chapitre 31
Le crépitement du foyer central jetait des reflets orangés sur les visages de Flora et Soren, assis côte à côte alors que le camp s'apaisait. Le silence qui régnait entre eux n'était plus celui de l'épuisement, mais celui d'une réflexion profonde. Soren, le regard fixé sur les flammes, semblait peser chaque seconde de ce qu'il venait de vivre sur l'échafaudage. La métamorphose de Flora en « Fantôme » l'avait marqué plus qu'il ne voulait l'admettre.
— Flora, murmura-t-il enfin, sa voix basse se confondant avec le craquement du bois. J’ai besoin de ton avis sur quelque chose.
Elle tourna la tête vers lui, surprise par la gravité de son ton. Soren ne la regardait pas ; il fixait ses propres mains calleuses, celles d'un guerrier habitué à la force brute et au commandement direct.
— Depuis qu’on s’est rencontrés, j’ai vu ton monde. J’ai vu comment tu te faufiles, comment tu disparais dans le décor sans laisser de trace. Au Nid, on est des Voltigeurs, on domine par la hauteur, mais au sol... on est bruyants. On est trop visibles.
Il ancra son regard d'acier dans le sien, une lueur d'humilité rare y brillant.
— Je veux apprendre, Flora. Je veux que tu m'apprennes à être une ombre. Pas pour devenir comme toi, mais pour savoir comment protéger ce clan quand on n'est pas sur nos perchoirs. Je veux savoir me mouvoir dans le silence total.
Flora resta muette un instant, déstabilisée par cette demande. Voir le Chef du Nid, cet homme massif et imposant, vouloir devenir l'élève d'une gamine des ruelles était impensable. Pourtant, elle vit le sérieux dans ses yeux.
— Ça ne s'apprend pas en une après-midi, Soren, répondit-elle doucement. Il faut s'immerger dans le chaos des rues, là où chaque bruit peut te trahir. Si tu es sérieux... on devrait passer un mois à l'extérieur. Un mois complet pour que je t'entraîne sur le terrain.
Soren hocha la tête, pensif.
— Un mois... c’est long. Mais si j'apprends vite, peut-être qu'on pourra revenir plus tôt
Après avoir fini leur repas, ils se dirigèrent vers Maya pour lui faire part de leur décision. La guérisseuse, qui terminait de soigner une éraflure sur le bras d'un jeune, se redressa en fronçant les sourcils. Elle écouta le plan de Soren en croisant les bras, son regard passant de l'un à l'autre avec une hésitation manifeste.
— Un mois ? répéta-t-elle, une main sur la hanche. Soren, j’ai été chef par intérim quand tu étais blessé, mais je n’ai jamais tenu les commandes plus de deux semaines. Un mois, c’est une éternité si les Crocs ou les Chiens décident de pointer leur museau.
Elle soupira, son regard dérivant vers le chantier extérieur. Elle voyait bien que le clan était stable, que les travaux avançaient et qu'à part superviser les briques, elle n'avait pas de crise immédiate à gérer.
— Soit. Si je peux tenir deux semaines, je peux tenir un mois. Mais à une condition : je veux savoir où vous serez. Je ne veux pas passer mes nuits à me demander si vous êtes dans un fossé.
— On ira à la maison de l’apothicaire, répondit Flora sans hésiter. Il y a un labyrinthe de ruelles là-bas, c’est l’endroit parfait. Et j’aimerais en profiter pour faire une carte précise du secteur. La première fois qu'on y est allés, quand Soren est venu me chercher, je n'ai pas pu tout noter. C’est un terrain stratégique qu’on ne connaît pas assez.
Maya finit par hocher la tête, acceptant la mission d'un geste sec.
Le lendemain à l'aube, l'effervescence gagna la tente de Soren. Ils préparèrent leurs sacs avec une méthode rigoureuse : des rations sèches, leurs armes de prédilection, des cordes de chanvre solide, des crochets d'escalade, et bien sûr, les précieux bandages de Maya. Flora n'oublia pas sa crème pour les muscles, sachant que Soren allait souffrir des nouvelles positions qu'elle allait lui imposer.
Lorsqu'ils quittèrent le Nid, ils ne passèrent pas par la grande porte. Ils s'élancèrent par les toits, Flora ouvrant la marche pour tester les premiers réflexes de Soren. La ville grise s'étendait sous leurs pieds, un océan de décombres et de silence.
À un moment, alors qu'ils traversaient le squelette d'un ancien bâtiment administratif, Flora s'arrêta net. Elle se figea, le corps tendu, scrutant les ombres environnantes.
— Qu'est-ce qu'il y a ? chuchota Soren en venant se placer derrière elle, la main sur le pommeau de sa dague.
Flora resta silencieuse, ses yeux balayant les fenêtres brisées et les recoins sombres des ruelle en bas. Elle avait senti quelque chose... une présence. Mais autour d'eux, rien ne bougeait. Seul le vent faisait vibrer un morceau de tôle rouillée. Elle secoua la tête, tentant de chasser ce frisson qui lui parcourait l'échine.
— Rien... Tout va bien. Reprenons, dit-elle, bien que sa voix soit moins assurée qu'avant.
Ils reprirent la route, sautant de corniche en corniche, s'enfonçant toujours plus loin vers le secteur de l'apothicaire. Mais plus ils progressaient, plus Flora sentait ce poids invisible peser sur elle. Ce n'était plus une simple intuition. Quelqu'un, ou quelque chose, les observait depuis les ténèbres, suivant leur trace avec une discrétion qui rivalisait avec la sienne. Elle ne dit rien à Soren pour ne pas l'alarmer inutilement, mais sa main ne quitta plus la garde de son arme.
