CHAPITRE 4

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— Excusez-moi… mais pourrais-je connaître votre nom ?

Elle marqua une courte pause, le regard toujours accroché au sien.

— Vous avez l’avantage de connaître le mien.

Un léger sourire étira les lèvres de l’homme.

— Javier Salvatore, pour vous servir, mademoiselle Lavil.

Il lui tendit la main.

— Monsieur Salvatore…

Alexie hésita une fraction de seconde avant de déposer sa main dans la sienne.

— Je ne pensais vous voir que plus tard à l’hacienda.

Comme elle l’avait pressenti, le contact provoqua une décharge immédiate. Un délicieux picotement remonta le long de sa nuque lorsque Javier referma ses doigts autour des siens. Une sensation brève, intense, presque troublante. Elle retira sa main un peu trop vite. Il le remarqua.

C’est mieux ainsi, se dit-il.

— Notre chauffeur a dû se rendre auprès de sa fille, qui est sur le point d’accoucher, expliqua-t-il calmement. C’est pourquoi je suis venu vous chercher moi-même. J’espère que cela ne vous cause aucun désagrément.

— Non, bien sûr… répondit-elle. J’aurais simplement pu louer une voiture et vous éviter de modifier vos plans.

— Cela ne me pose aucun souci.

Il désigna la voiture.

— Si vous voulez bien prendre place. Nous avons un peu plus de cinquante-cinq kilomètres jusqu’à Alcalà la Real. Plus vite nous quitterons les abords de l’aéroport, plus vite nous éviterons la cohue.

— Bien sûr.

Alexie s’installa. Javier referma la portière avant de contourner le véhicule. Elle ne le quitta pas des yeux tandis qu’il prenait place derrière le volant. Elle tenta de se souvenir de ce qu’Alan lui avait dit à propos de Salvatore. À part le fait qu’il faisait régulièrement la une des magazines people, elle n’avait pas été très attentive. Une fois assis, Javier sembla remplir l’habitacle de sa seule présence. Son charisme était presque palpable. Son parfum, épicé et doux à la fois, enveloppa Alexie aussitôt. Une odeur troublante, masculine, qui éveilla quelque chose de dangereux en elle. Ses mains…
Elle ne put s’empêcher de les observer. Grandes, larges, sûres. Des mains qui semblaient faites pour créer, pour diriger… ou pour égarer.

Trouve un sujet de conversation, se répéta-t-elle intérieurement. Vite.

Car ses pensées glissaient déjà vers un terrain beaucoup trop sensuel, provoquant une chaleur diffuse entre ses cuisses. Si elle n’avait pas été assise, ses jambes l’auraient sans doute trahie. Javier tourna légèrement la tête vers elle, un sourire en coin aux lèvres.

— Alors… l’inspection vous a plu ?

Alexie sentit le rouge lui monter aux joues. Elle hésita, cherchant ses mots, puis son instinct de survie prit le dessus.

— Beaucoup, monsieur Salvatore.

Elle soutint son regard.

— Nous autres architectes apprécions les choses bien bâties. Et si l’on observe votre physique… vous faites clairement partie des individus pour lesquels Le Corbusier aurait créé le nombre d’or.

Il éclata de rire. Un rire franc, grave, terriblement séduisant. Alexie sentit son corps réagir aussitôt. C’était la première fois qu’elle éprouvait une réaction aussi vive face à un homme. Elle avait déjà été attirée, bien sûr… mais jamais à ce point. Jamais avec cette sensation presque fébrile. Même Alan…

Alan s’était présenté deux ans plus tôt chez Lavil Architectura, à la suite d’une annonce. Elle avait immédiatement remarqué son charme : son regard bleu acier, sa haute stature, ses cheveux châtains un peu trop longs, et surtout cette lueur de malice dans les yeux, signe évident de ses talents de séducteur. Elle avait hésité à l’embaucher. Mais son Curriculum Vitae était irréprochable. Elle avait appris à faire abstraction de son côté Don Juan. Avec Javier Salvatore, en revanche, elle pressentait déjà que cela serait autrement plus compliqué.

