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Au moment où Héloïse introduisait la clef dans la serrure de sa porte, rue de la Pompe, elle sentit une présence derrière elle.
Elle se retourna brusquement, la main sur son arme de service.
Un homme se tenait là, à deux mètres, un homme mur, bien habillé, un attaché-case dans la main gauche, pas du tout l’air agressif. Ils se regardèrent un long moment sans rien dire, Héloïse avait la main sur la crosse de son Sig Sauer.
— Héloïse Veillon ?
— Qui la demande ?
— Mon nom est sans importance, je dois vous parler d’urgence.
— A quel sujet ?
L'homme fit un pas en avant. Héloïse resserra sa prise sur son arme.
— Votre père. Laissez-moi entrer et vous expliquer ?
— Mais, qui êtes-vous ?
L'homme ne répondit pas. Il lui tendit un smartphone et lui demanda de faire le seul numéro mémorisé.
Héloïse hésita, puis prit le téléphone. Elle composa le numéro. Après trois sonneries, un correspondant décrocha et une voix synthétique, dit simplement :
— Raccrochez, vous allez être recontactée.
Elle raccrocha, perplexe. Presque immédiatement, son propre smartphone sonna. Le numéro privé de son père s'afficha.
Son cœur bondit. Elle décrocha rapidement.
— Papa ?
— Tapez votre date de naissance, année, mois et jour, puis dièse.
La même voix synthétique. Ce n'était pas son père.
Elle hésita, puis s'exécuta.
— Tapez la date de naissance de votre père, année, mois et jour, puis dièse.
Elle s’exécuta à nouveau.
— Vous devez faire le numéro du standard de Matignon qui vient de s’afficher sur votre écran. Sans répondre à l’opératrice, tapez le code suivant sur votre clavier : 1, 6, étoile, 1, 2, dièse.
La communication fut coupée.
Héloïse regarda d'un air abasourdi l'homme qui patientait sans un mot, son attaché-case à la main.
Elle hésita un instant, puis lança l'appel. À la deuxième sonnerie :
— Hôtel Matignon, services du Premier Ministre, qui demandez-vous ?
Sans répondre, Héloïse tapa le code qui lui avait été communiqué et entendit une voix d’homme, grave, autoritaire :
— Nom et prénom ?
— Héloïse Veillon.
Sa voix tremblait légèrement.
— Mademoiselle Veillon, vous devez faire entièrement confiance à l’homme qui est en face de vous. Il vous donnera toutes les explications dont vous avez besoin.
Héloïse ouvrit la bouche pour parler mais la voix continua :
— Ne posez pas de questions. Écoutez-le. C'est une question de sécurité nationale. Et de la vie de votre père.
Tonalité. Communication terminée.
Elle regarda l’homme qui attendait patiemment, ouvrit sa porte et lui dit :
— Je suppose que je n’ai pas le choix. Entrez.

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