chapitre 17

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nouvelle ennemis

Flora marchait d'un pas rapide, les yeux rivés sur la silhouette massive du phare qui découpait l'horizon, seule boussole dans ce labyrinthe de façades aveugles. Derrière elle, Soren luttait contre l'épuisement, le bruit de ses bottes dans la terre grasse lui paraissant soudainement trop bruyant.

Un sifflement long et modulé, presque comme un cri d'oiseau déformé, déchira soudainement le silence des ruines.

Flora se figea instantanément, son corps entier se raidissant comme si elle venait de recevoir une décharge. Elle se plaqua contre le mur d'une maison dont le toit s'était effondré, entraînant Soren avec une poigne désespérée dans l'ombre d'un vieux pressoir.

Au bout de la rue, trois silhouettes émergèrent lentement des lambeaux de brume. Ils n'avaient pas les écharpes rouges des Crocs. Ils portaient de longues tuniques de toile bise, maculées de suie et de sang séché, leurs visages nus et marqués par des cicatrices rituelles qui leur donnaient une allure de spectres. L'un d'eux traînait une lourde chaîne de fer noir qui raclait le pavé avec un bruit sinistre, tandis qu'un autre faisait jouer un long couteau d'équarrisseur entre ses doigts terreux.

Soren sentit la main de Flora trembler violemment contre son bras. Ce n'était pas un petit frisson de froid ; c'était une vibration incontrôlable qui secouait ses épaules et faisait claquer ses dents. Il tourna la tête vers elle et vit son visage, d'ordinaire si calme, décomposé par une horreur qu'il ne lui avait jamais connue. Ses yeux étaient écarquillés, fixés sur les hommes qui progressaient au milieu de la rue, incapables de s'en détacher.

Soren restait pétrifié, le regard alternant entre les trois hommes et Flora. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas qui étaient ces spectres en tuniques bises, ni pourquoi le « Fantôme », d'ordinaire si imperturbable, se liquéfiait littéralement sous ses yeux. La terreur qui émanait d'elle était contagieuse, une onde de choc qui lui vidait les tripes.

Au milieu du carrefour, les trois individus s'arrêtèrent net. Le bruit de la chaîne raclant le sol s'éteignit brusquement, laissant place à un silence de mort qui semblait peser des tonnes.

À cet instant précis, Flora rompit enfin son contact visuel avec eux. Ses mains remontèrent d'un coup vers son visage, se plaquant avec force sur sa bouche pour étouffer le moindre gémissement ou le claquement de ses dents. Ses yeux s'écarquillèrent encore davantage, injectés de sang par la panique, alors qu'elle se laissait glisser lentement contre la pierre du pressoir.

Elle tomba par terre sans émettre le moindre son, ses jambes refusant de la porter plus longtemps. Recroquevillée sur elle-même, incapable de contrôler les secousses qui dévastaient son corps, elle n'était plus qu'une ombre brisée, figée par une peur qui semblait venir du plus profond de son passé. Soren, impuissant, ne pouvait que la regarder s'enfoncer dans ce néant, le souffle bloqué dans sa gorge

Soren ne bougea pas d'un pouce. Il restait debout, les muscles contractés jusqu'à la crampe, la main valide figée contre le bois rugueux du pressoir. Il aurait voulu s'accroupir, poser une main sur l'épaule de Flora pour étouffer ses tremblements, mais l'instinct de survie le clouait sur place. Il ne comprenait pas, mais il savait qu'un seul millimètre de mouvement de sa part pouvait les condamner tous les deux

Au milieu du carrefour, les trois hommes restèrent là. Des minutes interminables s'écoulèrent, chaque seconde pesant comme une éternité dans le silence de mort du village. Pour Flora, recroquevillée au sol, le temps n'existait plus ; il n'y avait que le rythme de sa propre terreur.

Soudain, le raclement de la chaîne de fer noir reprit sur le pavé. Un bruit lent, sec, qui s'éloignait vers les maisons en ruines.

