chapitre 45
Le vent sifflait entre les poteaux de bois, faisant osciller légèrement la poutre de six mètres. À quatre mètres au-dessus du sol, Jacob et Flora étaient deux silhouettes sombres découpées sur l'argent de la lune. Soren, en bas, gardait les bras croisés, ses yeux d'acier ne quittant pas les pieds du gamin.
— Contact ! lâcha Soren d'une voix sourde.
Le combat commença avec une retenue prudente. Flora engagea la première, testant l'équilibre de son frère avec des coups de dague de bois latéraux. Jacob répondait par des pivots courts, utilisant l'agilité qu'Ombrage lui avait enseignée. Le bois s'entrechoquait avec un bruit sec : Tac... Tac-tac. Flora glissait sur la poutre comme si elle flottait, cherchant à désaxer Jacob par de petites pressions sur ses épaules.
Mais Jacob ne se laissait pas faire. Il accéléra le rythme, imitant une charge brutale de Soren pour forcer Flora à reculer. Les dagues s'entrechoquaient de plus en plus fort. On entendait le frottement des bottes de cuir sur le bois brut. Flora, surprise par la vigueur de son frère, augmenta sa puissance. Elle lui asséna un coup de pied circulaire, visant ses côtes. Jacob le para avec son avant-bras, mais le choc fut si violent qu'il manqua de basculer. Il se rétablit in extremis, ses doigts griffant le bois pour ne pas tomber.
C'est là que tout bascula. En se relevant, le visage de Jacob n'était plus celui d'un élève. Une lueur de haine pure, ancienne, s'alluma dans ses prunelles.
— Tu te bats comme si tu voulais me protéger, Flora ! cracha-t-il, sa voix vibrant d'une amertume qui glaça le sang de Soren. Comme si tu avais toujours été là pour moi !
Flora reprit sa garde, le souffle court.
— Jacob, reste concentré. On s'entraîne, c'est tout.
— On s'entraîne ? hurla-t-il en avançant d'un pas lourd, faisant gémir la poutre. Tu as oublié, c'est ça? Tu as oublié ce qu'il te faisait à toi ?
Flora fronça les sourcils, un pli d'incompréhension barrant son front. Elle tenta une estocade pour faire taire cette conversation qui lui faisait mal sans qu'elle sache pourquoi.
— De quoi tu parles ? Père était dur, il aimait la discipline, mais il ne m'a jamais frappée. Jamais comme ça. Rien de tout ça n'est arrivé, Jacob !
Jacob laissa échapper un petit rire sec, un son dépourvu de toute enfance. Il para le coup de Flora avec une violence inhabituelle, le bois criant sous l'impact.
— C’est normal que tu ne t'en souviennes pas ! À chaque fois qu'il levait la main sur toi, tu finissais par t'évanouir sous le choc ou par la douleur ! Tu t'écroulais, Flora ! Et le lendemain, ce monstre te soignait avec ses baumes en te regardant dans les yeux, te faisant croire que tu étais simplement tombée ou que tu t'étais blessée en jouant dans les ruines ! Il effaçait tes souvenirs avec ses mensonges !
Flora se figea. Sa dague de bois tremblait dans sa main. Les mots de Jacob agissaient comme un venin, faisant remonter des sensations de froid, des odeurs de remèdes médicaux mêlées à une peur sourde qu'elle avait toujours pris pour de la fatigue. Le monde autour d'elle commença à tanguer. Elle ne voyait plus la poutre, elle voyait des mains qui se levaient dans l'ombre d'une maison qu'elle avait fuis.
— C'est pas vrai... murmura-t-elle, son équilibre s'effritant.
Jacob ne lui laissa aucune chance. Voyant sa sœur flancher, il utilisa la hargne de Soren. Il bondit, non pas avec agilité, mais avec une force de percussion pure. Il percuta l'épaule de Flora avec tout le poids de son corps et de sa colère.
Flora bascula en arrière, ses bras cherchant désespérément une prise qui n'existait plus. Elle tomba de quatre mètres de haut.
D'un réflexe foudroyant, Soren se projeta vers l'avant. Il rattrapa Flora au vol, la réceptionnant avec une puissance qui fit craquer ses propres articulations. Il la serra contre lui, sentant son corps trembler comme une feuille morte. Soren leva les yeux vers la poutre. Jacob était là-haut, debout, la poitrine haletante, les poings serrés, dévoré par une rage qu'il ne pouvait plus contenir.
