Chapitre 1 - L’ÉVEIL Partie IV - Sortie

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Je reste immobile un moment, l’arme toujours levée.

Le tunnel semble s’être refermé sur lui-même, comme si rien ne s’était produit.

La matière organique sur les murs pulse encore, mais plus lentement.

Comme un cœur satisfait.

Je m’agenouille près du corps.

Enfin… de ce qu’il en reste.

La peau translucide s’est ternie, devenue grisâtre.

Les traits humains reviennent doucement à la surface, comme si la monstruosité n’avait été qu’un masque temporaire.

Je détourne les yeux.

Ce n’était pas un animal.

C’était un homme.

Je me relève, nettoie la lame sur un pan de tissu qui pend au mur.

Le cuir de mon blouson est taché.

Je vérifie mon chargeur.

Moins de munitions que je ne l’aurais voulu.

Au fond du couloir, une porte métallique attend.

Plus simple que les autres.

Pas de lecteur biométrique.

Juste une barre horizontale de sécurité.

Je m’approche.

Chaque pas résonne plus fort qu’avant.

Ce n’est pas moi qui fais du bruit.

C’est le bâtiment.

La porte cède sous la pression.

Un courant d’air froid me frappe le visage.

L’odeur change brusquement.

Plus de formol.

Plus de chair.

Sel.

Je cligne des yeux.

Devant moi, une rampe monte vers la surface.

Une lumière naturelle, blafarde, filtre par une ouverture en hauteur.

Je distingue le ciel à travers une grille.

Je monte.

Chaque marche me donne l’impression de sortir d’un ventre.

Le bruit sourd du réseau s’éloigne à mesure que je m’élève.

La pression derrière mes tempes s’allège.

Arrivé en haut, je pousse la trappe.

Elle s’ouvre avec un cri métallique.

Le vent me frappe.

Un vent réel.

Chargé d’iode et d’embruns.

Je sors à l’air libre.

Le ciel est gris, bas, saturé de nuages lourds.

Devant moi, un complexe industriel abandonné s’étend à perte de vue.

Béton fissuré, hangars éventrés, tours de refroidissement.

Et plus loin, la mer.

Une île.

Je me retourne vers la trappe.

Un bâtiment sans fenêtres, massif, encastré dans la roche.

Au-dessus de l’entrée, gravé dans le béton :

ÆTERNA

Les lettres sont noircies par le temps, mais intactes.

Je fais quelques pas en avant.

Le sol est humide.

Des mouettes tournent au-dessus des structures comme si tout cela n’était qu’un décor oublié.

Puis j’entends le déclic.

Je me fige.

Un projecteur s’allume au sommet d’une tour.

Puis un second.

Puis un troisième.

Ils convergent vers moi.

Je lève les yeux.

Une caméra pivote lentement.

Son objectif brille sous la pluie fine qui commence à tomber.

Je comprends.

Je ne me suis pas réveillé par hasard.

Je n’ai pas survécu par chance.

Je suis au centre de quelque chose.

Un écran intégré à la façade du bâtiment s’allume brusquement.

Grésillement.

Puis des lettres blanches sur fond noir :

BIENVENUE, ADAM-13

PHASE I : VALIDÉE

Je sens ma mâchoire se contracter.

— Alors on joue…

Le vent s’intensifie.

La mer frappe la falaise en contrebas.

Je serre la crosse de la Beretta.

Si c’est un test, je viens de réussir le premier niveau.

Je regarde l’étendue du complexe devant moi.

Hangars.

Passerelles.

Tours.

Et, au loin, une silhouette plus haute que les autres, dressée au sommet de l’île.

Un manoir.

Je comprends que ce que j’ai vu en dessous n’était qu’un sous-sol.

L’île entière est un laboratoire.

Je descends lentement les marches qui m’éloignent de l’entrée souterraine.

Le vent emporte l’odeur du formol, mais pas la sensation qu’il reste dans mes poumons.

Je suis vivant.

Trop vivant.

Et quelque part, derrière ces murs, quelqu’un attend de voir jusqu’où je peux aller.

Je lève les yeux vers la caméra une dernière fois.

— Très bien. Regardez.

La pluie commence à tomber pour de bon.

Et je m’avance vers le reste de l’île.

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