chapitre 19
Malaise dans le nid
Maya resta immobile dans l'encadrement de la porte, le dos calé contre le montant de bois, écartant légèrement le lourd rideau qui servait d'isolation. Elle ne fit pas un geste, ne dit pas un mot. Elle se contenta de les observer s'embrasser pendant de longues minutes sous la lumière dorée du matin. Un petit sourire indéchiffrable étirait ses lèvres, un mélange de soulagement de les voir en vie et d'amusement face à cette scène qu'elle n'aurait jamais imaginée la veille. Elle les laissa profiter de leur bulle, consciente que c’était peut-être leur seul instant de paix avant longtemps.
Finalement, elle se racla la gorge bruyamment pour signaler sa présence, brisant l'intimité du toit
— Bon, j'imagine que je devrais m'excuser d'interrompre ce moment historique, lâcha-t-elle avec une pointe d'ironie dans la voix. Mais si vous pouviez garder un peu de cette énergie pour franchir l'entrée, Jacob arrêterait de faire les cent pas comme un lion en cage.
Soren et Flora se séparèrent brusquement, le visage aussi rouge l'un que l'autre. Flora s'empressa de réajuster sa tunique, tandis que Soren tentait de retrouver une contenance malgré son bras en écharpe. Il leva les yeux vers Maya qui tenait toujours le rideau entrouvert.
— Maya... commença-t-il d'une voix sérieuse en désignant le vide entre le rebord du toit et le seuil de la porte. On ne peut pas effectuer le saut. Avec mon bras dans cet état, c'est impossible. Je ne pourrai jamais me réceptionner.
Maya perdit instantanément son petit sourire ironique. Elle se pencha légèrement hors de l'ouverture pour évaluer la distance et l'état de l'épaule de Soren. Elle comprit tout de suite que sans l'usage de ses deux mains, tenter le saut serait suicidaire.
— Je vois, répondit-elle, son instinct de meneuse reprenant le dessus. Ne bougez pas d'un pouce. Je vais chercher Jacob et de quoi vous aider à passer.
Elle lâcha le rideau pour s'enfoncer dans l'obscurité du Nid, laissant Soren et Flora face au vide.
Quelques instants plus tard, le rideau s'écarta de nouveau. Maya reparut, tirant une large planche de bois épais avec l'aide de Jacob. Le garçon poussait de toutes ses forces, le visage rouge d'effort, pour aider à caler la passerelle de fortune entre le seuil de la porte et le rebord du toit. Une fois l'installation stabilisée, Maya s'assura que rien ne bougeait.
Jacob resta à genoux juste derrière elle, les yeux écarquillés par le soulagement en voyant sa sœur et Soren, mais il ne dit pas un mot, trop absorbé par l'urgence de la situation. Maya, elle, reprit les commandes
— Allez, passez un par un ! Flora, passe la première pour pouvoir réceptionner Soren de ce côté. Jacob, recule un peu, laisse-leur de la place. Soren, fais attention à ton bras, ne force pas sur la planche.
Flora franchit le vide avec précaution, grimaçant légèrement à cause de sa jambe qui la lançait, mais elle atteignit l'entrée du Nid sans encombre. Elle se posta immédiatement sur le seuil, tendant une main ferme vers Soren qui s'avançait avec une lenteur calculée. Le bois grinçait sous son poids, et il gardait son bras valide plaqué contre lui pour ne pas perdre l'équilibre, le visage livide de douleur.
À peine eut-il franchi le seuil que les forces de Soren l’abandonnèrent d'un coup. Il tituba, le visage livide, et finit par s’écrouler lourdement dans les bras de Flora. La jeune fille vacilla sous le poids, grimaçant à cause de sa propre jambe, mais elle le retint de toutes ses forces, l’empêchant de s’étaler au sol
Maya s'approcha aussitôt, le regard professionnel. Elle savait que son bras avait été écrasé par les débris sous l'interstice et, bien qu'il ne semble pas y avoir de plaie ouverte, elle préférait vérifier l'état des os et des tissus.