— Elle devait savoir, Soren ! hurla Jacob depuis son perchoir. Elle ne peut pas être un Spectre si elle vit dans le mensonge d'un mort !
Soren ne répondit pas tout de suite. Il déposa Flora au sol, s'assurant qu'elle tenait sur ses jambes, avant de fixer le gamin avec une sévérité qui fit enfin baisser les yeux à Jacob.
D'un mouvement d'une agilité déconcertante, Soren se hissa sur la poutre pour faire face à l'enfant. Le bois gémit sous son poids massif, mais il resta stable, dominant Jacob de toute sa carrure. Le regard du Chef des Voltigeurs n'était plus celui d'un grand frère protecteur, mais celui d'un maître qui exige une discipline absolue.
— Tu ne peux pas utiliser ta haine pour te battre, Jacob ! gronda-t-il, sa voix vibrant dans l'air nocturne. Si tu veux vraiment devenir une Ombre, tu vas devoir apprendre à mettre tes émotions de côté. La rage est un feu qui finit toujours par brûler celui qui le porte.
Jacob baissa les yeux, ses épaules s'affichant sous le poids de la leçon. Il était incapable de soutenir le regard d'acier de Soren.
— Ta sœur n’a pas été là pour toi pendant ces mois d'absence, c'est vrai, continua Soren d'un ton plus calme. Mais tu ne peux pas le lui reprocher. C’est Kyle et son groupe qui ont décidé de l’emmener au lieu de l’aider à rentrer.
Jacob laissa échapper un rire amer, un son qui semblait trop vieux pour sa gorge de dix ans.
— Tu penses vraiment qu’ils l’auraient ramenée ? Ils savaient très bien ce que notre père lui faisait subir. Ils n’ont jamais voulu la ramener chez ce monstre. À la place, ils lui ont appris à se défendre, exactement comme Ombrage l’a fait pour moi.
Le gamin marqua une pause, portant machinalement sa main à sa gorge, ses doigts se crispant sur sa peau comme s'il sentait encore une pression fantôme. Des larmes brillèrent dans ses yeux, mais elles ne coulèrent pas.
— Père me reprochait la disparition de Flora. Il buvait plus que d'habitude... et chaque fois, il essayait de me tuer. Quand il m’étranglait, tout ce que j’avais en tête, c’était que j’étais content qu’elle ne soit pas là. Si elle avait été présente, il l’aurait tuée depuis longtemps. J’ai beau lui reprocher son absence... mais en réalité, j’en veux à mon père pour sa violence et à ma mère pour son silence.
Soren observa le gamin, mesurant l'ampleur du traumatisme. Il s'assit lentement sur la poutre, laissant ses jambes pendre dans le vide, invitant Jacob à l'imiter.
— Je vois bien que tu puises dans ta rage et ta douleur pour tes combats, Jacob. Mais ce n’est pas une science exacte. Le jour où tu seras vidé de ces émotions, quand ta rage aura disparu ou qu'elle t'aura aveuglé, qu’est-ce que tu feras ? Comment te battras-tu si tu n'as plus de colère pour alimenter tes muscles ?
Jacob s'assit à son tour, fixant le sol sablonneux quatre mètres plus bas, pensif. Soren reprit, sa voix se faisant plus confidentielle.
— Je vais te dire quelque chose. Pendant l’exil, Kyle est apparu après une semaine. Il était furieux que Flora m’enseigne leurs secrets. Tout au long de l’entraînement, il a utilisé ma jalousie et ma fierté pour me faire tomber, pour me faire craquer. Et ça a fonctionné. Malheureusement, je m’en suis pris à ta sœur... ma rage et ma peur ont pris le dessus et je l’ai marquée sans le vouloir. C’est seulement après cette nuit-là que j’ai réussi à battre Kyle. J’ai fait le vide. J’ai mis mes émotions de côté, sinon ses provocations m’auraient atteint encore et encore. C’est la même chose pour toi, Jacob. Tu dois vider ton esprit pour devenir plus fort que tes souvenirs.