Même une fois les silhouettes disparues dans les lambeaux de brume, Flora ne bougeait toujours pas. Elle restait plaquée contre la terre battue, ses mains toujours verrouillées sur sa bouche, incapable de se calmer. Le moindre écho lointain de ce métal frottant le sol la faisait tressaillir de nouveau. Elle attendait, vidée de toute force, que le bruit disparaisse complètement, au point de ne plus être qu'un souvenir dans le vent glacé.

Soren se pencha lentement vers elle, sa main valide frôlant son épaule sans oser s'y poser tout à fait. Ses yeux d'acier scrutaient son visage décomposé, cherchant à comprendre ce qui venait de briser la fille la plus forte qu'il connaisse.

— Flora... qu'est-ce qui t'arrive ? chuchota-t-il, sa voix n'étant qu'un souffle inquiet. C'était qui, ces types ? Pourquoi tu...

Il n'eut pas le temps de finir. Flora prit une grande inspiration forcée, comme si elle s'arrachait au vide. Avant même qu'il ne puisse insister, elle était déjà debout, se relevant d'un bond avec une raideur nerveuse.

Elle ne répondit rien. Elle ne le regarda même pas. D'un geste sec, elle pointa une ruelle sombre qui s'enfonçait entre deux bâtisses en ruine et s'y engouffra immédiatement, fuyant le carrefour comme si le diable était à ses trousses. Soren resta un instant planté là, la question encore aux lèvres, avant de se dépêcher de la suivre dans l'ombre des briques.

Flora marchait comme une automate, les yeux fixés sur le phare qui restait désespérément loin, à plus d'une heure de marche encore. Elle bifurquait entre les carcasses de bois sans jamais ralentir, son silence agissant comme une muraille entre elle et le garçon. Soren, à bout de force, sentait son épaule brûler à chaque foulée, sa vue se brouillant sous l'effet de la fatigue.

Il finit par craquer. Dans un dernier effort, il accéléra et parvint à lui agripper le bras pour la forcer à s'arrêter. Flora eut un sursaut de panique et se dégagea de son étreinte d'un mouvement brusque, reculant de deux pas comme s'il était l'un des hommes à la chaîne.

Ce fut la goutte de trop. Soren, épuisé et à bout de nerfs, perdit totalement patience. Sans lui laisser le temps de s'enfuir à nouveau, il s'avança et la plaqua contre le mur de briques d'une maison décrépite. Il ne mit pas de force pour lui faire mal, mais il utilisa son poids pour la bloquer là, ses mains encadrant son visage.

— Ça suffit, Flora ! lâcha-t-il dans un souffle rauque, le visage à quelques centimètres du sien. Tu vas me dire ce qui se passe. C'était qui, ces types ? Pourquoi tu t'es effondrée comme ça ?

Il tremblait autant de fatigue que de colère contenue. Ses yeux d'acier plongeaient dans ceux de la jeune fille, exigeant une vérité qu'elle semblait vouloir enterrer avec les ruines du village.

Flora resta pétrifiée, le dos écrasé contre la brique froide. Elle ouvrit la bouche, ses lèvres frémissant sous l'effort de lui obéir, mais aucun son ne sortit. Sa gorge semblait s'être nouée physiquement.

Ses yeux, d'ordinaire si vifs et calculateurs, se noyèrent brusquement. Une première larme glissa sur sa joue, traçant un sillon clair dans la poussière de son visage, bientôt suivie par une autre. Elle ne sanglotait pas ; elle semblait simplement se vider de sa substance, le regard fixe et hanté par une vision que Soren ne pouvait pas voir.

— Je... je peux pas... articula-t-elle enfin dans un souffle si ténu qu'il se perdit presque dans le vent.

Elle détourna la tête, incapable de soutenir le regard d'acier de Soren. Sa main, coincée contre le mur, se crispa sur une brique cassée jusqu'à s'en faire blanchir les articulations. C'était un aveu d'impuissance total, un "non" qui venait de ses tripes.

Soren sentit sa colère s'évaporer instantanément, remplacée par une honte cuisante. Voir Flora, celle qui l'avait porté et guidé, être réduite à ce murmure brisé le frappa en plein cœur. Il réalisa qu'il venait de percuter un mur bien plus solide que celui de cette ruelle : celui d'un passé trop lourd pour être déterré d'un coup de poing.

il ne s'écarta pas, ses mains restant plaquées de chaque côté des épaules de Flora, mais sa poigne n'était plus qu'un effleurement. Un long soupir lui échappa, un son lourd de fatigue qui fit sursauter la jeune fille contre la pierre.

