La voie de la connaissance

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Le 49er battait déjà son plein, dans une tabagie épaisse. Il fallait jouer des coudes pour se frayer un chemin parmi les groupes compacts d’Indiens venus brûler leur paye. La plupart, trop pauvres pour se payer une fille, se contentaient de bière insipide ou de quelques lampées de la tequila maison, réputée dans tout le Golfe pour vous trouer l’estomac. Sur la piste de danse, un Anglo-Saxon qui frôlait l’obésité, et qui semblait vêtu d’un pyjama, à ceci près que son polo bas de gamme arborait la raison sociale d’un club sportif inexistant, déployait à contre-temps une chorégraphie grotesque, avec d’autant plus de conviction qu’il était encouragé hypocritement par trois greluches. Celles-ci espéraient sans doute par leur flatterie obtenir de lui, avant la fermeture, quelques liquidités – à tous les sens du terme. L’hypocrisie locale avait concilié la chèvre et le chou, c’est-à-dire le besoin de défonce de l’homme désœuvré et la fiction islamiquement correcte, en fixant l’heure de fermeture des boîtes de nuit à trois heures trente du matin au plus tard, ce qui n’arrangeait pas les affaires de mes Tartares.

Je déambulai, scrutant le brouillard de fumée pour trouver Kamila, me dégageant des sangsues chinoises et africaines qui s’agrippaient à moi, pour finir par tomber sur l’incontournable Kermadec. Celui-ci, après m’avoir informé que l’Ouzbek était sortie avec un client, et qu’elle reviendrait d’ici une vingtaine de minutes, me présenta le type avec lequel il buvait :

-- Capitaine de corvette Pasquier, du Doudart de Lagrée, actuellement en escale. Un ancien camarade de l’Ecole Navale. On peut dire, pour parler vulgairement, que nous avons fait les quatre cents coups ensemble…

-- Et même, il y a peu, le quatre cent-unième…

-- Le seul qui compte ! Notre petit secret…

Il descendit un verre de tequila cul sec, serrant sa mâchoire qui tremblait, avant de le déposer, vide, sur le plateau d’une Filipina qui passait par là.

-- Que nous vaut votre présence à Abu Dhabi ? demandai-je au commandant.

Le Voyageur répondit pour lui :

-- Tolstoï disait que la carrière militaire était la seule où l’on pût se donner bonne conscience en ne faisant rien, et je vous laisse deviner, mon cher Henri, quel genre d’activité recouvre ce doux euphémisme…

-- En réalité, intervint le militaire, qui était de petite taille, félin et musculeux, nous ne sommes pas totalement désœuvrés. Chaque escale implique l’organisation d’un cocktail. Sans oublier le travail de renseignement…

-- Ce qui signifie envoyer par pigeon voyageur à l’Etat-Major de la Marine, des photographies sur papier glacé d’installations portuaires que n’importe quel adolescent muni d’un smartphone peut se procurer en un clic sur Google Earth…

-- Je reconnais que cette partie est quelque peu obsolète, mais il y a bien d’autres choses.

-- Pasquier fait partie des « forces spéciales ». Ancien para des commandos marine. Son hobby : la voltige. Avec cela, on se demande ce que tu peux bien foutre ici, au lieu de hanter le Monte Carlo Beach Club, le Sheraton, le Hiltonia, le Radisson Yas… Entre les resorts aseptisés et les bars compassés et non-fumeur des palaces, tu as l’embarras du choix : n’importe quelle pouffiasse devrait te tomber dans les bras, à la seule vue de tes insignes…

-- Dans les « forces spéciales », comme tu dis avec dégoût, les insignes, il vaut mieux éviter de les arborer. Et puis ici, on a le choix, on gagne du temps. On choisit la taille, le poids, la race, le tempérament, la couleur des cheveux ; l’heure, le lieu et la manière. Ce n’est pas cher…

-- Pas cher pour toi ! Le garagiste indien adipeux, il casque…

-- Jouer les tombeurs m’assomme. Quant aux dindes de passage qui me harcèlent, je préfère largement les filles d’ici. Ce sont les cons qui ont honte de payer, mais ne leur en voulons pas : grâce à eux, les tarifs restent raisonnables…

-- En tant que membre des forces spéciales, n’as-tu pas peur de tomber un jour sur une espionne ?

-- Cela n’arrive que dans les films. Et me servir ici permet, entre autres, d’éviter ça.

-- Tu les sous-estimes ! Certaines pourraient s’incruster ici, grimées en putes, pour t’extorquer tes petits secrets.

-- Les confidences sur l’oreiller, je n’en fais jamais. Surtout avec ce genre de filles. Avec moi, dès que c’est plié, on remballe tout. Et j’ai si peu de choses à cacher : tout est calme, en ce moment.

