10. Les pieds dans l’eau - Billie
I'ma say all the words inside my head
I'm fired up and tired of the way that things have been, oh-ooh
…
Don't you tell me what you think that I could be
I'm the one at the sail, I'm the master of my sea, oh-ooh
Je vais dire tout ce que j’ai en tête
Je suis remonté et fatigué de la façon dont les choses se sont passées, oh-ooh
…
Ne me dis pas ce que tu penses que je pourrais être
C’est moi qui tiens la barre, je suis le maitre de ma mer, oh-ooh
Imagine Dragons - Believer
Samedi 17 juillet 2021
Le soleil est de retour, je vais enfin pouvoir retourner à la plage !
Ces derniers jours, j’ai fait beaucoup de couture. Je n’ai toujours pas trouvé l’idée pour le concours, mais petit à petit, je reprends plaisir à dessiner des croquis et à confectionner des modèles.
Aujourd’hui, je suis contente de pouvoir retrouver la forêt, la plage, Kloé, Ulysse… et Samira.
Comme tous les matins, je rejoins ma mère au restaurant pour prendre mon petit déjeuner avec elle. J’aime bien ce petit moment. Je lui montre mes nouveaux croquis, ses retours sont encourageants. Quant à mon père, je l’ai à peine croisé, ce qui n’est pas plus mal. Lorsque ça arrive, il m’adresse à peine la parole et ça me noue le ventre. Il va bien falloir qu’on reparle de mon avenir, mais actuellement, je n’ai pas l’énergie pour le confronter.
En quittant le restaurant, je croise Milo. Après m’avoir saluée, il jette un œil suspicieux autour de nous, puis se rapproche.
— Est-ce que tu as revu ta mystérieuse amie ? me demande-t-il sur le ton de la confidence.
— Non, elle est très discrète, mais elle vient manger les fruits que je dépose pour elle sur le bord de la fenêtre. J’ai fait quelques recherches, et je pense que c’est une martre des pins, expliquè-je. C’est de la même famille que la fouine ou la belette !
— Oui, enfin… ça c’est ce qu’elle essaye de nous faire croire ! Mais… on sait !
Je ne peux m’empêcher de sourire devant son air sérieux. Il est tout mignon.
— … reste méfiante, c’est peut-être une vilaine fée qui tente de t’entrainer dans un piège !
— C’est noté. Je resterai sur mes gardes.
Milo et Kloé ont de la chance, moi aussi, j’aimerais encore croire aux fées. Une petite dose de merveilleux serait la bienvenue dans ma vie.
Lorsque j’ai fait mon coming-out à Kloé, elle m’a confié que, pour elle, le genre n’avait pas d’importance. Puis, elle a ajouté sur le ton de la confidence que c’était courant chez les fées.
Kloé est une ondine, ou tout du moins, c’est ce qu’elle dit. Je me suis souvent interrogé sur ses paroles. Le mystère de ses cheveux bleus naturels. Là aussi j’aimerais y croire, mais j’ai une petite voix au fond de moi qui m’agace à me répéter que ça n’existe pas. Je garde néanmoins mes doutes pour moi, je ne vois pas l’intérêt de la contredire. C’est important pour elle et ça la blesserait. Elle me fait confiance, je dois être à la hauteur.
De plus, on m’a trop souvent dit comment je devrais être, alors que chacun et chacune devrait pouvoir être qui il veut. Elle a le droit de vivre ses rêves. Ça la rend heureuse et ne fait de mal à personne.
En traversant le parc du domaine, je remarque une petite fille assise au pied d’un arbre. Elle porte une robe noire avec de fines dentelles blanches, de longs cheveux sombres tombent sur ses épaules, son visage est caché par un livre bien trop gros pour elle. Il n’y a aucun adulte aux environs. Seule dans son monde. Je me revois à son âge, j’adorais lire, je dévorais les pages. J’adorais me promener dans des mondes imaginaires, rencontrer des personnages extraordinaires. Ça fait longtemps que je ne lis plus, c’est triste. À quel moment est-ce que j’ai arrêté de rêver ? Je devrais m’y remettre.
Avec toute la pluie des derniers jours, les arbres semblent encore plus verts, et les odeurs de la forêt ressortent. De la mousse est apparue à certains endroits, je m’arrête pour l’observer, puis la caresse du bout des doigts, c’est tellement doux. Le lac est d’un magnifique bleu.
Lorsque j’arrive sur la plage, Kloé est en train d’ouvrir la cabane des maitres nageurs. Je me précipite sur elle pour l’enlacer.
— Ma petite fée ! Tu m’as manquée !
