Chapitre 3
Village fantome
Flora se dirigea vers la fontaine, espérant y trouver un peu d'eau, mais le bassin n'était qu'un nid de feuilles mortes et de branches sèches.
— J'ai froid, Flora, murmura Jacob, ses dents commençant à claquer.
Elle l'entoura de son bras, ses yeux balayant les façades sombres. Il leur fallait un toit. Elle repéra un bâtiment qui semblait moins dévasté que les autres, une ancienne apothicairerie, avec une lourde porte en chêne encore dans ses gonds et des vitrines épaisses, bien que fêlées.
Elle s'approcha, le cœur battant, et poussa la porte. Un grincement lugubre s'éleva dans la nuit, se répercutant contre les murs de la place. Elle s'arrêta net, craignant que le bruit n'ait réveillé tout le quartier. Mais rien ne bougea. Seul le vent continua de faire gémir les enseignes rouillées.
À l'intérieur, l'air était lourd, chargé d'une odeur de poussière et de vieilles plantes séchées. Des étagères montaient jusqu'au plafond, encore remplies de bocaux vides et de tiroirs en bois. Dans un coin, Flora aperçut un comptoir massif.
— On va dormir là, derrière le comptoir, dit-elle d'une voix éteinte.
Jacob s'écroula presque immédiatement sur le sol poussiéreux. Flora l'enveloppa dans leur unique couverture, puis elle s'assit, le dos contre le bois dur du meuble, face à la porte. Elle sortit la barre de fer qu'elle avait conservée et la posa sur ses genoux.
Ses paupières étaient lourdes, mais elle se fit la promesse de ne pas dormir. Dans le silence de ce village oublié, les questions tournaient en boucle dans la tête de Flora.
Pourquoi les adultes étaient-ils partis en laissant tout cela derrière eux? Qu’est ce qui a bien pue ce passer? Le temps s'étira, rythmé par la respiration régulière de Jacob. Flora fixait l'obscurité de la boutique, ses yeux s'habituant peu à peu aux formes fantomatiques des flacons en verre.
Dehors, la place semblait morte, mais un sentiment étrange de surveillance lui picotait la nuque. Elle serra la barre de fer. Était-ce l'écho de sa propre peur, ou y avait-il vraiment eu un frottement, un bruit de semelle contre le pavé, juste derrière la porte ?
Un autre frottement ce fit entendre! Cette fois, elle en était certaine. Ce n'était pas son imagination. Flora se leva d'un bond, le corps tendu comme un ressort. Elle contourna le comptoir en silence et se posta face à l'entrée, brandissant sa barre de fer vers la lourde porte de chêne.
— Qui est là ? lança-t-elle d'une voix forte, défiant la nuit. Montre-toi !
Un silence de plomb suivit son cri. Flora ne cillait pas, les jointures de ses mains blanchies par la force avec laquelle elle serrait sa barre de fer. Elle fixait la porte de chêne, s'attendant à ce qu'elle vole en éclats ou que la poignée tourne lentement, mais rien ne bougea.
— Je sais que tu es là ! hurla-t-elle à nouveau, sa voix montant d'un ton. Je t'ai entendu!
Rien. Pas un souffle, pas un bruissement. Juste le gémissement lointain des enseignes sur la place. Ce silence était anormal. Quelqu'un d'ordinaire aurait fui ou aurait attaqué, mais cet observateur restait là, tapi juste derrière le bois, à écouter le moindre battement de son cœur.Elle fit un pas prudents vers la vitrine, sans jamais baisser sa garde.
Elle balaya du regard le pavé lunaire qu'elle pouvait apercevoir à travers le verre sale. Les ombres des bâtiments semblaient s'étirer vers la boutique comme des doigts sombres, mais la place paraissait déserte. Pourtant, cette sensation de surveillance ne la quittait pas. Au contraire, elle devenait plus forte, comme si des yeux invisibles la transperçaient à travers les murs.
— Sors de là, lâche ! cracha-t-elle, les dents serrées.