-- Avec ce qui se prépare dans la région, ça ne devrait pas durer longtemps, dis-je.

-- Je n’en sais rien. L’Etat-Major s’inquiète des achats d’armes de Téhéran. On m’a fait surveiller un type. Mais dès que j’étais sur le point d’apprendre quelque chose, ça freinait en haut lieu, on me remettait sur les affaires courantes…

Sans doute un malentendu entre la branche du ministère chargée des ventes illicites d’armes à la république islamique, et les services spéciaux dont le job consistait à s’en inquiéter.

-- Il ne s’agit, reprit Pasquier, que de vieilles pétoires, de fusils mitrailleurs de seconde main, de matériel déclassé du génie ou des transmissions, de systèmes de guidage obsolètes… Toute une ferraille dont les trafiquants du monde entier se débarrassent auprès de fonctionnaires naïfs ou corrompus. Ce n’est pas avec ça qu’ils mettront au point leur bombe atomique.

-- Tu dois avoir du pain sur la planche aux Emirats. Dubaï est bourré d’Iraniens, et on commence à en voir pas mal par ici : un véritable nid d’espions, pour utiliser une expression chère à la littérature de genre…

-- C’est bien pour ça que le type que je surveille ne met jamais les pieds ici. Il est basé là où on ne l’attend pas : les Etats-Unis. Il signe ses contrats dans les casinos de Vegas ou d’Atlantic City, avec tout l’argent blanchi nécessaire sous la main – ici ce serait plus compliqué, ils sont hystériques sur les jeux d’argent. Toujours cette foutue charia… Je ne fais que coordonner les informations que nous envoient nos agents en Amérique. Le Doudart croise dans le Golfe, prêt à arraisonner un dhow si nécessaire, en espérant que les gens du Quai d’Orsay sachent gérer correctement la partie diplomatique.

Je portai mon verre aux lèvres d’un air détaché, tentant de cacher l’intérêt prodigieux que suscitaient en moi ces paroles, lorsque je ressentis au cou une morsure humide.

Kamila était revenue. D’un œil sale et gourmand, elle commença à me chuchoter toutes sortes de cochonneries. Je lui demandai de me présenter Youliya. Elle m’entraîna vers une lolita qui sirotait un verre de blanc en compagnie de deux hommes que j’identifiai comme turcs. Elle était vêtue d’un élégant tailleur blanc, une certaine joie de vivre émanait de son regard, dans lequel on ne trouvait nulle trace de vice. La putasserie n’avait pas encore imprégné tout son être, et je lui donnai vingt-trois ans au plus. Kamila me prévint qu’au 49er prévalait un « code d’honneur » fort simple : on ne dérangeait pas une fille en conversation avec un homme, à moins de lui proposer une passe. Même si elle était seule, il était malvenu de leur parler plus de quelques minutes à titre gracieux. Selon Kamila, je n’avais pas d’autre solution, si je voulais l’interroger, que de l’emmener rapidement à mon hôtel. Elle s’apprêtait à partir avec l’un des deux Turcs, et peut-être, en échange d’une prime conséquente, avec les deux. Son travail fini, elle reviendrait peut-être au 49er, mais rien n’était moins sûr. Elle pouvait entre-temps recevoir un texto d’un client régulier, ou bien les Turcs pouvaient décider de finir la soirée avec elle dans un club quelconque, à moins qu’ils n’aient payé pour une nuit entière ; et si Youliya décidait de repartir à la chasse au client, elle pouvait opter, selon Kamila, pour un concurrent du 49er, comme le Blitz ou le Rock Bottom. La concurrence était moins vive au Blitz car la plupart des filles étaient chinoises. Il y avait certes moins de clients potentiels, car l’on y venait aussi pour jouer au billard. Mais une Ouzbek au Blitz, c’était ce qui s’approchait le mieux de l’idéal de la femme blanche scandinave. Il ne fallait pas trop en abuser, car les Chinoises, graduellement expulsées du 49er par les Tartares, avaient fait du Blitz leur ultime refuge ; et elles pouvaient se montrer féroces. Quant au Rock Bottom, on n’y trouvait pas que des working girls ; des couples de la classe moyenne inférieure européenne, philippine ou chinoise venaient parfois y finir la nuit, après que l’orchestre eut laissé sa place à l’inévitable bande enregistrée de mélopées internationales à la sauce techno. Youliya y chassait le blanc qui n’assumait pas encore son statut de micheton, prêt à payer le triple pour la fiction d’une long-term girlfriend.