— Je pensais que rien ne pouvait t'atteindre lâcha-t-il d'une voix basse, presque un reproche envers lui-même. Que t'étais juste... une ombre qui ne craignait personne.

Il fixa les larmes qui continuaient de perler sur ses joues, son regard d'acier se troublant d'un coup.

— Je savais qu'on avait tous nos démons, mais là... je te reconnais même plus. Jamais j'aurais cru que le Fantôme pouvait avoir peur de quelque chose au point de s'écrouler par terre.

Flora resta un instant pétrifiée par la brutalité de ses mots, ses yeux rougis ancrés dans ceux de Soren. La mention du « Fantôme » sembla agir comme un électrochoc. Elle ferma brusquement les paupières, chassant les dernières larmes d'un mouvement de tête sec, avant de repousser les mains du garçon pour se dégager de l'étreinte du mur.

Elle ne répondit rien, mais sa mâchoire se contracta de nouveau, une lueur de fierté blessée reprenant le dessus sur sa terreur. Elle passa une main tremblante sur son visage pour effacer toute trace de faiblesse, puis, sans un regard pour Soren, elle se remit en marche vers la ruelle sombre.

Soren la regarda s'éloigner d'un pas encore un peu raide, conscient qu'il venait de toucher une corde extrêmement sensible. Il ramassa son sac, serrant les dents contre la douleur de son épaule, et s'élança à sa suite dans le dédale des maisons en ruine. L'heure de marche qui les séparait encore du phare s'annonçait comme l'épreuve la plus longue de leur vie.

ils marchèrent ainsi pendant de longues minutes, s'enfonçant de plus en plus dans un dédale de briques croulantes. Le silence entre eux était devenu un gouffre. Flora ne se retournait jamais, guidée par une rage froide, tandis que Soren traînait la jambe, son visage devenant livide sous l'effet de l'effort constant et de la douleur qui lui lançait dans tout le bras.

Au détour d'un virage serré entre deux entrepôts dont les toits s'étaient rejoints, ils se heurtèrent brutalement à un mur. Un effondrement massif de poutres et de pierres barrait totalement la route, ne laissant aucune issue possible dans cette ruelle trop étroite. Flora s'arrêta net, ses mains venant frapper le bois mort avec une frustration sourde.

Soren, incapable d'aller plus loin, se laissa glisser contre la paroi opposée, sa main valide pressée contre son épaule meurtrie. Son souffle était court, sifflant, et ses yeux d'acier semblaient voilés par un brouillard de fatigue extrême.

— Flora... articula-t-il avec peine, sa voix n'étant plus qu'un murmure rauque. On... on peut plus avancer comme ça. Faut qu'on se pose. Juste un peu. J'en peux plus.

Il la regarda, espérant un signe de compréhension. Il était au bout du rouleau, son corps le lâchant enfin après des heures de traque et de tension.

Flora resta un long moment immobile face aux décombres, le dos tourné à Soren. Ses épaules, d'abord hautes et tendues, finirent par s'affaisser sous le poids de la fatigue qui la rattrapait elle aussi. La rage qui la poussait en avant s'évaporait, laissant place à un vide immense.

Elle se tourna lentement vers lui. En voyant Soren affalé contre le mur, livide, le regard éteint par la douleur de son épaule, son expression se radoucit. Elle ne pouvait plus jouer la fille de marbre face à un gars qui s'écroulait littéralement pour rester à sa suite.

Sans un mot, elle s'approcha, mais au lieu de s'asseoir à ses côtés, elle traversa l'étroite ruelle pour rejoindre la paroi d'en face. Elle se laissa tomber lourdement contre le mur, glissant jusqu'au sol pour se retrouver assise directement face à Soren, les jambes repliées contre sa poitrine.

— D'accord, murmura-t-elle, sa voix restant basse dans le silence de l'impasse. On s'arrête ici. Personne ne peut passer par ce mur, on est à l'abri pour quelques minutes.

