Chapitre 1 - L’ÉVEIL - Partie III - Contact

3 minutes de lecture

L’escalier est étroit.

Le métal grince sous mon poids, comme s’il n’avait pas été prévu pour être utilisé par quelqu’un qui tient encore debout.

Plus je descends, plus l’air change.

La fraîcheur clinique du laboratoire disparaît.

Ici, ça sent la rouille humide, la chair confinée, l’électricité brûlée.

Une chaleur lourde colle à la peau, presque intime.

Je compte les marches sans m’en rendre compte.

Treize.

En bas, un couloir voûté s’ouvre devant moi.

Les murs ne sont plus blancs.

Ils ont été recouverts d’une matière grisâtre, épaisse, comme un isolant organique qui aurait poussé sur le béton.

Je tends la lampe : la surface n’est pas lisse.

Elle pulse.

Lentement.

Je retire la lumière.

La pulsation continue.

Je fais un pas.

Un bruit humide répond quelque part devant.

Un froissement.

Un déplacement lent, pesant.

Je braque la lampe.

Au milieu du couloir, quelque chose est accroupi.

D’abord, je crois à un homme nu, maigre, dos voûté.

Puis il se redresse.

Trop haut.

Trop droit.

Sa colonne vertébrale est visible sous la peau translucide, comme si on l’avait polie.

Ses bras sont démesurés, articulations inversées.

Le visage…

Le visage est presque intact.

Presque.

Les yeux sont ouverts mais vitreux, injectés de veines noires.

La bouche est entrouverte, et à l’intérieur, il n’y a pas de langue.

Il y a un tissu gris, nerveux, qui s’agite comme une anémone sous-marine.

Il me voit.

Je le sais.

Il penche la tête.

Un craquement sec.

Puis il avance d’un pas.

Je lève la Beretta.

— Ne bouge pas.

Ma voix est ridicule dans cet endroit.

La chose ne ralentit pas.

Elle marche en traînant les pieds, comme un homme fatigué.

Je tire.

Le coup claque dans le tunnel, résonne contre les parois.

La balle le frappe à l’épaule.

La chair éclate.

Pas de sang.

Une matière sombre, visqueuse, coule lentement… puis se rétracte vers la plaie.

La plaie se referme.

Je reste une fraction de seconde immobile.

Erreur.

Il bondit.

Pas comme un humain.

Pas comme un animal.

Il se plie sur lui-même et se détend en un seul mouvement, percute le mur, rebondit, me frappe de côté.

Je tombe.

L’arme glisse, cogne le sol.

Le choc me coupe le souffle.

La créature est sur moi en un instant.

Son poids est énorme, sa peau chaude, humide.

Son visage est à quelques centimètres du mien.

Je sens son odeur, pas de putréfaction.

Quelque chose de chimique.

La masse grise dans sa bouche s’agite, cherche.

Je plante le couteau.

La lame entre sous les côtes.

Je tire vers le haut.

La matière interne se déchire avec un bruit mouillé.

La chose hurle.

Un son aigu, métallique, qui vrille les tympans.

Elle recule, se cogne contre la paroi.

La surface organique du mur se met à vibrer, comme si elle réagissait à la douleur.

Je me relève en titubant, récupère l’arme.

Je vise la tête.

Deux tirs.

La première balle traverse la joue.

La seconde explose l’orbite.

Cette fois, la matière ne se rétracte pas.

La créature s’effondre.

Je reste debout, bras tendu, plusieurs secondes.

Le silence revient par vagues.

Puis je réalise que je saigne.

Une entaille profonde court le long de mon avant-bras.

La peau est ouverte, nette, jusqu’au muscle.

Je serre les dents, prêt à voir le sang couler.

Il coule.

Rouge.

Normal.

Puis il ralentit.

Je regarde la plaie.

Les bords frémissent.

Les fibres se rapprochent.

La chair se soude, lentement, comme si une main invisible recousait de l’intérieur.

Je recule d’un pas.

Je secoue la tête.

Ce n’est pas possible.

En moins d’une minute, il ne reste qu’une cicatrice pâle.

Je fixe mon bras.

Je respire plus vite.

— Qu’est-ce que vous m’avez fait…

Le mur derrière moi pulse encore.

Plus fort.

Un grondement traverse le sol.

Pas un bruit d’effondrement.

Un signal.

La masse du monstre au sol se met à trembler.

Je pointe l’arme.

Son torse s’ouvre.

Pas comme une blessure.

Comme une fleur.

De l’intérieur, quelque chose rampe.

Plus petit.

Plus rapide.

Une forme allongée, sans yeux, avec une mâchoire circulaire.

Je tire.

Encore.

Encore.

Les balles éclatent la créature avant qu’elle ne me touche.

Des fragments organiques retombent en pluie épaisse.

Cette fois, ça ne bouge plus.

Je baisse l’arme lentement.

Mes mains tremblent.

Le couloir est silencieux.

Trop silencieux.

Je sais que ce n’était pas un accident.

Ce n’était pas une fuite de laboratoire.

Quelqu’un a voulu voir si je survivais.

Je regarde le corps inerte à mes pieds.

Il n’était pas né comme ça.

Il a été transformé.

Et moi ?

Je lève les yeux vers la pénombre au bout du tunnel.

La sensation revient.

Cette pression derrière les tempes.

Une pensée qui ne vient pas de moi.

— Adaptation confirmée.

Je serre les dents.

Je ne suis pas seulement en train de fuir.

Je suis en train d’être évalué.

Annotations

Vous aimez lire Olivier Delguey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0