Chapitre 11 : La colline aux wapins
La clairière de Verchamps baignait dans la lumière tamisée d'un soleil voilé. Un vent léger faisait danser les hautes herbes, apportant avec lui les senteurs des sous-bois environnants. Les aventuriers de l'auberge de la Lune s'étaient installés au centre de la clairière, savourant le repas préparé par leur chef Carra. Des paniers de provisions s'étalaient sur une large nappe, et l'odeur alléchante des boulettes de viande se mêlait à celle des tartes aux légumes soigneusement préparées la veille.
Pour Sailor l'herboriste, cette journée revêtait une importance particulière : sa première aventure en tant que membre de la guilde. L'excitation l'avait empêchée de dormir la nuit précédente - un comble pour celle qu'on surnommait "la dormeuse". D'ailleurs, la fatigue avait fini par la rattraper, et elle somnolait déjà contre le tronc d'un vieux chêne, sa main tenant encore mollement une part de tarte à moitié mangée.
- Tu es sûr que c'est une bonne idée de l'emmener pour une mission comme celle-ci ? demanda Mini à voix basse, jetant un coup d'œil à Sailor. "Les wapins ne sont peut-être pas dangereux, mais..."
- Justement, l'interrompit Wiroh en réajustant son monocle qui reflétait la lumière diffuse. "Une mission de routine sera parfaite pour son intégration. Ce ne sont que des wapins après tout."
Katalyne laissa échapper un rire moqueur tout en engloutissant une énième boulette de viande, le jus coulant sur son menton. "Des wapins ! La seule chose qu'ils savent faire, c'est finir en civet ou en moufles bien chaudes. Je parie que Carra pourrait nous en faire un délicieux ragoût."
- Même pas besoin d'être un bon chasseur pour en attraper, renchérit Mini. "Ces boules de poils sont tellement peureuses qu'elles se cachent au moindre bruit."
- Sauf qu'on n'en voit presque plus ces derniers temps, fit remarquer Wiroh, observant pensivement les sous-bois. "Étrange pour des créatures supposément si faciles à capturer."
- Normal ! lança Seryatte en attrapant une nouvelle part de tarte. "Tatie Grisemonde en chassait plein avant. Elle disait que leurs pattes portaient chance. D'ailleurs, elle en avait toujours une autour du cou et..."
- Oh, en parlant de chance, le coupa Mini avec un sourire malicieux, "Wiroh n'était pas là hier soir. Encore un dîner en ville ?"
Le mage s'étouffa presque avec sa bouchée, son monocle glissant légèrement.
- C'est vrai ça ! s'exclama Katalyne. "C'est la troisième fois ce mois-ci. Notre cher tacticien aurait-il enfin trouvé l'amour ?"
- Mes activités personnelles ne vous regardent en rien, répondit Wiroh, tentant de garder sa dignité tout en réajustant son monocle.
- Au contraire, insista Katalyne avec un large sourire, "en tant que spécialiste des relations amoureuses, je me dois de superviser ton éducation sentimentale."
Mini pouffa de rire. "Toi ? Un spécialiste ? La dernière fois que tu as voulu séduire quelqu'un, elle t'a pas craché sa bave gélifiée sur les cheveux !"
- Je te signale qu’ils ont repoussé plus soyeux qu'avant, poursuivit Katalyne en se passant une main dans sa chevelure. "Elle m'a finalement rendu service et..."
Un bruissement dans les fourrés l'interrompit. Mini se redressa aussitôt, ses poings s'illuminant d'une lueur orangée par réflexe. À quelques pas de leur nappe de pique-nique, les fougères s'agitaient doucement. Une ombre se faufila entre deux buissons.
- Là ! chuchota Mini, pointant l'endroit où les herbes hautes ondulaient encore. "Je crois que j'ai vu quelque chose."
Une paire d'oreilles grises émergea brièvement au-dessus des fougères avant de disparaître à nouveau. Le pelage de la créature se fondait si bien dans la végétation qu'elle semblait presque invisible, seul le mouvement des plantes trahissait sa présence.
- Un wapin, murmura Wiroh en se levant lentement. "S'il retourne à son terrier, nous n'aurons plus qu'à le suivre."
Un nouveau bruissement attira leur attention, plus loin cette fois. Une silhouette bondit furtivement entre deux chênes avant de s'enfoncer dans la pénombre du sous-bois.
- Il nous échappe ! souffla Mini.
- Suivons-le discrètement, suggéra Katalyne en abandonnant son repas. "Il nous mènera droit à leur cachette."
- Attendez, intervint Wiroh en réajustant son monocle. "Ne devrions-nous pas..."
- On n'a pas le temps pour un de tes plans, le coupa Katalyne en s'élançant déjà vers les arbres. "Ce ne sont que des wapins !"
Le groupe s'enfonça dans le bosquet. Les arbres centenaires s'élevaient vers le ciel, leurs branches entremêlées filtrant la lumière en motifs mouvants. Mini ouvrait la marche, ses poings enflammés projetant des ombres dansantes sur les troncs noueux.
Le sous-bois était plus dense qu'il n'y paraissait. Des ronces s'accrochaient à leurs vêtements, et des racines affleurantes menaçaient de les faire trébucher à chaque pas. Un écureuil détala devant eux, les faisant sursauter, avant qu'ils n'aperçoivent à nouveau leur proie, toujours à la même distance.
- Il est plus lent que prévu, murmura Mini avec un sourire confiant. "On dirait qu'il ne nous a même pas repérés."
La forêt semblait se refermer autour d'eux. Les arbres, d'abord espacés, laissaient maintenant à peine passer la lumière du jour. L'air devenait plus frais, chargé d'une odeur de terre humide et de mousse. Le wapin progressait tranquillement devant eux, s'arrêtant parfois pour grignoter une pousse ou renifler l'air.
- Regardez comme il est tranquille, chuchota Katalyne alors que leur proie s'approchait d'un petit point d'eau. "Il ne se doute même pas qu'on le suit."
Le wapin s'était penché au bord d'une mare, ses longues oreilles se balançant doucement tandis qu'il lapait l'eau claire.
- J'ai l'impression qu'il nous manque quelque chose, marmonna soudain Wiroh, fronçant les sourcils.
- Oui, le temps qu'on perd à le suivre aussi discrètement, soupira Mini. "On pourrait simplement le rattraper et lui faire cracher la position de leur terrier."
Un bruissement inhabituel les fit se figer. Quelque chose d'énorme se déplaçait dans les fourrés près d'eux. Une créature émergea lentement : un cafarnacier, ses antennes balayant l'air et sa carapace métallique luisant faiblement dans la pénombre.
Mini étouffa un cri de dégoût. Katalyne plaqua immédiatement sa main sur sa bouche, l'autre main lui faisant signe de se taire. Le wapin releva la tête, ses oreilles dressées. Pendant un instant qui leur parut une éternité, il fixa dans leur direction.
- Ne... bouge... pas, souffla Wiroh alors que le cafarnacier passait à quelques pas d'eux, ses pattes massives écrasant les brindilles.
Le wapin reprit finalement son chemin, apparemment rassuré. Les aventuriers attendirent que l'insecte géant s'éloigne avant de reprendre leur filature.
- J'ai horreur de ces bestioles, grommela Mini en époussetant sa tunique. "Au moins les wapins sont plus agréables à regarder."
- On se rapproche, murmura Katalyne. "Le sous-bois est plus dense ici. Leur terrier ne doit pas être loin."
En effet, leur proie semblait ralentir, ses mouvements devenant plus précis, plus... délibérés. Il s'arrêta devant un talus couvert de végétation.
- C'est là, chuchota Wiroh. "L'entrée doit être..."
Un craquement sec résonna sous leurs pieds. Katalyne, en tête du groupe, n'eut que le temps de voir la corde se tendre. L'instant d'après, un filet lesté de pierres s'abattait sur eux, les empêtrant dans ses mailles.
- Un piège ? s'étonna Mini en tentant de brûler les cordes. "Depuis quand les wapins savent-ils faire ça ?"