Elle resta là, le dos calé contre la pierre froide, l'observant avec une sorte de fatigue résignée. L'espace de la ruelle les séparait, mais leurs regards se croisaient sans cesse dans la pénombre du cul-de-sac. Elle semblait reprendre son souffle, ses mains tremblant encore légèrement sur ses genoux alors qu'elle attendait que le cœur de Soren ralentisse lui aussi.

Soren la fixait à travers l'étroit couloir de pierre, son souffle redevenant peu à peu régulier. La culpabilité de l'avoir plaquée au mur quelques minutes plus tôt lui pesait maintenant plus lourd que son épaule blessée. Il voyait bien qu'elle n'était pas encore tout à fait revenue de sa transe.

— Flora... commença-t-il d'une voix basse, presque un murmure pour ne pas briser le calme fragile de l'impasse. Pour tout à l'heure... je suis désolé. J'ai perdu patience. Je ne voulais pas te faire peur, finit-il par ajouter en baissant les yeux vers ses mains couvertes de poussière.

Flora releva lentement la tête. Elle croisa le regard de Soren et, après une longue seconde d'hésitation, elle esquissa un léger signe de tête. Ses excuses étaient acceptées, mais la tension ne s'était pas évaporée pour autant. Elle resta silencieuse, les bras enserrant ses genoux, attendant la suite.

Soren soupira, sa main valide massant nerveusement sa cuisse. Il détestait ça. Il détestait ne pas savoir, ne pas comprendre le danger qui les guettait. Être dans l'ignorance le rendait vulnérable, et après ce qu'il venait de voir, le doute le rongeait.

— Je sais que c'est dur, reprit-il en chuchotant, mais je peux pas rester dans le noir, Flora. J'aime pas ça. Il faut que je sache à quoi on a affaire.

Il fit une pause, ses yeux d'acier plongeant dans ceux de la jeune fille avec une insistance plus calme, mais tout aussi déterminée.

— Pourquoi tu as réagi comme ça ? Qui sont ces gars avec leurs chaînes ? Et pourquoi... pourquoi ils te font cet effet-là ?

Flora se figea, un léger tremblement reprenant possession de ses épaules. Elle baissa les yeux, fixant ses mains qui se crispaient sur ses genoux, et laissa échapper un long soupir chargé de lassitude, comme si elle était exaspérée par sa propre faiblesse. Le silence s'étira, seulement troublé par le vent qui s'engouffrait dans le cul-de-sac.

Elle finit par relever un regard hanté vers Soren, sa voix n'étant plus qu'un murmure instable.

— Tu te souviens... quand je t'ai raconté que c'était parce que j'avais chuté de quatre mètres cinquante à cause d'un saut raté que j'avais arrêté ? Et que j'étais restée au sol ?

Soren hocha lentement la tête, se rappelant parfaitement de cet entraînement où elle lui avait parlé de sa chute.

— Je m'en souviens très bien, murmura-t-il. Tu m'avais dit que c'était un saut raté...

Flora laissa échapper un rire nerveux qui ressemblait plus à un sanglot. Elle fixa ses mains tremblantes, hésitant une dernière fois, avant de laisser la vérité sortir. Il devait savoir.

— Je t'ai menti, Soren. Il n'y avait pas de saut. Pas de chute accidentelle non plus... Je n'étais même pas sur les toits quand c'est arrivé.

Elle s'arrêta, le souffle court, mais elle se força à continuer.

— Je patrouillais près de la vieille boulangerie pour vérifier si Jacob et moi on pouvait s'y abriter. Et ces trois gars que tu as vus... ils me sont tombés dessus. Ils m'ont prise par surprise, m'ont attachée avec leur chaîne et m'ont traînée sur trois kilomètres. Je ne pouvais pas m'enfuir.

Elle marqua une pause, ses doigts s'enfonçant dans le tissu de son pantalon.

— Après ces trois kilomètres, ils sont montés sur un toit de six mètres de haut. Ils ont placé une poutre entre deux bâtiments et ils...

Elle se mit à trembler plus fort, sa respiration devenant erratique. Soren ne bougea pas, il ne la pressa pas, attendant patiemment qu'elle retrouve la force de parler. Flora finit par reprendre d'une voix chevrotante.

