approchaient, les visages se fermaient, les conversations se tarissaient. Une méfiance palpable suintait des yeux qui les suivaient, s'attardant particulièrement sur la silhouette encapuchonnée de Carra.
- Tu leur as fait quelque chose ? demanda Seryatte, ses yeux écarquillés d'incompréhension.
- Moi ? Bien sûr que non, répondit Carra avec un sourire las. "Mais mon espèce n'est pas très bien perçue dans ce royaume."
- Ils n'aiment pas les poils ? s'étonna le simplet.
Ecaflip leva les yeux au ciel : "Sery, ça t'arrive de réfléchir de temps en temps ?"
- Bah quoi ?
- Ici, ils craignent les semi-humains à cause de leurs différences, expliqua patiemment Carra, sa voix à peine audible dans le brouhaha ambiant.
La chaleur semblait s'intensifier encore, comme si le soleil lui-même voulait les étouffer. Les ruelles étroites entre les étals formaient un labyrinthe suffocant où s'entassait une foule toujours plus nombreuse. Des marchands des quatre coins du monde se disputaient l'attention des acheteurs, proposant les denrées les plus rares et les plus précieuses. C'était pour l'une d'elles que Carra avait fait le voyage : les oreilles séchées de wapin, un ingrédient crucial pour ses plats mijotés.
Alors qu'ils progressaient dans ce dédale humain, Seryatte commença à remarquer des détails troublants. Son regard s'attardait sur les semi-humains qui se faufilaient entre les étals, tous porteurs de chaînes. Une semi-humaine à la carrure imposante et au pelage brun d’ours ployait sous le poids de deux énormes barriques d'eau, ses larges épaules tremblant à chaque pas. Plus loin, une jeune femme au visage vulpin ramassait les déchets, sa fourrure rousse ternie par la poussière et la crasse. Ses oreilles pointues s'aplatissaient sur sa tête à chaque fois qu'un passant la bousculait.
L'atmosphère du marché prenait peu à peu une nouvelle dimension, plus sombre, plus oppressante. Derrière les cris des marchands et le clinquant des étals se cachait une réalité plus sinistre, que même la chaleur écrasante ne parvenait pas à masquer.
- Pourquoi ne se rebellent-ils pas ? murmura Seryatte, ses poings se serrant inconsciemment.
- Les semi-humains ont du mal à s'entendre entre espèces, tenta d'expliquer Carra, sa voix trahissant une pointe d'amertume.
- Ils ont qu'à parler plus fort !
- Carra, je peux le frapper ? demanda Ecaflip, une veine palpitant sur sa tempe. Sans attendre la réponse, il asséna une petite tape derrière la tête du simplet.
- Aïe ! Hé ! Non, mais c'est de la triche, Carra n'avait pas dit oui !
- Ma main est partie toute seule, désolé.
Carra ne put retenir un léger sourire devant leur chamaillerie, mais son regard restait grave. "Sery, j'aimerais que ce soit aussi simple que de parler plus fort... La plupart des semi-humains restent dans leurs clans, sans se mélanger avec les autres espèces. Les tigres avec les tigres, les ours avec les ours... Cette division fait leur faiblesse. Et tant que cela ne changera pas..."
Il s'interrompit brusquement. La foule autour d'eux commençait à se mouvoir différemment, comme un corps unique guidé par une force invisible. Les marchands rangeaient précipitamment leurs étals, certains fermant même boutique. L'atmosphère, déjà lourde, se chargeait d'une tension palpable.
Itachi, qui était resté silencieux jusque-là, tira doucement sur la manche de Carra. Son carnet montrait un dessin rapide : une estrade et des chaînes. Les yeux du muet ne quittaient pas un point au loin, où la foule convergeait en masse.
- La vente va commencer, souffla Carra, ses oreilles félines s'aplatissant sous sa capuche. "Nous devrions partir..."
Mais déjà, Seryatte se dressait sur la pointe des pieds, cherchant à voir par-dessus la marée humaine qui les entraînait inexorablement vers le centre de la place. "Quelle vente ? On pourrait peut-être trouver tes oreilles de wapin là-bas ?"
Ecaflip posa une main sur l'épaule du simplet, son visage inhabituellement sérieux. "Ce ne sont pas des marchandises ordinaires qu'ils vendent ici, Sery."
La foule les poussait, les entraînant malgré eux vers la grande place. Le brouhaha des conversations s'intensifiait, mêlé désormais à un cliquetis sinistre de chaînes.