— Amenez-le dans ses quartiers, ordonna-t-elle à Flora et Jacob. On sera plus tranquilles
Ils le guidèrent vers le fond de la tour, là où Soren s'était aménagé un coin d'intimité. C’était un assemblage de vieilles toiles épaisses et de tissus récupérés qui formaient une sorte de « tente de chef ». On ne voyait pas à travers, offrant au garçon le peu de vie privée qu'il pouvait avoir dans ce refuge collectif.
Une fois à l'intérieur, Maya fit asseoir Soren et commença, avec des gestes secs mais précis, à lui retirer son haut pour examiner son épaule. Flora, restée juste à côté, ne put s'empêcher de sentir le rouge lui monter aux joues. À la lumière des lanternes, la musculature de Soren était impressionnante, et elle s'en voulait de ne pas pouvoir détacher son regard de son torse.
Mais son trouble se mua instantanément en horreur lorsqu'elle aperçut une blessure que Soren avait gardée soigneusement cachée. Sur son flanc, au niveau des côtes, une plaie profonde et violacée marquait sa peau.
— Soren ! s'exclama-t-elle, la voix tremblante de panique. Qu'est-ce que c'est que ça ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Comment j'ai pu ne rien remarquer ?
Soren laissa échapper un soupir rauque, évitant son regard.
— Je ne voulais pas que tu t'inquiètes plus que nécessaire... murmura-t-il péniblement. J'ai arraché le bout de métal de mes côtes juste après ma chute. J'ai fait en sorte que tu ne voies rien pour qu'on puisse continuer à avancer.
Maya fronça les sourcils en examinant la plaie.
— C'est moche, Soren. Je vais chercher les outils et de quoi recoudre ça proprement. Jacob, viens m'aider.
Elle sortit de la tente, emmenant le garçon avec elle et laissant Soren et Flora dans un silence soudain et pesant. Le malaise revint au galop : Soren était là, à moitié nu devant elle, la poitrine haletante. Il remarqua bien vite que Flora fixait toujours son torse, incapable de bouger.
Un petit sourire en coin, malgré la douleur, il ne put s'empêcher de retrouver son âme de provocateur.
— Alors, le Fantôme ? finit-il par lâcher d'une voix traînante. Tu profites de la vue ? Je savais que je te plaisais, mais là, tu vas finir par me dévorer des yeux.
Flora sursauta, redevenant instantanément rouge comme une tomate. Elle ouvrit la bouche pour protester, mais la gêne la paralysait une fois de plus.
Les bruits de pas de Maya et Jacob s'éloignèrent dans le reste du refuge. On entendait le cliquetis du métal et des jurons étouffés ; Maya fouillait manifestement dans ses réserves pour mettre la main sur ses instruments de suture. Ils en auraient pour une bonne trentaine de minutes avant qu'elle ne revienne.
Flora se détourna brusquement, incapable de soutenir le regard de Soren après sa réplique. Elle fixait la toile de la tente, le cœur battant à tout rompre, tandis que le silence de l'intimité se refermait sur eux.
Mais Soren, fidèle à lui-même, ne comptait pas la laisser s'échapper si facilement. Il laissa échapper un petit rire rauque qui fit vibrer l'air de la petite pièce.
— Qu’est-ce qu’il y a, le Fantôme ? lança-t-il d'une voix basse et provocante. Tu as peur de ce que tu vois ? Ou tu as juste envie de vérifier si c’est aussi solide que ça en a l’air ?
Il marqua une pause, observant la nuque de la jeune fille qui semblait irradier de chaleur.
— Tu veux toucher ? finit-il par souffler.
Flora resta pétrifiée un instant. La provocation était de trop, mais la tentation, elle, était devenue insupportable. Elle se retourna avec une lenteur calculée, ses yeux dérivant irrésistiblement vers le torse dénudé du garçon, là où les muscles se dessinaient sous la lumière tamisée.
Cédant à l'impulsion, elle fit un pas vers lui. Elle ne reculait plus. Elle tendit une main tremblante et, répondant enfin à son défi, elle posa ses doigts sur sa peau.
Soren eut un léger mouvement de surprise, le souffle coupé par l'audace soudaine de Flora. Mais en croisant son regard, il n'y vit aucune malice, seulement une douceur infinie et une curiosité presque craintive. Il se détendit contre le dossier de sa chaise, la laissant explorer les contours de ses muscles avec une délicatesse qui le faisait frissonner bien plus que le froid de la tour. Ses doigts étaient légers comme des plumes, effleurant les cicatrices et la peau chaude, tandis que Soren gardait les yeux ancrés dans les siens, fasciné par ce contact qu'il avait lui-même réclamé.