Mais avant qu'elle ne puisse consumer entièrement le filet, un sifflement strident retentit. Des silhouettes émergèrent des fourrés, brandissant de petites sarbacanes. Mini sentit une piqûre dans son cou, puis sa vision se troubla. Ses flammes vacillèrent avant de s'éteindre complètement.
Le wapin qu'ils suivaient se retourna lentement vers eux, et pour la première fois, ils virent clairement son expression : un mélange d'intelligence et de satisfaction.
- Des... des fléchettes soporifiques ? balbutia Wiroh, sa voix déjà pâteuse. "Il nous a menés exactement où il voulait..."
Un à un, ils s'effondrèrent dans les feuilles mortes. La dernière pensée de Katalyne avant de sombrer dans l'inconscience fut qu'ils s'étaient fait avoir comme des débutants.
- Vous savez, marmonna Seryatte alors que le sommeil le gagnait, "ça me rappelle cette fois où ma cousine..."
Le silence retomba sur le bosquet. Seul le bruissement des feuilles accompagnait les respirations régulières des aventuriers endormis. Les wapins s'approchèrent prudemment, leurs moustaches frémissant de satisfaction. L'un d'eux, portant une petite broche en forme de carotte, fit un geste autoritaire.
- Emmenez-les au terrier, ordonna-t-il avec un zozotement caractéristique. "Notre roi décidera de leur sort."
La conscience revenait lentement à Katalyne, comme s'il remontait d'un puits profond. Sa tête lui semblait lourde, et un goût étrange persistait dans sa bouche - un effet secondaire du poison, sans doute. À travers ses paupières mi-closes, il distinguait des lueurs orangées qui dansaient sur les parois. Peu à peu, ses sens s'éveillèrent, et il réalisa qu'il était solidement attaché à un pilier naturel formés par les racines des arbres centenaires. Des lianes renforcées de fibres tressées enserraient leurs poignets et leurs chevilles, tandis que d'autres entravaient leurs mouvements avec une ingéniosité surprenante. Mini ne pouvait même pas rapprocher ses mains pour concentrer ses flammes, et Katalyne était maintenu dans une position qui l'empêchait de focaliser son regard, nécessaire à sa télékinésie.
- Ma tête... grogna ce dernier en tentant de se redresser. "Je n'arrive pas à utiliser ma magie."
- Les fléchettes, murmura Wiroh, son monocle de travers. "Un poison paralysant, probablement extrait de ces champignons luminescents."
Il désigna du menton des champignons orangés qui poussaient le long des parois, leur lueur douce se mêlant à celle des carottes lumineuses plantées à intervalles réguliers. La lumière qu'ils projetaient révélait une cavité souterraine d'une ampleur inattendue.
Des tunnels s'ouvraient dans toutes les directions, certains assez larges pour que trois wapins puissent y marcher de front, d'autres plus étroits et dissimulés derrière des rideaux de racines. Les parois, loin d'être brutes, racontaient l'histoire de leur peuple à travers des motifs complexes soigneusement gravés.
- Regardez, souffla Mini, les yeux écarquillés malgré elle.
Dans un recoin, des artisans au pelage brun sculptaient des meubles dans d'immenses carottes, leurs outils créant des courbes d'une finesse surprenante. Plus loin, une wapine au pelage gris clair enseignait à un groupe de petits, traçant des symboles sur un tableau d'écorce.
Le sol lui-même témoignait d'une organisation méticuleuse : des canaux peu profonds guidaient l'eau vers des bassins de récupération, tandis que des plateformes surélevées protégeaient les provisions et les objets précieux de l'humidité.
- Ce n'est pas un simple terrier, murmura Wiroh, son œil analytique déjà en train d'étudier l'architecture des lieux. "C'est une véritable cité souterraine."
Les wapins vaquaient à leurs occupations, semblant à peine remarquer leurs prisonniers. Des guerriers, reconnaissables à leur carrure plus imposante et aux touffes de poils proéminentes sur leur torse, patrouillaient avec une discipline évidente. Leurs boucliers d'écorce et leurs lances étaient ornés de motifs complexes qui se répétaient sur les murs, suggérant une signification particulière.
Un groupe de jeunes wapins passa près d'eux, transportant des paniers remplis de racines fraîchement cueillies. L'un d'eux s'arrêta brièvement, ses moustaches frémissant de curiosité, avant qu'un adulte ne le pousse gentiment à continuer son chemin.
- J'ai déjà tout essayé, chuchota Seryatte alors que Mini tentait discrètement de se libérer. "Ces petites boules de poils sont plus malignes qu'elles en ont l'air. Les nœuds..." Il s'interrompit, remarquant le regard sévère d'un garde wapin qui s'était approché.
- Chut ! le coupa Katalyne. "Regardez qui arrive."
Un murmure parcourut la salle. Les wapins s'écartèrent respectueusement, formant un passage. Un wapin au pelage orange flamboyant s'avança, sa cape brodée de motifs complexes ondulant à chaque pas mesuré. Une couronne tressée de racines et de pierres précieuses ornait sa tête, et son sceptre-carotte brillait doucement dans la pénombre.
- Encore des chasseurs, déclara-t-il avec un mépris glacial, son zozotement caractéristique n'entamant en rien son autorité. "Vous pensiez vraiment que nous serions des proies faciles ?"
- Des chasseurs ? protesta Mini. "Non, vous ne comprenez pas, nous cherchons juste-"
- Silence ! Le roi tapa son sceptre contre le sol. "Combien des nôtres comptiez-vous ramener cette fois ? Nos peaux pour vos moufles ? Nos pattes pour vos amulettes ?"
Katalyne se pencha vers Wiroh, murmurant entre ses dents : "Si les autres apprennent qu'on s'est fait capturer par des wapins..."
- Notre réputation est finie, acheva Wiroh dans un souffle.
Deux wapins en tablier sombre émergèrent des tunnels, poussant une immense marmite sculptée dans une carotte. La vapeur qui s'en échappait n'avait rien de rassurant.
- Attendez, intervint Wiroh. "Nous ne sommes pas venus pour chasser. Nous cherchons juste une statuette."
Le roi s'immobilisa. Un silence pesant tomba sur l'assemblée. Les oreilles de tous les wapins présents se dressèrent d'un même mouvement, leurs moustaches figées. Les aventuriers échangèrent des regards perplexes, ne comprenant pas ce brusque changement d'ambiance.
Le souverain échangea un regard avec son conseiller, le vieux wapin à la barbe tressée. Ce dernier s'inclina légèrement avant de disparaître dans l'un des tunnels adjacents. Les prisonniers attendirent, mal à l'aise dans ce silence tendu, ponctué seulement par le crépitement des carottes lumineuses.
Après ce qui sembla une éternité, le conseiller réapparut, portant avec révérence un coffret finement ouvragé. Il le présenta à son roi qui, d'une patte légèrement tremblante, en sortit une statuette.
- Celle-ci ? demanda-t-il d'une voix étrangement calme, la tenant devant lui.
- Oui, c'est exactement celle-là ! s'exclama Mini avec soulagement. "On la récupère et on s'en va, promis. Pas besoin de-"
Un rire sec, presque douloureux, l'interrompit. Le roi serrait la statuette si fort que ses pattes tremblaient.
Le souverain brandit la statuette, ses yeux brillant d'une colère contenue. "Regardez cette statuette. Que voyez-vous ?"
- Un bibelot en bronze, répondit Katalyne avec dédain. "Dix pièces d'or tout au plus. On peut même vous les donner si-"
- Dix pièces d'or ? Le roi serra la statuette si fort que ses pattes tremblaient. La lumière orangée des carottes éclaira l'objet, révélant ses détails : un chasseur en tenue d'apparat, le pied posé triomphalement sur le corps d'un wapin abattu, son arbalète négligemment appuyée sur l'épaule. L'artisan avait pris soin de graver chaque détail, du sourire satisfait du chasseur aux oreilles affaissées de sa victime.
- Ce n'est pas une question de valeur, cracha le roi. "Cette... chose trônait dans leur taverne, rappelant à tous que nous n'étions que du gibier. Que nous tuer était un simple jeu, un pur divertissement. Pendant des générations, nous avons fui, nous nous sommes cachés, acceptant d'être vos proies. Plus maintenant." Il brandit la statuette devant son peuple. "La prendre n'était pas un vol, c'était un acte de résistance !"