Le soleil tapait encore plus fort sur la place centrale, où une estrade de bois sombre se dressait devant l'imposante fontaine. La statue dorée du roi Léopold II dominait la scène, sa célèbre canne à tête d'oie pointée vers la foule comme pour donner sa bénédiction au spectacle qui allait suivre. Les quatre compagnons se retrouvèrent coincés dans la masse compacte des spectateurs, l'air devenant de plus en plus rare entre les corps pressés les uns contre les autres.
- On devrait essayer de... commença Carra, mais sa voix fut noyée dans la clameur qui s'éleva soudain.
Un homme replet grimpa sur l'estrade, sa veste de soie chatoyant sous le soleil de plomb. Son visage rond luisait de sueur, mais ses yeux brillaient d'une lueur avide alors qu'il levait les bras pour réclamer l'attention. Le silence tomba progressivement sur la place.
- Mesdames, messieurs ! Sa voix portait jusqu'aux confins de la place. "Bienvenue à notre vente mensuelle ! Aujourd'hui, des lots exceptionnels vous attendent..."
Seryatte, sur la pointe des pieds, regardait la scène avec curiosité. "Je ne vois pas de marchandises," chuchota-t-il. "Où sont-elles ?"
Comme en réponse à sa question, des gardes émergèrent d'une tente adjacente, traînant derrière eux un jeune garçon. La foule laissa échapper un murmure d'appréciation. L'enfant, qui ne devait pas avoir plus de dix ans, avait le pelage rayé caractéristique des tigres. Ses yeux dorés, emplis de terreur, balayaient la foule à la recherche d'un visage ami.
- Voici un spécimen rare ! s'exclama le vendeur en posant une main possessive sur l'épaule de l'enfant. "Regardez-moi cette musculature naissante, cette souplesse naturelle ! Dans quelques années, ce sera un porteur incomparable."
Les doigts de Carra se crispèrent sur le pommeau de son fleuret. Sous sa capuche, ses moustaches frémissaient de colère contenue. Ecaflip posa une main apaisante sur son bras, mais ses propres traits étaient tendus.
- Mise à prix : dix pièces d’or ! lança le vendeur.
Les enchères s'enchaînèrent rapidement, les voix s'élevant de tous côtés. "Quinze !" "Dix-huit !" "Vingt !" La foule s'animait, comme enivrée par ce macabre marchandage. Des rires fusaient çà et là, des commentaires étaient échangés sur la "marchandise" comme on parlerait d'un meuble ou d'un cheval.
- Cent pièces d'or !
La voix claire et autoritaire fendit la cacophonie. Une femme élégante, son ombrelle de dentelle fermement plantée en l'air, se tenait au premier rang. Un sourire satisfait étirait ses lèvres fines.
- Adjugé, vendu à madame la comtesse ! proclama le vendeur avec emphase.
La foule s'écarta comme une mer agitée devant les quatre gardes du corps de la noble dame. Leurs carrures imposantes et leurs uniformes aux couleurs de la maison De Valois forçaient le respect - ou du moins la crainte. Au centre de ce cercle protecteur, la comtesse attendait, son ombrelle de dentelle délicatement posée sur l'épaule, tandis que les badauds se pressaient les uns contre les autres pour apercevoir la scène.
Les gardes de l'estrade durent jouer des coudes pour amener l'enfant jusqu'à sa nouvelle propriétaire, provoquant des grognements mécontents dans la foule bousculée. Les sanglots du petit furent brutalement interrompus par un coup sec d'ombrelle sur ses épaules. "Cesse donc de pleurnicher," siffla la comtesse. "Tu vas effrayer mes autres serviteurs."
Coincé dans la masse humaine, Carra ne pouvait que serrer les poings, son corps tremblant de rage contenue. La chaleur devenait insupportable au milieu de tous ces corps pressés les uns contre les autres, mais personne ne semblait s'en soucier, trop absorbé par le spectacle qui se déroulait devant eux.
Itachi, compressé entre deux marchands corpulents, tentait désespérément de garder son carnet hors de portée des coudes et des bousculades. À ses côtés, Seryatte avait perdu son sourire habituel, son visage pâlissant alors qu'il réalisait pleinement la nature de cette "vente".
- Et maintenant, mesdames et messieurs, reprit le vendeur avec un enthousiasme grotesque, "j'ai l'honneur de vous présenter un lot des plus raffinés..."
La foule ondula violemment, chacun tentant de se rapprocher pour mieux voir. Carra fut projeté contre une femme qui poussa un cri indigné. Ecaflip le rattrapa par le bras, l'empêchant de trébucher. Une nouvelle vague de badauds affluait de la rue principale, poussant ceux déjà présents vers l'avant dans un mouvement de compression insupportable.