Soren ne put rester passif plus longtemps face à cette caresse qui le brûlait. Malgré la douleur lancinante dans son flanc, il tendit brusquement son bras valide, saisit Flora par la taille et la tira d'un coup sec vers lui.
Elle lâcha un petit cri de surprise en perdant l'équilibre, mais elle n'eut pas le temps de s'écarter. Elle se retrouva assise sur ses genoux, son corps pressé contre son torse nu. Avant qu'elle ne puisse protester, Soren captura ses lèvres, étouffant son exclamation dans un baiser profond qui fit vaciller la chaise sous leur poids. Elle se cramponna à ses épaules, ses doigts s'enfonçant dans sa peau tandis que le monde extérieur disparaissait derrière les toiles de la tente.
Entre deux baisers fiévreux, Flora parvint à s’écarter de quelques millimètres, le souffle court. Elle murmura d'une voix douce, presque un avertissement
— Fais attention, Soren... Ton corps pourrait bien réagir de nouveau si on continue comme ça.
Soren s'arrêta net, un sourire en coin se dessinant lentement sur ses lèvres. Il la fixa avec une lueur de défi purement provocateur, savourant sa position.
— La seule manière que ça recommence, c’est que je te refasse ce que je t’ai fait sur le toit, le Fantôme... Tu te souviens ? taquina-t-il, incapable de réprimer son envie de la voir rougir encore une fois.
Soren inclina la tête, son souffle chaud venant lécher la peau de son cou, juste là où il l’avait embrassée sur le toit. Flora sentit une vague de chaleur l’envahir de nouveau, ses sens s'affolant devant cette proximité qu'elle ne maîtrisait plus. Elle avait peur de ces frissons qui la parcouraient, car ces sensations étaient totalement inconnues et troublantes pour elle.
— Est-ce que tu te souviens de ce que ça t'a fait, quand mes lèvres se sont posées là ? murmura-t-il d'une voix basse, presque un souffle contre son oreille.
Flora ne répondit pas, les yeux mi-clos, incapable de formuler la moindre pensée cohérente. Profitant de son silence, Soren laissa sa main valide s'aventurer sur son corps avec une lenteur calculée. Il commença par effleurer ses bras, remontant jusqu'à ses épaules, avant de faire glisser ses doigts le long de ses hanches et de ses cuisses. Chaque contact faisait naître en elle une envie et une tentation qu'elle ignorait jusque-là.
Il finit par remonter sa main vers l'endroit le plus sensible : la courbe de son cou. Ses doigts tracèrent des cercles légers, provoquant des décharges électriques qui la faisaient tressaillir sur ses genoux.
— Tu trembles, Flora... nota-t-il avec un petit rire étouffé, savourant sa victoire. Tu ne détestes pas tant que ça, finalement.
Il continua de la taquiner, ses mains explorant la finesse de sa taille, remontant vers son dos pour la presser un peu plus contre son torse nu. L'air dans la tente était devenu irrespirable, chargé de ce désir naissant que Flora ne savait plus comment nommer.
Soudain, un coup sec résonna contre un poteau de bois près de l'entrée de la tente. Maya, qui se doutait probablement qu'il se passait quelque chose en son absence, venait de signaler sa présence avant de soulever la toile.
Flora se redressa d'un bond, s'écartant de lui avec une surprise mêlée d'une pointe de déception qu'elle ne put totalement cacher. Le moment venait de se briser. Soren, lui, resta assis sur sa chaise, observant sa réaction avec un regard brillant de malice. Avant que Maya ne soulève la toile, il l'attrapa par la main pour une dernière provocation
— Ne fais pas cette tête, le Fantôme... murmura-t-il avec un clin d'œil. Je te promets qu'on aura d'autres occasions de vérifier tes réflexes
Il se recula enfin, s'adossant à son siège au moment même où le rideau de toile s'écartait. Maya entra d'un pas décidé, portant une boîte de bois dont s'échappait le cliquetis métallique de ses instruments. Elle s'arrêta net en balayant la tente du regard, ses yeux d'acier passant de Flora, rouge comme une pivoine, à Soren, qui affichait un sourire bien trop satisfait pour un blessé.
