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La journée avait été longue mais PJ avait convoqué Augeron et Zanzarelli et, en les attendant, il terminait son deuxième sandwich jambon-beurre et sa bière.
Il commençait à ressentir la fatigue et se demandait par quel bout prendre cette affaire. Il regrettait d’avoir renvoyé Héloïse, dont il avait pu apprécier le sérieux et l’efficacité.
Et il devait bien s'avouer qu'il la trouvait plutôt à son goût, même si le démarrage avait été rude.
Mais il fut interrompu par l’arrivée des deux lieutenants.
— Parlez-moi des deux cadavres et de la scientifique.
— Deux hommes de type caucasien, nus tous les deux, attachés et abattus d’une seule balle dans la nuque. Travail de pro, exécution pure et simple
Augeron enchaîna :
— Et l’appartement, complètement vide, a été nettoyé à fond, pas une empreinte, pas un cheveu, pas un poil, pas une poussière. Pas le moindre indice, travail de nettoyeurs professionnels.
— Identités ?
— Rien pour l'instant. On cherche dans le fichier central. Les empreintes digitales sont en cours d'analyse. On devrait avoir quelque chose demain.
Après un long moment de silence, PJ reprit :
— Vous continuerez à creuser demain, mais vous allez vous reposer. On refait un point demain matin.
Les deux lieutenants se levèrent pour partir.
— Ah, et messieurs, merci pour votre travail. Vous êtes efficaces.
Ils sourirent et sortirent.
Resté seul, PJ laissa errer son esprit sur les nombreux évènements survenus ces deux derniers jours. Un coup de téléphone l’informa de l’arrivée du fils des propriétaires de la cave du 133.
PJ se leva, s'étira.
— J'arrive. Installez-le en salle d'interrogatoire numéro 1.
Comme d'habitude, PJ observa d'abord l'homme qu'il allait interroger par la glace sans tain.
Environ 40 ans, bien habillé genre cadre supérieur, décontracté mais l’air un peu inquiet.
Après l’interrogatoire d’identité, l’homme paraissait encore plus inquiet :
— Il y a un problème avec mes parents ? Ils vont bien ?
PJ ne répondit pas immédiatement. Il ouvrit un dossier, feuilleta quelques pages.
— On va le savoir. Vos parents sont bien propriétaires de la cave numéro 6 de l’immeuble du 133 boulevard Maurice Barrès à Neuilly ?
— Vous avez fait faire un double de la clef de cette cave, pourquoi ?
— Oui, c’est exact.
— Parce qu’ils ont perdu la leur. J’ai le double de toutes leurs clefs, ils sont âgés et les perdent souvent, même à l’intérieur de leur appartement. C’est important ?
PJ l'observa attentivement. Il avait l'air sincère.
— Vous allez souvent à la cave ?
— Non, pas depuis une dizaine d’années. Depuis qu'on a descendu leur ancien lit.
— Vraiment ?
Il sembla soudain comprendre.
— Attendez... Il s'est passé quelque chose dans la cave ?
PJ ignora la question.
— Vraiment ? Pas depuis dix ans ?
— Oui, vraiment. Il y a dix ans, nous avons remplacé leur lit par deux lits médicalisés, plus adaptés à leur état physique. Ils ont tenu à conserver leur ancien lit qui datait de leur mariage, il y a maintenant 67 ans, et de leur installation dans cet appartement en 1953. Attachement sentimental. Je n’ai pas voulu les contrarier et je l’ai fait descendre à la cave où il n’y a que des objets bons pour la déchetterie.
Le récit semblait cohérent.
— Vous connaissez l’histoire de cette cave ?
— Bien sûr ! Elle fait partie de la légende familiale, mais le mur a été refait à la libération.
PJ referma le dossier.
— Parfait. Vous pouvez vous retirer.
— Mes parents... ils ne sont pas en danger ?
— Non. Ne vous inquiétez pas.

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