C'est alors qu'il la vit. Les gardes amenaient sur l'estrade une jeune femme dont le port altier contrastait avec ses vêtements en lambeaux. Même à travers la forêt de têtes et de corps qui s'agitaient devant lui, Carra reconnut immédiatement son pelage blanc et roux, caractéristique des plus nobles lignées de félins. Son cœur manqua un battement. Ces marques distinctives, cette façon de tenir la tête... Une boule se forma dans sa gorge tandis que ses griffes s'enfonçaient inconsciemment dans ses paumes. Elle appartenait à son clan.
- Une délicate matou-garou, idéale pour réchauffer vos longues nuits d'hiver ! Le vendeur accompagna ses paroles d'un geste obscène qui déclencha des rires gras dans l'assistance. Les spectateurs se poussaient du coude, échangeant des commentaires salaces.
La jeune femme ne broncha pas, mais ses oreilles félines s'aplatirent légèrement, seul signe de son humiliation. Dans ses yeux brillait une dignité farouche qui refusait de plier, même au milieu de cette mer humaine hostile.
- Hideuse créature ! hurla un homme quelque part sur la droite. Une tomate pourrie fendit l'air au-dessus des têtes, s'écrasant sur le visage de la captive. D'autres projectiles suivirent, encouragés par les rires de la foule. Carra tenta de se frayer un chemin vers l'avant, mais c'était comme nager à contre-courant dans une rivière déchaînée.
- "Carra..." souffla Ecaflip, luttant pour maintenir sa position à ses côtés. "Je sais ce que tu penses, mais réfléchis aux conséquences..."
Un nouveau mouvement de foule les sépara. Seryatte et Itachi se retrouvèrent repoussés plusieurs rangs en arrière, perdus dans la masse des spectateurs. Le tumulte sembla s'estomper dans l'esprit de Carra, remplacé par le battement sourd de son cœur. Les cris des enchères se transformèrent en échos lointains, tandis qu'un souvenir brutal remontait à la surface.
Iwox. Son meilleur ami. Cette journée fatidique où ils s'étaient fait capturer tous les deux. Il revoyait encore son ami se débattre comme un forcené contre leurs assaillants, créant cette brèche providentielle qui avait permis à Carra de s'échapper. Le prix de sa liberté avait été la vie d'Iwox, dont les derniers instants le hantaient encore.
- Elle ne vaut rien ! hurla quelqu'un dans la foule.
Le vendeur poursuivait son ignoble spectacle, arrachant la robe de toile de la jeune femme pour "mieux montrer la marchandise". Les rires gras redoublèrent. Carra sentit la bile lui monter à la gorge. L'emblème de l'Auberge de la Lune, tatoué sur son épaule, semblait le brûler comme un rappel de ses responsabilités.
S'ils intervenaient... Si leur emblème était reconnu... La dissolution de la guilde ne serait que le début de leurs problèmes. Tous ces mois à construire un havre de paix regroupant des êtres extraordinaires au cœur pur, tout serait réduit à néant. Mini, Wiroh, Katalyne, Sailor qui faisait ses premiers pas de serveuse... Que deviendraient-ils si l'Auberge était démantelée ?
Les rues grouillaient de gardes et de mages de la guilde Extalia, leur emblème à tête de chacal présent sur leur tunique. Même s'ils parvenaient à libérer ces esclaves, sans clan pour les protéger, sans refuge sûr, combien de temps avant qu'ils ne soient repris ? Peut-être pour subir un sort pire encore ?
Une bourrasque de vent brûlant souleva sa capuche, révélant un instant son visage félin. Quelques spectateurs proches reculèrent instinctivement, créant une petite zone de vide autour de lui. La jeune femme sur l'estrade gardait la tête haute malgré les projectiles qui l'atteignaient. Une unique larme coula le long de sa joue, mais dans ses yeux brillait la même fierté, la même dignité qu'Iwox avait gardées jusqu'à la fin.
La décision se cristallisa dans son esprit, aussi claire que le serment silencieux qu'il avait fait sur la mémoire de son ami. Plus jamais il ne laisserait quelqu'un vivre ce qu'Iwox avait enduré. Mais cette fois, il agirait avec la sagesse que les années lui avaient apportée.
Ecaflip parvint enfin à se frayer un chemin jusqu'à lui. En voyant la détermination dans les yeux de son ami, il comprit. Son propre regard se durcit. "Carra," murmura-t-il, "quoi que tu décides..."