- Nous ne savions pas... commença Mini, réalisant soudain la portée de leur mission.
- Vous ne savez jamais ! La voix du roi tremblait de rage contenue. "Vous ne vous posez jamais la question ! Mais aujourd'hui..." Il fit un signe aux cuisiniers. "Aujourd'hui, vous allez comprendre ce que ça fait d'être traités comme de la simple viande."
Un léger tremblement parcourut soudain les racines qui soutenaient le plafond. La vibration, presque imperceptible au début, fit frémir les moustaches des wapins. Un silence inquiet tomba sur l'assemblée.
- Vous avez senti ça ? murmura un jeune wapin blanc à son voisin.
Une nouvelle secousse, plus forte, fit osciller les carottes lumineuses. Des murmures nerveux commencèrent à circuler dans la salle tandis que de fines particules de terre se détachaient du plafond.
- Les galeries est sont peut-être instables, suggéra le conseiller, sa barbe tressée couverte d'une fine poussière. "Il faudrait vérifier-"
Un bruit sourd l'interrompit, suivi d'exclamations étouffées venant de l'un des tunnels. Les oreilles de tous les wapins présents se dressèrent d'un même mouvement. Un guerrier surgit en trombe, ses oreilles plaquées en arrière.
- Majesté ! Les racines... elles bougent toutes seules dans le tunnel principal !
- Comment ça, elles bougent ? Le souverain resserra sa prise sur son sceptre-carotte.
Une nouvelle secousse, plus violente, fit trembler toute la structure. Des morceaux de terre plus gros commencèrent à se détacher. Les familles de wapins se rapprochèrent instinctivement les unes des autres, les parents protégeant leurs petits.
Un jeune éclaireur gris déboula à son tour, haletant. "Une intruse... dans les tunnels ! Elle fait... les plantes..."
Un craquement sonore résonna depuis le tunnel principal. Des vrilles vertes commencèrent à serpenter le long des parois, perçant la terre comme si elle n'était que du beurre. Les guerriers wapins se mirent immédiatement en position défensive, leurs boucliers d'écorce formant une barrière devant leur roi.
- Non, non, non... Une voix familière résonna depuis les profondeurs. "Pas si vite, pas si vite ! Doucement les plantes, on a dit DOUCEMENT !"
Mini et Wiroh échangèrent un regard confus. Le mage jeta un coup d'œil aux piliers où ils étaient attachés, réalisant soudain qu'il manquait quelqu'un. "Est-ce que c'est..." commença Mini, comprenant enfin pourquoi cette sensation que quelque chose leur échappait les taraudait depuis leur capture.
Une silhouette émergea dans la lumière orangée, trébuchant légèrement. Sailor, les cheveux ébouriffés et les yeux encore gonflés de sommeil, s'épousseta maladroitement. Une couronne de fleurs sauvages s'était formée toute seule sur sa tête pendant sa progression.
- Oh ! s'exclama-t-elle, découvrant la scène. Ses yeux s'illuminèrent malgré la situation. "Ils sont adorables avec leurs petites oreilles et ces pompons !"
Les guerriers wapins échangèrent des regards déconcertés, leurs lances toujours pointées mais avec moins de conviction. L'un d'eux toussa nerveusement.
- Sailor ! siffla Wiroh. "Ce n'est vraiment pas le moment de..."
- Ah, vous êtes là ! Elle fit un pas vers ses compagnons mais trébucha sur une racine. Dans sa tentative de se rattraper, elle agrippa une liane qui pendait du plafond. Son pouvoir, amplifié par la surprise, fit instantanément croître la plante.
- Attrapez-la ! ordonna le roi.
Les guerriers s'élancèrent, mais Sailor, paniquée, recula précipitamment. À chaque pas, chaque mouvement de surprise, son pouvoir réagissait de plus en plus violemment. Des racines jaillissaient du sol, des fleurs explosaient en gerbes de pétales, des lianes s'entortillaient dans tous les sens.
- Je suis désolée ! cria-t-elle en esquivant maladroitement un guerrier wapin. "Je voulais juste... Oh non, pas ça !" Une nouvelle racine venait de surgir, projetant un meuble-carotte à travers la pièce.
- Majesté ! La voix inquiète du vieux wapin architecte s'éleva au-dessus du chaos. "Les racines principales... elles se déforment ! Si elles cèdent, toute la salle s'effondrera !"
- Sailor ! cria Wiroh. "Essaie de te calmer ! Plus tu paniques, plus les plantes s'agitent !"
Mais Sailor, acculée par les guerriers qui tentaient de l'encercler, reculait en trébuchant. Chaque sursaut, chaque mouvement de peur faisait réagir la végétation plus violemment. Des craquements inquiétants commencèrent à résonner au-dessus de leurs têtes.
- Arrêtez de la poursuivre ! supplia Mini, tirant sur ses liens. "Vous ne voyez pas que ça empire la situation ?"
- Silence, prisonniers ! lança le roi. "Cette sorcière essaie de détruire notre foyer !"
La panique commençait à gagner l'assemblée. Des familles de wapins couraient dans tous les sens, leurs oreilles plaquées en arrière par la peur. Les plus jeunes se cachaient derrière leurs parents, tandis que les anciens tentaient péniblement de se mettre à l'abri.
- Par ici ! cria un guerrier wapin, guidant un groupe vers l'un des tunnels secondaires. Mais à peine avaient-ils fait quelques pas qu'un bloc de terre s'effondra, bloquant le passage.
Un craquement plus violent que les autres fit trembler toute la salle. Une énorme racine, l'une des principales qui soutenaient le plafond, se déchira avec un bruit sinistre. Une cascade de terre et de pierres s'abattit près d'un groupe de wapins. Un ancien à la fourrure grise, ralenti par son âge, ne put s'écarter assez vite.
Sans réfléchir, Seryatte força sur ses liens. Le poison des fléchettes l'affaiblissait encore, mais l'urgence lui donna la force nécessaire. Dans un effort qui lui arracha un cri de douleur, il parvint à arracher le piquet qui le retenait et se jeta sur le vieux wapin. En le poussant hors de danger, il sentit une pierre acérée lui déchirer profondément le flanc. Le bloc de terre s'écrasa là où ils se tenaient une seconde plus tôt.
La douleur le fit grimacer. D'habitude, son pouvoir aurait déjà commencé à refermer la blessure, mais le poison rendait sa régénération inhabituellement lente. Il pouvait sentir le sang chaud couler le long de son côté.
Les wapins regardèrent la scène avec stupéfaction. Un humain venait de risquer sa vie - et de se blesser - pour sauver l'un des leurs.
- Majesté, intervint le wapin architecte alors qu'une nouvelle fissure apparaissait au plafond, "nous devons évacuer. Maintenant !"
- Pas question d'abandonner notre foyer ! Le roi serrait son sceptre avec force, ses oreilles tremblant de rage. "Ces humains... c'est encore un de leurs pièges !"
- Ce n'est pas un piège ! protesta Wiroh. "Sailor, concentre-toi sur ma voix. Respire lentement. Tu peux contrôler tes pouvoirs, nous l'avons déjà vu."
Sailor, toujours encerclée par les guerriers, essaya de suivre les conseils de Wiroh. Mais un nouveau bloc de terre s'effondra près d'elle, la faisant sursauter. Les racines réagirent instantanément, s'agitant de plus belle.
Une nouvelle secousse ébranla le terrier. Le roi restait figé, ses yeux passant des prisonniers à son peuple en panique, son sceptre tremblant dans sa patte.
Le vieux conseiller à la barbe tressée s'approcha de lui. C'était le même wapin qui l'avait aidé à transformer leur communauté de fugitifs en une véritable société.
- Majesté, dit-il plus doucement mais fermement, "je sais ce que représentent ces humains pour vous. Pour nous tous. Mais seuls, nous risquons d'y laisser beaucoup des nôtres. Nous ignorons leur puissance, mais ils pourraient être notre seul espoir."
- Mais... Le roi serra son sceptre plus fort. "Ce sont nos ennemis..."
