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Héloïse et PJ arrivèrent à 20 heures 30 chez Juliette et Bastien, dans un bel appartement du VIIe arrondissement. Bastien les accueillit et débarrassa Héloïse de son manteau.
Héloïse portait une robe noire, toute simple, à manches courtes, avec un petit décolleté orné d’un rang de perles. Elle avait dénoué ses cheveux qu’elle arrangeait habituellement en un chignon sévère, ce qui la rajeunissait et, contrairement à son habitude, elle s’était légèrement maquillée.
PJ dut s'avouer qu'elle était vraiment... Il détourna les yeux. Ce n'était ni le moment ni l'endroit pour ce genre de pensées.
Il avait fait un gros effort de toilette en remplaçant le jean râpé par un pantalon noir et le blouson de cuir par un blaser sombre bien coupé, ce qui lui donnait une élégance qui passait plutôt inaperçue en temps normal.
Ils furent accueillis dans le salon par Lucie et Julien qui étaient déjà là, installés confortablement dans un canapé.
— Mais tu ne nous avait pas dit qu’elle était ravissante !
C’était Julien qui avait lancé l’exclamation en esquivant en même temps le coup de coude de son épouse.
Héloïse avait baissé les yeux en rougissant.
— C’est vrai que PJ a toujours été la discrétion même !
PJ haussa les épaules, légèrement agacé.
— Bon, c’est fini la mise en boite ? Sinon, on repart tout de suite.
Juliette, une rousse élégante calma le jeu.
— Je constate que l’apéritif brille par son absence, alors on va vous laisser nous le préparer entre hommes. Venez les filles, on va discuter entre nous.
Dès qu’ils furent seuls Bastien donna une clé USB à PJ en lui disant :
— Voilà la playlist que tu m’as demandée, je pense qu’elle est complète.
Julien les regarda d’un drôle d’air, laissant entendre qu’il n’était pas dupe, mais qu’il préférait ne pas savoir. PJ glissa la clé dans sa poche sans un mot.
Dans la cuisine, les trois femmes papotaient et Lucie expliqua que les trois amis s’étaient connus à l’ENA où ils étaient inséparables. Héloïse tomba des nues.
Héloïse tomba des nues.
— PJ a fait l’ENA ?
— Il a terminé second de sa promotion mais il aurait dû être major s’il n’avait pas eu un ennemi mortel parmi les enseignants. C’est Julien qui a eu la première place et Bastien la quatrième.
— Je ne comprends pas, il aurait pu avoir un grand rôle dans la haute fonction publique et il est devenu un simple flic. C’est incompréhensible !
Juliette compléta les explications.
— C’est vrai. Il a traité un prof de connard parce qu’il critiquait les femmes de ménage. Sa mère en était une. Mais ce n’est pas la raison. Son père, chauffeur de taxi, a été assassiné pour lui voler une recette d’une centaine d’euros. Il ne s’en est jamais remis et personne n’évoque ce sujet en sa présence.
— Je comprends. C’est dommage pour lui.
— Tu peux toujours essayer de le consoler !
Héloïse devint écarlate et ne répondit pas. Le sujet de la conversation changea et bientôt les jeunes femmes retournèrent au salon pour prendre l’apéritif avant de passer à table pour continuer la soirée.
Vers 21 heures, ils passèrent à table. Le vin coulait, les langues se déliaient. Julien raconta des anecdotes de l'ENA qui firent rire tout le monde. Bastien parla de son dernier livre sur l'architecture parisienne.
Héloïse se sentait bien, détendue. Elle découvrait PJ dans un autre contexte, plus léger, plus humain. Elle le vit rire aux éclats à une plaisanterie de Julien, un rire franc qu'elle ne lui connaissait pas.
Tout le monde prit congé vers 23 heures 30, après les cafés et les digestifs. Promesses de se revoir bientôt, embrassades chaleureuses.
Dès leur arrivée dans la voiture, PJ sortit son téléphone « spécial » et appela le seul numéro mémorisé qui décrocha immédiatement.
— Bonsoir commandant, la soirée a été bonne ?
— Bonsoir, je vais vous transmettre par texto le matricule d’une voiture de police, j’ai besoin de savoir d’où elle vient. Plus tard vous aurez une liste de personne dont je veux tout savoir et tout cela le plus tôt possible et en toute discrétion.
— Pas de problème commandant. Vous aurez tout cela demain matin dans la boite aux lettres de mademoiselle Veillon. Bonne fin de soirée.
Le reste du trajet se fit en silence. PJ déposa Héloïse rue de la Pompe.
— Merci pour cette soirée, dit-elle en descendant de la voiture. C'était... bien.
PJ sourit.
— Oui. C'était bien. Repose-toi. Demain sera une longue journée.
Il attendit qu'elle soit rentrée dans l'immeuble avant de démarrer.

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