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Pendant sa convalescence et sa rééducation, PJ avait été contacté par le directeur de cabinet du ministre de l’intérieur.
Celui-ci, bien qu’il ait déjà essuyé trois refus, était chargé de lui proposer sa nomination au poste de directeur-général adjoint de la Police Nationale et de conseiller spécial auprès du ministre.
PJ, plutôt de mauvaise humeur, lui répondit froidement qu’il n’avait aucune intention ni envie de faire carrière dans la politique et qu’il remerciait le ministre de son offre mais la refusait. Et, comme le directeur insistait, il lui raccrocha brutalement au nez.
Il était de mauvaise humeur car, si sa blessure à l'épaule n'était pas très grave, elle le faisait beaucoup souffrir et l'empêchait de dormir. Les séances de rééducation étaient douloureuses. Il devait prendre des antalgiques puissants qui le faisaient somnoler.
Mais il était surtout de très mauvaise humeur car la jeune femme qu'il fréquentait depuis plusieurs mois l'avait quitté brutalement alors qu’il envisageait de la présenter à sa mère.
Elle lui avait expliqué, les larmes aux yeux, qu'elle ne pouvait pas envisager de fonder une famille avec quelqu'un qui risquait de faire d'elle une jeune veuve. Qu'elle ne supportait pas l'angoisse de recevoir un jour un coup de téléphone lui annonçant sa mort.
— Je ne peux pas vivre comme ça, dans la peur permanente.
Pierre-Jean n'avait pas insisté. S’il avait compris, il ne lui en voulait pas. Mais il souffrait.
Il s'était refermé un peu plus.
Il profita de son congé maladie pour étudier le programme de l'examen de commandant qu'il comptait obtenir à la prochaine session. Étudier l'aidait à oublier.
Ses débuts à la BSRI, à l’issue de sa convalescence qu’il avait refusé de prolonger contre l’avis médical, furent plutôt difficiles.
Capitaine, il occupait la place promise à un commandant qui devint un de ses ennemis le plus acharnés.
Les autres membres du service, le battaient froid, le considérant comme un pistonné. On lui confiait les tâches ingrates, on « oubliait » de le convier aux pots, on ne l'invitait jamais aux verres après le service.
Mais Pierre-Jean ne se lia avec aucun de ses collègues. Il restait poli, professionnel, distant. Ils ne refusaient pourtant pas de lui céder leurs tours de garde et leurs week-ends.
Il fallut plusieurs mois et la résolution de plusieurs affaires difficiles pour que l'hostilité retombe un peu.
Quant à sa vie sentimentale, elle resta au point mort. Il refusait les rendez-vous arrangés, déclinait poliment les avances. Il s'était persuadé qu'il était fait pour être seul.
Naudin essayait parfois de le secouer.
— Tu vas finir vieux garçon aigri si tu continues comme ça.
— Peut-être. C'est mon choix.
Et Naudin n'insistait pas.

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