Le voyage d'entraînement venait de commencer, et l'ombre semblait déjà avoir trouvé sa proie.
Flora secoua la tête, chassant cette désagréable impression de picotement entre ses omoplates. Elle mit cela sur le compte de la fatigue nerveuse ; après tout, son instinct l’avait déjà trompée par le passé. Après une heure de voltige intense à travers les carcasses de métal et de béton, ils atteignirent enfin la demeure de l’apothicaire. La lourde porte de bois, fracassée lors de leur première visite, gisait toujours au sol dans la poussière.
Soren, le regard déjà en mode "fortification", ne perdit pas de temps. Avant même de poser son sac, il redressa le battant et utilisa quelques débris pour calfeutrer l'entrée. Le silence poussiéreux de l'officine les enveloppa, odeur de plantes séchées et de vieux papier mêlée à l'humidité des murs. Soren s'attaqua ensuite à l'aménagement : avec une force tranquille, il traîna un vieux sommier et des couvertures pour installer leur couche à l'abri des regards, juste derrière le comptoir massif en chêne.
Flora, appuyée contre une étagère de fioles vides, laissa échapper un rire moqueur qui résonna dans la pièce vide.
— Dis-moi, Soren... tu caches le lit derrière le comptoir parce que tu as peur qu'on nous voie faire l'amour ? Ou c'est juste ton instinct de chef qui veut toujours un mur entre nous et le reste du monde ?
Soren s'immobilisa, un genou à terre. Il tourna lentement la tête vers elle, un éclair de défi brûlant dans ses yeux d'acier. Il se releva d'un mouvement fluide et s'approcha d'elle, l'acculant contre le bois vermoulu. Sa main glissa dans le bas de son dos, ses doigts s'ancrant dans sa cambrure pour la plaquer d'un coup sec contre lui. Flora sentit la dureté de son corps, sa chaleur massive qui semblait soudain irradier de partout.
— Ne joue pas avec le feu, Flora, murmura-t-il contre ses lèvres, sa voix n'étant plus qu'un grondement possessif. Tu vas le regretter sinon.
Elle soutint son regard, un sourire malicieux étirant ses lèvres.
— Autant qu'avant-hier ? provoqua-t-elle à mi-voix.
Soren laissa échapper un rire rauque, un son chargé de promesses brutales. Sans un mot de plus, il la souleva de terre et la déposa sur le comptoir poussiéreux, s'insérant entre ses jambes pour la dominer de toute sa stature.
— Tu veux vraiment le savoir ?
Il n'attendit pas de réponse. Ses lèvres s'écrasèrent sur les siennes dans un baiser sauvage, une collision de souffles et de faim. Sa main remonta avec une urgence nouvelle, s'engouffrant sous la tunique de Flora pour pétrir sa chair, tandis que son autre main s'ancrait dans ses cheveux pour renverser sa tête en arrière. Flora laissa échapper un premier gémissement aigu, un appel qui se perdit dans la pénombre de la boutique.
L'excitation monta d'un cran, électrique, insupportable. Soren s'attaqua à son cou, sa langue traçant des sillons brûlants avant de mordre fermement la naissance de son épaule. Flora se cambra, ses jambes s'enroulant autour de la taille de Soren pour l'attirer plus profondément contre elle, cherchant à briser la dernière barrière de leurs vêtements.
Leurs mains devinrent fébriles, arrachant les cuirs et les tissus avec une impatience dévorante. Dans le silence de l'officine, on n'entendait plus que le frottement des peaux, le claquement des corps et les souffles courts. Soren la possédait avec une ferveur qui n'avait plus rien de la protection habituelle ; c'était une décharge de désir pur, une urgence de s'appartenir totalement.
— Soren… oh ! ah… ! gémit-elle, la tête renversée, ses ongles s'enfonçant dans les muscles de son dos.
Il ne répondit que par un grognement possessif, ses lèvres descendant le long de sa poitrine pour lécher et mordiller ses mamelons, les tirant avec ses dents jusqu'à ce que Flora ne soit plus qu'un amas de nerfs à vif. Elle haletait, son bassin cherchant désespérément le contact du sien. Soren descendit plus bas, sa langue traçant un sillage de feu sur son ventre, avant de s'enfouir entre ses cuisses.
Il l'exposa totalement à son regard et à son souffle brûlant. Flora laissa échapper un cri strident, ses doigts s'emmêlant dans les cheveux sombres de Soren alors qu'il plaquait sa bouche contre elle. Il la lécha d'un coup de langue lent, large, remontant avec une précision cruelle. Flora se cambra violemment dans un spasme incontrôlable.
— Soren ! Oh... je t'en prie... ah ! gémit-elle, le souffle coupé, ses cuisses tremblant contre ses épaules.
Il s'aligna et se poussa en elle d'un coup de rein brutal, s'enfonçant jusqu'à la garde. Flora cria à s'en déchirer les poumons, son corps se tendant sous le choc. Soren instaura un rythme sauvage, ses muscles bandés saillant sous la sueur alors qu'il la martelait avec ferveur. Chaque assaut arrachait à Flora des gémissements de plus en plus forts, de longues plaintes saccadées.
— Plus vite... Soren... plus fort ! haleta-t-elle, les yeux révulsés par l'excitation.
Le plaisir explosa finalement en une série de secousses électriques. Flora cria son nom une dernière fois, avant que Soren ne pousse un râle possessif et ne s'effondre contre elle, l'inondant de sa chaleur dans le silence revenu de l'officine.

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