chapitre 28

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La nuit s’était écoulée dans un calme absolu, seulement bercée par le crépitement lointain du foyer central en bas de la tour. Flora et Soren ne s’étaient pas réveillés, leurs corps puisant dans ce sommeil profond la force de refermer leurs plaies. Ce n’est que le lendemain, alors que le soleil filtrait déjà haut à travers la toile de la tente, que Flora émergea enfin. Après avoir dormi près de deux jours complets, ses yeux s'ouvrirent sans peine sur la pénombre familière.

Elle sentit immédiatement la chaleur massive de Soren à ses côtés. Il dormait encore d'un sommeil de plomb, une main posée non loin de sa hanche, son torse se soulevant régulièrement. Flora resta un instant immobile, savourant cette paix retrouvée, avant d'apercevoir une silhouette familière qui s’affairait près de la table de Maya.

— Maya ! Flora est réveillée ! s’exclama Jacob d’une voix pressée, mais contenue pour ne pas réveiller Soren. Son visage s’illumina d’un sourire radieux en voyant sa sœur bouger avec une aisance nouvelle.

La guérisseuse, qui triait des herbes séchées, se tourna d’un bond vers le lit. Elle s’approcha avec une douceur inhabituelle, s’asseyant sur le rebord du matelas pour observer le teint de Flora, qui n'était plus livide mais d'une pâleur saine.

— Doucement, Flora, murmura Maya en posant une main fraîche sur son front. Je vais te poser quelques questions, réponds-moi une chose à la fois. D’abord... as-tu encore mal à ta jambe, ou à ton bras ?

Flora prit un instant pour sonder son propre corps, étirant discrètement ses muscles.
— Mon bras tire un peu... mais ma jambe va beaucoup mieux. C’est comme une grosse courbature maintenant, répondit-elle d’une voix claire, débarrassée des croassements de la fièvre.

— Bien. Sens-tu que tu vas de nouveau t’évanouir ? continua Maya avec un regard scrutateur.

— Non... je me sens stable. J'ai surtout l'impression d'avoir dormi une éternité.

— Et la nausée ? Est-ce que ton estomac se soulève ?

— Non, j'ai plutôt une faim de loup, admit Flora avec un faible sourire, ce qui fit briller les yeux de Jacob.

Maya hocha la tête, rassurée. Elle resta un moment silencieuse, observant Soren qui ne donnait aucun signe de réveil, puis reporta son attention sur Flora.

— Flora... j’ai une demande à te faire. J’aimerais entraîner Jacob pour qu’il devienne soigneur. Il ne sera pas le seul, je compte former d’autres jeunes, mais il a un don naturel pour ça.

Flora fronça les sourcils, surprise.
— Pourquoi tu me poses la question, Maya ? Si tu penses qu’il peut aider, c’est une excellente nouvelle pour lui.

Maya esquissa un sourire respectueux, baissant d'un ton pour respecter le sommeil de l'homme à leurs côtés.

— Soren a effectivement déjà donné son accord hier soir. Mais il a été très clair : comme tu es sa sœur, c’est toi qui as le dernier mot. Même s’il est le chef du clan, il estime que les décisions pour l’avenir de Jacob reviennent à ta permission et à ton avis.

Flora resta muette un instant, touchée par cette marque de respect de la part de Soren qui, même dans l'inconscience, avait tenu à préserver son rôle de grande sœur. Elle regarda son frère, qui attendait son verdict avec une impatience fébrile.

Flora se tourna vers son frère, ancrant son regard dans le sien avec une douceur sérieuse. Elle voulait s'assurer que ce n'était pas seulement pour faire plaisir aux adultes qu'il acceptait une telle responsabilité.

— Jacob, regarde-moi, murmura-t-elle. Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ? Est-ce que tu as envie de faire ça ?

Jacob ne prit même pas une seconde pour réfléchir. Un immense sourire fendit son visage, illuminant ses traits autrefois si sombres.

— Oh oui ! J'en ai très envie, Flora ! répondit-il avec un enthousiasme débordant qu'il peinait à contenir. Au moins, comme ça, je pourrai me rendre encore plus utile au clan. Et puis... j'aime bien aider Maya. Elle m'apprend déjà plein de trucs sur les plantes.

Flora ne put s'empêcher de sourire face à cette énergie retrouvée. Elle leva les yeux vers Maya, une lueur de fierté et de soulagement brillant dans son regard.

— Je crois que tu as ta réponse, dit-elle simplement avec un petit clin d'œil. Je n'ai absolument rien contre. S'il est heureux ainsi, c'est tout ce qui compte pour moi.

Maya hocha la tête, satisfaite, et fit signe à l'enfant de ramasser les dernières sacoches de soins.

— Allez, en route, l'apprenti. On a du travail en bas avec les nouveaux murs, lança la guérisseuse d'un ton faussement sévère mais teinté d'affection.