— J'ai frappé pour la forme, commença Maya en posant sa boîte avec un bruit sourd sur le tabouret. Mais je vois que j'ai bien fait de prendre mon temps pour trouver ce fil. L'air est tellement chargé ici qu'on pourrait le couper au couteau.
Elle s'approcha de Soren et lui saisit le menton d'une main ferme pour inspecter ses pupilles, ignorant son mouvement de recul.
— Tu as le cœur qui bat comme celui d'un lapin en fuite, Soren. C'est la douleur de tes côtes, ou c'est autre chose ? lança-t-elle avec un sous-entendu qui fit grimacer Flora.
Soren laissa échapper un petit rire étouffé, malgré la douleur qui lui lançait dans le flanc. Il ne se démonta pas sous le regard inquisiteur de Maya et afficha un sourire provocateur, tournant lentement la tête pour ancrer ses yeux d’acier dans ceux de Flora.
— Oh, je crois qu’on sait tous les deux que mes côtes n’y sont pour rien, rétorqua-t-il d'une voix traînante, savourant le malaise qu'il provoquait.
Maya ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel devant l'insolence de Soren, mais elle ne perdit pas plus de temps. Elle ouvrit sa boîte en bois, dévoilant une aiguille courbe, du fil de soie et une petite fiole d'alcool fort. L'odeur piquante envahit immédiatement l'espace confiné de la tente.
— Puisque tu as encore assez de souffle pour faire l'intéressant, tu ne devrais pas avoir besoin qu'on te tienne la main, trancha-t-elle avec une pointe d'ironie. Flora, approche. Viens placer la lanterne ici, et Jacob, va chercher de l'eau propre, on va en avoir besoin.
Soren perdit instantanément son air de défi lorsqu'il vit Maya imbiber un morceau de lin d'alcool. Elle s'approcha de son flanc sans ménagement. Lorsqu'elle pressa le tissu sur la plaie à vif pour la désinfecter, le garçon se cambra sur sa chaise, le souffle coupé. Ses doigts se crispèrent sur le rebord du siège, ses articulations blanchissant sous l'effort pour ne pas hurler.
Flora s'avança, la lanterne tremblant légèrement dans sa main. Elle se plaça juste à côté de lui, son regard plongeant dans celui de Soren. La provocation avait disparu de ses yeux d'acier ; il n'y restait plus qu'une douleur brute, silencieuse.
Maya saisit l'aiguille.
— Ne bouge pas, Soren. Ça va piquer un peu.
À peine l'acier avait-il mordu sa chair que Soren se cambra sur sa chaise, le souffle court et le visage déformé par une grimace de pur supplice. Il écarquilla des yeux ronds, fixant Maya avec un mélange d'incrédulité et d'indignation, comme s'il venait de découvrir qu'elle était une tortionnaire déguisée.
— Un peu ?! s'étrangla-t-il dans un râle, la voix brisée par l'élancement qui lui traversait tout le flanc. T'appelles ça « un peu », toi ?! T’es folle, Maya ! Ça fait un mal de chien ! C'est pas une aiguille que t'as, c'est un harpon !
Maya ne s'arrêta pas pour autant. Elle continua de manipuler son fil de soie avec une concentration imperturbable, ses doigts ne tremblant pas d'un millimètre malgré les protestations du garçon. Elle lui jeta un regard furtif, ses yeux d'acier brillant d'une lueur sévère mais pragmatique.
— Écoute, Soren, je ne suis pas médecin et je n'ai pas de sédatif dans mes poches, malheureusement, rétorqua-t-elle d'un ton sec qui ne laissait place à aucune négociation. On fait avec ce qu'on a ici. Alors serre les dents et arrête de gigoter comme un nouveau-né, ou je vais finir par te coudre la hanche au nombril.
Soren laissa échapper un grognement de frustration, la sueur coulant désormais librement le long de ses tempes. Il jeta un regard désespéré vers le plateau de métal, là où trônait la bouteille que Maya avait utilisée pour nettoyer la plaie.
