chapitre 42

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Le réveille du chef de l'ombre

Le Nid s'était enfoncé dans une torpeur glaciale, enveloppé par le silence des sommets. À l'intérieur de l'infirmerie, le temps semblait s'être figé autour de la table d'examen où reposait le Maître de l'Ombre. Pendant trois jours, le monde s'était arrêté pour Soren. Fidèle à l'ordre de Maya, il n'avait presque pas quitté son tabouret, sa carrure massive montant une garde ininterrompue au chevet de son rival.

Jacob passait de longues heures à surveiller la fièvre de Kyle, appliquant des linges frais sur son front brûlant et lui faisant boire, goutte à goutte, des décoctions de saule. Maya, quant à elle, changeait les bandages avec une régularité de métronome. Elle notait avec une satisfaction professionnelle que l'inflammation diminuait et que les côtes commençaient à se stabiliser.

— Le danger de mort est passé, avait-elle murmuré à Soren lors du deuxième soir. Mais ses os sont encore fragiles comme du verre. S'il tente de se redresser trop vite, tout notre travail volera en éclats. Il ne doit absolument pas bouger.

Soren hochait la tête, les yeux rougis par le manque de sommeil, sa main valide toujours posée non loin du torse bandé de Kyle.

C'est dans la nuit du troisième jour que le basculement eut lieu. La bougie s'achevait dans une flaque de cire quand Soren, dont les sens étaient désormais aiguisés par l'entraînement de l'Ombre, perçut un changement infime. La respiration de Kyle, jusqu'ici lourde et saccadée, devint soudainement plus rapide, plus alerte.

Sous ses paupières closes, les yeux du mentor s'agitaient. Ses doigts griffèrent nerveusement le drap de lin. Dans un réflexe de guerrier, Kyle tenta de s'extirper des brumes de l'inconscience, son corps cherchant instinctivement à se redresser pour faire face à une menace invisible.

Avant même que Kyle ne puisse décoller ses épaules du matelas, Soren plaqua sa main massive sur ses épaules. Il y mit toute sa force, verrouillant le blessé contre la table d'examen avec une fermeté qui ne laissait aucune place à la discussion.

— Ne bouge pas, Kyle ! gronda Soren, sa voix d'outre-tombe résonnant dans la petite pièce. Reste couché, c'est un ordre.

Kyle ouvrit brusquement les yeux. Ses pupilles mirent quelques secondes à faire la mise au point, avant de se fixer sur le visage de Soren, juste au-dessus du sien. La panique initiale dans son regard fit place à une lueur de reconnaissance lucide, puis à une grimace de douleur atroce alors que le mouvement avorté réveillait la brûlure dans ses côtes

— So...ren... articula difficilement le Maître de l'Ombre, sa voix n'étant plus qu'un sifflement de cuir sec.

Kyle resta figé sous la main de Soren, son regard errant sur les poutres sombres du plafond qu'il ne reconnaissait pas. Ses pupilles se dilataient, cherchant un repère dans le brouillard de la fièvre et du pavot. Il tenta d'articuler un mot, mais sa gorge était sèche comme du parchemin.

— Où… ? parvint-il à souffler, la panique faisant battre son cœur trop vite contre ses côtes bandées.

Soren ne relâcha pas la pression sur son épaule. Sa voix, basse et calme, agit comme une ancre dans la confusion du blessé.

— Reste tranquille, Kyle. Tu es au Nid. Tu as tenu bon jusqu'aux portes, mais ton corps a fini par lâcher. Tu t'es évanoui sans prévenir, comme un mur qui s'écroule. Ça fait trois jours que tu dors.

Kyle ferma les yeux, une grimace de pure frustration tordant ses traits. Le Maître de l'Ombre détestait la vulnérabilité, et se réveiller dans le sanctuaire de son rival, incapable de bouger le moindre muscle, était une pilule amère.

— Ne bouge pas d'un pouce, ordonna Soren avec une autorité nouvelle. Si tu te redresses, tu t'étouffes. Compris ?

Soren tendit la main vers la table de chevet et saisit le petit sifflet de métal que Maya laissait toujours à portée pour les urgences. Sans quitter Kyle du regard, il porta l'objet à ses lèvres et tira un coup sec, strident, qui déchira le silence nocturne du fort.