Elle rit, puis m’observe avec attention.
— Meuf, ça va ? demande-t-elle.
— Oui ! Je suis contente de te voir !
À son tour, elle me serre avec force. Je pose ma tête sur son épaule.
— Je suis désolée, murmurè-je.
— Stop ! Tu l’as déjà dit, c’est oublié !
Elle me regarde avec insistance, j’acquiesce sagement.
— Ça va ? C’était pas trop chiant avec toute cette pluie ?
— Comme on était bloqués ici, on a fait du ménage et du rangement. Ainsi qu’une vérification détaillée de toutes les trousses de secours, mais ça ne nous a pas pris plus d’une demi-journée. Du coup, j’ai organisé un tournoi de poker avec les moniteurs de l’école de voile, et je les ai dépouillés !
Elle fait une petite danse de la victoire en riant.
— Tiens, j’ai fait ça pour toi.
Je sors le paquet de mon sac et le lui tends. Elle déchire le papier avec entrain.
— Un sac de plage ! Il est magnifique ! Les poissons sont trop kiki ! Et y’a plein de poches ! Trop trop bien !
Le tissu est bleu avec des petits poissons blancs. Elle l’examine sous toutes les coutures, puis le met en bandoulière sur son épaule. Elle est en train de défiler en se déhanchant lorsque son collègue arrive. Il secoue la tête, consterné, puis entre dans le cabanon. Kloé est hilare.
— Ça ira mieux quand il aura pris son café.
Elle m’attrape et claque un gros baiser sur ma joue. Puis, elle me serre contre elle, tout en sautillant. Je ne sais pas d’où elle tire son énergie et sa bonne humeur, mais ça fait du bien.
— Merci, il est top ! Je l’adore !
Une silhouette colorée s’avance sur la plage, la belle Samira. Je lui fais signe de nous rejoindre. Ses cheveux sont remontés sur le haut de son crâne, en un chignon flou, et des mèches encadrent parfaitement son visage. Elle porte une salopette short avec des motifs de pastèque et des boucles d’oreille assorties ! J’adore !
— Toi, tu veux te faire croquer, lui dit Kloé en l’accueillant.
— Je suis rafraichissante ! lui répond-elle, amusée.
— Très ! ajoutè-je.
Kloé me fait une bise.
— Je vous abandonne. Je vais aller vérifier si mon collègue est toujours en vie, je l’entends plus ronchonner, ça m’inquiète ! À plus ! Et encore merci !
Elle s’éloigne en sautillant, son sac sur l’épaule.
— Tu bosses aujourd’hui ? demandè-je à Samira.
— Oui, mais j’ai un peu de temps avant le service. Pour… profiter de la plage !
— Cool ! J’allais faire quelques exercices de yoga, tu veux m’accompagner ?
Elle écarquille les yeux, puis me fixe, hésitante.
— J’y connais rien, je veux pas te déranger.
— C’est moi qui te propose ! Mais faut pas te sentir obligée, on peut aussi faire autre chose.
Elle se mordille la lèvre inférieure et un large sourire apparait.
— Ok pour le yoga !
Nous installons nos serviettes côte à côte sur le ponton en bois au-dessus de l’eau.
— C’est vraiment beau, souffle Samira en admirant le lac.
— Oui, et c’est encore mieux à cette heure-ci. Quand il n’y a personne.
Après quelques minutes de contemplation, elle se tourne vers moi avec un grand sourire.
— Comment je dois me placer ? demande-t-elle.
— Débout au milieu de ta serviette, c’est parfait. On va commencer par une salutation au soleil.
Samira pouffe de rire, puis se reprend.
— C’est un vrai truc ? Pardon… je croyais que tu blaguais !
— Oui, c’est un vrai… truc !
— Je suis désolée.
Ses joues rougissent légèrement, elle est adorable.
— Non, mais ne t’inquiète pas, c’est autorisé de rire, la rassurè-je ! Et je suis plus amusée que vexée.
Sa bouche se pince, mais son regard pétille de malice.
— Allons saluer le soleil ! annonce-t-elle.
Elle se passe les doigts sur les lèvres comme pour zipper sa bouche, mais son sourire est toujours là et il est contagieux.
La séance est très différente de celles que je fais habituellement. Déjà parce que je ne suis pas concentrée uniquement sur moi. Samira s’applique, mais continue de commenter tous les mouvements. Ce qui nous vaut plusieurs éclats de rire.
— Merci, c’était très cool, me dit-elle à la fin de la séance. Je savais pas que c’était…
elle cherche ses mots.
