- 9 avril 2020 (Calvaire)
Le président Macron rend une visite surprise au professeur Raoult à Marseille. Le but de cet entretien était de faire un point sur les traitements contre le coronavirus, a indiqué l’Élysée.
Elle : « Batterie à plat.
L’autre : — Les fils qui se touchent.
Elle : — Ouais, un souci au niveau des connectiques.
L’autre : — Ou un manque de carburant.
Elle : — Bougies d’allumage out.
L’autre : — Contacts oxydés.
Elle : — Soupapes mal réglées.
L’autre : — Huile trop épaisse dans le carter.
Elle : — Courroie de ventilateur kaput.
L’autre : — Non, c’est le delco.
Elle : — Sérieux ?
L’autre : — Je me doutais bien que le terme allait suffire à semer la confusion. C’est un mot que l’on sort quand on veut briller sans trop s’avancer. Comme la plupart des gens n’ont aucune idée de ce qu’est une tête de delco, c’est un vieux truc que les garagistes utilisent pour se donner l’air respectable et intéressant. Et cela suffit à créer la panique – l’autre phrase magique étant “Il va falloir commander la pièce.”
Elle : — N’empêche que je l’ai jamais vue comme ça.
L’autre : — Elle ne boit pas, quand même ? Si ?
Elle : — Pas que je sache.
L’autre : — Mais j’entends un bruit pas très normal.
Elle : — Comme un moteur qui tourne à vide…
L’autre : — Attends, j’ai l’impression qu’elle veut nous parler…
Moi : — Gnnh… J’nien peux plus…
L’autre : — Quel est cet étrange idiome ?
Elle : — Bah, l’anglais.
L’autre : — Tu es sûre ? On ne peut pas dire que cela soit ressemblant…
Elle : — Bah, elle est prof d’anglais, elle doit parler en anglais…
Moi : — Non, “I am occupied” ne signifie pas “Je suis occupée”, à moins que vous soyez la Pologne et qu’on soit en septembre 39.
Elle : — Ah, tu vois, c’est bien de l’anglais…
Moi : — M’enfin il est bien planifié, votre mariage, oui ou non ? Donc c’est going to. Will est incompatible avec tout projet de mariage.
L’autre : — Et cette coiffure ! Regarde ! C’est effrayant.
Elle : — Non mais ça, c’est l’absence de coiffeur.
Moi : — Si vous n’apprenez pas les nombres, personne ne va le faire à votre place, gnnn. Ça va pas vous tomber du ciel, hein. Il n’y a que la crotte qui tombe du ciel.
Elle et l’autre : — Uuuuh.
Moi : — Ben oui… les pigeons. Qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ? Si ça continue, je vais désigner un volontaire. Ou une volontaire.
Elle : — J’ai l’impression qu’elle a eu une mauvaise journée.
Moi : — Évidemment, ça glousse dès que je parle de bit… Ah là là, pire que des élèves de 6e.
L’autre : — Je crois que tu as raison.
Moi : — Et ce n’est pas un modal, c’est un… semi-modal ! On appelle ça aussi un quasi-modal. Un quasi-modal, des quasi-modaux, voyez. J’adore cette blague, pfff.
L’autre : — Ein Graus… Je ne saurais dire ce qui me navre le plus : sa mise capillaire de rescapée ou ses traits d’esprit dignes d’un manuel scolaire de 1982… Un désastre esthétique doublé d’un naufrage comique.
Elle : — Je te dis que si on n’entrave rien, c’est de l’anglais…
L’autre : — Et voilà, une grande petite âme s’est envolée. Splendeur et misère de l’enseignement. Noblesse des objectifs. Ratés des résultats. Sic transit gloria lundi – sa gloire s’est arrêtée un lundi. C’est une citation qui ne marche pas pour aujourd’hui – nous ne sommes pas en début de semaine –, mais saluons néanmoins la mémoire de cette combattante de la Liberté et des verbes irréguliers réunis, sacrifiée sur l’autel de la continuité pédagogique.
Elle : — Ouais, elle était sympa, même quand elle écrasait des chats.
L’autre (avec gravité) : — Souvenons-nous des chats en effet, et de tous ces instants de grâce fugace. Même les plus macabres méritent qu’on les célèbre dignement. »

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