Chapitre V

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Nous étions dans le couloir, elle regardait par la fenêtre lorsque je me demandais:

-  Au fait, tu ne m’as pas dit.

-  Quoi donc? Me dit-elle.

-  Comment tu t’appelles? Je veux dire... c’est peut être stupide comme question mais, est ce que tu t’appelles Nadia?

-  Et ben, disons que tu peux m’appeler comme tu veux! Pourquoi pas Diana?

-  Diana? Ma foi, oui pourquoi pas.
Je la contemplais, elle avait l’air si paisible si...heureuse. Qui était-elle? Qu’est ce qu’elle faisait là? J’appréciais certes sa compagnie mais mes interrogations persistaient. Elle se tournait vers moi et me regardait.

-  Quoi? Me demandait-elle

-  Quoi? Ben rien, pourquoi?

-  Je ne sais pas, tu me regardes. Elle leva un sourcil.

-  Non, non. Je baissais la tête.
Elle posa son bras sur mes épaules et me dit:

- T’en fais pas, tout va bien se passer. Elle retourna dans le compartiment.
Je la regardais s’en aller, intriguée. Elle paraissait si sure d’elle, si confiante, à vrai dire, j’aurais voulu être elle. Cela peut paraitre ridicule étant donné que c’était déjà le cas, mais elle avait quelque chose en plus, quelque chose que je n’avais pas et que je voulais. En rentrant dans le compartiment je voyais qu’elle tenait la lanterne dans ses mains. Celle ci scintillait toujours, légèrement.
- T’as réussi à l’allumer, c’est génial!

-  À vrai dire je n’ai pas fais grand chose, elle s’est allumée toute seule.

-  C’est ce que tu crois! Je t’explique, cette lanterne est là pour te guider, quand tu t’égares elle s’éteint, quand t’es sur la bonne voie, elle s’allume. Si elle est allumée c’est grâce à toi et seulement toi! Tu comprends pourquoi c’est génial?

-  Mais...comment tu sais ça?

-  Disons que... je sais tout. Elle me fit un clin d’oeil et alla s’asseoir sur la
chaise.

-  Qu’est ce que tu entends par « je sais tout »? Demandais-je.

-  Te poses pas trop de questions, tu le sauras bien assez vite.
Je sentais son regard posé sur moi. J’allais m’allonger. Elle se balançait sur la chaise tandis que je l’entendais fredonner Hotel California, lentement, je sentais le sommeil m'emporter.
La chute était longue, interminable. En apesanteur, je pouvais ressentir mon corps flotter dans cette immensité. Comme un ange déchu, je tombais du ciel. Un ciel blanc dans lequel tout azur avait déserté. Mes cheveux dansaient au gré du vent, je voyais mon visage, inexpressif. Mon regard vide et ma mâchoire serrée, je savais que la chute serait fatale. Des secondes, des minutes, tels les derniers grains d’un sablier, le temps allait s’écouler. Mon corps accélérait dans sa chute et je sentais à présent le souffle du vent balayer mes cheveux, agressivement. Au son tonitruant de cet impact, tout s’arrêtait enfin.
- Drôle de scène hein? Dit Diana.
Je me réveillais, essoufflée et transpirant par tout les pores de mon corps. Je tentais de reprendre mon souffle et tournais mon regard vers elle.

-  Ce n’était qu’un mauvais rêve, murmurais-je

-  Tu en es sure?
Elle sauta de la table sur laquelle elle était assise, s’approcha de moi et souleva mon chemisier.

- Et ça? C’est quoi alors? Dit-elle un sourcil levé

Je regardais alors mon corps et constata qu’il était recouvert de tache bleues, violacées. Des hématomes recouvraient ma peau.

-  Qu’est ce que c’e... Aïe!! Je criais de douleur en tentent de me relever.

-  Ne bouge pas, tu vas te faire mal! Dit Diana.

-  Mais comment est ce possible? Je dormais, je le sais!

-  Dans ce train, tu l’auras compris, tout arrive. Pour celui qui souhaite apprendre, la douleur fait partie des choses à accepter.

-  Je ne souhaite pas ça, je ne souhaite pas souffrir.