— … Je sais pas l’expliquer, mais j’ai passé un bon moment.
— Moi aussi !
— J’ai bien aimé la posture de guerrier. Ça va te sembler idiot, mais je me suis sentie puissante !
— C’est pas idiot du tout. Le yoga fait du bien au corps et à la tête. Perso, ça m’aide à gérer mes émotions.
Elle acquiesce avec sérieux.
— Si tu veux, la prochaine fois, je te montrerai la posture du bébé heureux.
Elle éclate d’un rire joyeux.
— J’ai hâte ! Tu fais ça depuis longtemps ?
— Non, j’ai commencé cette année. J’ai accompagné ma tante à un cours, pour lui faire plaisir et finalement, ça m’a bien plu. Et l’idéal après une petite séance, c’est de se baigner. Ça te dit ?
Elle se mordille, de nouveau, la lèvre inférieure et secoue la tête.
— J’aurais adoré, mais je risque d’être en retard pour le boulot. Et en plus, j’ai pas de maillot.
— Dommage. La prochaine fois ?
— Oui, avec plaisir.
Au moment de la pause déjeuner de Kloé, on est allés chercher des paninis au Lac à frites. Il y avait un monde fou, toutes les tables étaient prises et Samira et Ulysse étaient trop occupés pour qu’on puisse profiter de leur compagnie. Du coup, nous sommes retournées à la plage et je lui ai tenu compagnie jusqu’à ce qu’elle reprenne le boulot.
En rentrant, je fais un détour. Je m’enfonce un peu plus dans la forêt et grimpe dans les hauteurs, au calme, loin des touristes. Pourtant, j’ai l’étrange sensation de ne pas être seule.
Assise sur un rocher, je prends le temps d’admirer le magnifique point de vue. Sur le lac, les voiliers ne sont plus que des petits points blancs. De l’autre côté, j’aperçois le domaine.
Je ferme les yeux quelques instants, pour écouter la forêt. En les rouvrant, je découvre ma mystérieuse amie au milieu du chemin. Son long corps fin, dressé sur ses pattes arrière. On s’observe sans oser bouger.
— C’est donc toi, ma petite voleuse de cerises. Tu es tellement jolie !
Son pelage est brun chocolat, le bout de ses pattes et sa queue sont plus foncés. Dans le cou, elle a une grosse tache couleur crème. On a l’impression qu’elle porte une collerette en dentelles.
— Tu es très élégante !
Elle penche la tête sur le côté, puis fait quelques pas vers moi. Elle sautille au milieu des feuilles sans faire de bruit. Elle dresse son adorable museau noir pour humer l’air, ce qui me fait rire.
— Oh, tu as cru que j’allais te donner à manger ? Je suis désolée, là, je n’ai rien ! Mais on se retrouve plus tard chez moi, tu connais le chemin !
Elle pousse un petit couinement aigu, saute plus loin et disparait dans la forêt.
En rentrant au domaine, je passe par les cuisines pour y récupérer les fruits abimés. Une fois dans ma chambre, j’ai à peine le temps d’ouvrir la fenêtre que la martre bondit à l’intérieur et lâche un truc grouillant sur mon tapis. Toute une famille de vers de terre qui a l’air plutôt mal en point.
Elle tourne autour joyeusement, puis, d’un coup de patte, elle pousse les vers dans ma direction.
— Euh… si c’est un cadeau, c’est très gentil, enfin, j’imagine… mais je ne mange pas ça !
Elle penche la tête, puis les gobe. Elle fait le tour de la pièce en faisant de petits bonds, puis revient vers moi. Elle s’aplatit comme un chat, les pattes avant allongées sur le sol et l’arrière en l’air.
— Tu veux jouer ? Tu es beaucoup moins timide !
Je sors le sachet en papier qui contient les fruits, puis pose sur le parquet une cerise et quelques grains de raisin blanc. Elle se précipite sur la cerise, donne un coup de patte dedans, la faisant rouler plus loin, elle fait une roulade, puis la mange.
J’applaudis.
— Définitivement, tu préfères les cerises. Je vais t’appeler comme ça. Qu’est-ce que tu en penses ?
Des éclats de voix résonnent au loin, et mon amie disparait en un éclair.
Je passe le reste de l’après-midi à fouiner dans mes affaires du lycée, à la recherche de l’article de Samira, mais impossible de remettre la main dessus. Ses mots m’avaient rendue tellement fière. Comment j’ai pu passer à côté d’elle sans la remarquer ?