Jacob suivit Maya hors de la tente, ses petits pas pressés résonnant sur le bois alors qu'ils disparaissaient vers l'étage inférieur. Le rideau de toile retomba, plongeant de nouveau la pièce dans une intimité feutrée. Flora se retrouva seule avec Soren, qui ne s'était toujours pas réveillé malgré le remue-ménage.

Flora resta un long moment immobile, l'observant dans son sommeil. Il paraissait si apaisé, les traits de son visage débarrassés de la dureté habituelle du chef de guerre. Flora s'approcha doucement, glissant sa main hors de la couverture pour venir caresser ses joues. Sa peau était chaude, les traces de la fièvre n'étant plus qu'un lointain souvenir. Elle suivit du bout des doigts la ligne de sa mâchoire, savourant ce contact silencieux.

Alors qu'elle effleurait la naissance de sa barbe, le souffle de Soren se fit plus court. Sans même ouvrir les yeux, par un réflexe de guerrier mêlé à une tendresse instinctive, sa main jaillit de sous les fourrures. Ses doigts puissants se refermèrent sur le poignet de Flora avec une précision surprenante pour un homme endormi.

Avant qu'elle n'ait pu laisser échapper un cri de surprise, il exerça une traction ferme mais mesurée, l'attirant brutalement contre son torse massif. Flora bascula contre lui, son visage venant se nicher dans le creux de son cou musclé. Soren ne s'éveilla pas pour autant ; il se contenta de grogner sourdement dans son sommeil, un son possessif et satisfait, avant d'enrouler son bras libre autour de sa taille pour la verrouiller contre lui.

Soren ne s'éveilla pas pour autant ; il se contenta de grogner sourdement dans son sommeil, un son possessif et satisfait, avant d'enrouler son bras libre autour de sa taille pour la verrouiller contre lui. Flora resta figée une seconde, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes, avant de réaliser qu'il s'était simplement ancré à elle dans ses rêves. Elle sourit contre sa peau, sentant la chaleur de son corps l'envelopper totalement.

Pendant près d'une heure, le temps sembla se suspendre dans la pénombre de la tour. Flora ne chercha pas à se dégager de cette étreinte protectrice. Au contraire, elle se cala un peu plus contre son torse massif, sa main libre s'égarant sous la tunique de Soren pour atteindre la peau nue de son dos. Elle commença à lui caresser le dos d'un geste lent et régulier, ses doigts traçant des cercles apaisants sur les muscles puissants mais encore tendus par les combats passés. Elle sentait chaque cicatrice, chaque relief de son anatomie, lui offrant en retour le calme qu'il lui avait apporté tant de fois

Le sifflement du vent contre la toile de la tente et le bruit lointain des pioches de Maya au dehors finirent par tirer Soren des brumes de son repos. Son souffle changea de rythme, devenant plus profond, et ses doigts, qui serraient toujours le poignet de Flora, se détendirent légèrement.

Il ouvrit lentement les yeux, son regard d'acier d'abord embrumé par le sommeil, puis s'ancrant avec une intensité soudaine dans celui de Flora. En réalisant qu'il la tenait prisonnière contre lui et qu'elle lui caressait le dos avec une telle tendresse, un petit sourire en coin, presque timide, étira ses lèvres.

— Tu es réveillée... murmura-t-il d'une voix rauque, encore chargée de fatigue, mais vibrant d'un soulagement immense.

Il ne la lâcha pas pour autant. Il resserra même son bras autour de sa taille, la nichant encore plus profondément contre son épaule, savourant ce réveil qu'il avait tant espéré pendant ses heures de délire.

— Maya est passée ? demanda-t-il après un court silence, son regard se faisant plus lucide alors qu'il se rappelait les discussions de la veille concernant Jacob.

Flora laissa glisser un sourire lent sur ses lèvres, sa main s'attardant encore une seconde sur la peau chaude de son dos avant de se redresser légèrement pour croiser son regard.

— Oui, elle est passée, murmura-t-elle, son ton devenant un peu plus doux alors qu'elle savourait la pression de son bras autour d'elle. Elle m'a demandé pour Jacob.

Soren resta silencieux, attendant sa réponse, ses yeux d'acier scrutant les siens pour y déceler la moindre trace d'hésitation.

— J'ai accepté, finit-elle par dire avec une étincelle de fierté. Il est parti avec elle il y a une heure pour commencer son apprentissage. Si tu avais vu son visage, Soren... il ne s'est jamais senti aussi utile. Merci d'avoir attendu mon avis pour décider.

Soren ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de la serrer un peu plus fort, enfouissant son visage dans ses cheveux pour respirer son odeur, comme pour s'assurer que tout cela était bien réel. Le Nid changeait, Jacob trouvait sa place, et pour la première fois, ils n'avaient pas à lutter pour leur survie immédiate.

— Je n'aurais pas pu faire autrement, souffla-t-il contre sa tempe. C'est ta famille. Et tu es la mienne.

Ils restèrent ainsi, enlacés dans le calme de la tente, ignorant pour un instant encore les bruits de chantier qui résonnaient en bas, savourant simplement le luxe d'être ensemble.

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