Elle frappa violemment le sol avec sa barre de fer pour faire du bruit et l'intimider. Le choc résonna lourdement dans l'apothicairerie, faisant trembler quelques flacons sur les étagères. Jacob s'agita derrière le comptoir, lâchant un petit gémissement inquiet, mais l'intrus ne réagit pas.
Flora resta plantée là, au milieu de la boutique, le souffle court et les muscles tremblants de tension. Elle était prise au piège. Elle ne pouvait pas sortir pour vérifier sans laisser Jacob seul, et elle ne pouvait pas dormir en sachant que quelqu'un ou quelque chose l'attendait de l'autre côté cette porte.
Les heures qui suivirent furent une lente agonie de silence et de paranoïa. Flora ne se rassit pas. Elle resta plantée là, au milieu de l'apothicairerie, les muscles tétanisés par l'effort de ne pas bouger. Chaque minute pesait des tonnes. De l'autre côté de la lourde porte de chêne, le manège reprit.
Ce n'était jamais une attaque franche, juste des petits bruits calculés pour la garder sur le qui-vive : le frottement d'une manche contre le bois, le clic métallique d'un objet qu'on manipule, ou le craquement sec d'un pavé sous un poids léger.
— Je te vois... murmura-t-elle, même si c'était un mensonge.
Elle espérait provoquer une réaction, un cri, une insulte, n'importe quoi qui soit humain. Mais l'inconnu restait muet. Ce silence était sa meilleure arme. il grignotait les nerfs de Flora, la poussant à imaginer le pire derrière chaque ombre de la place.Jacob s'agita plusieurs fois, gémissant dans son sommeil.
À chaque fois, Flora lançait un regard protecteur vers le comptoir, serrant sa barre de fer jusqu'à s'en faire mal aux paumes. Elle se sentait comme une louve acculée dans une grotte, protégeant son petit contre une menace qu'elle ne pouvait pas mordre.La lune finit par entamer sa descente et la lumière blafarde qui filtrait par les vitrines fêlées changea d'angle, étirant les ombres des flacons vers le fond de la boutique.
Flora luttait contre ses propres paupières qui devenaient des enclumes. Elle se pinça le bras jusqu'au sang pour rester éveillée. Elle ne pouvait pas faiblir. Pas ici. Pas maintenant.
Ce n'est que lorsque les premières lueurs grisâtres de l'aube commencèrent à blanchir les pavés de la place que les bruits cessèrent totalement. Le silence changea de nature : il n'était plus chargé de menace, mais redevenait vide, froid.Flora s'approcha doucement de la porte, l'oreille collée contre le bois froid. Elle n'entendait plus rien, pas même le vent.
Elle resta ainsi de longues minutes, le souffle court, avant de risquer un coup d'œil par le trou de la serrure. La place était déserte, baignée dans la brume du matin. L'observateur s'était évaporé avec la nuit.Elle s'écarta de la porte, mais ses jambes ne la portaient plus. Elle se laissa glisser lentement le long du bois froid pour finir assise au sol, la barre de fer posée lourdement sur ses cuisses.
Un immense sentiment de découragement l’envahit. Elle était à bout de forces, le corps brisé par la tension de la nuit, mais le jour était là et il ne lui apportait aucun repos. Elle ne pouvait pas dormir. Dans ce village inconnu, elle savait que la lumière était peut-être encore plus dangereuse que les ombres.Elle devait rester éveillée.
Jacob s'était redressé derrière le comptoir, le visage chiffonné par la couverture. Il fixait la barre de fer que Flora serrait toujours contre elle, mais il ne dit rien. Il connaissait ce regard dans les yeux de sa sœur, ce mélange de fatigue extrême et de détermination farouche.
Il se contenta de ranger ses affaires en silence, attendant le signal.Flora se pinça la racine du nez, luttant contre le voile noir qui menaçait de tomber sur sa vue. Chaque seconde était un combat contre elle-même. Elle se força à se relever, s'appuyant lourdement contre le comptoir pour ne pas basculer.
