Chapitre 51 : La bataille entendue (partie 2)

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Lazare

… Arrivés à vingt pas de l’ennemi nous chargeâmes. Partout un corps à corps violent s’en suivit, en notre faveur sur toute la ligne malgré la présence de quelques vampires ici et là. Les menaces de ces derniers et des chevaliers sur leurs arrières forcèrent les fantassins adverses à se battre plus longtemps mais pas plus efficacement.

Soudain, alors que la victoire était plus proche que jamais, leurs propres seigneurs leur foncèrent dessus et les tailladèrent tandis qu’une lutte fratricide semblait avoir lieu sur leurs arrières. La panique s’installa immédiatement dans les rangs ennemis et nous hésitâmes à continuer à attaquer des soldats à ce point acculés. Jamais je n’avais vu cela et l’ensemble de mes hommes était pour le moins décontenancé. Moi-même je ne savais pas comment réagir face à pareille situation. Je me retournai donc vers Stanislas IV afin de scruter sa réaction.

C’est alors que je le vis à la tête de ses chevaliers nous chargeant à son tour. Je ne réalisai que trop tard la triste réalité et l’ordre que je donnai de se mettre en formation n’arriva que quelques instants seulement avant l’impact. J’eus tout juste le temps de me réfugier au milieu de la ligne avant que nos propres chevaliers ne nous enfoncent et commencent à nous massacrer. A notre tour confronté à l’imprévu, à la confusion ambiante, à la fatigue et à la trahison de nos seigneurs, nous sombrâmes dans la panique. Les quelques hommes qui avaient essayé de se préparer furent balayés par la charge et, dès les premiers instants, je reçus un coup d’épée qui m’arracha un bout de la joue.

Je me relevai difficilement de la frappe que je venais d’encaisser. Ce que j’aperçus alors était un véritable déchainement de fer et d’acier qui s’abattait sur mes propres hommes. Les officiers hurlaient des ordres tandis que la troupe courait dans tous les sens espérant échapper à la furie sanguinaire de nos anciens maîtres. Ces derniers parcouraient nos rangs déjà clairsemés en y semant la mort avec plaisir et délectation. Ils hurlaient leur haine et leur rage. Cela ressemblait fort à une vengeance trop longtemps contenue mais enfin assouvie. Tout ce temps les vampires nous ont détestés et n’attendaient qu’un moment pour nous détruire. Le roi ne faisait pas exception.

Au choc physique s’ajouta donc le choc psychologique. Je fondis alors en larme et attendis apathique sur le champ de bataille que la mort daigne me prendre. Je ne sais pas combien de temps je demeurai ainsi mais un soldat finit par me rentrer dedans et je chutai de nouveau. Cela eut néanmoins le mérite de me faire reprendre mes esprits et je me mis à courir vers la forêt. Les vampires n’étaient pas assez nombreux pour tous nous tuer rapidement et je parvins à me faufiler entre les dizaines de combats qu’il y avait autour de moi. Je ne sais pas par quel miracle je réussis à rentrer dans la forêt mais je réalisai sur place qu’il me manquait quatre doigts à la main droite. Dans ma course désespérée pour la survie je ne m’étais même pas rendu compte que pareille blessure m’avait été infligée et la douleur ne se manifesta que petit à petit de telle sorte qu’elle fut bien plus supportable que ce que j’aurai pu imaginer. J’y découvris aussi nombre de mes anciens camarades. Nous devions être quelques dizaines et il ne faisait aucun doute que d’autres s’étaient réfugiés ailleurs. Nous n’avions pourtant pas le temps de penser à eux car, lorsque le carnage se fut achevé sur la plaine, il sembla que les vampires étaient déterminés à nous traquer jusqu’au plus profond des bois, telles de vulgaires bêtes.

Je ne comprends pas comment tout cela a pu se produire mais je suis sûr d’une chose : les vampires nous ont trahi, le roi nous a trahi et jamais l’humanité n’a commis de pêché suffisant pour mériter pareil sort. Lev me l’a suffisamment répété. Nous ne sommes aux yeux des vampires que des outils dont ils ont besoin mais qu’ils craignent. Si nous devenons trop affutés, nous devenons par le même coup trop dangereux. Je ne pense pas que je survivrai bien longtemps tant les traces de sang que je laisse sont facilement repérables. J’ai donc laissé ce carnet aux mains de Benoit, un des hommes encore sain et vif de notre groupe en espérant qu’il parvienne à s’échapper d’ici. Puisse ce carnet être pour les humains qui viendraient à le lire une mise en garde autant qu’un appel à la révolte. Ne faites jamais confiance à des vampires, que chaque instant de votre vie soit dédié à leur trépas et puisse l’humanité triompher ! Que ce journal soit celui du dernier humain naïf de cette Terre. Si vous me lisez et que vous êtes humains je vous en prie, vengez-moi ! Vengez tous ceux qui sont tombés en ce jour et, plus que tout, vengez l’humanité des innombrables cruautés que lui ont fait subir les vampires !

Lazare.

Piotyr

… Tandis que je pensais ma surprise passée voilà que les oraniens se mirent à imiter leurs opposants et à massacrer leurs hommes. Cela n’avait plus rien à voir avec une bataille. C’était un carnage sans nom duquel je ne savais quoi en tirer : un dégoût sans borne pour la trahison subie par les prêtres de Valass et la reine d’Isgar ou bien un profond soulagement d’enfin voir ces humains écrasés par les vampires.

Je ne savais quoi penser et tant d’émotions se bousculaient en moi que je parvenais à peine à réfléchir. Il n’en demeurait pas moins que j’étais en danger ici et je me résignai donc à fuir ce champ de bataille en me jurant de tirer cette histoire au clair. La dernière vision que j’eus de cette plaine fut un bain de sang au-dessus duquel les nobles aartoviens, isgariens et oraniens semblèrent se retrouver et converser tandis que nombre de chevaliers s’apprêtaient à traquer les survivants jusque dans la forêt dans laquelle ils avaient trouvé refuge.

J’ignore encore ma position actuelle… Suis-je menacé ? Sans doute… Isgar et Aartov ont-ils perdu la bataille et la guerre ? Qui sait ? La seule chose dont je suis sûr c’est que ma reine, la plus fervente des vampires et la plus capable des dirigeantes, a été ignominieusement trahie par tous ces grands seigneurs ayant juré de la suivre. Pour cela il n’y aura nul pardon.

Tout de même, Valentyn puis Ina, Valass doit décidemment avoir des projets bien particuliers pour permettre que pareils vampires s’en aillent si tôt. Enfin, ainsi les humains ont été détruits ; peut-être que le roi et la reine d’Isgar n’étaient que des martyrs qui, par leur héroïsme et leur résistance au tyran, ont permis que le premier des préceptes du Dieu du sang soit respecté :

« Pour Valass que vivent et règnent les vampires. »

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