- On agit ! murmura Carra d'une voix tendue. "Ita fera les diversions, Sery les détachera et toi le sauvetage. Vas leur dire. Les diversions serviront de signal."
Ecaflip hocha la tête et disparut dans la foule. Le meneur de l'Auberge de la Lune serra les poings. Le choix qui s'offrait à lui était aussi simple qu'impossible : rester fidèle à ses principes ou protéger sa famille. Sauver quelques vies aujourd'hui au risque d'en condamner davantage demain...
La voix du marchand résonnait sur la place, entamant un nouveau tour d'enchères. "Vingt pièces d'or pour cette délicate créature ! Qui dit mieux ?"
Carra scruta une dernière fois la position des trois mages d'Extalia.
Le vieillard à la tunique ocre se tenait voûté sur sa canne, son dos courbé et ses épaules affaissées lui donnant l'air d'un marchand fatigué. Un petit chignon grisonnant, coiffé au centre de son crâne dans un style très nordique, contrastait avec son visage profondément ridé. Pourtant, quelque chose dans son regard perçant trahissait une vigilance qui n'avait rien de sénile. Il observait la scène avec une expression indéchiffrable, presque... ennuyée ?
La femme aux cartes étranges s'était rapprochée de l'estrade. Ses cheveux bruns ondulés s'échappaient de sous sa cape couleur terre, encadrant un visage au teint halé. Sa tenue légère sous la cape - un chemisier court et un short qui évoquaient davantage l'image d'une voyante que celle d'une mage guerrière - laissait une liberté de mouvement qu'une combattante apprécierait. Ses doigts jouaient distraitement avec son jeu luminescent, les cartes dansant entre ses mains avec une aisance presque hypnotique.
Quant à la jeune fille - seize ans tout au plus - elle avait disparu de son champ de vision, un détail qui l'inquiétait particulièrement. Il avait à peine eu le temps de noter ses cheveux blonds coupés courts et plaqués en arrière comme ceux d'un garçon, sa petite stature musclée qui dénotait un entraînement rigoureux.
Un éclair argenté traversa brièvement son regard. En hauteur, sur le toit d'une échoppe, Itachi s'était positionné. Ses mains esquissaient des gestes gracieux, préparant ses illusions. Plus loin, dans une ruelle adjacente, la silhouette d'Ecaflip se fondait dans l'ombre d'un porche, prêt à se transformer. Seryatte, lui, s'était rapproché discrètement de l'estrade, son éternelle expression naïve masquant pour une fois une détermination sans faille.
Carra ajusta sa cape, s'assurant que son emblème était bien dissimulé. Le souvenir d'Iwox brûlait dans sa mémoire, mais cette fois-ci, il transformerait cette douleur en force. Il ne laisserait pas la rage guider ses actions.
Des cris s'élevèrent aux confins de la place. Il aperçut des silhouettes monstrueuses émerger des ruelles : des créatures à la peau écailleuse, leurs corps serpentins ondulant entre les jambes des spectateurs. Même lui dut se rappeler qu'il s'agissait de l'œuvre d'Itachi, tant l'illusion paraissait réelle.
La foule réagit comme une bête affolée. Des vagues humaines se formaient, les gens se bousculant pour fuir les apparitions cauchemardesques. D'autres, fascinés par le spectacle, se pressaient pour mieux voir, créant des mouvements contradictoires qui transformaient la place en une mer agitée de corps et de cris.
- Du calme ! hurla le chef de la milice, sa voix à peine audible dans le tumulte. "Ce ne sont que des..."
D'autres visions surgirent : des poupées désarticulées descendant des façades, un ciel violet déchiré d'étoiles impossibles. Les fuyards redoublèrent leur panique, mais un nouveau phénomène se produisit. Des badauds revenaient sur leurs pas, attirés par le spectacle surnaturel comme des papillons par une flamme. Leurs yeux écarquillés reflétaient un mélange de terreur et d'émerveillement.
La panique gagna progressivement en intensité avec l’approche des monstres et la situation bascula rapidement dans un tumulte indescriptible. La masse humaine se fragmenta en courants opposés - des vagues de fuyards se heurtant à des groupes de curieux, le tout sous une pluie de marchandises renversées. Les cris de peur se mêlaient aux exclamations émerveillées, créant une cacophonie assourdissante qui résonnait entre les murs de la place.
- Illusions ! s'écria le vieillard, sa voix se perdant presque dans le chaos.
En un instant, son dos voûté et sa démarche claudicante disparurent - littéralement. Se dissipant comme un grain de sable dans le vent du désert, il se matérialisa plus près de l'estrade, sa posture soudain droite et alerte, toute trace de faiblesse évaporée. La foule en panique le força immédiatement à se téléporter à nouveau, son corps se fragmentant et se reconstituant avec une fluidité qui contrastait violemment avec l'image du vieil homme fragile.
