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Pierre-Jean Malisse était né dans une famille modeste qui vivait dans une cité HLM à Nanterre, la Résidence des Provinces Françaises, construite en 1956, où la misère sociale côtoyait parfois la délinquance. Son père, chauffeur de taxi, et sa mère, femme de ménage, s’éreintaient à travailler de nuit pour réussir à joindre les deux bouts et à payer les factures.

Pourtant, la naissance de leur fils fut pour eux un don du ciel auquel ils ne croyaient plus après quinze ans de mariage et plusieurs fausses couches. Ce fils, tant désiré, ils voulaient qu’il ait une vie plus facile que la leur.

Dès son plus jeune âge, ils lui inculquèrent l’idée que pour réussir il fallait s’instruire et acquérir des diplômes, donc de bien travailler à l’école.

« L'école, c'est ta seule chance », répétait inlassablement sa mère, « Les diplômes, personne ne pourra te les enlever », ajoutait son père de sa voix rauque de fumeur.

Pierre-Jean avait grandi entouré de livres d'occasion chinés dans les brocantes. Sa mère l'emmenait à la bibliothèque municipale tous les samedis, son seul jour de repos. Son père, entre deux courses de taxi, lui parlait de l'importance de l'honnêteté et du travail bien fait. Des valeurs simples, solides.

Ils furent entendus et après une scolarité brillante au collège Paul Eluard, puis au lycée Irene et Frederic Joliot Curie où il obtint son bac avec mention très bien, le garçon s’est inscrit à 17 ans en licence de droit à l’université de Nanterre.

Il mena ses études de front avec des petits boulots destinés à soulager ses parents sur le plan financier. Il se lia d’amitié avec des étudiants de milieux divers : Julien Prost, fils d'un banquier d'affaires, avec qui il partagea immédiatement une complicité intellectuelle et Bastien Barbier, issu d'une famille de la petite bourgeoisie provinciale, passionné d'architecture et d'histoire.

Il obtint son diplôme assez facilement et sans beaucoup travailler.

Car Pierre-Jean avait un don : une mémoire photographique qui lui permettait de retenir le contenu d'un texte écrit simplement en le regardant quelques secondes. Un don qui faisait parfois jaser ses camarades, mais qu'il ne cherchait jamais à exhiber.

Il commença à chercher du travail dans les cabinets d’avocats et les offices notariaux car il voulait toucher rapidement un salaire suffisant pour permettre à sa mère de ne plus travailler la nuit, de ne plus rentrer à 6 heures du matin avec ce dos cassé et ces mains rougies par les produits d'entretien.

Mais un de ses camarades, Julien, lui proposa un challenge qui allait changer sa vie.

─ On présente le concours de l’ENA en candidat libre, sans passer par une préparation longue et couteuse. Je suis sûr qu’on peut y arriver et montrer aux fils-à-papa ce dont on est capable.

Pierre-Jean avait hésité. Lui, fils d'un chauffeur de taxi, à l'ENA ?

─ D’accord, mais après ? en supposant qu’on réussisse ?

─ Après ? On y va et on sort dans les dix premiers.

─ Tu rêves. Je n’ai pas les moyens de faire encore deux ans d’étude. Ma mère a besoin de mon aide financière maintenant, pas dans trois ans.

─ Mais on est payé pendant les études, un peu au-dessus du SMIC.

─ J’ai besoin d’y réfléchir.

Ce soir-là, Pierre-Jean en avait parlé à sa mère. Elle l'avait regardé longuement de ses yeux fatigués, puis avait souri.

─ Ton père serait fier de toi. Tente ta chance, mon petit. On se débrouillera.

C'était décidé.

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