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Jean-Marie Dudolmen consultait fébrilement, un à un, les quotidiens empilés sur son bureau puis les jetait à terre d’un geste rageur.
Le Figaro. Rien.
Le Monde. Rien.
Libération. Rien.
Le Parisien. Rien.
Son énervement augmentait à mesure que la pile de journaux diminuait. Finalement le dernier exemplaire, L'Humanité, rejoignit les autres sur le parquet.
Il serra les poings, se leva et fit les cent pas dans son bureau.
Il sortit une clé de son porte-monnaie et ouvrit un tiroir de son bureau où il trouva un téléphone prépayé. Il appuya sur le seul numéro mémorisé et laissa sonner trois fois avant de raccrocher.
Une minute plus tard le téléphone sonnait. Numéro masqué.
— Pouvez-vous m’expliquer pourquoi il n’y a rien dans la presse ?
La voix de Dudolmen était glaciale, autoritaire.
— Je ne sais pas, monsieur.
— Et au niveau de la police ou des services de renseignement ? Avez-vous interrogé nos contacts ?
— Je vais le faire immédiatement, monsieur.
— Essayez d’en savoir plus et rappelez-moi dans une heure, je prendrai ma décision.
Une heure plus tard, le téléphone sonnait.
— Alors ?
— Toujours rien, monsieur, personne n’a entendu parler de la photo, rien n’a filtré de l’Elysée. Que faut-il faire ?
— On envoie une pseudo fuite à la presse écrite et aux chaines d’information en continu. Et on prépare une deuxième photo avec la demande convenue.
— Bien, monsieur, je m’en occupe immédiatement.
Dudolmen raccrocha et se servit un verre de whisky. Il le but lentement, savourant chaque gorgée.
Tout se déroulait comme prévu. Enfin presque.
Une heure plus tard, on pouvait lire sur FBMTV le bandeau suivant au bas de l’écran :
ALERTE INFO : Selon des milieux généralement bien informés, le fils du président Lamarche aurait été kidnappé. D’autres informations prochainement.
L'effet fut immédiat.
Très rapidement, des dizaines de journalistes arrivèrent devant l’Elysée où fut déployée une compagnie de CRS chargée de les contenir. Puis ce fut le tour des cars des télévisions équipés de paraboles, des envoyés spéciaux et de leurs cameramen.
Toutes les chaines de télévision interrompirent les programmes en cours pour des émissions spéciales. Les experts autoproclamés, comme d’habitude, s’installèrent sur les plateaux et élucubraient gravement sur un évènement non confirmé dont ils ne savaient strictement rien.
Les reporters, debout devant l'Élysée, répétaient à l'envi qu'ils n'avaient aucune information. Ce qui ne les empêchait pas de parler pendant des heures.
Les hommes politiques se précipitèrent vers les micros pour des commentaires.
Ceux de droite mettaient en cause la politique migratoire du gouvernement, l'insécurité galopante, l'immigration incontrôlée...
Pour l’extrême droite, le problème était les islamistes, « le terrorisme frappe au cœur de la république ».
Pour la gauche, la faute revenait à la politique sociale et à l’absence d’action contre le réchauffement climatique.
La confusion était totale et seul le parti du président prêchait le calme en attendant un communiqué de l’Elysée.
Mais le La machine médiatique, bien huilée, tournait à plein régime.
Mais le communiqué tardait à venir.

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