Jack-in-the-box

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Monroe attendait dans le couloir.

Il avait rassemblé plusieurs bidons d’essence, que je reconnus à l’odeur tant les vapeurs étaient puissantes.

Le premier étage ne présentait plus de trace de distorsion, tout semblait calme désormais.

— Franck ? l’interrogeai-je.

— Il t’attend dehors… Tu veux que je prenne le relais ?

Je baissai les yeux vers le petit corps que je tenais fermement contre moi.

— Non, tout va bien, soufflai-je. Ça fait depuis combien de temps que nous sommes là-dedans ?

— Un peu plus de quatre heures. L’équipe de nettoyage est en route, j’ai laissé Monsieur Talbot dans le salon avec le Livre de l’Ordre. Il n’y a que vous deux ?

— Oui. La femme n’a pas survécu…

— Très bien… On se retrouve dehors pour un débrief.

Je hochai la tête et continuai mon chemin.

Je commençai à descendre l’escalier.

J’avais besoin de sucre et de caféine pour annuler les effets de la mescaline.

Je cessai de compter, pensant plutôt à une bonne tasse de café amère accompagnée d’un assortiment de snacks en tout genre.

Le soleil avait commencé son déclin et teintait l’entrée de nuances orangées.

Ses dernières lueurs me firent du bien. Je m’autorisai à fermer les yeux un moment, savourant ces derniers instants de plénitude.

Je risquai un regard vers la salle à manger et aperçus le cadavre de Peter Talbot, le visage recouvert d’un sac en plastique teinté de pourpre.

Voilà qui scellait le sort des Talbot, pensai-je. Cela leur éviterait une vie de servitude au sein de l’Ordre…

La mise à mort par étouffement était l’une des plus propres, bien que l’agonie fût longue et dure à contempler. Monroe avait toujours eu ce côté pratique, ce qui le rendait efficace dans ce genre de situation.

Je continuai ma route vers l’extérieur de la maison.

Les températures avaient commencé à chuter drastiquement.

Je ne pus contenir un frisson en sentant le froid mordant attaquer mes chairs.

Franck était assis sur le porche et contemplait le coucher du soleil.

La caisse en bois avait été ouverte, révélant un matelas d’hôpital plastifié ainsi que plusieurs poches de perfusion.

Une multitude de glyphes recouvrait le couvercle de ce sarcophage de fortune, similaires à ceux que j’avais tracés du bout des doigts sur le corps de Kathlyn.

Je déposai la jeune fille emmaillotée délicatement sur le matelas et l’observai longuement, en silence.

J’eus envie de pleurer, de hurler, mais je n’en fis rien.

Cette scène, d’une froideur clinique, altérait mes émotions en une indifférence abjecte.

Franck me rejoignit en me tendant un mug de café fumant, une cigarette éteinte pendant mollement au coin de ses lèvres.

— À défaut de ne pas avoir trouvé de trucs à te mettre sous la dent, je me suis dit qu’un café te ferait du bien.

Je me saisis de la boisson caféinée, humant son parfum épicé.

— Je prends la suite, Oz, va prendre un peu l’air.

Je m’adossai au Van, regardant Franck insérer les nombreuses perfusions dans le corps meurtri de l’adolescente.

Deux voitures approchaient au loin tandis que le déclin de cette journée laissait place à la noirceur des ténèbres.

Je fouillai mon sac et en sortis le restant du sachet de bonbons acidulés que j’avais entamé plus tôt.

Ma langue se contracta au contact des acides chimiques, avant que je ne puisse ressentir les arômes artificiels prendre le relais.

Ma main tomba sur le baladeur, que je sortis, prenant un moment pour observer l’unique objet restant me connectant à cette journée sordide.

J’ouvris le boîtier et en sortis la cassette.

Il m’effleura l’esprit de la cacher discrètement dans ma poche, gardant ainsi une preuve indéniable de ce que nous avions combattu aujourd’hui.

Je chassai cette idée de ma tête et commençai à dérouler la bande magnétique des bobines, l’enroulant autour de ma main avant de la détacher d’un mouvement sec de son réceptacle.

Franck avait commencé à recouvrir le corps de Kathlyn de sel et s’apprêtait à fermer l’imposante caisse à jamais.

Les voitures arrivèrent enfin, libérant quatre personnes que je n’avais jamais rencontrées.

Trois hommes et une femme, vêtus en civil, nous dépassèrent sans échanger un regard avant de s’engouffrer à l’intérieur de la maison.

L’un des hommes, le plus robuste d’entre eux, portait un imposant paquet emmailloté en baluchon sur son épaule.

Des flambeurs, pensai-je. Ils allaient orchestrer un incendie, veillant à tout mettre en place pour que cela ressemblât à un malheureux accident domestique.

Je devinai sans trop réfléchir ce que renfermait ce paquet…

Il fallait bien ajouter un élément pour que les corps de Kathlyn et de ses parents fussent retrouvés dans les décombres.

Franck commença à marteler la caisse à l’aide d’un marteau, enfonçant de longs clous dans le couvercle dans un bruit assourdissant.

Le colis était prêt à partir, et il me tardait de quitter les lieux pour retrouver la quiétude de mes appartements.

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