-  Tu souffres déjà trésor. Le tout est de savoir combien de temps tu voudrais
que ça dure. Repose toi, la route est encore longue.
Elle trifouillait dans sa valise et en sorti differents objets, une enceinte, des pinceaux, des livres, une guitare. Je me demandais combien de choses cette valise pouvait contenir.

-  Ah le voila! Dit-elle avec un large sourire.Tiens, je t’ai apporté ça, je me suis
dit que peut-être...

-  Calinours!! Ma peluche! Mais ou l’as-tu trouvé?!
Elle la déposa délicatement sur moi et je sentais mon coeur s’apaiser.
Calinours était un ours brun, il portait une combinaison verte aux imprimés de noël et un tablier, puis un noeud rouge. Je l’avais eu à la fête foraine lorsque j’étais encore bébé. Un homme l’avait gagné à la machine à grappin et m’en avait fait cadeau. Depuis ce jour, je ne l’avais plus jamais quitté. Tout comme moi, il en avait vu des vertes et des pas mures. En rentrant de l’école un jour, je l’avait retrouvé pendu à la tringle du rideau, il avait eu son nez arraché et avait eu la vie dure avec mon frère ainé. Maman avait du le recoudre plus d’une fois, une fois adulte, c’était moi qui prenais soin de le maintenir en vie.
Je trouvais marrant de s’attacher autant aux choses, sentimentalement. Parfois, ne plus voir les choses comme des objets, mais comme une part intégrale de notre vie. Un bijoux de famille, une peluche, pour certain même une voiture. Certaines personnes ont un tel vide à combler, qu’ils le combleront avec tout ce qu’on leur donnera. Pour ma part, c’était lui.
Je me surpris à sourire, j’étais pourtant dans un piteux état, je tournais ma tête et voyais Diana, se balançant encore sur sa chaise Elle me sourit.
Je fermais les yeux pour me reposer lorsque j’entendis un tintement. Je tourna la tête vers le son, il venait de la table, plus précisément, de la lanterne. Elle s’allumait un peu plus. Diana tourna la tête à son tour et sourit d’avantage.

- Tu es sur la bonne voie. Elle me fit un clin d’oeil.

Il était de plus en plus difficile d’estimer le temps que j’avais passé à bord, toutefois, je commençais à m’habituer à la nuit. J’estimais que quelques jours étaient passés, on avait parlé, joué aux échecs, aux cartes et je me remettais lentement de mes blessures. Je pouvais à présent me relever. D’après Diana, le voyage serait encore long. Il me fallait de la patience, beaucoup de patience. Je m’étais assoupie et fut réveillée par un rire, Diana.

- C’est vraiment trop drôle!
Elle était penchée sur la chaise, les jambes allongées et croisées sur la table.

-  Quoi donc? Répondais-je en me redressant sur la banquette.

-  Ces lettres, enfin, ces pages, de notre journal, ça faisait longtemps que je
n’avait pas relu ça.

-  Tu ne devrais pas...

-  Non mais attends, sérieux, écoute ça « aujourd’hui j’ai chanté devant Sarah
et Ashvini, elles ont pleuré. Je sais que je chante bien mais franchement de la
à pleurer, ça m’a grave touché »

Je rigolais avec elle, elle ajouta

-  Non mais franchement, pleurer oui il y avait probablement de quoi, mais je
pense pas que c’était l’émotion.

-  Je pense pas non plus, dis-je en riant

-  Attends, attends, écoute celle là « Ryan m’a encore humiliée, c’est le nouvel
an, toute la famille est à la maison et tous les cousins sont dans la chambre de mes frères, il m’a interdit d’entrer. Je suis seule dans ma chambre alors qu’ils s’amusent tous là bas, sans moi... ». Elle riait à s’en tordre les côtes. Je la regardais sceptique.

-  Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là dedans. C’est plutôt triste...

-  Oh je t’en prie! C’est minable d’écrire ça, on avait qu’à y aller et lui dire d’aller se faire foutre, ou mieux, tout dire à papa et le laisser régler ça avec lui, il aurait passé un sale quart d’heure. En tout cas moi c’est ce que j’aurais
fait, je ne serais pas restée comme ça à pleurer seule dans ma chambre!

-  Mais...tu n’as rien fait, tu étais là, tu te souviens? Tu es moi, je suis toi.