- L'un d'eux vient de risquer sa vie pour sauver l'ancien Gris, répondit le conseiller. "Peut-être que tous les humains ne sont pas pareils. Ils méritent au moins une chance de nous prouver le contraire." Se tournant vers les guerriers, il ordonna : "Libérez les prisonniers !"
- Comment osez-vous... commença le roi.
- Majesté, l'interrompit le conseiller, "vous m'avez toujours fait confiance pour prendre les décisions difficiles. Si je me trompe, vous pourrez me bannir plus tard. Mais pour l'instant, chaque seconde compte."
Le roi observa son vieux conseiller un long moment, puis ses oreilles s'affaissèrent légèrement en signe de résignation. Sans un mot, il fit un geste aux guerriers, confirmant l'ordre.
Les effets du poison entravaient encore leurs mouvements, mais les aventuriers se forcèrent à agir. Katalyne tentait de garder son équilibre, sa vision encore troublée par les effets des fléchettes. Des cris attirèrent son attention : trois jeunes wapins couraient vers l'un des tunnels d'évacuation. Au-dessus d'eux, une imposante étagère en bois, déstabilisée par les secousses, commençait à basculer.
Katalyne leva instinctivement les mains, tentant d'utiliser sa télékinésie. Rien ne se produisit. Le poison paralysait encore trop ses sens pour qu'il puisse focaliser son pouvoir. Sans réfléchir, il se précipita et plaqua ses mains contre le meuble, tentant de le retenir par la force. Le poids était écrasant, ses bras tremblaient sous l'effort.
- Courez ! cria-t-il aux petits wapins qui s'étaient figés de peur.
Ses jambes commençaient à céder quand il sentit soudain le poids s'alléger. Un guerrier wapin au pelage brun strié de gris, une cicatrice barrant son oreille droite, s'était précipité à ses côtés, épaulant avec lui l'étagère. Leurs regards se croisèrent brièvement alors qu'ils luttaient ensemble contre le poids du meuble.
Ensemble, ils repoussèrent l'étagère qui s'écrasa lourdement contre le mur. Le wapin hocha solennellement la tête en direction de Katalyne, un geste de reconnaissance que ce dernier lui rendit.
De l'autre côté de la salle, Wiroh tentait de stabiliser un passage qui menaçait de s'effondrer. Son corps encore engourdi par le poison ne lui permit de produire qu'une fine couche de givre. Serrant les dents, il força, puisant dans ses dernières réserves. Un pilier de glace fragile se forma enfin, mais presque immédiatement, des craquements inquiétants se firent entendre.
- Ça ne tiendra pas longtemps ! cria-t-il. "Vite !"
Les wapins se précipitèrent sous l'arche de glace. Une mère portant son petit, un groupe d'anciens soutenus par des plus jeunes, des guerriers assurant leurs arrières - ils passaient aussi rapidement que possible tandis que les craquements s'intensifiaient. Les derniers venaient à peine de franchir le passage que le pilier céda dans un bruit de verre brisé. Wiroh s'effondra à genoux, épuisé par l'effort, mais au moins ce groupe était passé.
Mini, dont les flammes ne produisaient que de faibles étincelles, essayait d'éclairer les tunnels les plus sombres. Ses mains tremblaient sous l'effort, et la chaleur de ses propres flammes, qu'elle maîtrisait habituellement si bien, lui brûlait les paumes.
Seryatte, malgré sa blessure qui continuait de saigner, son pouvoir de guérison inhabituellement lent, s'efforçait toujours d'aider. Il boitait visiblement, mais continuait de guider les plus âgés vers la sortie.
- Les anciens d'abord ! coordonnait le conseiller, ses oreilles dressées captant le moindre son inquiétant. "Soutenez-les !"
Mini, voyant Wiroh s'effondrer, tenta d'intensifier ses flammes pour mieux éclairer sa zone. La douleur dans ses paumes s'accentua, mais elle tint bon. La lueur tremblotante révéla un groupe de jeunes wapins terrorisés, blottis dans un recoin.
- Par ici ! les appela-t-elle, essayant d'adopter la voix la plus rassurante possible malgré la situation.
Les petits hésitèrent jusqu'à ce qu'une voix familière les encourage : "Suivez la lumière !" C'était le guerrier à l'oreille balafrée. Ils coururent alors vers Mini, leurs petits pompons frémissant de peur.
Seryatte, toujours affaibli par sa blessure, s'appuyait maintenant contre une paroi. Son flanc continuait de saigner, mais il refusait de s'arrêter. "Les archives !" s'exclama-t-il soudain, remarquant des wapins qui tentaient de sauver des rouleaux d'écorce couverts d'écritures.
Il se traîna jusqu'à eux, ignorant la douleur. "Je vais vous aider," dit-il en attrapant plusieurs parchemins. Sa blessure le lança violemment, mais le regard reconnaissant des archivistes wapins lui donna la force de continuer.
Un nouveau craquement, plus violent que les précédents, secoua toute la structure. Sailor, qui commençait à peine à maîtriser ses plantes, sursauta. Les racines réagirent immédiatement, s'agitant dans tous les sens.
- Sailor ! cria Wiroh qui tentait de se relever. "Concentre-toi sur les petites pousses. Juste les petites..."
Elle hocha la tête, ferma les yeux, et pour la première fois depuis le début du chaos, ses plantes semblèrent répondre plus doucement. De fines vrilles vertes émergèrent des murs, créant des prises et des supports naturels.
- Utilisez les plantes ! ordonna le conseiller aux derniers groupes. "Elles nous aideront à sortir !"
Le roi, qui jusque-là était resté comme paralysé par la destruction de son royaume, sembla enfin réagir. Il bondit vers un tunnel secondaire où une partie de son peuple hésitait encore.
- Par ici ! lança-t-il. "Ce passage mène aux galeries supérieures. Nous pourrons..."
Un grondement sourd l'interrompit. Le plafond au-dessus d'eux commença à se fissurer dangereusement.
Le craquement s'intensifia. Des morceaux de plus en plus gros se détachaient du plafond, rendant chaque seconde plus précieuse que la précédente.
- Il faut sortir, maintenant ! cria le conseiller, sa barbe tressée couverte de poussière.
Le roi s'arrêta soudain. "Le coffret... la statuette. Je dois retourner la chercher."
- C'est trop dangereux ! protesta le conseiller.
- Cette statuette représente notre résistance, répondit le roi. Sans attendre de réponse, il fit demi-tour vers la salle principale.
- Majesté ! Un jeune guerrier au pelage noir et aux yeux vifs s'élança à sa suite. "Je viens avec vous !"
- Attendez ! Sailor s'engagea derrière eux. "Je peux aider !"
Le roi atteignit le trône le premier, saisissant le coffret. Un craquement sinistre résonna au-dessus de sa tête. Une énorme racine, plus grosse que toutes les autres, commençait à se détacher du plafond.
- Attention ! hurla le guerrier.
Sailor agit d'instinct. Une liane jaillit du mur, s'enroulant autour de la taille du roi pour le tirer en arrière. La racine s'écrasa dans un bruit assourdissant, exactement là où il se tenait un instant plus tôt.
- Majesté ! Le guerrier bondit près de son souverain. "Vous n'avez rien ?"
- Le coffret, murmura le roi, regardant l'endroit où il l'avait lâché dans sa chute.
- Je l'ai ! Sailor brandit le coffret qu'elle venait tout juste de ramasser.
L'impact de la racine ébranla toute la galerie. Des fissures serpentaient maintenant le long des parois, se propageant comme des éclairs à travers la terre. La poussière rendait l'air irrespirable, et des blocs de plus en plus gros commençaient à se détacher du plafond.
- Le tunnel va s'effondrer ! Le guerrier au pelage noir agrippa le bras de Sailor. "Vite !"
Sans attendre, ils s'élancèrent vers la sortie, slalomant entre les débris qui tombaient autour d'eux. Derrière eux, le grondement de l'effondrement se rapprochait inexorablement.
Sailor, le souffle court, se concentrait sur les racines autour d'eux. Pour la première fois depuis qu'elle avait découvert ses pouvoirs, elle ne ressentait pas cette peur habituelle de perdre le contrôle. La vie des deux wapins avec elle dépendait de sa capacité à maintenir le passage ouvert. Les petites pousses qu'elle faisait grandir soutenaient les parois, créant un corridor étroit mais stable.
