Chapitre 2

5 minutes de lecture

Danger au clair de lune

La lune était cachée derrière d'épais nuages noirs, plongeant les ruelles dans une obscurité totale. Flora n'avait pas attendu l'aube. La peur que le Clan des Crocs ne revienne avec des renforts l'avait poussée à agir immédiatement.

— Jacob, prends mon pan de veste et ne lâche surtout pas, chuchota-t-elle dans le noir.

Ils sortirent de l'abri en silence. Le froid de la nuit leur cingla le visage. Flora avançait à tâtons, une main devant elle pour éviter les poutres qui pendaient des toits. Derrière elle, elle entendait le souffle court de son petit frère et le frottement de ses pas hésitants sur le sol jonché de verre brisé.

Soudain, un sifflement lointain déchira la nuit. Ce n'était pas le garçon du toit. C'était un son plus rauque, plus agressif. Un signal de chasse.

— Flora, j'ai peur... murmura Jacob en serrant plus fort le tissu de son vêtement.

— Ne t'arrête pas, Jacob. Continue de marcher.

Ils arrivèrent à une intersection où les débris s'entassaient jusqu'au premier étage des maisons. C’était le moment de vérité. Flora savait que si elle restait dans les zones qu'elle connaissait, ils finiraient par se faire coincer dans une impasse. Elle devait prendre un risque.

Elle bifurqua vers la droite, s'enfonçant dans un passage étroit qu'elle n'avait jamais osé explorer, là où les murs de briques semblaient se refermer sur eux.

Au bout de la ruelle, une lumière de torche balaya soudainement les murs. Les éclats de voix se rapprochaient. Flora plaqua Jacob contre un mur humide, son cœur battant si fort qu'elle avait l'impression qu'on pouvait l'entendre à des mètres. Elle serra le sifflet d'os dans sa poche. Devait-elle s'en servir et risquer d'attirer encore plus de monde, ou tenter de se faufiler dans l'ombre ?

Flora plaqua une main sur la bouche de Jacob, non pas parce qu'elle craignait qu'il crie, mais pour étouffer le bruit de sa propre respiration qui sifflait dans ses oreilles. Jacob ne bougea pas d'un cil. Il resta immobile, le dos pressé contre la brique froide, ses petits yeux fixés sur ceux de sa sœur. Il lui faisait une confiance absolue ; si elle lui demandait de ne plus respirer, il le ferait.

La lumière de la torche dansa sur les débris juste à l'entrée de leur ruelle, projetant des ombres gigantesques et déformées sur les murs.

— Je suis sûr qu'ils sont passés par là, grogna une voix d'adolescent, tout près. J'ai entendu une pierre rouler.

— On s'en fout, répondit une autre voix, plus grave et impatiente. On n'est pas payés pour chasser des ombres toute la nuit. S'ils sont dans l'impasse, ils y resteront. On repassera au lever du jour avec les autres.

Le faisceau de lumière balaya une dernière fois le tas de barils derrière lequel ils étaient tapis. Flora vit le reflet de la torche dans les yeux de Jacob, mais le petit ne cilla pas. Il était devenu une partie du décor, une ombre parmi les ombres.

Enfin, les pas s'éloignèrent. Le crissement des bottes sur le gravier s'estompa, remplacé par le silence pesant de la nuit. Flora attendit encore de longues minutes, le corps tétanisé par l'effort de ne pas bouger. Quand elle relâcha enfin sa pression sur l'épaule de Jacob, elle sentit qu'il tremblait, mais il n'avait pas émis un seul son.

— Ils sont partis ? murmura-t-il si bas que Flora dut se pencher pour l'entendre.

— Pour l'instant, répondit-elle. Mais on ne peut pas rester ici. Ils vont revenir avec du renfort dès qu'il fera clair.