Dans mes recherches, je suis tombée sur mes anciens agendas. Ils sont tous remplis de citations, et de petits mots et dessins de Kloé. Tout ça me rend étrangement nostalgique. Pourtant, J’ai détesté le lycée. Je n’avais qu’une hâte partir d’ici et pouvoir me consacrer à ma passion.
Pourtant, en regardant nos photos avec Kloé, cela me rappelle tant de bons moments.
Billie : vous faites quoi ce soir ?
Kloé : rien, pourquoi ?
Billie : je viens de vérifier le planning du domaine et…
Billie : le jacuzzi est libre !
Billie : si jamais ça vous dit
Kloé : soirée bubulles et papotes OKLM !
Ulysse : mais non !
Ulysse : pourquoi ce soir ? c’est le seul jour où je suis pris
Kloé : ohoh un petit rendez-vous… et tu nous disais rien ?
Ulysse : mais non, rien de ce genre là
Ulysse : je vais diner chez Ali et Samira
Billie : on aura d’autres occasions
Billie : c’est cool aussi comme soirée !
Ulysse : oui
Ulysse : j’ai un peu le trac
Kloé : pourquoi le trac ? Tu n’as rien à prouver
Ulysse : ok, c’est peut être pas le bon mot
Ulysse : je suis intimidé
Ulysse : c’est des bons souvenirs d’enfance, mais ça fait tellement longtemps
Ulysse : et si j’étais déçu
Ulysse : et si on avait rien à se dire ?
Kloé : et si ça se passait bien ?
Billie : Ali et Samira ont l’air très sympas
Ulysse : oui, ils le sont, et leurs parents aussi
Billie : alors ça va bien se passer !
Kloé : au pire, si y’a un malaise, tu te sauves et tu viens buller avec nous
Ulysse : ça marche !
Ulysse : ??
***
Kloé et moi descendons dans les sous-sols de l’hôtel pour rejoindre « Le chalet ». Le nom ne fait sens que lorsqu’on est à l’intérieur. Il y a trois ans, mes parents ont fait installer ce petit havre de paix dans une ancienne cave.
Les murs, le sol, mais également le plafond sont recouverts de bois. Une fausse fenêtre nous offre une vue sur une montagne enneigée. On se croirait plus haut dans la montagne.
— Est-ce que je mets en marche le sauna ? demandè-je.
— Tu veux ma mort ? Jamais tu me feras entrer là-dedans ! Je suis une créature de l’eau.
— Tu veux pas tenter la version petite fée lyophilisée !
— Nan, je préfère les bulles.
J’ai à peine le temps de prendre les serviettes de bain dans le placard, que Kloé est déjà en maillot et se précipite dans le jacuzzi.
— Voilà, dit-elle dans un soupir de plaisir. Ça, c’est le bonheur !
Après avoir activé le programme qui alterne jets massants et bulles, je me glisse à ses côtés. L’eau est à la parfaite température. La tête posée en arrière, je ferme les yeux et savoure le moment.
Je souris en entendant la porte s’ouvrir et rouvre les yeux pour observer Kloé.
— Service spécial ! annonce une voix masculine.
Milo s’avance, un grand plateau entre les mains, avec les cocktails que j’ai commandés. Mon amie est bouche bée. Il dépose les verres sur le bord du jacuzzi.
— Un Mojito et une Pina Colada. Et une planche dégustation, charcuterie et fromage.
— Merci beaucoup, dis-je. C’est parfait !
— Hum… je crois qu’il manque quelque chose ! s’exclame Kloé.
— Vraiment ? Je suis désolé, s’excuse-t-il. Qu’est-ce que je peux vous apporter pour vous satisfaire ?
— Ton maillot de bain, lui dit-elle avec un grand sourire. Tu nous rejoins ?
Une lueur s’allume dans le regard de Milo, mais il secoue la tête.
— Cela aurait été avec plaisir, mais je n’ai pas terminé mon service.
— Dommage… lui répond Kloé d’une voix trainante, tout en le dévorant des yeux.
— Une autre fois ? tente-t-il.
— Peut-être, s’amuse-t-elle en portant le verre à ses lèvres.
Il nous salue et repart.
— J’aurai jamais pensé trouver un uniforme sexy ! s’exclame-t-elle.
— C’est vraiment l’uniforme que tu trouves sexy ? Ou Milo ?
— Disons que ça lui va super bien !
— Il est aussi très sympa. Et… il s’intéresse aux fées !
— Tu lui as dit ? s’inquiète-t-elle.
— Pour toi ? Non, bien sûr que non ! Je ne me serai pas permise. Je parle d’une autre de mes amies fées.
— Comment ça ? Je ne suis pas la seule ?