Kyle sursauta, ses sourcils se fronçant de douleur et d'incompréhension.
— Qu'est-ce que… tu fiches, le Voltigeur ? râla-t-il, sa voix n'étant plus qu'un sifflement rauque. Tu appelles… la garde pour m'achever ?

Soren laissa échapper un petit rire étouffé, un son presque chaleureux qui surprit Kyle autant que le reste.
— Mieux que ça, répondit Soren avec une lueur de malice dans les yeux. J’appelle ton médecin. Si je ne le préviens pas que tu es réveillé, il va me faire un deuxième trou dans la main pour avoir manqué à mon devoir de garde.

Quelques secondes plus tard, le martèlement de bottes précipitées résonna dans le couloir. La porte vola en éclats sous la poussée de Jacob, suivi de près par Maya, les cheveux en bataille mais l'œil déjà aux aguets. Derrière eux, l'ombre d'Ombrage se matérialisa, son visage s'éclairant d'un soulagement immense en voyant les yeux ouverts de son mentor.

— Il est réveillé ! s'exclama Jacob en se précipitant vers la table avec une bassine d'eau fraîche.

Maya s'approcha, écartant Soren d'un geste impérieux pour tâter le pouls de Kyle.
— Enfin, grogna-t-elle, bien que ses yeux trahissent un soulagement certain. On a cru que tu allais passer l'hiver à nous servir de décoration, Maître de l'Ombre. Reste immobile, ou je te sangle moi-même à cette table.

Kyle regarda l'agitation autour de lui, puis croisa de nouveau le regard de Soren. Il y avait dans cet échange silencieux quelque chose que personne d'autre ne pouvait comprendre : le respect de deux prédateurs qui s'étaient reconnus au bord de l'abîme.

L’agitation dans l’infirmerie monta d'un cran, le craquement des planchers de bois répondant au va-et-vient pressé de Jacob. La tente de soin, d'ordinaire si calme, semblait soudain trop petite pour contenir tout ce monde. Flora, qui s'était tenue dans l'embrasure de la porte, entra enfin dans la pièce. Elle laissa échapper un long soupir, ses épaules se relâchant pour la première fois en soixante-douze heures. Un sourire discret, presque imperceptible, étira ses lèvres en voyant les yeux noirs de son mentor grands ouverts.

Kyle, lui, tentait de traiter l’information. Il voyait passer des bassines, des linges, et le visage de Jacob qui lui souriait avec une dévotion presque agaçante. Le Maître de l'Ombre, d'ordinaire maître de chaque centimètre carré de son environnement, ressemblait à un rapace cloué au sol, tournant la tête de gauche à droite avec une confusion qui confinait au comique.

— Doucement, Jacob, grogna Kyle, sa voix n'étant plus qu'un froissement de papier de verre. Tu vas finir par me noyer avec tes éponges. Et toi, Soren… arrête de me regarder comme si j'étais un nouveau-né.

Soren, toujours assis sur son tabouret, croisa les bras sur sa poitrine massive, un rictus amusé aux lèvres.

— Désolé, Kyle. Mais après t'avoir vu dormir comme une souche pendant trois jours, te voir rouspéter contre une éponge, c'est presque un spectacle.

Flora s’approcha du lit, se penchant légèrement pour que Kyle puisse la voir sans tordre son cou.

— Ravis de te voir parmi nous, kyle, dit-elle d’un ton où la tendresse perçait sous l'ironie. Tu as raté les travaux du deuxième étage, mais ne t’inquiète pas, Ombrage a monté la garde comme s'il protégeait le trésor du roi.

Kyle jeta un regard vers son lieutenant, qui se tenait raide comme une pique au pied du lit, les yeux brillants d'une émotion qu'il peinait à dissimuler.

— Ombrage… soupira Kyle. Repose cette dague. Tu vas finir par te couper un doigt à force de trembler de soulagement.

— Je ne tremble pas, répliqua Ombrage d'une voix sourde, bien que son sourire le trahisse. Je vérifie simplement l'affûtage.

Maya, qui terminait d'ausculter le bandage pour s'assurer que le mouvement de Kyle n'avait rien déplacé, se redressa en s'essuyant les mains.