Elle regarda le sifflet d'os qu'elle tenait toujours. Elle avait failli l'utiliser, mais la peur de trahir leur position l'avait retenue. Elle secoua la tête, mais qu’est ce qui lui prenais. Elle n’avais jamais eu d’aide de personne jusqu’à maintenant. S’est elle qui l’avais aidez! S’est elle qui avais fait en sorte qu’il puise s’échapper!! Pourquoi elle devrais lui faire confiance? Elle pris la décision de s’aider tout seul! Elle n’avais pas besoin de lui pour s’échapper du merdier dans lequel il l’avait mise.

Elle reprit la main de son frère, serrant ses petits doigts dans les siens. Jacob ne posa aucune question. Il se contenta de resserrer sa prise, prêt à la suivre n'importe où. Flora scruta l'obscurité.

Elle ne savait pas où aller, elle savait juste qu'il fallait mettre le plus de distance possible entre cet abri découvert et eux.

Elle s'engagea plus profondément dans les ruelles, là où les murs de briques semblaient se rapprocher jusqu'à presque se toucher. Le sol était une épreuve : des morceaux de bois pourris, des restes de meubles brisés et des amas de pierres qui menaçaient de s'écrouler à chaque pas.

Ils marchèrent ainsi pendant ce qui leur sembla être des heures, tournant au hasard des passages qui semblaient libres. Jacob trébucha plusieurs fois, mais Flora le redressait d'un geste sec et protecteur. Le silence était total, seulement brisé par le frottement de leurs vêtements contre les parois étroites.

Au bout de quelque dixaine de minute de marche interminable Flora et jacob furent arrêter par un gros tas de débris.

  • on peut pas faire demie-tour, te sens tu capable de me suivre jacob? Chuchotas Flora.

Le garçon fatiguer, mais avec encore de l’énergie a revendre lui fit un grand oui de la tête. Ils se mirent donc a escalader tranquillement les débris pour éviter d’etre ensevelie au moindre faux pas.

Après avoir escaladé avec effort un monticule de débris particulièrement haut, Flora s'arrêta net. Jacob vint butter contre son dos. Devant eux, la ruelle débouchait sur quelque chose qu'elle n'avait jamais vu.

Au bas du tas de gravats s'étalait ce qui semblait être le centre d'un second village, mais un village fantôme. Une vaste place circulaire s'ouvrait dans le noir, entourée de bâtiments imposants aux façades dévorées par le temps. Des enseignes de boutiques pendaient lamentablement au bout de leurs chaînes rouillées, grinçant sous le vent, tandis que des balcons de fer forgé tordus semblaient s'agripper aux murs comme des griffes. Au milieu de la place, une vieille fontaine de pierre trônait, brisée et recouverte d'une mousse épaisse. Tout ici était délabré, immense, et les fenêtres des étages supérieurs ressemblaient à des orbites vides qui les fixaient intensément.

Flora resta immobile, le souffle court. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient. Elle avait simplement voulu fuir, mais elle avait l'impression d'avoir franchi une frontière invisible.

— Flora... c'est quoi cet endroit ? chuchota Jacob, sa petite main tremblant dans la sienne.

Elle ne répondit pas. Elle ne savait pas. Elle savait juste que le silence ici était encore plus terrifiant que les cris du Clan des Crocs. Rassurée par ce calme plat, elle commença à descendre le monticule avec Jacob, cherchant un abri parmi les ombres portées des grands bâtiments dévastés.

Pourtant, si elle avait levé les yeux vers le plus haut balcon de l'ancienne mairie, elle aurait remarqué une silhouette immobile, presque fondue dans la pierre grise.

Une ombre solitaire, accroupie sur le rebord, suivait chacun de leurs mouvements avec une précision chirurgicale. Elle ne bougeait pas, ne faisait aucun bruit, se contentant de regarder les deux enfants s'enfoncer lentement vers le cœur de la place.

Leur intrusion n'était déjà plus un secret pour cet observateur silencieux.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Danielle P ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0