Elle regarda par la vitrine fêlée, la place était maintenant baignée d'une lumière grise, révélant toute l'étendue du délabrement des bâtiments.Elle n'avait plus de plan. Elle n'avait plus d'abri sûr. Elle n'avait que cette fatigue qui lui brûlait les membres et cette certitude qu'elle ne pouvait pas fermer l'œil, pas tant qu'ils étaient à découvert au milieu de ce centre-ville fantôme.Jacob s’approcha de Flora la main sur le ventre.
- Flora j'ai faim.... lui dit jacob
- Tu a encore du pain non, ne t'en fait pas tu peut le manger, je n'ai pas faim mentie-elle
Jacob fouilla dans la couverture et en sortie le bout de pain qui restait. Il regarda sa soeur, il n'était pas dupe il savait qu'elle était morte de faim elle aussi, mais qu'elle se privait pour lui. Jacob regarda le pain, puis sa sœur. Il prit le pain et le coupa en deux, il lui tendit la partie la plus courte, surprise Flora ne sue pas quoi dire.
Elle refusa le morceau, mais Jacob insista. Il continua de regarder Flora dans les yeux lui faisant comprendre que si elle ne mangeais pas, il ne mangerais pas non plus. Elle ce mis a ricaner, son petit frère qui lui donnas une leçons.
Elle auras tout vue. Elle qui essayait de montrer qu’elle était forte, s’étais rater. Elle finit par prendre le morceau de pain, ses doigts effleurant ceux de Jacob. Ils mangèrent en silence dans la pénombre de l'apothicairerie, le seul bruit étant celui de la croûte qui craquait sous leurs dents.
Ce maigre repas ne remplirait pas leurs estomacs, mais il leur redonnait un peu de chaleur humaine au milieu de ce village de pierre.Une fois la dernière miette avalée, Flora se redressa, les membres encore un peu raides, mais le morceau de pain partagé avec Jacob lui avait redonné juste assez de force pour ne pas s'effondrer.
Elle ne pouvait pas rester là sans rien faire, à fixer cette porte. Elle commença à explorer l'obscurité de l'arrière-boutique, là où les étagères montaient jusqu'au plafond.Ses mains tremblantes glissèrent sur le bois poussiéreux. Elle ouvrait les tiroirs un par un, faisant tinter les vieux bocaux de verre qui restaient.
La plupart ne contenaient que des résidus de plantes desséchées qui tombaient en poussière sous ses doigts. Mais elle continuait, méthodique, cherchant n'importe quoi qui pourrait leur être utile : une couverture de plus, un outil, ou peut-être un secret sur ce village fantôme.Elle arriva devant une armoire plus massive que les autres, dont les portes étaient restées entrouvertes.
En fouillant tout au fond d'une étagère basse, ses doigts rencontrèrent quelque chose de froid et de métallique, caché derrière une rangée de fioles vides. Elle tira l'objet à elle, mais un crie strident la fit sursauter, l'objet tomba par terre.
Elle courut vers la porte, se pencha et fit signe à Jacob de se cacher derrière le comptoir tout en lui ordonnant de ne sortir sous aucun prétexte. Ils restèrent silencieux, les cris éloignés se rapprochèrent. Flora put enfin comprendre ce qu'ils disaient.
— FOUILLER PARTOUT ! ILS SONT ICI C'EST SÛR ET CERTAIN !
Le cœur de Flora manqua un bond. C'était la voix de l'un des types de la veille, mais elle n'était plus seule, d'autres voix lui répondaient, plus nombreuses, plus organisées. Le Clan des Crocs ne s'était pas contenté de patrouiller, ils avaient lancé une véritable battue.
Elle se colla contre le mur, juste à côté de la porte de chêne, retenant son souffle. À travers la vitrine fêlée, elle vit passer des ombres courir sur la place. Ils frappaient contre les portes, brisaient des vitres et hurlaient des ordres. La sécurité de l'apothicairerie venait de voler en éclats.
