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Quand PJ et Héloïse arrivèrent au domicile de Kastarov la perquisition était presque terminée.

Kastarov habitait un petit studio de 20 m² environ au septième étage, sans ascenseur, sous les toits. PJ et Héloïse grimpèrent les escaliers étroits et grinçants, essoufflés en arrivant en haut.

L'appartement était d'un dépouillement monacal. Ameublement très sobre : un lit étroit, une table, deux chaises dépareillées, une petite armoire bon marché. Rien de personnel. Pas de photos, pas de livres. Rien qui indique qu'un être humain vivait ici. Plutôt une planque qu'un logement.

L'équipe scientifique ramassait ses affaires. Le chef d'équipe, un homme bedonnant que PJ connaissait depuis des années, fit un rapport oral très bref en secouant la tête.

─ Rien. Absolument rien. Pas une empreinte autre que celles de la victime, pas un poil, pas un cheveu. Pas d'ordinateur, pas de tablette, pas de téléphone fixe. Armoire et tiroirs vides, aucun objet de toilette. C'est un logement inhabité ou plutôt vidé méthodiquement.

PJ hocha la tête, sans surprise.

─ Les nettoyeurs sont passés avant nous.

Héloïse le regarda d'un air interrogateur.

─ Oui, ceux qui l'ont tué ou fait tuer sont venus faire le ménage après. Effacer toutes les traces, toutes les preuves. On fait quand même un tour pour le principe, on ne sait jamais.

Ils enfilèrent des gants en latex. PJ commença par la pièce principale tandis qu'Héloïse se dirigeait vers le cabinet de toilette. Elle jeta un coup d'œil circulaire. Une douche exiguë, un lavabo écaillé, des toilettes. Son attention fut attirée par la pomme de douche qui n'avait manifestement pas servi depuis longtemps, tous les trous étaient bouchés par du calcaire.

Elle plissa les yeux. Un barman qui ne se douchait pas chez lui ? Elle entra dans la douche et, sur une intuition, ôta la grille d'évacuation.

─ Commandant, j’ai quelque chose !

PJ apparut dans l'embrasure de la porte.

─ C’est PJ, pas commandant.

Elle lui tendit ce qu'elle venait d'extraire de l'évacuation. C’était une clé USB soigneusement enveloppée dans un sac plastique étanche. PJ la prit avec précaution et l'inséra dans une pochette en plastique transparente avant de la remettre à l'équipe scientifique pour les empreintes.

─ Bien joué, mais ils vont te détester. Tu viens de leur prouver qu'ils ont raté quelque chose.

PJ la regarda un instant mais se tourna vers les scientifiques qui avaient déjà tout rangé.

─ Vérifiez tous les siphons de l'appartement, les évacuations, les chasses d'eau. Et ramenez-moi cette clé USB cet après-midi avec vos conclusions. On retourne à la boutique.

De retour au bureau PJ confia à Héloïse les rapports qu’elle avait commandés le matin. Elle s’empressa de regarder la liste des correspondants téléphoniques de Kastarov.

Deux noms ressortaient régulièrement dont l’un très souvent, Igor Nemiroff, attaché culturel à l’ambassade russe. Le deuxième la fit sursauter et elle le montra à PJ.

PJ arqua un sourcil en lisant le nom. Il resta silencieux un long moment, son visage fermé ne trahissant aucune émotion.

─ Et pour l’argent ?

Elle parcourut rapidement le dossier financier et répondit.

─ Les virements entrants et sortant viennent tous de comptes off-shore, Bahamas, îles Caïmans à l’exception des salaires.

PJ décrocha le téléphone.

─ Naudin ? On a un énorme problème… non surtout pas au téléphone. A notre troquet habituel dans une demi-heure, c’est très urgent. Vraiment très urgent.

Il raccrocha et se tourna vers Héloïse, le visage grave :

─ Héloïse, écoute-moi bien. On y va tout de suite mais attention, à partir de maintenant plus un mot sur cette affaire, à qui que ce soit, même sous la torture. Et je ne plaisante absolument pas. C’est clair ? Même pas aux collègues, même pas à ta famille. Personne.

Héloïse hocha la tête, impressionnée par le sérieux de son ton.

PJ reprit le téléphone et composa un autre numéro.

─ Julien ? Comment se porte le ministère ? J'ai un service important à te demander.

Une voix masculine, chaleureuse, lui répondit à l'autre bout du fil.

─ Oui, je sais, je sais, Lucie voudrait m'inviter à dîner et me présenter une de ses copines en mal de mari. Dis-lui de m'envoyer trois dates disponibles, je choisirai, elle pourra imaginer plusieurs scénarios mais je viendrai avec ma nouvelle adjointe.

Il y eut un rire à l'autre bout du fil.

─ Soyons sérieux maintenant ! Je t'envoie une liste de virements de et vers des comptes offshore qu'il faut identifier d'urgence. Je compte sur toi, mais surtout, comme tu vas être extrêmement surpris par ce que tu vas découvrir, je te demande de faire la recherche toi-même, personnellement, sans laisser la moindre trace informatique et de rester muet comme une tombe. Tu me suis ? Merci infiniment. Fais vite et à très bientôt chez toi.

Il raccrocha et fit signe à Héloïse de le suivre.

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