Le silence retomba sur la cour, pesant et solennel. Jacob balança ses pieds dans le vide, assimilant chaque mot. Après un long moment, il tourna la tête vers Soren.
— Dis, Soren... tu avais dit que si je montais sur les poutres de nuit, tu me consignerais à l’infirmerie avec des gardes. Mais au lieu de me punir, tu m’as fait affronter Flora. Pourquoi as-tu changé d’idée ?
Soren esquissa un petit sourire en coin, un regard presque complice.
— Parce que t’es comme moi, petit. T’es trop curieux et tu as trop de feu dans le sang. Je savais que tu ne pourrais pas t’empêcher de venir malgré mes menaces. Autant que ce soit moi qui t'apprenne à ne pas tomber.
L’air nocturne s’était adouci, mais la tension restait palpable entre l’homme et l’enfant, perchés comme deux oiseaux de proie sur leur perchoir de bois brut. Soren gardait le regard fixé sur l'horizon des ruines, ses mains calleuses reposant sur ses genoux. Jacob, à ses côtés, balançait ses jambes dans le vide, ses pieds effleurant presque l’abîme de quatre mètres qui les séparait du sol sablonneux.
Le gamin tourna la tête, observant le profil de pierre de son mentor. Une question le brûlait depuis qu’il avait senti sa propre force déborder sur la poutre.
— Dit, Soren… est-ce que tu penses qu’un jour j’arriverais à vous battre, toi et Flora ?
Soren ne répondit pas tout de suite. Il laissa le silence s’installer, seulement troublé par le craquement lointain d’une charpente qui travaillait sous le gel. Il mesura le potentiel terrifiant de ce petit être qui, à dix ans, possédait déjà la discipline d'un vétéran.
— Disons que si ça continue comme ça, avec ta copie parfaite de tous nos mouvements… je dirais que oui, Jacob. Tu vas effectivement et inévitablement devenir plus fort que nous deux réunis. Tu as la vitesse de ta sœur, mon ancrage, et une intelligence que nous n'avions pas à ton âge.
Jacob accusa le coup, un mélange de fierté et d'appréhension brillant dans ses prunelles sombres. Il baissa de nouveau les yeux vers le sol, là où Flora s'était relevée et les observait en silence.
— Est-ce que je vais être puni ? demanda Jacob d'une voix hésitante, presque un murmure.
Soren se mit à rigoler, un rire franc et sonore qui fit vibrer la poutre sous leurs assises. Il se tourna vers le garçon et lui ébouriffa les cheveux d'une main brusque mais paternelle.
— Oh, pour être puni, tu vas être puni, mon grand ! Je te l’avais dit que tu serais consigné à l’infirmerie jusqu’à nouvel ordre si tu sortais de nuit. Tu croyais vraiment que je rigolais ?
Jacob fit une petite moue, comprenant que son escapade nocturne touchait à sa fin.
— Tu vas passer tes journées à piler des racines sous l'œil de Maya, reprit Soren en redevenant sérieux. Et tes nuits, tu les passeras à dormir, pas à danser sur des bouts de bois. On reprendra l'entraînement quand Kyle sera debout, et pas avant. D'ici là, ton seul combat, c'est de rester discret.
Soren se laissa glisser de la poutre avec une souplesse surprenante pour son gabarit, atterrissant sans bruit dans la poussière. Il tendit les bras pour aider Jacob à descendre. Le gamin se laissa tomber, retrouvant le sol ferme et la réalité du Nid.
Flora s'approcha d'eux, le visage marqué par les révélations de la soirée, mais ses yeux cherchaient ceux de son frère avec une affection renouvelée. Elle ne dit rien, mais elle posa sa main sur la nuque de Jacob, le guidant doucement vers la tente de soin sous la surveillance de Soren qui fermait la marche, le regard déjà tourné vers les défis du lendemain.
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La tente de commandement était plongée dans une pénombre épaisse, seulement troublée par le sifflement du vent d'hiver contre la toile de cuir. Soren et Flora s'étaient écroulés de fatigue, terrassés par les révélations de la soirée, mais le repos fuyait l'esprit de la jeune femme.
Au milieu de la nuit, Soren fut tiré de son sommeil par un son déchirant. À ses côtés, Flora s'agitait violemment sous les fourrures. Ses mains griffaient les couvertures et son visage, d'ordinaire si calme, était tordu par une souffrance invisible.
