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A 21 heures, PJ se gara devant le 335 avenue Victor Hugo, bel immeuble haussmannien. Quartier chic, calme.

Il entra dans l’immeuble et fut arrêté par le gardien à qui il montra sa carte barrée de tricolore.

— Police. Je dois voir le commissaire Naudin. C'est urgent.

Le gardien hocha la tête et le laissa passer.

PJ monta au deuxième étage et sonna longuement.

C'est Jacques Naudin qui vint lui ouvrir. Il était mal réveillé, en peignoir, une barbe de deux jours, les yeux rougis. Il leva les yeux au ciel en voyant PJ.

— J'aurais dû m'en douter. Entre.

PJ le suivit en silence jusqu'à la cuisine. L'appartement était spacieux, meublé avec goût. Des photos d'Hélène un peu partout. Une vie partagée pendant des années.

Naudin prépara deux tasses de café sans dire un mot. Il en tendit une à PJ et s'assit lourdement.

— J’ai besoin d’un café bien fort. Que me vaut le plaisir de ta visite ?

PJ resta debout, le regardant intensément.

— Tu le sais très bien ! Ne me dis pas qu’ils ne t’ont pas prévenu !

Naudin but une gorgée de café sans répondre.

— J'ai des preuves pour à peu près tout. Et j'ai deviné le reste. C'est toi qui vas porter le chapeau. Ton patron n'apparaît nulle part. Lui s'en sortira. Pas toi.

Naudin posa sa tasse et regarda PJ.

— Je vois.

Un long silence.

— Comment as-tu pu t'engager dans cette galère ? Pour ta carrière ? Tu ne seras jamais directeur de la Police nationale. Par conviction politique ? Tu vas passer le reste de ta vie en prison.

Il se pencha en avant.

— Tous ces morts, y compris ta femme tuée par tes amis pour effacer les traces... Cela en valait la peine ?

Naudin baissa les yeux.

— Hélène n'était plus ma femme. Nous étions divorcés.

PJ frappa du poing sur la table.

— Ne joue pas sur les mots ! Elle était la mère de ta fille ! Et ils l'ont tuée parce qu'elle en savait trop ! Parce qu'elle t'a aidé !

Naudin ne répondit pas. Il semblait s'être enfermé dans le silence.

— Alors tu es venu m’arrêter.

— Pas si on peut faire autrement.

Naudin releva les yeux, surpris.

— C’est-à-dire ?

— On a été des amis. Je te dois beaucoup. Tu m'as sauvé la vie, tu m'as formé, tu m'as soutenu.

PJ s'assit en face de lui.

— Tu sais ce que fait un soldat qui a failli et a trahi son pays ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Haute trahison.

Naudin hocha lentement la tête.

— Je sais.

Un silence pesant s'installa.

— Tu as ton arme de service ?

— Oui.

PJ se leva.

— Alors je te laisse décider. C'est mieux comme ça. Pour toi. Pour ta fille. Pour tout le monde.

Il se dirigea vers la porte, puis se retourna.

— Merci PJ. Tu as toujours été un véritable ami. Je comprends ta colère.

— Dis plutôt ma peine.

Naudin eut un sourire triste.

— Soutiens Amandine. Elle va avoir besoin de toi.

Naudin se leva et serra la main de PJ.

— Adieu, Jacques.

PJ sortit de l'appartement, ferma la porte derrière lui et resta un moment sur le palier, immobile.

Il entendit des pas à l'intérieur. Puis plus rien.

Il descendit lentement les escaliers. Arrivé dans la rue, il s'arrêta et regarda une dernière fois vers les fenêtres du deuxième étage.

Il monta dans sa voiture et démarra.

Il venait de perdre un ami.

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