Youliya me salua du désormais traditionnel « Are you Arabic ? ». Je commençai à me douter qu’il n’y avait pas là tant une affirmation qu’une vérification. Malgré les élucubrations de Jane, je n’avais pas le « type syrien », pour autant que ces termes eussent un sens. Pour les filles du 49er, mon arabité n’était qu’une potentialité, qu’elles associaient à des risques accrus : se faire pincer avec un ressortissant local à la sortie d’un débit de boisson ; la brutalité légendaire des clients locaux ; leur goût pour certain orifice. Ces aspects méritaient une compensation spécifique, et Youliya et ses consoeurs ne s’intéressaient à mon ethnicité qu’afin de me ranger dans une catégorie tarifaire.

Elle exigea un prix fort raisonnable. Les clients, endurcis, ne prisaient pas particulièrement les jolies filles. Ils avaient assez vécu pour savoir que leur plaisir dépendait bien plus du comportement au lit de la demoiselle, et des propriétés pneumatiques, dermatologiques, et géométriques des chairs qu’ils allaient palper. De plus, au pays de l’abaya, on avait peu d’occasions de se pavaner pour la frime avec une couverture de magazine. Selon Kamila, les filles minces n’avaient aucune chance avec les Arabes, ni avec les Indiens – pour celles qui voulaient bien d’eux.

Le taxi filait vers l’hôtel Jumeirah, dans une ambiance morose et tendue. Youliya me tournait partiellement le dos et voulait éviter la conversation. Dans l’ascenseur elle gardait le nez sur ses textos. Une fois dans ma suite, elle se précipita dans la salle de bains pour y prendre une interminable douche, avant de me demander d’en faire autant.

« L’acte » fut plus que décevant. On ne pouvait concevoir moins d’intimité entre deux personnes de sexe opposé. Un entretien d’embauche, une visite chez l’infirmière, un examen du permis de conduire, étaient plus humains, plus empathiques que ce misérable simulacre de coït. On sentait que tout en moi la répugnait. Elle réduisit nos contacts corporels au minimum : après m’avoir allongé sur le dos, elle s’accroupit au-dessus de moi, se lubrifia abondamment la chatte avec du gel, avant d’y introduire ma verge dûment gainée de caoutchouc. Puis elle mit en route un va-et-vient aussi rapide que monotone, avec les jambes suffisamment écartées, et ses cuisses musclées assez relevées, pour éviter toute rencontre entre ma chair et la sienne – à chaque descente, elle s’arrangeait pour que le bas de ses fesses s’arrêtât à quelques centimètres de mes aines. Quand je tentai de la peloter, elle repoussa mes mains avec agacement. Afin de hâter mon orgasme, elle pompait vigoureusement mon gland avec ses muscles du vagin.

On eût dit une entreprise de démembrement du mâle par la dérision. Sa soif inexpugnable tournée en ridicule, réduite à un éternuement, à une risible expectoration, que dis-je, à une excrétion qui oblitérait tout lien possible avec la femme, et par là même toute possibilité de sublimation affective. Rien de plus nihiliste, de plus cynique, de plus désespéré que ce frottement de muqueuse, que ce concentré de mépris et de honte, que cette rage de la sève qui n’en finissait pas de cogner à la porte, derrière laquelle se trouvait une autre rage, celle de la femelle toujours angoissée par le manque, et prête à toutes les dégradations pour entasser un peu plus, au cas où… C’était une rencontre entre deux haines de soi, celle de l’homme jamais débarrassé de sa semence, celle de la femme qui n’a jamais assez engrangé pour apaiser sa peur.

Le « plaisir » survint au bout de deux minutes, pas plus : trois ou quatre palpitations sans agrément, et le soulagement de mettre fin à sa corvée. Elle se leva, se précipita vers la salle de bains où je l’imaginai faire couler une eau bien chaude et se frotter très fort. Elle revint, s’habilla à la hâte et me demanda de l’argent pour son taxi. Je lui fis observer qu’ayant payé pour une heure, elle pouvait bien rester un peu. Je parvins à la garder en lui proposant de l’alcool, et aussi parce que je la tenais avec l’argent du taxi. Je préférai ne pas penser au feu d’artifice que je me serais payé avec Kamila, pour cent dirhams de moins.

Après quelques verres d’un cocktail gazeux à la tequila, du même tonneau que ceux sifflés par nos adolescents pendant leurs bacchanales, je la sentis moins rugueuse et décidai d’attaquer frontalement.

-- Connaîtrais-tu une certaine Amara ?

-- Amara ?

-- Kamalova.

-- Une copine de fac. Working girl.

-- Où est-elle ?

-- Abu Dhabi.

-- Où ?

-- Voilà un mois que je ne l’ai vue. Je n’ai jamais su où elle habitait. On discutait au 49er. Nous sommes allées deux fois à la plage ensemble. Elle n’a pas répondu à mes derniers textos.