— Bon, le "spectacle" est fini, trancha-t-elle avec son autorité habituelle. Jacob, donne-lui une petite gorgée d'eau, pas plus. Soren, Flora, laissez-lui un peu d'air. Il est réveillé, mais il a encore la solidité d'une aile de papillon.

Kyle fusilla Maya du regard, mais l'effort lui arracha un nouveau pincement au flanc qui calma ses ardeurs.

— Une aile de papillon ? répéta-t-il amèrement. C’est ce qu’on dit au Nid pour insulter les gens ?

— C'est ce qu'on dit aux patients qui s'évanouissent dans les bras de leur rival, rétorqua Soren en se levant enfin, faisant craquer ses propres articulations.

Jacob s'approcha avec une petite coupe en terre cuite, la main tremblante d'excitation.

— Tenez, Maître Kyle. Buvez lentement. C'est de l'eau avec un peu de miel et de menthe pour votre gorge.

Le Maître de l'Ombre but la potion, acceptant pour la première fois de sa vie que d'autres s'occupent de lui. Le Nid, avec ses bruits de chantier au loin et la chaleur de son infirmerie, n'était plus une forteresse ennemie, mais le lieu d'une étrange convalescence partagée.

Le breuvage de Jacob fit rapidement son effet. Les traits de Kyle, jusqu'ici crispés par une tension permanente, commencèrent à se détendre. Ses paupières, lourdes de trois jours de lutte inconsciente, papillonnèrent avant de se refermer doucement. Le silence revint dans la pièce, entrecoupé seulement par le sifflement régulier de sa respiration, enfin apaisée.

Soren resta immobile sur son tabouret, observant le torse de son mentor monter et descendre sous les bandages de lin blanc. Il y avait quelque chose de déroutant à voir cet homme, qui l'avait poussé dans ses derniers retranchements, réduit à un tel état de vulnérabilité. Flora s'approcha sans un bruit et posa une main légère sur l'épaule de Soren.

— Il dort enfin pour de bon, murmura-t-elle en fixant le visage de Kyle. La douleur a fini par lâcher prise.

Soren hocha la tête, sa main valide frottant machinalement son genou.
— Il a la couenne dure, répondit-il à voix basse pour ne pas briser le sommeil du blessé. Je n'aurais jamais cru qu'un homme puisse tenir autant de temps avec la cage thoracique en miettes. C’est une leçon de volonté que je n'oublierai pas.

Jacob revint discrètement avec une couverture supplémentaire qu'il déplia sur les jambes de Kyle. Il échangea un regard complice avec Ombrage, qui s'était assis par terre, le dos contre le mur, refusant de quitter la pièce. L'apothicaire se tourna ensuite vers son Chef.

— Soren, tu devrais aller te reposer aussi, conseilla Jacob d'un ton protecteur. Maya a dit que tu avais veillé assez longtemps. Je prends le relais avec Ombrage. S'il se réveille ou s'il y a le moindre changement, je t'enverrai un signal.

Soren jeta un dernier coup d'œil à Kyle, s'assurant qu'il ne s'agiterait plus. La fatigue accumulée durant l'exil et ces trois jours de veille commençait à peser sur ses propres épaules comme une chape de plomb. Il se leva avec précaution, faisant craquer ses articulations dans un bruit sourd.

— D’accord. Mais au moindre signe, Jacob... n’hésite pas.

Il fit signe à Flora de le suivre. Ils quittèrent l'infirmerie en marchant sur la pointe des pieds, laissant derrière eux la chaleur de la pièce pour retrouver l'air frais et vivifiant du Nid. Dehors, les travaux d'agrandissement continuaient sous les ordres de Maya, mais pour Soren, l'urgence s'était déplacée. Il avait ramené son mentor à bon port, et pour ce soir, cela suffisait.

La fraîcheur de la nuit s'engouffra dans la tente de Soren alors qu'il écartait le lourd pan de cuir pour laisser entrer Flora. L’espace était imprégné de l’odeur familière du bois de cèdre et de la cire, un sanctuaire de calme loin du tumulte de l’infirmerie. Soren s’assit lourdement sur le bord de son lit de fourrures, tandis que Flora récupérait une petite sacoche de soins que Jacob lui avait confiée.

