La routine !

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Mais les missions de surveillance continuèrent. La vieille route de Solenzara, descendant vers la maison d’Arza, séparait la forêt domaniale tout au long d’une douzaine de lacets bien marqués en deux versants à peu près similaires. Pratiquement à chaque lacet, une piste forestière en courbe de niveau desservait les parcelles. Chaque piste était fermée par une barrière avec verrou. Pendant les premiers temps de sa prise de fonction, tous les matins en montant au col, Michel refermait systématiquement les huit barrières ouvertes pendant la nuit. Un beau jour de juin, en ayant assez de jouer le portier pour les "sieurs de Bavella", il déboula à l’auberge des Aiguilles pour exprimer son mécontentement.

- Bonjour Dédé. Dis-moi, voilà six mois que je referme tous les jours les barrières des pistes ! Je sais, elles ont toutes été posées avec l’accord des habitants de Bavella. Vous avez donc tous la clé pour les ouvrir. Mais si vous savez les ouvrir, vous savez aussi les fermer !

- Oh Mighé ! Ne le prend pas comme ça. Calme toi et bois un café. On rentre pas comme ça chez les gens. Est-ce que tu crois que c’est moi qui vais tourner la nuit ? J’ai autre chose à faire ! Tu sais Mighé, il faut avoir la manière. Alors va plutôt voir au col, chez Lucciani, eux c’est des braconniers ! Tu sais avec Bébert, faut rien laisser traîner. Chez eux, c’est des vrais gitans, c’est comme les sardignols, ils rabaillent tout… Je dis ça, mais je dis rien.

- Ne t’inquiète pas j’y vais aussi.

Arrivé à l’auberge du Col, Auguste accueillit Michel au bar.

- Aho Mighé, sì arrabbiatu !

- On peut le dire ! Il est pas là Bébert ?

- Non, demain peut-être...

- Oui je suis en colère parce que toutes les barrières sont ouvertes tous les matins !

- Et alors, qu’est-ce que j’y peux ? C’est une forêt qui appartient aux corses, non ? Et puis on est pas les seuls ici...

- Bien sûr. Mais moi je suis là pour protéger votre patrimoine, la forêt de Bavella. Vous laissez tout ouvert la nuit, n’importe qui peut y rentrer.

- Et alors ?

- Et alors ? Imagine, depuis le temps que ça reste ouvert, des bastiais qui montent ici, c’est open-bar ! Ils te braconnent tes sangliers. Et puis hop, tant qu’à faire, une pêche à la dynamo ou à la javel, fini vos truites, elles sont parties au resto à Ajaccio ou à Bastia ! Voilà "Et alors" ! Et ça, je le veux pas. Ce qui est à Bavella reste à Bavella !

- Aïo !

- Fais passer le mot aux autres, ciao Auguste.

Bizarrement, le lendemain et tous les autres jours de l’année, les barrières restèrent fermées.

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