La femme aux cartes déploya son jeu avec des gestes amples et précis, sa cape brune virevoltant autour d'elle alors qu'elle luttait pour garder son équilibre dans la marée humaine. Ses cheveux ondulés dansaient dans le vent magique qui émanait de ses cartes. Trois créatures jaillirent du jeu luminescent - des oiseaux de lumière aux ailes translucides, leurs plumes constellées d'étoiles. Ses doigts halés manipulaient les cartes avec une grâce de danseuse, chaque mouvement invoquant un nouveau compagnon.
Les créatures tentèrent de former une barrière aérienne, mais les mouvements erratiques de la foule les forçaient à constamment réajuster leur position.
Dans cette confusion totale, Carra vit sa chance. Les gardes, désorientés par ces mouvements imprévisibles, peinaient à maintenir leur formation. Même les mages d'Extalia semblaient dépassés par l'anarchie qui régnait sur la place. C'était le moment idéal. Il fit le signal convenu, et dans un battement d'ailes majestueux, Ecaflip surgit au-dessus de l'estrade. Sous sa forme de griffon, il se posa non loin des esclaves, sa silhouette imposante tranchant sur le ciel tumultueux.
Mais quelque chose changea brusquement. Carra le sentit avant même de le voir - une tension nouvelle qui n'avait rien à voir avec le chaos ambiant. Un frisson glacé parcourut son échine tandis qu'Ecaflip se raidissait, ses plumes se hérissant dans un geste de défense instinctif. L'air lui-même semblait chargé d'une énergie différente, une présence électrique qui faisait hérisser le poil sous sa cape. Au-dessus d'eux, le ciel déjà perturbé par les illusions d'Itachi se troubla davantage, comme si une force invisible le modelait. Une tache sombre apparut au zénith, pareille à une goutte d'encre dans de l'eau claire.
Les gardes de la milice tentaient de se frayer un chemin vers l'estrade, leurs armures métalliques luisant sous le ciel orageux. Mais la foule, prise entre la peur des illusions et la curiosité du spectacle, formait des remous imprévisibles qui ralentissaient leur progression. Certains trébuchaient sur les marchandises étalées, d'autres se retrouvaient séparés de leur unité par des mouvements soudains des badauds qui s'éparpillaient tels des grains de sable dans le vent.
Les nuages qui se formaient n'avaient rien de naturel - ils tourbillonnaient selon des motifs impossibles, défiant les vents chauds d'Ispahan. La température chuta brutalement. Le sable soulevé par les milliers de pieds en mouvement semblait frissonner, chargé d'électricité statique.
- Traceuse, ordonna le vieillard, criant pour se faire entendre par-dessus le tumulte, "trouve l'illusionniste !" La silhouette disparut dans un éclair de vitesse, slalomant entre les badauds.
Profitant de la confusion, Seryatte se glissa jusqu'aux esclaves et assomma, à l’aide de sa lampe à huile, le marchand trop concentré à les terroriser pour ne pas qu’ils osent s’enfuir. "Par ici," murmura-t-il, guidant les plus jeunes vers Ecaflip. La foule autour d'eux oscillait dangereusement, menaçant à chaque instant de les séparer.
Le voile nuageux sombre s'étendit rapidement, dévorant ce qui restait du ciel bleu. Des éclairs silencieux dansaient entre les volutes noires, illuminant la scène d'une lueur spectrale.
Une silhouette émergea des nuages, sa descente gracieuse contrastant avec le chaos en dessous. Des voiles noirs l'enveloppaient, claquant dans le vent électrique comme des ailes de corbeau. Il était grand, sa silhouette élancée se découpant contre le ciel orageux comme un paratonnerre vivant. Son visage, à moitié dissimulé par des bandages sombres, ne laissait apparaître qu'un regard perçant d'un bleu électrique presque luminescent et une cicatrice sous son œil droit qui luisait d'un éclat métallique - comme si la foudre elle-même avait marqué sa peau. Autour de lui, l'air crépitait d'énergie contenue, chaque mouvement de ses voiles libérant de minuscules arcs électriques qui dansaient comme des lucioles d'orage.
Les gardes qui avaient réussi à atteindre l'estrade levèrent leurs épées, formant une forêt d'acier autour des esclaves. D'autres continuaient leur progression difficile à travers la foule agitée, repoussant sans ménagement ceux qui se trouvaient sur leur passage.