— Alors donne-moi la bouteille ! ordonna-t-il, le souffle haché. C'est de la vraie, non ? Ça se boit ? Si tu ne peux pas m'endormir, fais au moins en sorte que je ne sente plus mes jambes !
Maya roula des yeux vers le plafond de la tente, exaspérée par son impatience, mais elle finit par céder. Elle attrapa le flacon d'alcool fort et le lui tendit d'un geste brusque. Soren se saisit du goulot avec sa main valide et prit plusieurs longues gorgées, le liquide brûlant descendant dans sa gorge comme du feu liquide.
L'effet fut presque immédiat. La chaleur de l'alcool commença à engourdir ses sens, calmant les tremblements de son corps et rendant la douleur un peu plus lointaine, bien que toujours présente. Il s'affaissa légèrement contre le dossier de sa chaise, le regard un peu plus flou mais le souffle plus régulier, tandis que Flora, toujours à ses côtés, observait la scène avec une inquiétude mêlée d'un soulagement fragile.
Maya travailla avec une patience d'orfèvre, courbée sur le flanc de Soren pendant une bonne heure. Chaque point de suture demandait une précision chirurgicale pour refermer la plaie béante sans que le fil ne lâche au moindre mouvement du voltigeur. Le silence dans la tente n'était rompu que par le cliquetis des instruments et le souffle plus régulier de Soren, que les quelques gorgées d'alcool avaient plongé dans un état de flottement bienheureux.
Lorsqu'elle sectionna enfin le dernier fil de soie, Maya se redressa en s'essuyant le front du revers de la main. Elle ne perdit pas une seconde pour ranger ses outils ensanglantés dans sa boîte de bois. D'un geste vif, elle s'empara aussi de la bouteille d'alcool fort avant que Soren ne puisse remettre la main dessus.
— Je repasserai plus tard vérifier si ça ne s'infecte pas, lâcha-t-elle en jetant un regard suspicieux au garçon. Et je garde ça avec moi, je te connais trop bien : tu serais capable de la vider avant midi pour oublier que tu as un trou dans les côtes
Elle sortit de la tente sans demander son reste, emmenant Jacob avec elle et laissant enfin les deux voltigeurs dans l'intimité de leurs quartiers.
Flora, encore un peu secouée par l'opération, s'était détournée. Elle faisait mine d'inspecter les murs de toile de la pièce, fuyant la vue du torse nu de Soren que Maya venait de panser proprement. Elle se sentait enfin respirer, le danger immédiat semblant s'être évaporé avec le départ de l'aiguille.
Mais Soren n'avait aucune intention de rester sagement assis. Faisant fi de la douleur et de l'engourdissement de l'alcool, il se leva doucement de sa chaise. Ses pas étaient un peu lourds, mais il parvint à se glisser derrière elle sans bruit. Avant qu'elle ne puisse se retourner, il encercla sa taille de son bras valide, la pressant fermement contre lui.
— Soren ! sursauta-t-elle en sentant la chaleur de sa peau contre son dos. Tu ferais mieux de te reposer au lieu de gigoter partout comme ça ! Tes points vont lâcher
— Ils sont solides, Maya l'a dit, murmura-t-il contre son oreille, ignorant totalement ses protestations. Et puis, je me sens d'attaque, là. C'est l'alcool ou c'est toi ?
Il commença à la taquiner, ses doigts traçant des cercles paresseux sur son ventre, tandis qu'il nichait son visage dans le creux de son épaule. Flora essaya de se dégager, mais prise dans cette étreinte par-derrière, elle était totalement à sa merci.
Soudain, poussé par une impulsion audacieuse et l'ivresse légère qui lui déliait les nerfs, Soren inclina la tête et vint mordre délicatement la peau tendre de son cou. Ce n'était pas une morsure pour blesser, juste une pression ferme, ludique, destinée à réveiller les sensations qu'il lui avait promises sur le toit.
Flora se figea, le souffle coupé. Après quelques baisers brûlants et deux ou trois petits mordillages insistants le long de sa nuque, ses défenses s'écroulèrent d'un coup. Incapable de retenir ce que son corps ressentait, elle laissa échapper quelques petits gémissements étouffés, des sons inattendus qui firent vibrer l'air de la tente et sourire Soren contre sa peau.

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