chapitre 20

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L’obscurité de la tente semblait s'être épaissie, emprisonnant la chaleur de leurs corps dans un silence seulement troublé par le souffle court de Flora. Soren ne luttait plus. L’alcool qui brûlait encore dans ses veines avait balayé ses dernières retenues, libérant une audace sombre qu'il n'avait jamais osé montrer au grand jour. Ses gestes n'étaient plus seulement taquins ; ils étaient devenus pressants, presque possessifs.

— Soren... arrête... murmura Flora dans un souffle qui ressemblait plus à une plainte qu’à un ordre.

Elle essayait de raffermir sa voix, mais ses mains, au lieu de le repousser, restaient agrippées à ses avant-bras, trahissant son propre trouble. Elle était submergée. Les mordillages dans son cou, la pression de son torse nu contre son dos, et cette chaleur qui se propageait en elle... tout cela était trop neuf, trop violent. Elle le suppliait de cesser, mais au fond d'elle, une part qu'elle ne connaissait pas encore réclamait chaque contact, chaque frisson supplémentaire.

Soren ignora ses faibles protestations. Il la fit pivoter lentement dans ses bras pour faire face à lui, ses yeux d'acier brillant d'une lueur trouble, presque prédatrice.

— Tu ne le penses pas, le Fantôme, souffla-t-il contre ses lèvres, son haleine encore imprégnée du goût âpre de l'alcool. Tes gémissements disent tout le contraire.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre. Tout en continuant de parsemer sa peau de baisers brûlants, il commença à la guider, pas après pas, vers le tas de toiles et de fourrures qui lui servait de lit au fond de la tente. Flora se laissait entraîner, ses jambes flageolantes suivant le mouvement sans résistance. Elle était terrifiée par ces sensations qu'elle ne savait pas gérer, par ce désir qui la paralysait autant qu'il l'enchantait, mais elle ne fit rien pour briser l'étreinte de celui qui l'emmenait maintenant vers l'inconnu.

Ils basculèrent ensemble sur les fourrures épaisses, le poids de Soren forçant Flora à s'enfoncer dans le moelleux des toiles. Le souffle court, elle sentait chaque muscle du garçon pressé contre elle, une barrière de chaleur qui l'isolait du reste du monde. Soren, les yeux embrumés par l'alcool et une envie qu'il ne cherchait plus à dissimuler, surplombait son visage, ses mains emprisonnant ses poignets au-dessus de sa tête.

— Soren... s’il te plaît... articula-t-elle encore, mais le mot mourut dans sa gorge lorsqu’il s’abaissa pour mordre de nouveau la jonction de son épaule.

Un frisson violent la parcourut, ses hanches se soulevant instinctivement vers lui, trahissant son propre corps. Elle ne savait plus si elle avait peur ou si elle brûlait d'envie qu'il continue. Tout était flou : la douleur de sa jambe, les souvenirs de la veille, le danger extérieur... plus rien n'existait à part la bouche de Soren qui explorait sa peau avec une fureur contenue.

L'alcool rendait les gestes de Soren plus lourds, plus insistants. Il lâcha ses poignets pour laisser sa main valide glisser sous sa tunique, remontant lentement le long de sa taille, cherchant le contact direct de sa peau. Flora laissa échapper un nouveau gémissement, ses yeux se fermant brusquement alors qu'elle perdait pied. Elle se sentait sombrer dans un abîme de sensations interdites, guidée par celui qui, quelques heures plus tôt, n'était qu'un compagnon de galère.

Malgré le feu qui lui dévorait les joues, Flora finit par plaquer ses mains contre le torse nu de Soren, tentant désespérément de maintenir un dernier rempart entre eux. Ses doigts s'enfonçaient dans sa peau chaude, sentant chaque battement de son cœur qui cognait contre sa propre paume, aussi rapide que le sien. Elle secoua la tête, le souffle court, ses yeux cherchant ceux de Soren dans la pénombre tamisée de la tente

— Soren… on ne devrait pas… balbutia-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un murmure instable qui manquait cruellement de conviction. C'est trop, je… je ne sais pas comment gérer tout ça. Je n'y arrive pas.

Elle avait l'impression de se tenir au bord d'un précipice bien plus terrifiant que celui du phare. Ce n'était pas la chute qu'elle craignait, mais ce tourbillon de sensations qui menaçait de rayer de sa mémoire tout ce qu'elle avait mis des années à construire : sa méfiance, son armure, son contrôle.