- Plus vite ! cria le guerrier.
Mais Sailor ne pouvait pas accélérer. Chaque pas devait être calculé, chaque mouvement précis. Une erreur, un moment de panique, et le tunnel s'effondrerait sur eux. La sueur perlait sur son front tandis qu'elle forçait les plantes à pousser contre leur nature, les obligeant à soutenir le poids de la terre qui menaçait de les engloutir.
'Pense aux vies que tu protèges.', se répétait-elle.
Un craquement plus violent que les autres ébranla le tunnel. Le plafond commença à céder malgré les supports végétaux.
- On n'y arrivera pas comme ça, lança le roi. Il s'arrêta net, ses oreilles se dressant alors qu'il analysait la situation. "Plus besoin de courir. Il faut bondir !"
Le guerrier comprit immédiatement. Sans prévenir, il attrapa Sailor par la taille. "Tenez-vous bien !"
La jeune femme n'eut pas le temps de protester. Les deux wapins se propulsèrent en avant, leurs puissantes pattes arrière les projetant bien plus loin et plus vite qu'elle n'aurait pu courir. Derrière eux, le tunnel s'effondrait presque instantanément, comme si sa magie, en se retirant, avait donné le signal à la terre de reprendre ses droits.
Sailor s'agrippa au guerrier, son cœur battant la chamade. Étrangement, elle ne ressentait plus cette peur paralysante qui l'accompagnait habituellement. Une sorte de calme l'avait envahie, comme si le fait d'avoir réussi à contrôler ses pouvoirs, même brièvement, pour protéger les autres, avait changé quelque chose en elle.
Un dernier bond les propulsa vers la lumière. Ils émergèrent du terrier dans un nuage de poussière, roulant dans l'herbe alors que l'entrée s'effondrait définitivement derrière eux. Des exclamations de soulagement s'élevèrent - toute la communauté des wapins les attendait, retenant son souffle.
Ils roulèrent dans l'herbe, haletants, couverts de terre. Le vent léger faisait onduler les hautes herbes autour d'eux, transportant l'odeur âcre de la poussière qui s'échappait encore de l'entrée effondrée. Le guerrier aida Sailor à se relever tandis que le roi se redressait, serrant toujours le coffret contre lui.
Une petite wapine au pelage blanc du nom de Glover s'approcha timidement. "Notre maison..." murmura-t-elle, ses oreilles baissées de tristesse. Des sanglots étouffés commencèrent à se faire entendre dans la foule. Des parents serraient leurs petits contre eux, des anciens touchaient la terre de leurs pattes tremblantes.
- C'est leur faute ! La voix colérique d'un jeune guerrier wapin brisa l'atmosphère de deuil. Ses oreilles étaient plaquées en arrière, son pelage hérissé de rage. "Ces humains ont tout détruit !"
Un frémissement parcourut l'assemblée. Des oreilles se dressèrent, des moustaches s'agitèrent nerveusement. La tension était palpable.
- Surtout elle ! cracha une wapine âgée, pointant Sailor d'une patte tremblante. Son cri déclencha une vague de réactions. Des wapins reculèrent instinctivement, tirant leurs petits derrière eux. D'autres s'avancèrent, leurs pattes tapant nerveusement le sol. "Sa magie a ravagé notre foyer !"
Les voix s'élevèrent de partout, se mélangeant dans un concert d'accusations. Les plus jeunes bondissaient sur place d'agitation, leurs pompons frémissants de colère. Un groupe d'anciens secouait tristement la tête, leurs barbes tressées oscillant au rythme de leurs soupirs.
- Des générations de travail, anéanties !
- Nos archives ! Nos provisions !
- Combien de temps avant qu'ils ne reviennent nous chasser ?
Le guerrier à l'oreille balafrée, Fiver, fendant la foule agitée. "L'un d'eux a sauvé mes petits," intervint-il, regardant Katalyne. Les trois jeunes wapins se pressèrent contre leur père, leurs petites oreilles encore tremblantes au souvenir du danger. "Ils nous ont aidés à évacuer."
- On n'aurait pas eu besoin d'évacuer sans eux ! Un ancien frappa sa canne-carotte contre le sol. Les feuilles mortes de la forêt volèrent autour de lui. "Il y a une heure à peine, nous voulions les transformer en ragoût, et maintenant nous devrions leur faire confiance ?"
Le roi restait immobile, ses oreilles pivotant pour capter chaque voix, chaque accusation. Son regard passait de son peuple aux aventuriers, de la colère à la confusion. Une brise plus forte agita sa cape, soulevant un nuage de poussière du terrier effondré.
Un jeune wapin au pelage roux bondit en avant. "Mon grand-père m'a montré les cicatrices sur ses oreilles ! Les humains les lui ont faites pour leurs amulettes !" D'autres wapins approuvèrent vigoureusement, leurs oreilles s'agitant de concert.
- Mais regardez, intervint une wapine d'âge mûr, sa voix calme tranchant avec l'agitation ambiante. "La magicienne des plantes... elle a risqué sa vie pour sauver notre roi." Quelques murmures d'approbation se firent entendre, aussitôt noyés sous de nouvelles protestations.
Le proche conseiller du roi, Dandelion, s'apprêtait à parler quand Mini fit un pas en avant, les feuilles mortes craquant sous ses pieds. "Nous devrions partir," dit-elle doucement, posant une main sur l'épaule de Sailor. "Notre présence n'arrange rien."
L'air sembla se figer quand Sailor se dégagea doucement. Ses pas la menèrent au centre du groupe, là où la terre était encore chaude des éboulements. Ses jambes tremblaient, mais sa voix portait une sincérité déchirante. Lentement, délibérément, elle tomba à genoux.
Un hoquet de surprise collectif secoua l'assemblée. Des petits wapins se hissèrent sur la pointe des pattes pour mieux voir, leurs parents trop stupéfaits pour les en empêcher.
- Je suis désolée, dit-elle, des larmes dans la voix. La poussière du terrier maculait sa robe, mais elle ne semblait pas s'en soucier. "Tellement désolée. Je ne voulais pas... je ne savais pas contrôler..." Elle baissa la tête jusqu'au sol, son front touchant la terre. "Je vous en supplie, pardonnez-moi."
Le vent lui-même semblait retenir son souffle. Les wapins échangeaient des regards incrédules, leurs moustaches frémissant d'émotion contenue. Même les plus hostiles restaient sans voix devant ce spectacle : une humaine, agenouillée dans la poussière de leur ancien foyer.
- Je vous aiderai à reconstruire votre terrier, poursuivit-elle, relevant la tête mais restant à genoux. Des larmes traçaient des sillons dans la poussière sur ses joues. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour réparer ce que j'ai détruit."
- Nous vous aiderons tous, ajouta Wiroh, s'avançant à son tour. Le son de son monocle qu'il réajusta nerveusement sembla résonner dans le silence soudain. "Nous ne partirons pas tant que vous n'aurez pas un nouveau foyer."
Le bruissement des conversations reprit, mais différemment. Les voix étaient plus basses, plus incertaines. Des regards s'échangeaient entre les familles. Un ancien se pencha vers un autre, leurs barbes se touchant presque tandis qu'ils chuchotaient. Des petits tiraient sur les oreilles de leurs parents, posant des questions à mi-voix.
Le conseiller saisit ce moment. Sa barbe tressée oscillait doucement tandis qu'il s'avançait, ses pattes foulant précautionneusement l'herbe couverte de débris. "Hazel, mon roi," commença-t-il, sa voix portant juste assez pour être entendue de tous, "peut-être que dans chaque malheur se cache une opportunité."
Une bourrasque plus forte fit frémir les feuilles des arbres au-dessus d'eux. Le roi fixait toujours Sailor, agenouillée dans la poussière. Son sceptre-carotte tremblait légèrement dans sa patte.
Un vieil architecte wapin, son pelage gris strié de blanc, fit un pas en avant. "Nous pourrions construire plus grand," dit-il, ses moustaches frémissant d'excitation contenue. "Avec leur magie... les galeries pourraient être plus solides, plus..."
