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PJ se réveilla en sursaut dans le noir complet de son bureau et regarda l'heure à son téléphone : 5 heures 10. Pas question de se rendormir.
Quelque chose trottait dans sa tête depuis la veille. Une intuition. Un pressentiment.
Il ralluma la lampe de bureau et reprit le dossier du personnel du château de La Roche-Guyon. Il regarda les photos attentivement, une par une.
Il s'arrêta sur celle d'une femme d'une quarantaine d'années et relut sa fiche. Hélène de L'Orme, responsable de la sécurité des bâtiments et structures du château, architecte diplômée des monuments historiques.
Il sentait que quelque chose lui échappait sans arriver à mettre le doigt dessus. Quelque chose dans ce nom lui disait quelque chose. Hélène de L'Orme. De L'Orme.
Il prit son deuxième téléphone pour contacter ce qu’il appelait le « service spécial ».
— Bonjour, commandant. Vos instructions.
La voix était alerte malgré l'heure matinale. Ces gens-là ne dormaient donc jamais !
— Je veux que madame Hélène de L’Orme soit mise sur écoute et surveillée 24 heures sur 24, avec la liste de toutes les personnes rencontrées et un rapport oral toutes les six heures.
Un silence.
— C'est en route, commandant. Mais j'ai une information qui va vous intéresser.
— Je vous écoute.
— Cette personne a appelé hier soir le commissaire divisionnaire Naudin. Ils ont parlé pendant quinze minutes. Conversation privée, apparemment.
PJ sentit son sang se glacer.
— Vous êtes sûr ?
— Certain. Vous devriez consulter un moteur de recherche à son sujet.
PJ raccrocha et tapa immédiatement le nom « Hélène de L'Orme » sur son PC.
Les résultats s'affichèrent et il sélectionna Images.
Et là, il vit des photos d'elle avec Naudin. Des photos de mariage datant d'une quinzaine d'années. Des photos de réceptions officielles.
Il se frappa à nouveau le front.
— Bien sûr ! Son ex-femme ! Ils ont divorcé il y a trois ans. Elle a dû reprendre son nom de jeune fille !
Il se souvint maintenant. Naudin en avait parlé brièvement, une fois, lors d'une beuverie. Un divorce à l'amiable, avait-il dit. Pas d'enfants. Chacun avait refait sa vie.
Vraiment ?
Il envoya sans attendre un texto aux lieutenants Zanzarelli et Augeron, leur demandant de monter à son bureau dès leur arrivée.
Héloïse se montra à 9 heures, les mains vides comme convenu. Elle fit un bref compte-rendu de l’examen des fiches qui selon elle n’avait rien donné d’intéressant.
Quand Zanzarelli et Augeron arrivèrent, PJ les interrogea du regard.
Zanzarelli sortit un carnet de notes.
— Nous avons les informations demandées. Le véhicule en question a quitté le commissariat du XVIe à 4 heures lundi matin, conduit par le gardien de la paix Filipeau, seul, ce qui est contraire au règlement, mais personne ne s’en est aperçu.
Augeron enchaîna :
— L’examen du GPS a montré un premier arrêt avenue Victor Hugo, puis dans l’ordre Neuilly, Issy-les-Moulineaux, La Roche Guyon puis retour. Nous avons les adresses.
PJ sentit son sang se glacer.
— Avenue Victor Hugo... Vous avez le numéro exact ?
Zanzarelli consulta son carnet.
— 335, avenue Victor Hugo. Arrêt de trois minutes.
PJ ferma brièvement les yeux. L'adresse de Naudin. Son mentor. Son ami.
— Inutile de me donner les autres adresses. Je les connais. Avenue Victor Hugo, c'est le domicile du commissaire Naudin. Neuilly, c'est l'immeuble où ont disparu Robin et Veillon. Saint-Cloud, c'est une planque. La Roche-Guyon, c'est là où Louis Veillon a été retrouvé.
Les deux lieutenants se regardèrent, abasourdis.
— Putain ! Le patron ?
PJ serra les poings.
— Oui. Filipeau est allé le chercher avenue Victor Hugo avant d'aller à Neuilly. Naudin était dans le coup dès le début. Il a probablement supervisé toute l'opération.
Il marqua une longue pause, le visage fermé.
— Mais vous n'avez rien entendu. Rien vu. Cette information n'existe pas. Pour votre propre protection. C'est moi qui m'occuperai de Naudin le moment venu. Est-ce clair ?
Zanzarelli et Augeron se regardèrent.
— Oui. Pas de problème. On te fait confiance, PJ.
— Retournez à votre travail.
Après leur départ, PJ resta immobile un long moment, le regard dans le vide. Héloïse n'osait pas parler.
Finalement, PJ reprit son téléphone spécial.
— Vos instructions, commandant.
— J’ai besoin d’interroger quelqu’un de façon non officielle. Il faut l’enlever et le mettre à ma disposition dans un endroit discret.
Un long silence.
— Vous êtes bien sûr de ce que vous faites, commandant ? Ce que vous me demandez est... irrégulier.
— Oui, je le sais. Mais c'est nécessaire. Absolument nécessaire.
Encore un silence.
— Son nom ?
— Filipeau, gardien de la paix, commissariat du XVIe.
Un soupir.
— Nous vous recontacterons.
Une heure plus tard, son téléphone spécial vibra.
— Commandant, votre homme est en notre possession. Il n'a pas opposé de résistance. Il a été intercepté sur le trajet entre son domicile et son commissariat. Il est à votre disposition à Saint-Germain-en-Laye. Je vous envoie l'adresse par SMS.
PJ nota l'adresse. Une maison en bordure de forêt, isolée. Parfait pour un interrogatoire discret.
— J'arrive.
Il se tourna vers Héloïse qui avait entendu la fin de la conversation.

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