Elle s'installa à ses côtés, prenant délicatement sa main droite entre les siennes. Avec une patience infinie, elle commença à défaire le vieux bandage poisseux. Soren ne bougeait pas, son regard d'acier ancré sur le profil doux de la jeune femme. Le silence entre eux n'était plus celui de la méfiance, mais il restait une question, une ombre qui flottait depuis cette nuit terrible à l'apothicaire.

Alors qu’elle nettoyait la plaie avec un linge humide, Soren laissa échapper un soupir rauque. Il leva sa main valide et, d'un geste d'une lenteur presque hésitante, il vint effleurer la peau délicate du cou de Flora. Ses doigts effleurèrent l'endroit exact où, quelques jours plus tôt, il avait planté ses dents avec une férocité animale, marquant sa chair dans un accès de rage incontrôlée.

— Pourquoi... ? murmura-t-il, sa voix vibrant d'une culpabilité sourde. Pourquoi est-ce que je ne vois aucune haine dans tes yeux, Flora ? Ni colère, ni peur... alors que je t'ai traitée comme une bête ce soir-là... alors que je t'ai fait mal.

Flora se figea, le linge suspendu au-dessus de sa main. Elle sentit le frisson parcourir toute son échine sous le contact de ses doigts calleux, mais elle ne se recula pas. Elle leva les yeux vers lui, son regard noir brillant d'une lucidité tranquille.

— Parce que je sais lire les ombres, Soren, répondit-elle d'une voix douce mais ferme. Si tu avais été conscient, si tu avais voulu me briser par simple plaisir ou par cruauté, je ne serais pas ici. Je serais déjà loin, ou je t'aurais tranché la gorge dans ton sommeil.

Elle marqua une pause, un demi-sourire étirant ses lèvres alors qu'elle reprenait son soin.

— Mais Kyle t'avait poussé au-delà de tes limites. Tu ne te contrôlais plus, tu n'étais plus qu'un instinct de survie pur. Et puis... tu ne m'as pas violée, ni vraiment forcée. Tu as juste... elle laissa échapper un petit rire cristallin qui fit vibrer l'air de la tente, ...disons que tu as "marqué ton territoire" de manière un peu brutale.

Soren sentit un poids immense s'envoler de sa poitrine, mais la réponse de Flora provoqua une autre réaction. Ce n'était plus de la culpabilité, c'était un défi silencieux.

D'ordinaire, c'était toujours lui qui menait la danse, lui qui décidait du rythme. Mais Flora, comme si elle lisait dans ses pensées, ne baissa pas les yeux. Elle posa ses mains sur les larges épaules de Soren, ses doigts se crispant légèrement dans le cuir de sa tunique. Pour la toute première fois depuis qu'ils se connaissaient, elle ne se contenta pas d'attendre qu'il agisse.

Elle se redressa sur ses genoux, dominant Soren de quelques centimètres, et réduisit l'espace entre leurs visages. Ses mains glissèrent de ses épaules vers sa nuque, ses doigts s'égarant dans sa barbe courte. Elle l'attira vers elle avec une autorité nouvelle, une faim qu'elle n'avait jamais osé montrer.

— Maintenant, arrête de poser des questions inutiles, le Voltigeur , souffla-t-elle contre ses lèvres.

Elle scella leur bouche dans un baiser qui n'avait plus rien de la retenue habituelle. C'était une attaque frontale, une prise d'initiative qui laissa Soren pétrifié de surprise pendant une fraction de seconde avant que son instinct ne reprenne le dessus.

La chaleur dans la tente devint instantanément étouffante, chargée d’une électricité que même les murs de pierre du Nid ne sauraient contenir. Soren sentit ses dernières défenses s’écrouler sous l'assaut de Flora. Alors qu’elle le dominait, ses mains s'égarant dans sa nuque pour l'attirer dans ce baiser sauvage et autoritaire, le Chef des Voltigeurs se laissa submerger, ses propres mains ancrées sur les hanches de la jeune femme.

Mais alors qu'elle s'apprêtait à approfondir encore ce baiser de feu, Soren écarta doucement ses lèvres des siennes, le souffle court, ses yeux d'acier plongeant dans les pupilles noires de Flora qui brillaient d'un désir pur. Sa voix descendit d'un octave, vibrant d'une vulnérabilité qu'il n'avait jamais montrée.