- Plus solides ? l'interrompit un guerrier, ses oreilles frémissant d'indignation. "Cette sorcière a détruit notre foyer en quelques minutes !"
- Elle l'a détruit sans le vouloir, intervint le guerrier qui avait accompagné Sailor. De la terre tombait encore de son pelage noir. "Imaginez ce qu'elle pourrait faire en essayant de nous aider."
Les murmures reprirent, plus animés. Des groupes se formaient et se défaisaient, les wapins bondissant d'une conversation à l'autre. Les anciens hochaient leurs têtes barbues, pesant chaque argument. Les mères serraient leurs petits contre elles, mais leurs regards n'exprimaient plus la même peur.
Le roi Hazel fit un pas vers Sailor. Le silence retomba immédiatement, si profond qu'on pouvait entendre les derniers gravats rouler dans les ruines du terrier. Il s'arrêta devant elle, son ombre couvrant sa silhouette toujours agenouillée.
- Relevez-vous, dit-il finalement. Son zozotement habituel semblait moins prononcé, comme si chaque mot était choisi avec un soin particulier. "Nous n'avons pas besoin de voir un humain à genoux. Nous avons besoin..."
Il s'interrompit, cherchant ses mots. Son regard balaya son peuple - les familles inquiètes, les guerriers méfiants, les anciens pensifs, les petits curieux qui se cachaient derrière leurs parents.
- Nous avons besoin, reprit-il, "de mains fortes et de cœurs vaillants pour reconstruire." Une de ses oreilles tressaillit légèrement. "Si votre offre est sincère, si vous êtes prêts à nous aider vraiment..."
Il ne termina pas sa phrase, mais son intention était claire. Un nouveau murmure parcourut l'assemblée, différent des précédents. C'était un son d'acceptation prudente, d'espoir timide. Même les plus réticents semblaient comprendre que leur roi venait de prendre une décision historique.
Les premières lueurs de l'aube trouvèrent la communauté des wapins déjà en mouvement. Le conseiller Dandélion coordonnait les différents groupes - cueilleurs pour reconstituer les provisions, guerriers pour établir un périmètre de sécurité, architectes pour planifier la structure. Les aventuriers se mêlèrent naturellement aux équipes, chacun là où il serait le plus utile.
Sailor guida le groupe d'exploration jusqu'à un chêne millénaire. Sa main tremblait légèrement quand elle la posa sur l'écorce rugueuse, concentrant toute sa volonté. Des racines émergèrent lentement du sol, se courbant pour former une arche naturelle. Les exclamations étouffées des wapins témoignaient de leur émerveillement - et de leur méfiance persistante.
Les premiers jours furent tendus. Les creuseurs observaient Mini avec inquiétude quand elle approchait ses flammes des parois. Les architectes vérifiaient chaque racine que Sailor faisait pousser. Wiroh et Katalyne travaillaient en silence, conscients des regards méfiants qui les suivaient. Seuls les plus jeunes semblaient oublier parfois leur peur, pour être immédiatement rappelés à l'ordre par leurs aînés.
Le soleil descendait derrière les arbres quand le premier vrai problème survint. Un groupe de creuseurs avait atteint une zone particulièrement dense en racines. Malgré les efforts de Sailor, certaines refusaient obstinément de bouger.
- C'est impossible, grommela un vieux wapin, essuyant la terre de son museau. "Cette partie est trop dure. Il faut changer les plans."
L'architecte en chef, une règle-carotte coincée derrière l'oreille, secoua la tête. "Si nous dévions de cette trajectoire, toute la structure sera déséquilibrée."
- Et si nous brûlions ces racines ? suggéra un jeune creuseur, regardant Mini avec espoir.
- Non ! plusieurs voix s'élevèrent en même temps. Un wapin plus âgé, Floki, son pelage presque blanc, s'avança en tapant sa canne contre le sol.
- Vous voulez laisser cette humaine utiliser le feu dans nos galeries ? Avez-vous déjà oublié ce qui est arrivé à notre ancien foyer ?
Un murmure d'approbation parcourut le groupe des plus conservateurs. La tension montait dangereusement. Des groupes se formaient clairement - les plus jeunes wapins tendaient à se rapprocher des aventuriers, tandis que les plus âgés se regroupaient autour du protestataire.
- La galerie ouest ? cracha un autre wapin. "Celle que l'humaine a renforcée avec ses plantes ? Et quand elles mourront ? Quand elles pourriront ? Tout s'effondrera !"
C'est alors que Sailor, qui était restée silencieuse jusque-là, s'approcha d'une des racines récalcitrantes. Sans un mot, elle posa sa main dessus et ferma les yeux. Au début, rien ne se passa. Puis, très lentement, des pousses commencèrent à émerger de la racine elle-même.
- Les racines vivantes ne pourrissent pas, dit-elle doucement. "Elles grandissent. Elles s'adaptent. Comme votre peuple l'a toujours fait."
Le vieux Floki ouvrit la bouche pour protester, mais s'arrêta net. Les pousses continuaient de croître, formant progressivement un motif qui ressemblait étrangement aux gravures traditionnelles qu'il avait lui-même sculptées dans leur ancien terrier.
Le silence qui suivit fut rompu par le bruit d'une canne qui tombait au sol. Le vieux Floki s'était approché des pousses, ses moustaches frémissant d'émotion contenue. Ses pattes tremblaient légèrement lorsqu'il effleura les motifs.
- Ces spirales... murmura-t-il. "Ce sont les mêmes que mon grand-père m'a apprises. Les mêmes qu'il tenait de son grand-père."
L'architecte en chef s'avança à son tour, sa règle-carotte oubliée derrière son oreille. "Les racines vivantes comme supports... Nous pourrions créer des galeries qui grandiraient avec notre communauté."
Le vieux Floki ramassa sa canne, ses oreilles baissées en signe de réflexion. "Dans mon jeune temps," dit-il lentement, "nous évitions les arbres vivants. Trop dangereux, disaient les anciens." Il marqua une pause. "Mais peut-être que certains changements ne sont pas forcément mauvais."
- Ces motifs traditionnels, commenta le conseiller Dandélion en s'approchant, "ils racontent l'histoire de notre peuple. Chaque courbe parle de nos épreuves, de nos victoires."
Wiroh ajusta son monocle, étudiant les dessins complexes. "Et maintenant, nous ajoutons nos techniques aux vôtres. La glace se mêle à vos gravures, les plantes de Sailor renforcent vos galeries..."
- Comme si nos histoires se mêlaient, acquiesça le conseiller. "La plupart des humains ignorent tant des créatures… mais sans doute l'inverse est vrai aussi."
- Je reconnais que chaque jour passé à vos côtés enrichit mes connaissances sur votre société, admit Wiroh. "Finalement, cette quête que je pensais routinière nous aura permis d'ouvrir nos yeux un peu plus sur le monde qui nous entoure."
Une semaine s'était écoulée depuis l'effondrement. Le travail avait trouvé son rythme, et avec lui, une collaboration hésitante s'installait. Mini durcissait les parois sous l'œil toujours vigilant - mais moins hostile - des creuseurs. Wiroh créait des supports de glace pendant que les architectes calculaient les angles, leurs discussions devenant progressivement des échanges plutôt que des ordres méfiants. Katalyne déplaçait les matériaux lourds en suivant les instructions précises de Fiver, le guerrier balafré, leurs techniques se complétant naturellement.
Le vieux Floki passait maintenant des heures avec Sailor, lui enseignant les significations des motifs traditionnels qu'elle reproduisait avec ses plantes. Ses pattes tremblantes guidaient les siennes, montrant comment chaque spirale représentait la continuité de leur peuple, comment chaque courbe évoquait le cycle des saisons.
La méfiance n'avait pas disparu - des regards inquiets suivaient encore les flammes de Mini, des murmures s'élevaient quand Sailor façonnait une nouvelle section - mais elle s'était teintée d'une curiosité prudente. Les wapins commençaient à comprendre que ces humains ne cherchaient pas à dominer, mais à aider.
Mini s'appliquait à durcir les parois d'une nouvelle galerie quand elle sentit un regard sur elle. Un jeune wapin au pelage brun clair l'observait, ses oreilles oscillant entre curiosité et méfiance.