— Ils m'ont attachée à la poutre par les mains... Je pendais dans le vide. Ils se sont mis à m'interroger. "Connais-tu les Voltigeurs ?", "Pourquoi tu sautes sur les toits, t'es l'un d'entre eux ?", "T'es avec ces chiens des Crocs ?". Je ne comprenais rien, Soren. Je ne savais même pas que ces clans existaient.

Elle s'interrompit de nouveau, luttant contre la panique qui montait dans sa gorge.

— Après une heure pendue là, ils ont compris que je ne savais rien. Mais ils ne voulaient pas me détacher. Le chef du groupe a juste fait ça...

Elle fit un geste lent, passant sa main sous son cou. Le signe de mort.

— Ils ont coupé la chaîne. J'ai fait une chute de six mètres. Ils m'ont laissée pour morte, et moi aussi, j'y ai cru. Je me suis réveillée en pleine nuit, complètement déboussolée... j'arrivais à peine à marcher.

Soren, le visage livide devant l'horreur du récit, la coupa, le ton chargé d'une inquiétude soudaine :

— T'es retournée voir Jacob dans votre abri dans cet état-là ?!

— Quoi ? Bien sûr que non ! lança Flora d'un coup sec, presque révoltée par l'idée. Je...

Elle marqua un temps d'arrêt, se calmant un peu.

— Je suis retournée dans le village principal. Je me suis écroulée devant la porte du médecin. C'était une amie proche de ma mère... elle m'a entendue tomber et elle est venue me ramasser. Elle m'a soignée en secret pendant deux jours. Après, je suis retournée voir Jacob avec la nourriture qu'elle m'avait donnée.

Le silence retomba sur le cul-de-sac. Soren s'apprêtait à poser une autre question, mais Flora prit les devants, son corps s'étant enfin stabilisé.

— On les surnomme les Chiens de l'Enfer. Ils collectent des informations, ils torturent, ils t'enferment... et quand tu ne sers plus à rien, ils te tuent. Ils sont extrêmement dangereux, Soren. Normalement, leur base est vers les hangars près de la digue, là où on a été pris au piège avec les Crocs.

Soren resta muet, le regard fixé sur ses bottes, toujours affalé contre son mur de briques. Tout s'éclairait brusquement : son refus de monter sur les toits au début, son vertige, sa méfiance maladive... Tout n'était que la cicatrice de cette heure passée pendue au-dessus du vide. Il se sentit stupide de l'avoir poussée, de l'avoir jugée sur sa prétendue « faiblesse ».

Il ne bougea pas, mais son regard d'acier s'adoucit d'une sincérité qu'il n'avait jamais montrée.

— Je suis désolé, Flora, murmura-t-il, sa voix n'étant plus qu'un souffle. Pour tout ce que j'ai dit... sur le Fantôme, sur tes démons. Je ne savais pas.

Flora esquissa un petit mouvement de tête, acceptant l'aveu sans mot dire. Le silence qui suivit n'était plus hanté par les chaînes, mais par une compréhension nouvelle. Elle appréciait ce moment de calme, même dans ce cul-de-sac, car Soren la regardait enfin pour ce qu'elle était, et non plus pour la légende qu'il s'était imaginée.

— On ne peut pas tout savoir, Soren, répondit-elle doucement en brisant enfin son propre mutisme. Mais maintenant, tu comprends pourquoi on ne peut pas rester ici. S'ils patrouillent dans ce village, c'est qu'ils cherchent quelque chose... ou quelqu'un.

Elle prit une grande inspiration, sa détermination reprenant le dessus sur son traumatisme. Elle se releva la première, époussetant sa tunique d'un geste machinal, avant de tendre sa main valide vers Soren pour l'aider à s'arracher au sol. Le contact de leurs paumes, dans la lumière de plus en plus claire de l'aube, agissait comme une promesse muette.

— On va atteindre ce phare, finit-elle par dire. Et on va rentrer au Nid. Ensemble.

Soren saisit sa main et se redressa en grimaçant, la douleur de son épaule étant devenue secondaire face à la force qu'il puisait dans le regard de Flora. Le village était peut-être hanté, mais ils n'étaient plus seuls pour affronter l'obscurité.

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