— Flora… murmura-t-il, l’interrompant une fraction de seconde. Je t’aime.

Le mot tomba comme un choc électrique. Flora, qui était en pleine lancée, l'embrassa de nouveau par pur réflexe, un baiser passionné mais bref, avant de s'arrêter net. Elle se recula de quelques centimètres, ses mains restant crispées dans la barbe de Soren, le regard fixe, comme si elle venait de recevoir une flèche en plein cœur.

— A… Attends… t’as dit quoi ?! balbutia-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle incrédule, cherchant à s'assurer qu'elle n'avait pas simplement rêvé ces mots.

Soren esquissa un sourire d'une tendresse infinie, un visage que seul ce refuge de toile avait le droit de connaître. Il ramena Flora contre lui, sa main valide glissant avec une lenteur calculée le long de son dos, caressant sa peau avec une dévotion presque sacrée.

— Tu m’as bien entendu, murmura-t-il en l'attirant plus près de son torse massif. Je t’aime, Flora. Et pour être honnête, je crois que c’est le cas depuis le premier jour… depuis cet instant sur le balcon, le premier soir, où j’ai failli perdre la raison rien qu’en imaginant le goût de tes lèvres contre les miennes.

Flora resta immobile, le regard perdu dans les yeux de Soren pendant quelques secondes, assimilant cette vérité brute. Puis, un sourire radieux, d'une douceur qu'elle n'avait jamais montrée, illumina ses traits. Elle se pencha lentement vers son cou, là où l’odeur de Soren l’enveloppait totalement, et déposa un baiser léger avant de lui confier son secret.

— Si tu savais… souffla-t-elle contre sa peau, provoquant un frisson immédiat chez le colosse. J’en ai rêvé si souvent, de ce baiser, avant que tu ne m’embrasses pour de vrai. Je rêvais de tes mains qui me brûlaient le dos, du poids de ton corps contre le mien… de tout ce qui est en train de se passer là.

Soren ne répondit pas avec des mots. Il la bascula avec une précaution infinie sur les fourrures épaisses du lit de camp. Ce n'était plus la rage de l'exil qui les animait, ni l'instinct de possession brute. C’était le vrai amour, lent, doux et d’une sensualité dévorante qui allait durer une partie de la nuit.

Ses mains devinrent des instruments de velours. Il déshabilla Flora avec une lenteur de spectateur devant un miracle, embrassant chaque parcelle de peau qu’il découvrait, de l'épaule jusqu'à la naissance de ses reins. Flora laissa échapper un gémissement sourd, un son de pur abandon, quand Soren commença à tracer des cercles humides avec sa langue sur son ventre, remontant lentement vers ses seins.

Chaque contact était une promesse. Soren l'enveloppait de toute sa stature, ses mains encadrant son visage avec une infinie précaution, tandis qu'il entrait en elle avec une douceur qui les fit tous deux frémir. Leurs souffles se mêlèrent, rythmés par une émotion qui les submergeait enfin.

Dans la pénombre de la tente, la cadence devint une danse lente et hypnotique, ponctuée par les soupirs de Flora qui s'accrochait à ses épaules massives, ses ongles s'enfonçant légèrement dans son dos.

Ils se redécouvrirent dans une fusion totale, loin des tumultes du Nid. Chaque caresse de Soren était empreinte d'une dévotion nouvelle, et Flora y répondait avec une ferveur qui traduisait ses mois d'attente silencieuse. C'était une union de l'âme autant que des corps, un moment où ils déposèrent les armes pour de bon.

Leurs corps s'entremêlaient sous la chaleur des peaux de bêtes, créant une bulle d'intimité où seul le plaisir de l'autre comptait. Les gémissements de Flora se firent plus pressants, répondant aux grognements sourds de Soren, jusqu'à ce qu'ils atteignent ensemble un sommet de sensations qui les laissa tous deux pantelants, étroitement liés, le cœur battant à l'unisson.

Ils restèrent ainsi de longues heures, perdus dans cette étreinte protectrice, savourant le poids de l'autre et la certitude d'être enfin là où ils devaient être. La nuit, témoigne de leur vulnérabilité, scella leur lien d'une manière indélébile.

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