- Ces créatures doivent apprendre leur place ! rugit le chef de la milice, sa voix s'élevant au-dessus du vacarme.
- Et quelle est leur place ? La voix du mage aux voiles noirs résonna malgré le tumulte. Dans un geste fluide qui souleva légèrement ses voiles, révélant un bref instant un tatouage en forme de phœnix doré à son cou, il libéra une vague d'électricité. Les armures des gardes se transformèrent instantanément en cages conductrices, immobilisant leurs porteurs. "Toi qui parles de devoir, penses-tu que ces pauvres gens méritent ce sort macabre ? Ou défends-tu juste de vieilles traditions malsaines ?"
La foule reflua violemment devant ce nouveau prodige, créant un espace momentanément dégagé autour de l'estrade. Carra en profita pour bondir vers les esclaves restants, ses fleurets repoussant les gardes qui n'avaient pas été paralysés. Le sable soulevé par la cohue lui piquait les yeux, mais il ne pouvait pas se permettre de faiblir.
- Elliarc, cria la femme aux cartes, peinant à maintenir sa position alors qu'une nouvelle vague de panique traversait la foule, "il est temps de prendre une décision !"
Le vieillard observait la scène, son visage tendu par le conflit intérieur qui l'habitait. Autour d'eux, le chaos ne faisait que s'intensifier. Des badauds fuyaient dans toutes les directions, pendant que d'autres affluaient encore, attirés par le spectacle. Cette marée humaine rendait toute action coordonnée presque impossible. Tant bien que mal, il aidait les personnes tombées qui manquaient de peu de se faire piétiner.
Le chef de la milice, rendu fou de rage par la situation qui lui échappait et l’aide des mages d’Extellia qui ne venait pas, brandit sa faux menaçante. L'arme luisait d'une lueur malsaine alors qu'il tentait de se frayer un chemin vers les esclaves, repoussant sans ménagement la foule qui le séparait de sa cible.
- Ash, priorité aux citoyens ! répondit enfin le vieillard.
Tandis que Carra parait une nouvelle attaque, un mouvement au-dessus de la foule attira son attention.
Les illusions d'Itachi commençaient à vaciller, leurs contours se dissolvant comme de la fumée dans le vent. Sur le toit de l'échoppe où il s'était posté, une ombre rapide - Traceuse, comme l'avait appelée le vieillard - tournoyait autour de lui comme une tempête. Sa petite silhouette bondissait d'un point à un autre avec une agilité surhumaine, ses cheveux blonds plaqués ne bougeant même pas tant ses mouvements étaient rapides et précis. Elle apparaissait et disparaissait si vite que même l'œil exercé de Carra peinait à la suivre.
Profitant de cette distraction, le chef de la milice chargea, sa faux traçant un arc mortel vers les esclaves les plus proches.
Carra s'interposa, ses fleurets dansaient dans une parade complexe qu'il n'avait plus exécutée depuis des années. Une vague de souvenirs l'assaillit - l'odeur de cuir des salles d'entraînement, le cliquetis des lames, les encouragements de ses maîtres d'armes, les aventures périlleuses. Ses fleurets détournèrent la faux meurtrière avec une précision calculée, son corps ondulant comme l'eau, fluide et insaisissable.
À travers la masse mouvante des corps, il voyait Seryatte se faufiler entre les badauds, guidant les esclaves un par un vers Ecaflip. Le simplet utilisait sa carrure pour leur créer un passage, son corps faisant bouclier contre la foule paniquée. Sans un mot, avec une efficacité qui contrastait avec sa maladresse habituelle, il aidait les plus faibles à grimper sur le dos du griffon.
- Tu as perdu la main, matou, railla le chef de la milice, enchaînant les attaques. Sa faux sifflait dans l'air, cherchant la moindre ouverture.
Carra ne répondit pas, concentré sur sa défense. Ses fleurets traçaient des motifs complexes, tenant son adversaire à distance tout en protégeant les derniers esclaves qui attendaient de monter. Le sable soulevé par la foule lui piquait les yeux, mais des années de combat lui avaient appris à faire confiance à ses autres sens.
Un cri de frustration retentit au-dessus de la place. Les illusions d'Itachi explosèrent soudain en une myriade d'étoiles aveuglantes, forçant Traceuse à interrompre sa course. Le chef de la milice profita de cette distraction pour lancer une attaque brutale. Carra sentit la morsure glacée de la faux magique frôler son pelage alors qu'il esquivait de justesse.
- Maintenant ! La voix d'Ecaflip résonna au-dessus du chaos.