- Pourquoi vous nous aidez ? demanda-t-il soudain. "Les autres humains préfèrent chasser nos pattes pour leurs amulettes."
Mini interrompit son travail, cherchant ses mots. "C'est... c'est juste ce qu'on fait. On aide ceux qui en ont besoin."
- Pourtant aucun humain ne nous a jamais aidés, insista le petit wapin.
Un vieux wapin qui supervisait les travaux non loin s'approcha doucement. "Les humains ne pensent qu'à leur profit," dit-il avec une amertume qui semblait née de longues années d'expérience. "C'est ce qui a creusé tant de fossés entre nos peuples."
Mini observa les cicatrices sur ses pattes. "On n'est pas tous comme ça," répondit-elle doucement. "Notre guilde... on apprend à voir au-delà des apparences. Quand on est arrivés, on voulait juste récupérer la statuette car nous ignorions son importance. Il s'agissait juste d'aider notre amie Sailor à s'intégrer dans notre famille. Maintenant..." Elle regarda tour à tour le jeune et le vieux wapin.
- Maintenant, vous nous aidez à construire un nouveau terrier alors que rien ne vous y oblige, répondit le jeune wapin avec une innocence dans la voix.
- Oui... Nous essayons de faire ce qui est juste.
Le jeune wapin redoubla d'énergie et se mit à creuser là où la terre était plus meuble, provoquant un léger sourire sur le visage de Mini qui sentait sa peine s'évanouir peu à peu.
Deux semaines s'étaient écoulées depuis leur arrivée. Le nouveau terrier prenait forme. Les galeries principales étaient stabilisées par un mélange harmonieux de racines vivantes et de techniques traditionnelles. Wiroh et les architectes avaient créé un atelier commun, leurs plans tracés dans la glace couvrant les murs. Mini, en collaboration avec les artisans, créait des cavités dans les parois qui, remplies de cristaux de glace, diffusaient la lumière des carottes de manière magique - les petits wapins les avaient surnommées "lanternes arc-en-ciel".
Seryatte s'était révélé être un pont naturel entre les groupes. Les anciens appréciaient ses histoires décousues qui rappelaient leur tradition orale, tandis que les petits le suivaient partout comme son ombre. "Et c'est alors que ma tante Grisemonde..." commençait-il invariablement, déclenchant des bonds d'excitation chez son jeune public aux longues oreilles.
Ce qui avait commencé comme deux groupes distincts collaborant par nécessité était devenu progressivement une équipe unique. Les wapins qui avaient été si hostiles au début racontaient maintenant comment "leurs humains" les aidaient. La méfiance avait cédé la place à quelque chose de plus profond - une reconnaissance mutuelle, un respect né du travail partagé.
Un matin, alors que le soleil filtrait à travers les racines du grand chêne, un petit groupe de wapins découvrit quelque chose d'étonnant. Dans une des nouvelles galeries, là où les racines vivantes rencontraient la glace de Wiroh et les renforcements de Mini, des cristaux naturels avaient commencé à se former. La lumière qui les traversait créait des motifs complexes sur les murs, rappelant étrangement les dessins traditionnels des wapins.
Le vieux Floki, qui passait par là, s'arrêta net à cette vue. Ses moustaches tremblèrent d'émotion.
- Les anciens parlaient de cavernes de cristal, murmura-t-il. "Dans les histoires de notre peuple... mais personne n'en avait jamais vues."
Le roi Hazel, qui supervisait les travaux non loin, s'approcha pour observer le phénomène. Son expression restait indéchiffrable, mais ses oreilles étaient dressées avec intérêt. Il s'apprêtait à commenter les cristaux quand un wapin porteur de message déboula dans la salle, ses oreilles plaquées en arrière par la peur.
- Un Ophilys ! haleta-t-il. "Il est rentré dans la cinquième galerie est ! ".
- L'équipe de Brépin... ils étaient en train de poser les supports... , s’exclama une wapine avec horreur.
Une vague de panique parcourut l'assemblée. Même les guerriers les plus aguerris semblaient tendus, leurs oreilles s'agitant nerveusement.
- Combien étaient-ils ? demanda le roi, sa voix grave.
- Quatre jeunes avec Brépin, répondit la wapine. "Deux en sont à leur première saison de travail."
Le roi serra son sceptre. "S'il est déjà entré dans la galerie, il est trop tard pour eux." Ses oreilles s'affaissèrent légèrement. "Nous devons la faire effondrer cette section avant qu'il n'atteigne le reste du terrier. Un Ophilys affamé ne s'arrêtera pas tant qu'il n'aura pas vidé toutes nos galeries."
- On ne peut pas les abandonner ! protesta Mini, ses poings s'enflammant déjà.
- Vous ne comprenez pas, répondit le roi. "Un seul regard de ses yeux ambrés et vous êtes pétrifié. C'est ainsi que nous avons perdu nos meilleurs guerriers par le passé."
- Alors on ne le regardera pas dans les yeux, déclara Mini en s'élançant vers la galerie est.
- J'arrive aussi ! lança Sailor en la suivant, malgré les nombreux efforts qu’elle avait déjà fournis, elle avait toujours à cœur de se racheter.
- Attention à son regard ! cria Wiroh. "La pétrification peut durer plusieurs minutes !"
Le guerrier à l'oreille balafrée, Fiver, fit un bond en avant. "Je viens avec vous." Deux autres guerriers wapins le rejoignirent, leurs museaux déterminés malgré leur peur évidente.
- Vous êtes fous, murmura le roi alors qu'ils disparaissaient dans le tunnel. "Complètement fous..."
Le groupe progressait rapidement dans les galeries, guidé par les guerriers wapins qui connaissaient chaque tournant. Les flammes de Mini projetaient des ombres dansantes sur les parois, créant des jeux de lumière inquiétants.
- Par ici, chuchota Fiver. "La galerie de Brépin n'est plus très..."
Un cri étouffé l'interrompit, suivi du bruit caractéristique d'écailles glissant sur la terre. Mini baissa instinctivement son regard vers le sol, comme les wapins le lui avaient conseillé.
La lueur de ses flammes révéla d'abord une queue écailleuse aux reflets métalliques, puis un corps massif qui ondulait avec une grâce létale. Les courtes pattes de l'Ophilys griffaient la terre tandis qu'il se déplaçait, cherchant sa proie.
- Là-bas, murmura Sailor, désignant un renfoncement où se terraient les jeunes wapins et Brépin. Ils étaient immobiles, probablement déjà pétrifiés par le regard du prédateur.
L'Ophilys tourna brusquement sa tête vers eux, ses yeux ambrés luisant dans la pénombre. Les guerriers wapins bondirent sur les côtés, évitant son regard mortel. Mini projeta une gerbe de flammes devant elle, créant un rideau de feu entre eux et la créature.
- Il faut l'attirer loin des petits ! lança Brawn, l'un des guerriers wapins.
- Sailor, appela Mini sans quitter le sol des yeux, "tu peux les atteindre ?"
Sans hésiter, Sailor posa ses mains sur la paroi. Des vrilles vertes commencèrent à émerger du mur, rampant vers le groupe pétrifié. L'Ophilys, sentant le mouvement, se retourna vivement. Mini intensifia ses flammes, forçant la créature à reculer.
Le serpent géant frappa soudainement. Ses crocs manquèrent Sailor de peu, qui restait concentrée sur sa tâche malgré la peur. Le guerrier balafré la poussa hors de portée, mais la queue du serpent le frappa violemment.
L'Ophilys se ramassa sur lui-même, s'enroulant autour d'un pilier naturel. Les racines qui le composaient commencèrent à craquer sous la pression.
- Il va tout faire s'effondrer ! cria Fiver.
- Mini ! appela Sailor, ses yeux soudain éclairés par une idée. "Les racines sont toutes connectées !"
Elles n'eurent pas besoin d'en dire plus. Des racines jaillirent de tous côtés tandis que les flammes de Mini s'intensifiaient. Les guerriers wapins, comprenant leur intention, bondirent autour de la créature, la forçant à détourner son regard mortel.