Soren s'arrêta un instant, se redressant avec effort sur son bras valide pour surplomber son visage. L'alcool faisait briller ses yeux d'acier d'une lueur plus douce, presque vaporeuse, et un petit sourire en coin étira ses lèvres. Il ne semblait pas pressé ; il savourait simplement le fait de l'avoir là, vulnérable et vibrante sous lui.

— Toujours en train de lutter contre le vent, le Fantôme ? murmura-t-il d'une voix rauque, dont chaque vibration semblait se répercuter dans la colonne vertébrale de la jeune fille. Tu as peur de quoi, exactement ? Que je te morde encore ou que tu finisses par aimer ça ?

Il laissa sa main remonter avec une lenteur calculée le long de son bras, ses doigts traçant un sillage de feu sur sa peau avant de venir encadrer son visage. Son pouce caressa doucement sa lèvre inférieure, l'obligeant à rester ancrée dans le présent.

— Détends-toi, Flora. Personne ne va tomber ici. On n'est pas sur une poutre au-dessus du vide. Laisse-toi juste aller… je te promets que je te tiens. C'est juste toi et moi, et je ne laisserai rien ni personne t'atteindre.

Il ponctua sa promesse par une nouvelle taquinerie, son visage venant se nicher dans le creux de son cou pour y déposer un baiser lent, presque paresseux, qui fit voler en éclats sa dernière once de résistance. Flora ferma les yeux, ses doigts s'enfonçant enfin dans les muscles de son dos, acceptant de sombrer sous cette invitation qu'elle ne pouvait plus repousser.

Face à cet abandon, Soren sentit une décharge d'adrénaline balayer les derniers restes de sa retenue. Avec une lenteur fébrile, il commença à défaire les vêtements de Flora, ses doigts effleurant sa peau à chaque mouvement, avant de se débarrasser des siens avec une hâte que l'alcool rendait un peu maladroite.

Flora, le souffle court, ne détourna pas le regard. Elle observait Soren se dévoiler entièrement à elle dans la pénombre. Sans même s’en rendre compte, comme poussée par un instinct qu’elle ne cherchait plus à brider, sa main remonta sur son torse dénudé. Ses doigts tracèrent à nouveau les lignes de ses muscles, s'attardant sur la chaleur de sa peau, fascinée par cette force qu'il mettait désormais à sa disposition.

Soren laissa échapper un grognement sourd, sa main venant se loger à la base de sa nuque. Il approcha son visage du sien, son regard d'acier brillant d'une intensité dévorante.

— Tu veux que je te morde encore, le Fantôme ? murmura-t-il, sa voix n'étant plus qu'un grondement de défi.

Flora sentit un frisson la parcourir de la tête aux pieds. Elle ancra ses yeux dans les siens et, dans un souffle à peine perceptible, elle lâcha le mot qui fit frissonner Soren à son tour

— Oui.

Un sourire victorieux étira les lèvres du garçon, mais il ne s'arrêta pas là. Il voulait l'entendre le dire encore, voulait briser son armure jusqu'au bout.

— Tu aimes ça ? Tu aimes que je te morde ? insista-t-il avec une provocation brûlante.

— Oui, répondit-elle du tac au tac, sa voix s'affermissant sous l'emprise d'un désir qu'elle ne pouvait plus contrôler.

La tension devint insoutenable. Flora, submergée par les provocations de Soren et l'envie trop forte qui la rongeait, perdit totalement pied. Elle se jeta contre lui, ses lèvres cherchant les siennes dans une étreinte désespérée. Dans le chaos des fourrures et des toiles, leurs corps se mêlèrent enfin sans plus aucune retenue, portés par une urgence que ni l'alcool, ni la douleur de leurs blessures ne pouvaient plus freiner. Ils s'abandonnèrent l'un à l'autre dans l'obscurité protectrice de la tente, là où plus aucune règle ne comptait.

Le silence ne revint que bien plus tard, lourd de fatigue et d'apaisement.

Maya ne revint que quatre heures plus tard, le pas lourd de sa longue garde dans la tour. Lorsqu’elle écarta doucement le rideau de la tente, elle s’arrêta net. Dans le nid de fourrures, Soren et Flora dormaient profondément, enlacés. Le bras valide de Soren était jeté par-dessus Flora, la protégeant même dans son sommeil.

Maya observa les vêtements éparpillés au sol et les silhouettes nues qui se devinaient sous l’épaisseur des couvertures. Elle comprit instantanément que l’alcool avait fait plus que calmer la douleur de Soren. Elle poussa un long soupir, un mélange d’exaspération et de résignation, mais elle ne s’approcha pas pour vérifier la plaie du garçon. Elle se contenta de lâcher le rideau et de repartir en silence, les laissant à leur repos durement gagné.

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