-- Elle venait souvent au 49er ?

-- Au début, tous les soirs. Après, plus rarement. Avec les clients, elle était bizarre… Moi, je ne pourrais pas.

-- Pas quoi ?

-- Elle aimait les hommes. Elle tombait amoureuse. Elle leur proposait des girlfriend contracts. Cela durait trois, six mois. Jusqu’au jour où ils repartaient, où elle se rendait compte qu’ils se servaient d’elle, parce qu’ils trouvaient cela plus pratique, plus propre, que d’enfiler toutes les filles à la queue leu leu… Quand elle a débarqué au 49er, on a toutes été surprises : une fille d’une pareille classe… Elle jouait les putes endurcies, elle prétendait se faire un maximum de clients, mais on voyait bien qu’elle aimait trop le sexe, elle consentait des ristournes, elle baisait gratis avec les beaux gosses… et puis une fois qu’un type l’avait baisée quatre ou cinq fois, elle tombait amoureuse… Les types étaient fous d’elle : ancienne hôtesse de l’air, elle aimait l’opéra, la gastronomie, les vieilles pierres, elle avait visité des dizaines de pays, mais elle aimait aussi la partouze, son téléphone était truffé de photos porno…

-- Elle avait toutes les qualités que l’on recherche chez une courtisane…

-- Du moins tant qu’elle n’avait pas trop bu. Alors elle parlait trop crûment. Les clients n’aiment pas trop cela, ils recherchent l’illusion d’avoir affaire à une lady, une fille qui ne se dévergonde que pour eux seuls.

-- Que venait-elle faire ici ?

-- Elle travaillait pour payer les études de sa fille, restée à Boukhara. Elle rêvait pour elle de la London School of Economics… La première fois qu’elle est tombée amoureuse, c’était d’un habitué du 49er, un anglais, un roux…

-- Mac Cormack.

-- Il s’appelait David. Je n’ai jamais su son nom. Ils sont restés trois mois ensemble, mais elle lui a découvert une famille en Irlande. Il l’a brutalement congédiée quand sa femme et ses gosses sont venus passer six semaines à Abu Dhabi. Mais il l’a quand même embauchée dans son entreprise. Depuis, je la voyais moins souvent. Elle avait assez de contacts pour se passer de venir au club. Elle s’en tirait avec deux ou trois boyfriends, tous en contrats de longue durée. Un jour, elle est réellement tombée amoureuse de l’un d’eux. Encore un Anglais. Elle disait qu’il avait un petit sexe, même pas dur, mais qu’il lui faisait l’amour pendant des heures… Elle ne mettait même plus de capotes, même avec les clients de passage. Un jour ce qui devait arriver, arriva. Elle était sûre que l’enfant était de son boyfriend. Il n’a rien voulu savoir, elle est allée avorter en Turquie, contre des bakchichs. Elle a saigné pendant quinze jours. Aux dernières nouvelles, elle continuait à le voir. Mais en lui facturant le prix fort. Quand elle revenait ici, c’était à la recherche d’un homme qui accepterait de lui faire l’amour sans capote, un homme qui l’aimerait, un homme qui lui ferait un bébé… Elle se disait prête à être fidèle, mais je ne la croyais pas. La chienne en chaleur aurait repris le dessus, tôt ou tard…

-- Tu disais que Mac Cormack était un habitué ?

-- Il venait très régulièrement. Il se levait toutes sortes de filles. Parfois il disparaissait pendant quelques mois, soit qu’il en prît une en contrat de longue durée, soit que sa femme européenne vînt lui rendre visite.

-- Et c’est au 49er qu’il a rencontré Amara ?

-- Bien sûr.

-- Etait-il au courant de ses activités ?

-- Lesquelles ?

-- Le fait qu’elle y « travaillait »…

-- Bien entendu. Comment pourrait-il en être autrement ?

-- Je ne sais pas… Peut-être aurait-il pu s’imaginer qu’elle était différente…

-- J’ai connu quelques puceaux idéalistes dans ma vie, mais je peux t’assurer que ce n’est pas le cas de David.

L’Irlandais savait donc qu’Amara tapinait au 49er. Il l’y avait même recrutée. L’avait-il embauchée en échange d’un engagement de ne pas y retourner, qu’elle aurait rompu ? Ou bien le club n’était-il qu’un prétexte, qui masquait le vrai motif de son licenciement ?

Je lui donnai l’argent du taxi et la laissai filer. Lorsqu’elle me jeta un dernier regard de l’autre côté de la porte entrebâillée, j’y décelai comme un remords. Celui de n’avoir assuré qu’un service minimum. A moins que ce ne fût qu’une chimère de puceau idéaliste.

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