Jacob, recroquevillé sous le comptoir, fixait Flora avec des yeux immenses, remplis de terreur. Il ne bougeait pas, il ne respirait presque plus. Flora serra sa barre de fer, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas faire face à tout un groupe.
Le bruit des bottes s'arrêta brusquement juste devant leur porte. Debout devant la porte, la barre dans les mains prete a ce battre. Que pouvais t'elle faire face a quatres individues armer jusqu'au dent? Poura-t-elle vraiment les battres dans son état? Pouras t'elle protéger son petit frère?
Au meme moment, ses jambes se mirent a trembler et elle perdit l'équilibre. Comprenant que son corps était a bout de force, elle chercha dans ses poches, rien. Elle se mis a paniquer, tout était perdu, ils allaient entrer et les capturés ou pire... les tuers...
Elle resta là, clouée au sol, les doigts crispés sur sa barre de fer qui lui semblait soudainement peser une tonne. Elle essaya de se relever, de trouver un appui sur le vieux comptoir, mais ses muscles ne lui obéissaient plus. Elle n'était plus qu'une ombre impuissante face à la menace qui grondait derrière le bois.De l'autre côté de la porte de chêne, la poignée fut secouée avec une violence rageuse.
— C'est verrouillé ! hurla une voix d'homme.
Puis, le premier choc retentit. BANG.
La porte vibra sur ses gonds, faisant tomber une pluie de poussière du plafond sur le visage de Flora. Elle sursauta, le souffle court, les yeux fixés sur les premières fissures qui commençaient à zébrer le bois près de la serrure.
BANG.
Un deuxième coup, plus puissant encore, fit craquer le chambranle. Flora vit Jacob recroqueviller sous le comptoir, ses petites mains pressées sur ses oreilles pour ne plus rien entendre de ce cauchemar. Elle voulait hurler, se jeter contre la porte pour faire barrage de son propre corps, mais elle restait là, à genoux, terrassée par l'épuisement.
— ENCORE UN COUP ! DÉFONCEZ-LA ! cria une autre voix à l'extérieur.
La porte de chêne, pourtant massive, ne tiendrait plus très longtemps. Flora sentit des larmes de rage lui brûler les yeux alors qu'elle voyait le verrou se tordre peu à peu sous la violence des chocs. C'était une question de secondes.Recroquevillé en boule sous le bureau, Jacob pressait ses genoux contre sa poitrine, ses petites mains serrées sur ses oreilles pour tenter d'étouffer le fracas du bois qui se fend.
À chaque BANG, son petit corps sursautait violemment. Il fixait le dessous du meuble, là où les toiles d'araignées dansaient sous les vibrations des chocs.Il ne voyait plus sa sœur, il ne voyait que ses pieds à elle, posés à plat sur le plancher, et cette barre de fer qui tremblait.
Jacob pleurait en silence, pas par peur pour lui-même, il pleurait parce qu'il sentait, dans le silence de Flora, que son rempart était en train de céder. Il aurait voulu sortir, attraper une pierre ou un vieux flacon pour le lancer sur les méchants, mais il se souvenait de l'ordre de Flora : « Ne sors sous aucun prétexte. »
Alors, il ferma les yeux si fort que des étoiles apparurent sous ses paupières. Il essaya de s'imaginer ailleurs, dans les bras de sa mère ou sur les épaules de son père, loin de cette boutique qui puait la poussière et la peur. Mais l'odeur du chêne qui craque le ramena brutalement à la réalité.
Un éclat de bois tomba juste devant lui, à quelques centimètres de ses doigts. Jacob se figea, le souffle coupé. À travers la fente qui venait de s'ouvrir dans la porte, il vit une lueur de jour... et l'ombre d'une botte qui s'apprêtait à frapper une dernière fois.
Un dernier coup, plus violent que tous les autres, fit voler le verrou en éclats. La lourde porte de chêne s'ouvrit avec fracas, heurtant le mur intérieur dans un bruit de tonnerre. La lumière crue du matin s'engouffra dans l'apothicairerie, découpant la silhouette massive du premier homme qui franchissait le seuil.
