Chapitre 24 : Ardente

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Lev

Après une petite semaine de voyage et une journée de recherche j’ai enfin repéré l’entrée ! Même avec une description relativement précise du lieu j’ai peiné à le trouver. Je n’ose imaginer la persévérance qu’il fallut à Anatoli pour découvrir cette passe.

Pendant quelques jours j’ai donc traversé de long en large ces galeries une torche à la main. Mes premières observations me firent dire que cela devait être une vieille forteresse ou peut-être un refuge. L’architecture m’était inconnue et les symboles pour la plupart illisibles. Les rares mots déchiffrables étaient isolés et étaient de temps à autres mal orthographiés. Cela était sans doute dû à l’ancienneté de ces écrits. Nul doute qu’à l’époque « li » au lieu de « le » ou « citez » au lieu de « cité » n’étaient point considérés comme des erreurs.

Je mis encore deux jours à trouver les dessins dont parlait Anatoli. Après avoir déambulé dans ce dédale de couloirs, pour beaucoup à moitié écroulés, je tombais sur une salle relativement épargnée et dont les murs étaient parsemés de gravures. Nulle brise n’avait parcouru ce lieu ce qui explique sûrement sa bonne conservation.

Après quelques instants d’observations la vérité me sauta au visage. Je n’en croyais pas mes yeux ! Je sortis mon « Origine des Sangs » et comparait les enluminures qui s’y trouvaient avec ce que je voyais sur les murs. Aucun doute ! Il s’agissait ici d’un temple ou d’une chapelle dédiée à Himka ! Je me situais sans doute dans une forteresse que les hommes utilisèrent durant la guerre des sangs et qui fut abandonnée pour ne jamais être redécouverte après leur défaite.

Evidemment qu’Anatoli qui ne connaissait rien à Himka ne pouvait déchiffrer ni même reconnaître la moindre gravure qu’il voyait. Je n’eus presque pas besoin d’ouvrir mon livre, tant je le connaissais par cœur, pour analyser la pièce. Mes yeux parcouraient les murs et tout faisait sens. Il s’agissait sans doute d’une chapelle construite vers la fin de la guerre des sangs car la foi y était fortement dénaturée : Himka était représentée en guerrière luttant pour protéger les humains avec quelques autres divinités fictives. La fresque décrivait une vision très symbolique et caricaturale de la guerre des sangs. On y voyait deux groupes d’hommes collaborer. Puis, petit à petit, l’un des groupes se transformait en loups et commençait à dévorer l’autre. Les humains fuirent alors et se réfugièrent partout où ils pouvaient sans jamais réussir à semer leurs poursuivant. C’est alors qu’Himka et d’autres dieux descendirent du ciel et leur donnèrent une épée avec laquelle ils tentèrent de résister aux hordes leur faisant face.

Bien que fausse, cette vision était crédible venant d’humains à la mémoire courte et se voyant acculés par les vampires. Qu’importe ! Cela répondait à mon interrogation ! Voilà donc la véritable nature de la lame que je porte : Au même titre que Buve-Sang il s’agit d’une épée bénite, non pas par Valass mais bien par Himka ! Nul doute que seul un homme peut en tirer le plein potentiel.

Jusqu’à aujourd’hui j’étais persuadé que toutes les armes enchantées forgées par la première génération d’humains suite à la dissolution avaient été détruites par les vampires. Je remercie le ciel d’avoir eu tort durant tous ces siècles car il en demeure une ! Si j’en crois « l’Orgine des sangs », la seule épée Bénite des hommes se nomme « Ardente ».

Peut-être qu’après une défaite, au lieu de voir pareille relique tomber entre les mains des vampires, le porteur décida de la jeter dans le lac afin de la sauver de la destruction. Sans doute les religieuses qui se sont installées aux abords du lac ignoraient tout de la vraie nature de l’arme et l’ont prise pour une épée de Valass. Enfin ce n’est là qu’une hypothèse et nul ne peut savoir ce qu’il est réellement advenu !

Qu’importe ! Ma joie est sans borne en ce jour ! Toutefois de cette incroyable découverte naît une interrogation : Quel humain sera digne de recevoir pareil artefact ? Je me dois de trouver un nouveau porteur à Ardente ! Telle est ma nouvelle quête ! J’ai déjà hâte de découvrir les pouvoirs que renferment cette lame !

Lazare

Quelle triste vision nous aperçûmes en entrant dans Ynichkmar… Cadavres pendus et carcasses brûlées étaient exposées au grand ciel en signe d’avertissement. Jamais je n’avais vu pareil charnier à ce point entretenu. Malgré les mois, les expressions de douleurs et de souffrances demeuraient figées dans ce qu’il restait des visages de ces malheureux.

Tout cela était d’autant plus triste qu’ils n’avaient rien fait pour mériter pareil sort. Ce massacre n’avait été que préventif et je n’ose imaginer ce qu’il s’est produit dans des villes encore plus grandes. Les gens marchaient comme si de rien n’était, sans doute habitué après tant et tant de temps à côtoyer ces macchabés.