Un craquement distinct retentit - mais cette fois, ce n'était pas la galerie. Les écailles du serpent, soumises à la chaleur intense, se fissuraient. L'Ophilys poussa un dernier sifflement de rage avant de s'effondrer, vaincu par la puissance combinée des flammes et des racines.
Un silence de mort tomba sur la galerie, rompu seulement par le bruit des derniers gravats qui tombaient du plafond. Mini, épuisée, laissa ses flammes s'éteindre doucement. Sailor s'appuya contre la paroi, ses jambes tremblantes sous l'effort qu'elle venait de fournir.
- C'est... c'est fini ? demanda Pimpin, l'un des jeunes wapins qui commençait à retrouver sa mobilité.
Fiver s'approcha prudemment du corps de l'Ophilys, ses oreilles aux aguets. Après un examen minutieux, il hocha la tête. "Fini."
Brépin, qui venait aussi de sortir de sa pétrification, regardait autour de lui avec incrédulité. "Les supports... la galerie..." Il observa les dégâts causés par le combat.
- On reconstruira, dit simplement Fiver. Puis, se tournant vers Mini et Sailor : "Sans vous, nous aurions perdu plus que quelques supports aujourd'hui."
Des bruits de pas précipités résonnèrent dans le tunnel. Le roi apparut, suivi de plusieurs guerriers et de Wiroh. Ils s'arrêtèrent net devant le spectacle : l'Ophilys mort, les murs noircis par les flammes, les racines enchevêtrées, et le groupe improbable de survivants couverts de terre.
Le roi Hazel s'avança lentement, examinant la scène. Ses yeux s'attardèrent sur les jeunes wapins sauvés, puis sur le corps du prédateur, et enfin sur Mini et Sailor.
- Vous avez risqué vos vies, dit-il doucement. "Pour sauver les nôtres."
- C'est ce que font les amis, répondit Mini, serrant doucement contre elle Pimpin qui ne semblait pas vouloir la lâcher.
Cette victoire commune marqua un tournant. Dans les jours qui suivirent, la méfiance céda progressivement la place à une collaboration de plus en plus naturelle. Les wapins, d'abord réticents, commencèrent à voir les possibilités qu'offraient les pouvoirs de leurs anciens "ennemis". Mini n'était plus la menaçante maîtresse des flammes, mais celle qui pouvait durcir leurs galeries. Sailor, dont la magie avait détruit leur ancien foyer, devenait celle qui permettrait au nouveau de grandir et de s'épanouir.
Les deux semaines qui suivirent virent ainsi le nouveau terrier prendre forme, né non plus de la peur et de la méfiance, mais d'un mélange harmonieux entre traditions wapins et magie humaine. Les galeries principales étaient désormais stabilisées, renforcées par un ingénieux mélange de racines vivantes et de techniques traditionnelles. Les zones communes avaient été aménagées avec soin, intégrant les innovations nées de leur collaboration.
Un soir, alors que les aventuriers aidaient à la finition d'une nouvelle section, le conseiller Dandélion s'approcha d'eux.
- Nous devrions pouvoir terminer seuls maintenant, dit-il, sa barbe tressée oscillant doucement. "Vous nous avez appris plus que nous n'aurions pu l'imaginer."
Le roi Hazel, qui finissait de discuter avec ses gardes, s'avança à son tour. "Un mois s'est écoulé depuis votre arrivée", déclara-t-il. "Quand vous êtes venus chercher cette statuette, nous n'avons vu que des humains de plus." Il fit une pause, ses yeux parcourant les galeries où leurs magies s'entremêlaient désormais. "Mais vous nous avez montré qu'il existe autant de façons de voir le monde qu'il y a de peuples pour l'habiter. Ce terrier n'est pas seulement plus grand et plus sûr que l'ancien - il est la preuve que nos différences peuvent devenir notre force."
Cette nuit-là, un festin fut organisé dans la grande salle centrale. Les carottes lumineuses projetaient une lueur chaleureuse sur les murs ornés de cristaux de glace et de motifs végétaux. Les tables en carotte débordaient de mets : baies fraîches, herbes aromatiques, et bien sûr, les traditionnelles carottes préparées selon des recettes ancestrales.
Le roi Hazel se leva, attirant naturellement l'attention de l'assemblée. D'un geste, il fit apporter un coffret finement ouvragé.
Il prit la statuette entre ses pattes. "Cette statuette... elle représentait notre résistance, notre colère contre les humains." Il regarda son peuple mêlé aux aventuriers, partageant rires et histoires. "Mais aujourd'hui, elle ne reflète plus ce que nous sommes devenus. Vous l'avez bien méritée."
Wiroh s'avança pour la prendre. "Nous ne la ramènerons pas à notre commanditaire," déclara-t-il. "Si vous le permettez, nous la garderons à l'auberge de la Lune, comme symbole de cette aventure. De cette amitié inattendue."
- Nous avons un autre présent pour vous, s’exclama le roi Hazel avec fierté.
À ce moment, cinq wapines s'avancèrent. Willa, la doyenne des wapines, son pelage gris strié de blanc, portait dans ses pattes un collier fait de racines délicatement tressées, orné de petits cristaux naturels qui captaient la lumière. Elle s'approcha de Sailor et le lui passa autour du cou.
- Nous les avons fabriqués nous-mêmes, expliqua-t-elle doucement. "Chaque tresse représente une histoire de notre peuple."
Une à une, les autres wapines s'avancèrent, chacune portant un collier unique. Willa la plus jeune des cinq, dont les oreilles tremblaient légèrement d'émotion, offrit le sien à Mini.
- Ces colliers sont sacrés pour notre peuple, expliqua le roi Hazel. "Ils vous identifieront comme amis des wapins. Où que vous alliez, montrez-les à l'un des nôtres, et vous serez accueillis comme des alliés."
La soirée se prolongea tard dans la nuit. Mini jouait avec les petits wapins, leur montrant des tours avec ses flammes. Wiroh et les architectes échangeaient encore des idées pour de futures améliorations. Sailor discutait plantes médicinales avec les anciennes, pendant que Katalyne et les guerriers partageaient des techniques de combat.
Seryatte, pour une fois, avait trouvé un public qui appréciait vraiment ses histoires. Un groupe de guerriers wapins s'était rassemblé autour de lui, leurs oreilles dressées avec attention tandis qu'il racontait ses aventures. Leurs rires résonnaient dans la galerie chaque fois qu'il mimait une chute particulièrement spectaculaire ou une rencontre improbable. Même les plus âgés s'étaient approchés pour écouter, leurs moustaches frémissant d'amusement à chaque nouvelle anecdote.
Le lendemain matin, alors qu'ils se préparaient à partir, Fiver, le guerrier balafré s'approcha de Katalyne.
- Mes petits n'oublieront jamais ce que vous avez fait, dit-il simplement.
De retour à l'auberge de la Lune après un mois d'absence, ils furent accueillis par une voix familière. - Une simple quête de routine, hein ? Ecaflip les observait, nonchalamment installé à une table, les pieds négligemment posés dessus. "Vous en avez mis du temps. J'espère au moins que la récompense en valait la peine."
Wiroh baissa les yeux vers la statuette qu'il tenait, un léger sourire aux lèvres. Les colliers des wapins brillaient doucement à leurs cous, rappelant les promesses d'amitié échangées sous la terre.
Près de la cheminée, Sailor s'était déjà installée, ses paupières lourdes annonçant un de ses fameux sommeils imminent. Ses doigts caressaient distraitement une petite pousse qui avait émergé entre les pierres - un souvenir vivant de leur collaboration avec les wapins.
- Tu n'imagines même pas... répondit-il doucement. "Nous sommes partis chercher une statuette, et nous avons découvert tout un peuple avec son histoire et ses traditions. Ça fait réfléchir sur toutes ces fois où l'on accepte une quête sans vraiment comprendre ce qui se cache derrière..."
La statuette trouva sa place sur une étagère de l'auberge, à côté d'autres souvenirs de leurs aventures. Elle représentait plus qu'une simple quête accomplie - elle symbolisait un pont bâti entre deux mondes que tout semblait opposer. L'Auberge de la Lune venait de prouver une fois de plus que sa force résidait dans sa capacité à voir au-delà des apparences, à tendre la main à ceux que d'autres considéraient comme des ennemis.

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