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PJ raccrocha le téléphone et mit son pistolet dans l’étui qu’il portait à la ceinture sur sa hanche gauche sous le regard intéressé d’Héloïse.
— Tu n’es pas obligée de me suivre dans l’illégalité la plus complète, je ne t’en voudrais pas. Pense à ta carrière qui commence à peine.
Héloïse soutint son regard.
— Ma carrière passe après la vie de mon père. Pas question que je te lâche.
— Alors éteins ton téléphone et allons-y.
Une demi-heure plus tard ils arrivaient à Saint-Germain-en-Laye devant une maison plutôt cossue en bordure de la forêt. PJ sonna et le portail métallique s’ouvrit.
Un homme, la quarantaine, costume sombre, allure militaire, les accueillit à l'entrée.
— Vous êtes… non, ne dites rien, je ne veux pas le savoir. Où est-il ?
L’homme ne répondit pas et leur fit signe de les suivre jusqu’à ce qui devait être un salon et leur montra une porte fermée.
PJ sortit de sa poche une cagoule noire qu'il enfila. Il en tendit une deuxième à Héloïse qui hésita un instant puis l'enfila également.
— Prête ?
Héloïse hocha la tête.
PJ ouvrit la porte et ils pénétrèrent dans une petite chambre non meublée. Au centre, un homme était assis sur une chaise, un sac noir sur la tête, les mains attachées dans le dos, les deux jambes attachées aux pieds de la chaise par des liens en plastique. Un projecteur puissant était braqué sur lui.
PJ arracha le sac d'un geste brusque. L'homme, ébloui, cligna des yeux. Jeune, trentaine d'années, visage quelconque. L'air terrorisé.
— Tu travailles pour qui ?
La voix de PJ était déformée par la cagoule, méconnaissable.
— Où étais-tu lundi à 5 heures du matin ? Te rends-tu compte que non seulement ta vie est en jeu mais aussi celle de ta femme et de tes enfants ?
L'homme ne répondit pas. Il tremblait.
— Tu es gardien de la paix depuis huit ans, bien noté, marié, deux enfants, garçon 5 ans et fille 2 ans.
— …
— Tu as une minute pour répondre à mes questions. Sinon, madame Filipeau sera bientôt veuve.
Silence.
— Bien, c’est ton choix.
PJ lui remit le sac sur la tête, sortit son pistolet et engagea une balle dans le canon avec un bruit métallique caractéristique. L'homme tressaillit violemment.
PJ ouvrit bruyamment la porte de la pièce, fit quelques pas dans le couloir...
— Attendez ! Je vais parler ! Je vais tout dire ! Mais ne me tuez pas ! S'il vous plaît !
PJ revint dans la pièce et enleva le sac.
— Je t’écoute. Et si tu mens, tu es mort.
L'homme déglutit avec difficulté. Des larmes coulaient sur ses joues.
— J'ai reçu un coup de fil il y a un mois. Un homme. Il me promettait 10 000 euros si j'exécutais ce qu'on me demandait.
— Continue.
— Je devais prendre le véhicule de service lundi à 4 heures du matin et aller d'abord au 335 avenue Victor Hugo pour récupérer quelqu'un qui m'attendrait devant l'immeuble.
PJ sentit son sang se glacer mais ne laissa rien paraître.
— Tu l'as vu ? Tu peux le décrire ?
— Non, il portait une cagoule noire et des gants. Il est monté à l'arrière sans dire un mot. Je ne pouvais pas voir son visage dans le rétroviseur.
— Sa voix ? Sa taille ? Quelque chose ?
— Il n'a presque pas parlé. Juste donné des ordres brefs. "Démarre", "Tourne à gauche", "Arrête-toi là". Une voix d'homme, grave. Taille moyenne, je dirais. Mais c'est tout.
— Ensuite ?
— Je devais aller à Neuilly récupérer deux colis et les livrer, l’un à Issy-les-Moulineaux où deux hommes cagoulés m’attendaient, l’autre au château de La Roche Guyon. L'homme à la cagoule est resté dans la voiture pendant que je chargeais les colis à Neuilly. Il ne m'a pas aidé. Puis il est descendu à Saint-Cloud avec le premier colis et je suis reparti seul pour La Roche Guyon. Ensuite je suis rentré et j'ai trouvé dans mon casier une enveloppe avec l'argent.
PJ serra les poings.
— Et tu ne t’es pas posé de questions ?
— J'ai un emprunt sur mon appartement. Ma femme est malade. J'avais besoin d'argent.
Il pleurait maintenant ouvertement.
— Tu te rends compte de ce que tu as fait ? Tu vas disparaitre sans laisser de trace, tu ne reverras jamais ta femme et tes enfants.
L'homme sanglota.
— Non, s’il vous plait, attendez, j’ai quelque chose si vous me promettez de me libérer.
PJ réfléchit un instant.
— Ça dépend de ce que tu as. Parle.
L'homme prit une grande inspiration.
— Le numéro de mon correspondant n’était pas masqué, il est sur mon portable. Je l'ai gardé. Au cas où.
PJ sentit une poussée d'adrénaline.
— Parfait. L’adresse à Issy-les-Moulineaux ?
— 108 impasse des 3 Beaux Frères. Vous allez me libérer ?
PJ ne répondit pas immédiatement. Il récupéra le sac plastique contenant les affaires du prisonnier, dont son téléphone portable.
— Oui, dans dix ans ou peut-être avant pour bonne conduite.
Il se tourna vers l'homme en costume qui attendait dans le salon.
— Il reste ici jusqu'à la fin de l'affaire. En isolement total. Personne ne doit savoir où il est. Compris ?
L'homme hocha la tête.
Dans la voiture, Héloïse était pâle.
— PJ... On vient de... C'était...
PJ la regarda.
— C'était nécessaire. Deux personnes ont disparu. On ne peut plus jouer selon les règles.
Il démarra, puis ajouta d'une voix blanche :
— Et maintenant je sais que Naudin était dans cette voiture. Avenue Victor Hugo, c'est son adresse. Il a supervisé toute l'opération depuis le début.
Héloïse le regarda, horrifiée.
— Ton mentor... ton ami...
— N'était qu'un traître.
PJ conduisait sans un mot. Il repensait sans arrêt à Naudin. Il prit son téléphone.
— Zanzarelli ? J'ai une mission délicate pour vous deux. Allez discrètement au 335 avenue Victor Hugo. C'est l'adresse du commissaire Naudin.
Un silence choqué à l'autre bout.
— Le patron ?
— Oui. Je veux que vous interrogiez discrètement le gardien, les voisins si possible. Vérifie-s’il était bien chez lui dans la nuit de dimanche à lundi, vers 4 heures du matin. Et relevez la liste complète des occupants de l'immeuble. Je veux savoir s'il a des colocataires, de la famille, quelqu'un qui aurait pu l'accompagner.
— Compris. On fait ça en douceur.
— Très important : vous ne devez révéler à personne, absolument personne, que vous enquêtez sur Naudin. Vous êtes censés vérifier une piste annexe. Si on vous pose des questions, vous ne savez rien.
— T'inquiète pas, PJ. On gère.
PJ raccrocha.
— On retourne voir notre ami Samuel. Il va nous aider.

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