Le seigneur Igor nous quitta, sans manquer de nous menacer en cas d’échec. Mes camarades et moi avions réfléchi à un plan d’action pendant le trajet et nous avions finalement convenu de nous rapprocher des proches des victimes. Nous passâmes ainsi une semaine à les trouver, rentrer en contact avec eux et à essayer de les persuader. Nous vivions le reste du temps dans la rue tels des misérables en rationnant les dernières portions de pain qu’il nous restait. Enfin, jusqu’à ce qu’un certain Raoul nous accueille chez lui. Il s’était vu privé de sa femme et de ses deux filles lors des massacres. Depuis il n’avait cessé de ruminer sa vengeance sans trouver ni le courage ni l’occasion de l’assouvir. Quelques-uns s’y étaient bien risqués mais leur sort fut pire que tous ceux qui furent tués préventivement.

Raoul était un gars costaud, fort sympathique et extrêmement généreux. Il nous nourrissait du mieux qu’il pouvait et faisait loger certains d’entre nous chez des amis à lui tout aussi désireux de venger leurs proches disparus. Rapidement il fut temps de leur expliquer les raisons de notre présence. Pour ma part j’optai pour l’honnêteté. Je leur expliquai pourquoi et surtout pour qui nous venions. Sans hostilité, leur attitude devint néanmoins méfiante… L’idée que des vampires puisses traiter convenablement des humains leur était assez éloignée et ils nous soupçonnèrent d’être des espions visant à démasquer les derniers potentiels rebelles de la ville.

Mes camarades et moi leur fîmes remarquer que si tel était le cas cela ferait longtemps que nous aurions pu les dénoncer. Cela sembla suffire à dissimuler leurs craintes sans pour autant instaurer une confiance poussée. Seul Raoul semblait réellement nous croire tandis que ses amis nous aidaient bien davantage par sympathie envers leur camarade que par solidarité envers nous.

Deux semaines passèrent ainsi. Nous étions toujours vu comme des étrangers mais nos efforts pour nous intégrer et gagner la confiance de ceux d’ici réduisirent leur méfiance vis-à-vis de nous à défaut de la supprimer. Toutefois le temps passait et si cela continuait à ce rythme nous allions provoquer une révolte au mieux d’ici une décennie.

Bien que cette idée nous fût désagréable nous décidâmes donc de reprendre contact avec Igor afin de se tenir informé de son avancement. Nous le guettâmes et, le soir venu, tandis qu’il sortait avec les vampires locaux, chacun monté et armé, sans doute en vue d’une chasse, nous lui fîmes discrètement signe de venir nous voir. Il acquiesça tout aussi discrètement et indiqua un coin de rue à quelques pas.

Nul n’avait confiance en lui et il fut convenu que seul l’un d’entre nous l’attendrait tandis que les autres s’assureraient qu’il ne s’agisse pas d’un guet-apens. Raoul fut le seul humain d’ici à nous accompagner. Je me portai volontaire en tant que chef des hommes pour me poster au lieu de rendez-vous. Je veillai toute la nuit et, au petit matin, je vis une silhouette à cheval bardée de fer s’approcher de moi. Il n’y avait point eu de signal aussi considérai-je que tout était en ordre.

Je distinguai alors, au fur et à mesure que les rayons du soleil étaient de plus en plus nombreux à irradier la Terre, le seigneur Igor dans une armure maculée de sang. La frayeur me saisit mais je ne bougeai pas. Il s’approcha alors et me questionna :

« - Alors ? Y-a-t-il des humains prêts à nous suivre ici et maintenant ? »

- Un seul, répondis-je la voix tremblante.

- Tsss… Vous êtes aussi incompétents que je m’y attendais ! Bon, j’ai forcé le destin, le comte n’était absolument pas partant pour une révolte malgré les massacres commandités par Valentyn ! J’ai donc profité de cette nuit de chasse pour libérer les chevaux de mes congénères tandis qu’ils étaient descendus et pour tuer l’un de ces imbéciles ! Ils seront de retour dans quelques heures ! D’ici là rassemblez autant d’hommes que possible ! Pour ma part je m’en vais brûler cette ville ! Gare à vous si vous revenez avec une seule personne ! Je me ferai un plaisir de dévorer de prétentieux et incompétents petits humains ! »

La terreur autant que la surprise me saisirent. Je ne m’attendais pas à ce que cet Igor tue un vampire et provoque la révolte ainsi. Sans doute avait-il interprété notre tentative de rentrer en contact avec lui comme un signal de départ.

Toujours est-il qu’il nous donna rendez-vous à la porte est dans une heure puis fit ruer sa monture avant de s’en aller en hurlant ! Immédiatement je repartis trouver mes camarades et Raoul afin de leur expliquer la situation !