— Non... arrête... s'il te plaît... murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un sifflement étranglé.
Elle se mit à gémir, des sons de détresse pure qui montaient en intensité. Elle suppliait dans son sommeil, luttant contre les mains fantômes de son père que les paroles de Jacob avaient réveillées. Le passé, qu'elle avait si soigneusement enterré, revenait la hanter avec la force d'un raz-de-marée.
Soren se redressa d'un bond, le cœur cognant dans sa poitrine. Il ne la secoua pas brusquement ; il connaissait trop bien la terreur des réveils en sursaut. Avec une infinie délicatesse, il passa son bras massif sous sa nuque et attira son corps tremblant contre son torse protecteur.
— Chut... Flora, je suis là... souffla-t-il d'une voix basse, comme un murmure de velours dans le noir. Tout va bien, tu es au Nid. Personne ne te touchera plus jamais.
Il commença à lui caresser les cheveux, ses doigts calleux traçant des cercles apaisants sur son épaule. Flora laissa échapper un long sanglot convulsif, sa tête venant se nicher dans le creux du cou de Soren. Elle était brûlante de fièvre, sa peau moite de sueur froide.
— Je suis là, ma belle... respire... continuait Soren, déposant des baisers légers sur son front pour chasser les cauchemars. Le lion veille sur toi. Rien ne peut franchir ces murs.
Peu à peu, les gémissements s'estompèrent. La respiration de Flora, jusqu'ici saccadée, finit par se caler sur le rythme lent et puissant du cœur de Soren. Elle se détendit contre lui, ses doigts se desserrant enfin sur sa tunique. Le Chef des Voltigeurs ne la lâcha pas, montant une garde silencieuse dans l'obscurité, prêt à affronter tous les démons qui oseraient s'approcher de sa moitié. Gestion du traumatisme nocturne.
La nuit fut un long calvaire de murmures et de sursauts. Chaque fois que Flora sombrait dans le sommeil, les souvenirs déterrés par Jacob revenaient la hanter avec une violence redoublée. Soren ne ferma plus l'œil. Il resta assis contre le dossier de bois, veillant sur elle comme un rempart vivant, ses mains massives caressant ses cheveux pour étouffer ses cris étouffés.
Le lendemain matin, la lumière grise de l'aube perça à travers la toile de la tente, révélant les traits tirés et le regard embrumé de fatigue du Chef des Voltigeurs.
Un bruit de pas hésitants devant l'entrée annonça l'arrivée de Maya et de Jacob. L'apothicaire portait sa sacoche de cuir, son visage de gamin de dix ans dissimulant mal une inquiétude dévorante. Maya, d'un geste sec, écarta le rideau de cuir. Elle n'eut pas besoin de poser de questions : en voyant Soren hagard et Flora encore agitée sous les fourrures, elle comprit que la nuit avait été un champ de bataille.
— Assieds-toi sur le bord du lit, Soren, ordonna Maya d'un ton qui ne souffrait aucune réplique. Jacob, sors les onguents propres. On va s'occuper de ce bandage avant que la chair ne se soude au tissu.
Soren s'exécuta pesamment, s'asseyant sur le rebord du matelas de peaux. Ses muscles étaient raides comme de la pierre. Jacob s'approcha, ses doigts agiles commençant à défaire les liens de lin sur la main du colosse. Le silence dans la tente était pesant, seulement troublé par le froissement des étoffes.
Maya jeta un regard vers Flora, qui semblait enfin plongée dans une torpeur sans rêves, puis fixa Soren droit dans les yeux.
— Elle a crié toute la nuit, n'est-ce pas ? murmura la lieutenante en nettoyant la plaie de Soren avec une solution de vinaigre. Jacob m'a raconté ce qu'il a balancé sur la poutre hier soir. Tu ne peux pas porter ça tout seul, Soren. Si elle ne dort pas, tu ne dors pas. Et si le Chef s'écroule, le Nid vacille.
Jacob, tout en appliquant une pâte d'herbes fraîches sur la paume de Soren, leva les yeux vers son mentor. Son regard n'était plus celui du petit guerrier de la veille, mais redevenait celui du soigneur, chargé de regrets.