Le griffon déploya ses ailes, et Carra sentit son cœur s'élever avec lui. Chaque battement d'ailes de son ami aussi rude soit-il à cause de poids des esclaves et de l’énergie dévorante de la transformation emportait ces âmes vers la liberté, et malgré l'épuisement du combat, une chaleur indescriptible se répandit dans sa poitrine.
Le chef de la milice rugit de rage. Sa faux fendit l'air vers les esclaves qui n'avaient pas encore embarqué, mais cette fois, l'éclair qui le frappa illumina la place comme un soleil miniature. Lorsque la lumière se dissipa, il gisait inconscient, mais vivant. Sa faux, à quelques pas, avait perdu son éclat sinistre.
Le silence tomba progressivement sur la place. Les derniers échos du combat s'estompaient tandis que la foule se dispersait, laissant derrière elle un paysage bouleversé : étals renversés, marchandises piétinées, et dans l'air encore chargé d'électricité, le crépitement persistant des éclairs. Carra observa avec soulagement qu'aucun civil n'avait été blessé grâce à l'intervention des mages d'Extalia. Pourtant, son répit fut de courte durée. Maintenant que la foule était en sécurité, ces mêmes mages allaient sûrement se retourner contre eux. Après tout, aux yeux de la loi, ils n'étaient que des voleurs qui avaient semé le chaos dans la ville. À sa grande surprise, leur réaction fut tout autre.
- Ash, Traceuse, on se retire, déclara Elliarc. "Les esclaves sont hors de notre juridiction, notre mission n'a plus d'intérêt."
Carra, les yeux fixés sur les trois mages qui après s’être regroupés s’éloignaient comme si rien ne s’était produit, eut même la vague impression qu’un sourire s’était dessinait sur le visage du vieillard. Un sourire le remerciant d’être intervenu et d’avoir sauvé les esclaves.
Malgré cette bonne nouvelle, de nouveaux gardes n’allaient pas tarder à rappliquer, il fallait s’enfuir et vite.
Carra sentit Itachi se glisser silencieusement à ses côtés, son carnet serré contre lui. Le muet esquissa rapidement quelques traits : un point d'interrogation suivi d'un griffon.
- Oui, murmura Carra. "Il faut retrouver Ecaflip."
- Carra ! La voix de Seryatte résonna dans la place déserte alors qu'il trottinait vers eux, zigzaguant entre les gardes paralysés présent encore sur l’estrade. "Tu crois qu’Ecaflip va réussir à les emmener loin..."
Le mage de foudre fit un pas vers le groupe de l'Auberge de la Lune. Des arcs électriques dansaient autour de lui, créant un halo bleuté dans l'air du soir. "Je peux vous conduire à votre ami," proposa-t-il. "Les nuages sont plus sûrs que les rues d'Ispahan ce soir."
Seryatte écarquilla les yeux. "Sur... sur les nuages ?" Il se tourna vers Carra. "On peut faire ça ?"
- La question, répondit Carra, "est de savoir si on doit le faire." Son regard croisa celui du mage de foudre, cherchant à percer le mystère de cet allié inattendu.
Itachi griffonna rapidement sur son carnet, le montrant à Carra : un dessin de gardes courant dans les rues, suivis d'un point d'exclamation.
- Il a raison, acquiesça Carra. "Les rues ne sont pas sûres, et nous devons rejoindre Ecaflip au plus vite."
Le mage de foudre tendit une main, et l'air crépita. Un nuage d'orage descendit lentement vers eux, son centre illuminé par des éclairs contenus qui couraient comme des veines lumineuses.
- C'est... c'est stable au moins ? demanda Seryatte, reculant d'un pas.
Un rare sourire éclaira le visage du mage de foudre. "Plus que tes jambes tremblantes, en tout cas."
Le voyage au-dessus d'Ispahan fut à couper le souffle. La ville s'étendait sous eux comme une maquette d'ocre et de sable, ses ruelles formant un labyrinthe complexe où s'allumaient les premières lanternes du soir. Au loin, le soleil plongeait vers l'horizon, embrasant le ciel de teintes pourpres et dorées.
- Là ! s'exclama Seryatte, pointant du doigt une forme sombre qui planait entre deux cumulus.
Ecaflip, toujours sous sa forme de griffon, maintenait un vol stationnaire, ses ailes puissantes battant régulièrement l'air. Sur son dos, les esclaves s'accrochaient fermement à sa fourrure, leurs yeux écarquillés par la peur et l'émerveillement mêlés.
Le mage de foudre guida leur nuage vers une zone dégagée à l'extérieur de la ville, où les dunes de sable offraient un atterrissage discret. Ecaflip les suivit, se posant avec précaution pour ne pas bousculer ses passagers.