Ce n’est que pour deux semaines, tenta-t-elle de se rassurer.

— Monsieur Salvatore…

— Appelez-moi Javier, je vous en prie.

Il marqua une pause.

— Nous allons être amenés à nous côtoyer pendant plus de cinq mois.

— Justement… c’est de cela que j’aimerais vous entretenir.

Il nota qu’elle n’avait pas utilisé son prénom. Il aurait aimé l’entendre le prononcer.

— Je ne suis sur ce projet que temporairement, expliqua-t-elle. Le temps que mes associés puissent venir me remplacer. D’ici une quinzaine de jours environ…

— Excusez-moi, señorita.

Il l’interrompit sans brusquerie, mais avec fermeté.

— Monsieur Fernandez m’a indiqué que vous n’aviez pas d’associés, mais uniquement des employés. C’est tout à votre honneur de les considérer autrement, mais je ne souhaite personne d’autre que vous sur ce chantier. Vous en êtes le maître d’œuvre principal.

— Señor Salvatore, George a dû…

— Je note que vous appelez l’un de mes amis par son prénom, observa-t-il calmement, et qu’il ne vous a sans doute pas informée de certaines modalités particulières. Est-ce le cas ?

Alexie inspira profondément.

— Señor Salvatore, nous avons tous travaillé sur ce projet. George nous a exposé l’ensemble des spécificités de l’hacienda. Et je vous assure que tous les membres de Lavil Architectura sont parfaitement capables d’exercer leur savoir-faire, aussi bien que moi, voire mieux.

— Comme vous l’avez dit, nous avons choisi Lavil Architectura.

Il marqua un silence.

— Cependant, il n’existe ni « associés », ni « and Co » dans votre enseigne. L’hacienda est exclusivement mon projet. Cette demeure appartient à la famille Salvatore depuis des générations.

Alexie se figea légèrement.

— George devait sélectionner les meilleurs architectes, poursuivit Javier, capables non seulement de réaliser mes envies, mais aussi de proposer des améliorations pertinentes. Vous êtes les seuls à avoir répondu à ces exigences.

À son silence, il comprit.

— Vous ne saviez pas que la maison m’appartenait.

Elle se maudit intérieurement. George avait été son unique interlocuteur pendant toute la phase de préparation.

— Monsieur Salvatore, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Cette information m’a échappée. Je vous assure cependant que le projet sera mené avec efficacité et discrétion. Toutes vos exigences ont été intégrées : confidentialité, sélection rigoureuse des ouvriers, respect absolu de votre vie privée.

— J’en suis conscient.

Il la fixa brièvement.

— Toutefois, une condition est primordiale : seules les personnes présentes dès le début des travaux pourront accéder à l’hacienda. Aucun changement ne sera toléré. Est-ce un problème ?

Alexie réfléchit. Pas seulement en tant qu’architecte… mais aussi en tant que femme.

— Non, señor Salvatore. Je resterai auprès de mon équipe durant toute la durée des travaux.

Elle pensa à Raphaëlle, à Tigrou, à ses vacances envolées.

— En ce qui concerne votre logement, reprit Javier, vous pourrez rester à la villa. Une dépendance a été aménagée.

— Cela me convient parfaitement. Merci.

— Et pour vos affaires ?

— Raf se chargera de tout.

Il sentit une pointe de déception.

Raf. Quelqu’un d’important, manifestement.

Ils poursuivirent la route en silence. La radio diffusait une musique douce. Alexie regardait le paysage défiler, puis finit par s’assoupir. Sa tête bascula lentement jusqu’à se poser contre l’épaule de Javier. Son chemisier s’entrouvrit légèrement. La dentelle blanche de son soutien-gorge apparut. Sa poitrine, haute et ferme, se dessinait sous le tissu. Le médaillon de sa chaîne reposait entre ses seins. Javier serra le volant. Son entrejambe réagit aussitôt. Il détourna les yeux, se concentra sur la route. Il aurait dû accepter qu’elle soit remplacée.
Il aurait dû se protéger.
Il pensa à Pedro.

Et comprit que cette pensée-là, désormais, ne suffirait peut-être plus.

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