— C’est de ma faute… souffla Jacob, sa voix brisée. J'aurais dû me taire. Je voulais qu'elle sache, mais j'ai fini par la briser.
Soren posa sa main valide sur l'épaule du gamin, une pression ferme pour l'ancrer.
— Tu n'as pas brisé ta sœur, Jacob. Tu as juste arraché un pansement qui cachait une infection. Elle a besoin de temps, c'est tout.
Maya termina de serrer le nouveau bandage avec une précision chirurgicale. Elle se redressa, rangeant ses instruments, tandis que son regard passait de Soren à la silhouette de Flora.
— On va lui préparer une infusion de pavot léger pour la nuit prochaine, trancha Maya. Mais pour toi, Soren, il va falloir sortir de cette tente et montrer tes cicatrices aux hommes. Le fort a besoin de voir que son lion est toujours debout, même s'il a le cœur en lambeaux.
Soren se laissa entraîner hors de la tente, l'air frais du matin cinglant son visage marqué par la fatigue. Maya ne lui laissa pas le temps de protester ; elle marchait d'un pas militaire, ses bottes martelant le sol gelé de la cour. Elle savait que le seul moyen d'empêcher le lion de sombrer dans la culpabilité était de le forcer à regarder sa forteresse en face.
Ils grimpèrent l'escalier de bois brut qui menait au chemin de ronde du secteur Nord. Arrivés en haut, le panorama sur les ruines environnantes était saisissant, mais Maya pointa immédiatement les nouvelles structures.
— Regarde-moi ça, Soren, lança-t-elle en frappant du plat de la main contre un nouveau parapet de pierre sèche. Les petits de dix ans ont passé la nuit à calfeutrer les fentes avec du mortier de chaux. C’est solide, mais ça manque de ta vision.
Soren s'approcha du bord, ses mains calleuses agrippant la pierre rugueuse. Ses yeux d'acier balayèrent les fondations. Malgré le manque de sommeil, son instinct de stratège et leader reprenait le dessus. Il remarqua une section où la muraille s'évasait trop, créant une saillie dangereuse.
— Ici, Maya, dit-il d'une voix rauque. Si un assaillant arrive au pied du mur, vos sentinelles devront se pencher dans le vide pour tirer. C'est un suicide. Faites installer des passerelles en surplomb, des mâchicoulis de bois. On doit pouvoir lâcher des blocs de pierre sans s'exposer.
Maya nota l'ordre mentalement, un sourire discret étirant ses lèvres. Le Chef était de retour. Ils continuèrent l'inspection le long de la palissade Est, là où les ouvriers s'affairaient à monter une double enceinte de pieux de cèdre.
— Le bois est trop vert, nota Soren en examinant une pointe. Au premier incendie, ça va fumer plus que ça ne brûlera, mais ça finira par céder. Faites doubler l'intérieur avec de la terre battue. Si les flammes lèchent le bois, la terre protégera le cœur de la structure.
Ils marchèrent ainsi pendant une heure, arpentant chaque mètre de périmètre. Maya le poussait dans ses retranchements, le questionnant sur l'emplacement des réserves de flèches, sur la rotation des tours de garde de nuit, et sur l'intégration des nouvelles recrues. Soren répondait avec une précision chirurgicale, son esprit retrouvant une clarté que seule l'urgence du commandement pouvait lui offrir.
En arrivant au bastion Sud, celui qui surplombait l'entrée principale, Soren s'arrêta. Il regarda vers sa tente, là où Flora reposait encore sous la garde de Jacob
— Elle est forte, Maya, murmura-t-il, le regard perdu vers le campement. Mais cette blessure-là... je ne peux pas la recoudre avec des bandages de lin.
Maya se posta à ses côtés, croisant les bras sur sa poitrine.
— Tu ne peux pas la soigner à sa place, Soren. Mais tu peux faire en sorte que quand elle sortira de cette tente, elle retrouve un fort qui ne tremble pas. C’est ça, ton rôle de Chef. Assure les murs, protège le clan, et laisse Jacob faire son travail de frère et de soigneur.
Soren hocha la tête, une résolution nouvelle durcissant ses traits. L'inspection lui avait rendu sa poigne. Le Nid n'était plus seulement un refuge, c'était une arme, et il comptait bien s'assurer qu'elle soit imprenable

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