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PJ arriva au Foot-Bar vers 11 heures 30. C'était un établissement moderne du VIIᵉ, clientèle plutôt jeune et aisée, cadres en costumes cravate et étudiants de Sciences Po.
Il montra sa carte tricolore au barman, un type d'une trentaine d'années, qui essuyait des verres derrière le comptoir en zinc.
─ Police judiciaire. J'ai quelques questions à vous poser sur votre collègue Oleg Kastarov.
─ Oleg ? Il est dans le pétrin ?
─ On peut dire ça. Il a travaillé hier jusqu'à quelle heure ?
─ Il a fini son service à 23 heures, comme d'habitude. Il est même parti un peu en avance, vers 22 heures 45.
─ Il avait des ennemis ? Des altercations avec des clients ? Il a reçu des menaces ?
─ Jamais. Oleg est très apprécié de la clientèle comme de la direction. Toujours souriant, professionnel, discret, efficace. Il ne pose pas de questions. C'est un bon collègue.
─ Une compagne ? De la famille ?
─ Rien de fixe au niveau sentimental, pourquoi toutes ces questions ? Il lui est arrivé quelque chose ?
PJ ne répondit pas.
─ Appelez le directeur.
Quelques instants plus tard, le directeur arriva, la nervosité visible malgré ses efforts pour paraître calme.
─ Bonjour commandant, avons-nous des problèmes ?
─ J'espère que non. Je voudrais les enregistrements de vidéosurveillance de la journée d'hier et de cette nuit, toutes les caméras.
Le directeur pâlit légèrement.
─ Mais que se passe-t-il exactement ?
─ Votre barman, Oleg Kastarov, a été assassiné hier soir, probablement peu après avoir quitté votre établissement.
La réaction de surprise puis de tristesse du directeur ne fut pas feinte. PJ, après des années à interroger des gens, savait reconnaître une émotion sincère.
─ Mon Dieu... mais comment... qui...
─ À quelle heure a-t-il pris son service hier ?
─ Comme d'habitude, vers 16 heures jusqu'à 23 heures. C'était son planning fixe du dimanche au jeudi.
─ Pas d'incidents hier ? Rien à signaler ?
─ Non, absolument rien, commandant. Nous n'avons jamais eu le moindre ennui avec Oleg depuis qu'il travaille ici, cela doit faire près de trois ans maintenant. C'était un employé modèle. Mais que s'est-il passé exactement ?
─ Je ne peux rien dire sur une enquête en cours, vous lirez les journaux d'ici ce soir, ça va fuiter de toute façon. Il me faut les enregistrements, tout de suite.
Le directeur hocha la tête, résigné.
─ Venez, commandant, je vais vous les donner. C'est sur le serveur, je vais vous en faire une copie.
Une demi-heure plus tard, après avoir récupéré les données sur une clé USB, PJ était de retour à son bureau où Héloïse visionnait la vidéo de Neuilly. Il posa une clé USB sur le bureau à côté d'elle.
─ C'est la vidéo du Foot-Bar, on regardera plus tard. Du nouveau ?
─ Oui, au niveau banque et téléphone. Il faut identifier des appels fréquents et des virements récurrents.
─ Bon travail. Quelqu'un va s'en charger, je donne des instructions. Maintenant il faut aller au domicile de notre victime, tu me donneras des détails en route. On y va.

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