-  Ma chérie « ça », c’est pas moi.
Je la regardais sourcils levés, qu’est ce qu’elle entendait par là? Je ne comprenais plus rien, peut-être étais-je trop fatiguée mais, je n’appréciais pas qu’elle se moque de moi, de nous. Je ne trouvais pas ça drôle, c’était un souvenir douloureux.
Elle continua:
- « J’ai un abcès à la gencive ça me fait super mal, papa m’a amené chez un dentiste qui reçoit les patients au beau milieu de son salon. Elle a essayé d’ouvrir l’abcès avec une lame de rasoir, j’ai eu très peur, j’ai pleuré et papa a menacé de me frapper si je ne me laissais pas faire » elle riait à pleine dent et enchaina « je n’arrivais pas à arrêter de pleurer la dentiste a refusé de continuer, papa m’a frappé ». C’est vraiment hilarant!

-  Qu’on ai été frappé? Ça te fait sérieusement rire? C’est quoi ton problème?

-  Un problème? J’ai pas de problème moi, c’est toi qui en a visiblement. Elle
secoua le paquet de feuilles devant son visage.

-  Arrête de te moquer! Ça suffit!

-  J’essaye, j’essaye, mais vraiment j’ai du mal, un dentiste clandestin qui voulait nous ouvrir
la bouche à coups de lame! Elle ne cessait de rire.

Je ne supportais pas qu’elle se moque de nous de la sorte. Ces événements étaient loin d’être drôle, ils étaient traumatisants et je ne souhaitais pas qu’on les minimise.

-  Arrête je te dis! Stop! Ça ne me fait pas rire!

-  Oulala, Madame s’énerve.. il vaudrait peut-être mieux pour moi que j’arrête...
mais je ne sais pas si j’y arriverais.

-  Il vaudrait mieux pour toi que tu y arrives. Dis-je.

-  Ah? Sinon?

-  Sinon...sinon je vais... m’énerver.

-  Pffffffffff!!!! Elle explosa de rire.
Je la regardais, d’un regard noir. La colère montait en moi jusqu’à ne plus pouvoir la contenir. Sans réfléchir davantage je bondis de mon lit et l’agrippa par le col de son chemisier.

- TU ARRÊTES!! TU ARRÊTES J’AI DIT!!! Hurlais-je Elle me regardait, d’un regard vide, un sourire en coin.

-  Ben vas-y, énerves toi, je te regarde.

-  Ne me pousse pas à bout Nadi... Diana.
Je relâchais son col. Son sourire avait disparu, elle me regardait droit dans les yeux et je sentais le sang me monter à la tête. J’était rouge de rage. Dans un geste désinvolte, elle leva son doigt devant son visage et me poussa légèrement l’épaule. Dans la seconde qui suivait, je lui bondissais dessus et lui envoya mon poing droit dans le visage. Ma côte, encore fragiles, me faisait atrocement souffrir et je savais déjà que je regretterai la tournure que prenaient les choses. Son visage vola en arrière. Du sang coula de son nez. Elle se redressa doucement, l’essuya et me lança un regard qui me glaça le sang.

- Bien, si c’est ce que tu souhaites...
Elle se jeta sur moi et me mit un coup, puis un deuxième, je sentis mon nez se briser. Je recula, tomba sur la banquette et tenta de la repousser avec mes bras et mes jambes. Comme une pluie torrentielle, les coups s’abattaient sur mon corps. Je ne me débattais plus. J’étais à présent paralysée par la douleur. Au bout de ce qui me parut une éternité, elle s’arrêta, et dit:
- Maintenant, tu peux pleurer.
Je sentais mes paupière gonflées se refermer lentement, des fourmillements m’envahirent. Des extrémités, ils remontaient tout le long de mon corps. Un vertige s’empara de moi et doucement, je perdais connaissance.

J’étais assise face à ma coiffeuse, je me regardais dans le miroir et me brossais les cheveux. Je posa la brosse et pris le temps d’observer mon reflet. Je déposa la main sur la vitre puis, me leva et partis. Toutefois, mon reflet restait là, sa main se posa de l’autre coté de la glace et me cherchait. Je m’en étais allée.

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