Il entra d'un pas lourd, la respiration sifflante, une batte de bois cloutée à la main. Ses yeux balayèrent rapidement la pièce sombre avant de s'arrêter sur Flora, toujours à genoux, incapable de se relever. Un sourire cruel étira ses lèvres.
— Alors comme ça, la petite souris a fini par se coincer toute seule dans son trou ? grogna-t-il d'une voix rauque.
Derrière lui, les trois autres s'engouffrèrent à leur tour, bloquant toute issue. L'un d'eux fit jouer ses articulations, les yeux fixés sur la barre de fer que Flora serrait encore contre elle. Ils ne voyaient qu'elle. Pour eux, la boutique était vide, à part cette fille épuisée qui n'était plus une menace.
Sous le comptoir, Jacob était invisible. Il ne bougeait plus, ne respirait plus, pressé contre le bois poussiéreux. Il voyait seulement, à travers la fente au ras du sol, les quatre paires de bottes sales s'avancer lentement vers sa sœur. Le cuir grinçait sur le plancher, se rapprochant dangereusement de Flora qui restait là, le regard fier mais le corps brisé.
Toujours à genoux, elle ne pouvait que lever les yeux vers lui, sa barre de fer pesant des tonnes entre ses mains. Elle se sentait minuscule, écrasée par la silhouette massive qui lui barrait la lumière du jour. Le chef s'arrêta juste devant elle et la toisa d'un air moqueur.
— T'as pas l'air aussi solide qu'hier, petite. Qu'est-ce qu'il y a ? T'as plus de force ? T'as passé une mauvaise nuit à nous attendre ?
Il s'accroupit devant elle, son visage tout près du sien. Flora recula d'un millimètre, le souffle court. Elle n'avait même plus la force de lui répondre. Elle ne pouvait que trembler en serrant sa barre de fer, priant pour que Jacob ne fasse pas un seul bruit.
— On t'a cherchée partout, continua-t-il en ricanant. Tu nous as fait perdre notre temps. Et tu sais ce qu'on fait à ceux qui nous font perdre notre temps dans le village de la Croix-Rouge?
Flora ne répondit pas. Elle sentait le froid du sol remonter dans ses genoux, mais c’était l’haleine fétide du chef qui lui donnait le plus la nausée. Elle serra les dents pour empêcher ses mâchoires de claquer.
À ce moment précis, elle n’était plus la guerrière de la veille elle n’était qu’une sœur qui espérait de tout son être que le bois du comptoir soit assez épais pour masquer les battements de cœur de Jacob.Le chef tendit une main rugueuse et saisit brutalement le bout de la barre de fer que Flora tenait encore. Il tira dessus, sans effort, mais elle ne lâcha pas. Ses doigts s'y agrippèrent par pur réflexe de survie, même si son bras tremblait de fatigue.
— Regardez-moi ça... elle s'y accroche comme à un doudou, nargua l'homme en jetant un regard amusé à ses acolytes.
D'un coup sec, il arracha l'arme des mains de Flora et la balança à l'autre bout de la pièce. Le bruit du métal rebondissant sur le plancher résonna comme un glas.
— Maintenant qu'on a enlevé tes jouets, on va pouvoir discuter sérieusement. Tu vas nous dire pourquoi le gamin des toits s'intéresse à une moins que rien comme toi.
L'un des autres garçons, qui s'impatientait, s'approcha du comptoir massif. Flora sentit son sang se glacer. Il posa sa main sur le rebord, juste au-dessus de là où Jacob était caché.
— Hé, patron, y'a pas mal de bordel ici, dit-il en commençant à fouiller les tiroirs. On pourrait peut-être trouver des trucs qui se revendent bien.
Il donna un coup de pied distrait dans le bas du comptoir.À l'intérieur, Jacob dut se mordre la main pour ne pas hurler. La douleur était vive, mais il restait immobile, les larmes aux yeux.
