La soirée pyjama
Lïa m’invite chez elle samedi soir. Je débarque chez elle avec mon sac à dos quasi vide et mon tél à 3 %. Sa mère part faire un footing, nous on discute, assises sur les chaises hautes qui tournent de la cuisine. On rit pas mal, puis elle me dit qu’elle doit me raconter son date désastreux avec Jérémy qui date d’il y a déjà 3 mois.
— Bon alors… par où commencer. Alors déjà, c’était pendant les vacances. Je me lève, il est 10 heures et là, je me souviens de quoi ? J’me souviens que je vais voir Jérémy à 12 heures. Donc je m’habille et je vais prendre le bus. Là déjà ça me saoule, j’avais le dernier épisode de ma série à regarder donc ça m’a tendue. Donc je prends le bus, j’arrive là où on s’était donné rendez-vous et je le vois pas. J’attends. J’attends. Je n’aime pas attendre. Ça me tend très très beaucoup à la folie fort. Là je le vois enfin arriver, ça fait… pas une minute que je l’attends. Pas deux. Nannnn ! Ça fait 15 putain de minutes que je l’attends.
Son ton me fait rire aux éclats et je suis déjà hilare. Elle déteste quand les gens sont en retard…
— Donc, il est en retard et le mec il m’sort « on va manger à O’tacos ».
Elle me regarde avec ses yeux las, exaspérés.
— Je n’aime PAS O’tacos. Mais bon j’me dis « Lïa on fait un effort ». Donc on va manger à O’tacos.
Sa manière théâtrale me tue de rire, je suis presque en train de me rouler par terre de rire.
— On rentre à O’tacos et… ça pue bordel. Mais bon je me dis toujours « Lïa on fait un p’tit effort ». Donc là il veut prendre un truc à partager, je dis d’accord. Moi j’ai la dalle. Le bail arrive, il est déjà 13 h 15, chuis affamée. Donc la barquette grosse comme ça là.
Elle me montre la taille d’un petit cahier.
— Il mange… les trois quarts ! À ce moment-là, j’ai faim Aurou. J’ai très faim mais je fais un effort.
Elle se lève et me dit :
— Attends t’as pas tout entendu, garde ton rire là !
Elle poursuit :
— Donc là il dit « on s’assoit à côté ». Sauf que moi j’ai mes lunettes avec la big barre sur le côté, je lui dis en mode tranquille « viens on se met plutôt face à face ». Il me regarde et tu sais ce qu’il me dit ? Il me dit « Non ». Genre mdr le gars. Il se lève. Il me pousse. Il s’assoit à côté de moi. Donc je le vois pas, pour lui parler je dois tourner la tête de fou. Là je suis déjà beaucoup tendue. Il me parle en mâchant Aurou. Je VOIS l’intérieur de sa bouche et ce qu’il y a dedans Aurou. Je ne voulais pas voir. Et là, il parle. Il. Me. POSTILLONNE. Dessus. Pas un p’tit postillon Aurou. Le truc c’était une flaque ! La taille d’une mare. Et le bail, ça atterrit sur mon BRAS. Tous ses miasmes sont sur mon bras. Je meurs là tu vois ? Donc là je suis énervée.
Beaucoup Aurou. Et là j’me dis bon, il a fini de manger, on y va. Là on passe devant le glacier. Il me sort « tu veux une glace ? ». Moi là je me dis « AAAAh il se rattrape », en plus j’ai trop la dalle donc j’lui dis « vas-y ». Donc il m’achète une glace. Je mange ma glace et là il me sort « on va voir la boutique de BD ». Mais Aurou ! Qu’elle est loin sa putain de boutique. Donc, je le suis. Et j’ai pas fini ma glace ! Donc là, comme si c’était pas déjà assez hard, il commence à pleuvoir bordel. Et il fait quoi Jérémy ? Bah il s’dit « et si on courait ». Donc il me fait courir. Je suis en crocs Aurou. Je n’ai pas fini ma glace. Et là il veut que je cours…
Elle me regarde désespérée et s’en est à pleurer de rire.
Donc je cours Aurou. Je cours pour aller à la boutique de BD. Donc on arrive, et il voit qu’il y a un nouveau tome de sa BD préf qui est sorti et il me sort « j’ai plus d’argent ». Du coup, je cherche en moi encore un peu de bonne volonté et je me dis « azz tranquille ». Je lui achète sa saloperie de BD. Il ne dit PAS merci Aurou. Je m’attendais à un minimum de gratitude de sa part mais Nannnnn nan. Donc là, on se dit au revoir et en partant il me sort « tu me rembourses la glace demain du coup ? ». Ah là là c’était la cerise sur le gâteau Aurou. T’sais sur le moment pendant une seconde j’me suis dit « il blague ». Nan nan il blaguait pas. Bon en sah j’l’ai jamais remboursé mais trkl. Bref, plus jamais de date avec Jérémy quoi.
On se marre sur le récit de ce date, puis sa mère rentre. On mange de la pizza et on passe la nuit sur le canapé, devant la baie vitrée, avec toute la vue sur la ville de Saint-Denis. C’est splendide ! Toutes ces lumières, la ville s’endort sans nous. Depuis sa maison on voit absolument tout car elle habite dans les hauts de Bellepierre. On fixe la lune, on cherche des formes dans les nuages. On parle, un peu, beaucoup, énormément. On se demande ce que ça fait de savoir qu’un jour on aura une dernière nuit. On se rend compte qu’un jour on ne pourra plus regarder la ville dormir. On ne pourra plus voir les étoiles. On ne pourra plus sentir la douce brise du soir. Que c’est triste !

Annotations
Versions