26
L’ambiance était de plus en plus délétère au commissariat du XIXe où chacun essayait de le piéger et de le pousser à la faute pour le faire sanctionner et en être débarrassé.’ambiance était de plus en plus délétère au commissariat du XIXe où chacun essayait de le piéger et de le pousser à la faute pour le faire sanctionner et en être débarrassé.
Son succès dans l’affaire de l’enfant enlevé et séquestré avait décuplé l’animosité générale à son égard. Mais PJ s’accrochait et faisait consciencieusement un travail routinier et la plupart du temps sans intérêt.
Il avait sympathisé avec le commandant nouvellement muté, un certain Jacques Naudin, qui avait participé à l’arrestation du pédophile, et ils allaient de temps en temps boire une bière dans un bar proche.
Naudin, issu d’une famille modeste comme PJ, avait beaucoup d’ambitions et était prêt à oublier certaines règles pour arriver à ses fins. Il espérait être un jour directeur de la police nationale et entretenait des liens avec des hommes politiques de tous bords.
Naudin avait présenté le concours de commissaire et en attendait les résultats. Connaissant le cursus de Pierre-Jean, il lui avait demandé de l'aider dans certaines matières. En échange, il l'emmenait sur certaines missions, ce qui permettait à Pierre-Jean de sortir de sa routine quotidienne.
Il lui avait aussi conseillé de passer les concours pour monter en grade, avoir un meilleur salaire et surtout quitter ce commissariat.
— Tu en as les capacités. Ne reste pas lieutenant toute ta vie.
Pierre-Jean l'écoutait sans commenter. Ils étaient différents mais ils s'appréciaient.
Un soir, il demanda à PJ de l’accompagner pour une planque qui pouvait durer toute la nuit et aboutir éventuellement à l’arrestation d’un très important trafiquant de drogue.
Ils étaient dans une voiture banalisée à une centaine de mètres de l’entrée d’un entrepôt où, selon un indic, une livraison de méthamphétamine devait avoir lieu.
Naudin avait préféré venir en petit nombre car le trafiquant serait seulement accompagné d’un garde du corps.
— L'effet de surprise. Si on débarque à vingt, ils nous voient arriver.
Vers 2 heures du matin, la porte de l’entrepôt s’ouvrit et un camion s’y introduisit lentement.
— C’est la livraison, ça va être à nous de jouer.
Naudin sortit son arme de son étui et engagea une balle dans le canon, imité par PJ.
— Dès que le camion repart on fait un flag.
Quelques minutes plus tard le camion ressortit, les deux policiers coururent vers l’entrepôt dont la porte commençait à se refermer et surprirent deux hommes qui remplissaient de caisses le coffre d’un SUV.
— Police ! Ne bougez plus !
Le garde du corps tira sans sommation. Il rata qui riposta instinctivement et l'abattit.
Mais le chef, chauve, la cinquantaine, visa Naudin qui était à découvert.
Pierre-Jean le vit. Sans réfléchir, il bouscula Naudin et tira en même temps que le trafiquant.
Le trafiquant tomba, blessé au ventre, hurlant de douleur.
Pierre-Jean sentit une brûlure intense à l'épaule gauche. Il baissa les yeux. Du sang. Beaucoup de sang.
— PJ !
Pierre-Jean s'effondra. Naudin appela les secours et des renforts immédiatement.
— Tu m'as sauvé la vie. Je te revaudrai ça. Les secours arrivent dans deux minutes. Tu vas t'en sortir. Tiens bon !
Pierre-Jean grimaçait de douleur. Le monde tournait autour de lui.
— Ma mère... préviens ma mère...
Puis le noir.
L’affaire se termina bien : le trafiquant, bien que gravement blessé, fut sauvé et condamné à vingt ans de prison, son gang démantelé et 250 kilos de drogue saisis.
Naudin et Malisse eurent les félicitations du ministre de l’intérieur.
Après deux mois de convalescence et de rééducation, PJ fut nommé capitaine et Naudin, reçu au concours de commissaire, était promu chef d’une des deux équipes qui formaient la BSRI nouvellement formée. Il prit PJ, heureux de quitter son commissariat, comme second et le poussa à devenir commandant.
— Tu as ta place ici. Avec moi. On va faire de grandes choses.
Pierre-Jean accepta. Pour la première fois depuis la mort de son père, il se sentait à sa place.

Annotations