Du coin de l'œil, il remarqua quelque chose. Un os ? Jacob le ramassa sans faire de bruit et examina l'objet : c'était un sifflet fait avec un os artisanal. Jacob sursauta quand il entendit une voix.
— C’est tout ce que vous avez ? Vous défoncez des portes pour fouiller des tiroirs vides ? Vous faites pitié.
C'était Flora... elle provoquait les jeunes pour les éloigner de sa cachette.Le chef plissa les yeux, son sourire s'effaçant brusquement. Il s'avança d'un pas vers elle, délaissant le reste de la boutique.
— Tu veux vraiment qu'on s'occupe de toi, hein ? Très bien. On va sortir d'ici.
Il la saisit par le col de sa veste et la hissa brutalement vers le haut. Flora ne lutta pas, se laissant traîner vers la sortie pour les éloigner du comptoir. Sous le meuble, Jacob serrait le sifflet contre sa poitrine. Il savait quoi faire, mais il hésita, souffler dans le sifflet et se mettre en danger ou ne rien faire et laisser sa sœur avec ces mécréants.
Jacob se remémora toutes les fois où sa sœur avait fait preuve de courage, qu'elle l'avait protégé des dangers du monde même maintenant. Alors que la fatigue la gagnait et que son corps l'avait lâchée, elle continuait de le protéger. Une larme coula sur ses joues, il avait pris sa décision !Il sortit d'un coup de sa cachette et cria.
— Hé, la bande des crocs caca !!!
Le chef du petit groupe se retourna d'un coup, surpris. Quand il vit le jeune garçon debout derrière le comptoir, il se mit à ricaner. Il regarda Flora avec un sourire malsain.
— Alors comme ça, tu as un p'tit frère... C'est lui que tu as voulu protéger en nous provoquant ? lui dit le grand costaud.
Flora était incapable de dire un mot, surprise de voir son frère hors de sa cachette. Pourquoi avait-il bougé?! Pourquoi devait-il se mettre en danger pour elle alors qu'elle avait tout fait pour le protéger!
Elle commença à se débattre, à essayer de lui faire lâcher prise, mais rien à faire : il était trop fort et elle trop faible à cause de la fatigue. Le gars qui tenait Flora commençait à s'impatienter face à son gigotage. Il souleva la jeune fille et la poussa violemment contre le mur de la bâtisse derrière lui !
Flora s'écroula, sonnée, et commença à perdre conscience. Elle n'arrivait plus à bouger, son corps refusait de lui obéir. Le costaud se rapprocha d'elle et lui souleva le menton.
— Reste tranquille, ma belle ! lui dit-il. Il va venir avec nous tout comme toi.
Après cette phrase, Flora perdit conscience. Le chef la regarda un moment pour être sûr que ce n'était pas un piège, puis se tourna vers Jacob.
— T'as quel âge, dis-moi ? demanda-t-il.
Jacob resta silencieux, serrant le sifflet dans ses mains, prêt à s'en servir. « Je ne sais pas comment il fonctionne... combien de fois je dois souffler ?! » pensa-t-il, paniqué. Le chef s'approcha doucement de Jacob. Celui-ci essayait de comprendre comment l'utiliser tout en reculant vers le mur du fond.
Il sortit le sifflet d'os, ce qui figea le jeune chef sur place. Jacob comprit à ce moment-là que le petit groupe avait peur qu'il souffle dedans. Il approcha le sifflet de sa bouche, mais pile à cet instant, le jeune chef se mit à courir vers lui pour l'empêcher d'appeler du renfort.
Surpris, Jacob ne se fit pas prier : il souffla au hasard trois coups nets ! Tout le monde se figea au bruit strident du sifflet. Personne ne bougea. Un silence pesant s'installa dans la boutique.
Jacob ne comprenait pas pourquoi les quatre jeunes devant lui étaient autant stressés. Qu'est-ce qu'il venait de faire au juste ?? Pourquoi s'arrêtaient-ils tous comme s'ils venaient de voir un fantôme?

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