- Je peux les conduire en lieu sûr, annonça le mage de foudre une fois descendu de son nuage magique.
- Et pourquoi on te ferait confiance ? La voix d'Ecaflip était chargée de méfiance.
- Parce qu’il porte l’emblème de la guilde d’Orphénia si je ne m’abuse pas, déclara Carra qui descendait tout juste du nuage
- Tes yeux sont perçants mon ami, effectivement je suis Narsus. A ses mots, le tatouage sur son cou se mit à pulser d’une lumière dorée chaleureuse. "Et je suis bel et bien un membre de la guilde Orphénia. "
- Enchanté, moi c’est Carra, meneur et gérant de L’auberge de la Lune, confia-t-il lors d’une poignée de main ferme. Puis, il se retourna vers son vieil ami et lui dit avec une grande douceur : "Sa guilde possède des ressources que nous n'avons pas. Ils pourront leur offrir une vraie chance."
- Très bien, mais tu me devras un baril de bière en rentrant.
La jeune femme féline s'inclina profondément devant Carra. "Comment pourrons-nous jamais vous remercier ?"
- En vivant libres, répondit-il simplement.
Narsus rassembla les anciens esclaves autour de lui, puis sortit quelque chose de sa tunique. "Tenez," dit-il en tendant une pierre de téléportation à Carra. "Vous rentrerez plus facilement avec ceci." Ses yeux se posèrent sur Itachi avec un demi-sourire. "Il me semble que vous connaissez bien cet objet ?"
Le muet détourna innocemment le regard, mais ses lèvres tressaillirent légèrement.
- Il est temps, reprit Narsus. Des éclairs commencèrent à danser autour de son groupe. "Nous nous reverrons, mes amis. Peut-être dans des circonstances plus... paisibles."
- Amis… grommela Ecaflip qui n’avait toujours pas digéré son contentieux avec celui qui l’avait traumatisé un mois auparavant.
Dans un grondement de tonnerre, le mage et ses protégés disparurent, ne laissant derrière eux qu'un léger picotement dans l'air.
Le retour à l'auberge se fit dans un silence contemplatif, seulement ponctué par les remarques occasionnelles de Seryatte sur la beauté du coucher de soleil. Carra, qui marchait en tête du groupe, sentait son cœur lourd de souvenirs - des souvenirs d'une époque où lui aussi portait des chaînes, d'un temps où la liberté n'était qu'un rêve lointain.
Mini et Katalyne s'affairaient dans la salle commune quand ils rentrèrent. "On commençait à s'inquiéter," lança Mini. "Vous en avez mis du temps pour des courses..."Sa voix s'éteignit quand elle vit leurs expressions.
Ce fut Seryatte qui brisa finalement le silence, sa voix inhabituellement grave alors qu'il décrivait les rues d'Ispahan, les semi-humains enchaînés, les regards vides. Itachi croquait la scène dans son carnet, ses traits plus appuyés que d'habitude, comme si la colère guidait son fusain.
- Comment peut-on traiter des humains de la sorte... commença Mini, des étincelles de rage crépitant au bout de ses doigts.
Carra s'éclipsa vers sa cuisine sans un mot. Katalyne le suivit du regard, comprenant soudain pourquoi leur ami évitait certaines villes.
- A leurs yeux, ils ne le sont pas, dit simplement Ecaflip. "Les différences sont bien trop souvent porteuses de cruauté..."
- Alors on ne peut rien faire… répondit Mini résignée.
- On peut en aider certains, reprit Ecaflip avec un sérieux plus tendre qu’à l’habitude. "Et tout faire pour changer les lois et les mentalités, mais ce sera long… très long…"
Ce soir-là, en préparant le dîner, il réalisa qu'il n'avait pas rapporté les oreilles de wapin dont il rêvait pour ses ragoûts. Mais alors qu'il s'affairait aux fourneaux, ses pensées dérivèrent vers Iwox et tous ceux qui n'avaient pas eu sa chance. L'Auberge de la Lune était devenue plus qu'un simple refuge - elle était la preuve vivante que la liberté n'était pas qu'un rêve, et que la justice n'attendait pas les décrets des puissants pour s'exercer.
Ses plats n'avaient pas besoin d'ingrédients rares. Ils seraient assaisonnés de quelque chose de bien plus précieux : la fierté d'avoir fait ce qui était juste, et le goût simple et pur de la liberté qu'il avait jadis connue, et qu'il pouvait maintenant offrir à d'autres.

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