« Ecoute Raoul ! Il faut absolument que tu convainques autant de monde possible de fuir avec nous ! La ville brûlera sous peu et les vampires partis hier soir sont en chemin et dans une colère noire ! Il n’y a pas lieu d’hésiter ! C’est maintenant ou jamais ! Tu veux tuer les monstres qui t’ont tout pris ? Rejoins notre armée et sers désormais de justes maîtres ! Ils t’entraineront et te donneront les moyens de venger ta famille ! »

Raoul parut surpris. Ni lui ni quiconque ne s’attendait à ce que la situation évolue si vite. Mais déjà au loin s’élevaient les premiers cris de terreurs et des filets de fumée apparaissaient dans le ciel pourpre de l’aube.

Il courut alors chercher ses amis après que je lui ai indiqué le lieu de rassemblement. Pour notre part nous alpaguions certains des hommes paniqués qui s’échinaient à apporter des sceaux d’eau afin d’éteindre les incendies. Nous n’en connaissions aucun et nous n’insistâmes jamais de peur d’attirer sur nous la milice. Il était évident que nul ne suivrait d’illustres inconnus. Finalement nos espoirs reposaient sur Raoul. Après une demi-heure d’attente à la porte nous le vîmes arriver avec une trentaine de ses camarades, que nous connaissions déjà pour la plupart. Ils avaient finalement accepté de nous suivre, sans doute aidés par les incendies ayant consumés leurs dernières attaches à Ynichkmar. Dans leur précipitation ils n’avaient pas pour autant omis d’apporter suffisamment de vivre pour le voyage. A cet instant leur mine trahissait à la fois la colère et le soulagement. Ils venaient de perdre tout ce qui leur restait dans une fuite désespérée mais au moins allaient-ils pouvoir venger leurs proches.

Igor arriva peu après comme enivré par les innombrables feux qu’il venait d’allumer. Immédiatement il nous fit signe d’avancer et nous marchâmes toute la journée et toute la nuit sans nous arrêter. Lorsqu’enfin nous pûmes souffler je me permis d’aller le voir… Après tout il ne nous avait pas tué et devait donc être satisfait des résultats de notre mission.

« Tu es bien impétueux pour oser t’approcher de moi après ton fiasco, me dit-il sans me regarder. Trente humains, dont moitié de femmes, voilà qui nous sera d’une aide précieuse ! Tu as de la chance que mon avancement dépende de la survie des hommes sous mon commandement. »

Rien dans son comportement ne m’avait encore suffisamment effrayé pour que je m’en aille.

« Ne me regarde pas ainsi idiot ! Vous autres humains, si on ne vous menace pas de mort, vous êtes incompétents au possible ! Vous êtes pires que des chiens, on doit sans cesse vous battre pour vous forcer à obéir et je n’ai aucun doute sur le fait que si je ne vous avais pas motivé à ma manière vous auriez ramené encore moins de monde que maintenant. Nous autres vampires marchons à l’honneur mais cela vous ne le comprenez pas, d’ailleurs connaissez-vous-même ce mot, « honneur » ? je vais te l’expliquer : Le comte qui m’a reçu a été tout à fait bon avec moi. Il m’a invité à sa table, nourri et même invité à la chasse. Il m’a fourni armes et montures et s’est assuré de mon confort durant tout mon séjour alors qu’il ne me connaissait pas. Malgré cela j’ai occis un de ses vassaux, j’ai volé ses présents, mis sa ville à feu et à sang et enfin j’ai tué tous ses chiens et chevaux pour qu’il ne puisse nous poursuivre.

Pourtant je puis t’assurer qu’il n’éprouve nulle haine à mon égard ! Il s’en veut sans doute d’avoir été berné mais nous sommes en guerre et il est normal d’effectuer pareilles ruses pour l’emporter ! C’est la différence entre vous et nous ! Vous êtes une race d’esclaves, bonne à construire et à obéir. Surtout vous vous complaisez sans cesse dans le ressentiment, émotion inhérente à votre impuissance ! Nous, nous sommes une race de guerriers avec tout ce que cela implique en termes de force et d’esprit ! Nous ne connaissons pas l’animosité ! Si insulte nous est faite, nous nous vengeons ou nous l’acceptons ! Seule la puissance nous guide ! C’est cela l’honneur ! Si le plus fort nous frappe nous l’encaissons sans broncher ou nous combattons à en mourir ! Jamais nous ne nous plaindrons ! Tel est le sens de la maxime « se taire ou se soulever ». Vous, vous n’êtes que des outils car vous n’avez pas la force d’être autre chose ! Alors maintenant déguerpi où je te fais une démonstration de ce qu’est la puissance ! »

Je comprenais un peu mieux son dégout à notre égard et sa bonne humeur évidente ne le rendait pas moins dangereux à mes yeux, bien au contraire. Qu’importe, il n’avait pas tort sur le fond ; lui en vouloir ne mènerait nulle part je dois accepter ses injures où me venger. Cependant les humains sont faits pour servir. Notre impuissance nous condamne à la résignation mieux vaut l’accepter et éviter de ressentir de la haine que jamais nous n’assouvirons !

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