8) Comme les autres

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Après s'être longtemps demandé ce que ferait un couple lambda de son samedi après-midi, les deux femmes se retrouvèrent à arpenter les rayons animés d'une jardinerie. Les potées composées avaient meilleure mine que les parterres flétris du jardin public et la serre dallée concurrençait sans peine tous les jardins à la française mal entretenus des châteaux environnants. En outre, grâce à la merveille de l'étiquetage, Nelly, qui se demandait sans cesse le nom de cet arbre qu'elle aimerait un jour voir pousser sous sa fenêtre, trouvait réponse immédiatement.

Faute d'avoir jamais eu la main verte, Vanessa préféra leur promenade dans l'animalerie. Depuis très jeune, elle avait souvent rêvé de posséder un aquarium. Un micro-monde observable sous toutes ses faces de verre, peuplés de danseurs colorés, qu'elle aurait pu méticuleusement organiser à sa convenance. Chaque algue et chaque temple de toc y aurait eu sa place exacte et, les jours de pluie, elle se serait détendue en y faisant le ménage. Pour sa part, Nelly penchait pour le duvet vaporeux des lapins plutôt que les écailles arc-en-ciel.

Tandis qu'elles coupaient par le rayon des accessoires canins, Vanessa balaya distraitement du regard les harnais de cuir.

— Avoue que t'aimerais me sortir avec ça ! se moqua Nelly en brandissant une muselière.

— J'ai jamais cru que je pourrais dresser un chien. Mais une chienne, qui sait...

Vanessa appuya sa plaisanterie d'un des clins d’œil ravageurs dont elle avait le secret.

Elles sortirent les mains vides et, alors qu'elles franchissaient la porte automatique, Nelly fourra avec insistance sa paume glacée dans la poche du manteau de la brune fatale, à la recherche de ses doigts. Les cheveux détachés dans son long trench, les escarpins chaussés, Vanessa avait tout l'air d'une beauté de film noir. Celle que le héros devait tragiquement se résoudre à tuer, ou pour qui il mourait dans la perversion.

À dire vrai, Nelly n'avait jamais eu un goût prononcé pour la beauté, et elle se sentait pâle aux côtés d'une femme aussi irréprochable. Elle lui serra la main, comme pour prendre confiance.

— Bah alors mon cœur ! Mon corps te manque déjà ? railla Vanessa.

Nelly ôta prestement son bras.

— T'as jamais eu de petite amie ou quoi ? Ça m'étonnerait même pas, avec tes remarques beaufs. T'as beau être canon, dès que tu l'ouvres, le charme est rompu !

— Là c'est toi qui me fend le cœur.

Faussement alarmée, la belle athlétique rattrapa d'un geste sûr la main dérobée, en entourant du sien le bras de sa conquête.

— Je note cela dit que tu me trouves canon. Qui sait, à force de me savonner la bouche, tu pourrais bien tomber raide dingue de moi...

Nelly soupira d'un air attendri.

— Tu veux manger quoi, ce soir ?

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