Je ris doucement, puis lui raconte mes rencontres avec Cerise.
— Tu crois que ça pourrait être une fée ? lui demandè-je.
— C’est possible, il y en a partout, mais vous, les humains, vous ne voyez rien.
Elle affiche un sourire triste.
— … d’un autre côté, c’est peut-être pas plus mal. Et du coup, que vient faire Milo dans cette histoire ?
— Le soir du 14 juillet, on a croisé Cerise dans la forêt. Je lui ai montré le cadeau qu’elle m’avait apporté et il a affirmé que c’était une pierre de fée.
— Et tu m’en parles que maintenant ?
— Désolée…
Je me sens un peu bête, j’aurais dû savoir que ça serait important pour elle.
— J’ai laissé la pierre dans ma chambre, je te la montre tout à l’heure.
Elle hoche la tête, songeuse.
— Et donc Milo a l’air de s’y connaitre sur le petit peuple.
— Oui oui, ça a l’air de beaucoup l’intéresser, même s’il m’a dit de me méfier.
— Quoi ? proteste aussitôt Kloé. Mais pourquoi ? La plupart des fées aiment s’amuser, mais elles ne sont pas méchantes ! Va falloir qu’on ait une explication lui et moi !
Je pensais la faire sourire, c’est loupé. Heureusement, Kloé ne reste jamais contrariée très longtemps.
J’attrape mon téléphone.
— Ulysse n’a donné aucun signe de vie, ça doit bien se passer.
— Oui, et sinon, il sait où nous trouver. On va le narguer, propose-t-elle.
On lui envoie une photo de nous deux dans le jacuzzi, cocktail à la main.
— Et sinon, t’as pu parler à tes parents ? me demande mon amie. À propos de tes études ?
— Oui, oui… ils sont contents pour moi.
Je sens son regard sur moi, et en rouvrant les yeux, effectivement, elle me fixe. Un nœud se forme dans mon ventre. Je secoue la tête.
— … en fait c’est pas si simple… mon père veut que je reprenne le domaine.
Elle fronce légèrement les sourcils.
— Mais… tu veux dire, après tes études ?
— Non, dès septembre. Il veut commencer à me former cet été pour que je le seconde. Il pense que mes études ne servent à rien.
Elle laisse échapper un petit sifflement.
— Ah ouais, carrément… mais toi, tu veux quoi ?
Je pousse un long soupir las.
— Le domaine est magnifique, travailler ici, c’est une opportunité…
— C’est pas la question, me coupe Kloé. De quoi tu rêves ?
— De créer des tenues et de les voir portées.
Elle sourit tout en acquiesçant.
— Et puis, j’ai toujours vécu ici, j’ai besoin de m’échapper, d’autre chose, de vivre ma vie.
— Connaissant ton père, j’imagine à quel point ça doit être compliqué de lui tenir tête. Mais tu ne dois pas lâcher.
À mon tour d’acquiescer avec sérieux.
— Pourquoi tu m’as rien dit ? me demande-t-elle.
— Je voulais pas t’embêter… ni paraitre… nulle.
Elle m’envoie de l’eau.
— T’es pas nulle du tout ! Enfin, si… un peu, me taquine-t-elle. Mais uniquement parce que tu veux garder tes problèmes pour toi. Meuf, je suis là ! Même si, égoïstement, moi aussi, j’avais espéré que tu restes dans le coin. Tu me manques.
— Ça te dirait de venir passer quelques jours à Paris avec moi ? Faut que j’en parle à ma tante bien sûr, mais je pense qu’elle sera d’accord. Elle est très cool. Ma chambre est petite, mon lit aussi, mais…
— Oui ! Quand ?
Je ris devant son enthousiasme.
— Aux prochaines vacances. Et toi aussi, tu m’as manqué !
Je laisse échapper un long soupir avant de reprendre.
— Tu avais raison la dernière fois.
— Quand ? Parce que j’ai souvent raison, du coup, je ne sais pas de quoi tu parles.
On rit.
— Sur le fait que j’ai changé. Moi-même, parfois, je ne me reconnais plus. Y’a un autre… sujet sur lequel je t’ai pas tout dit.
Je me mordille la lèvre et cherche comment en parler.
— Laisse-moi deviner. C’est à propos de Charlotte ? me demande-t-elle gentiment.
— Comment tu sais ?
Elle hausse les épaules.
— T’es ma meilleure amie, je vois bien qu’il y a un truc qui cloche. J’ai essayé de t’en parler, mais à chaque fois, tu as esquivé le sujet, ou tu t’es braquée.
— Pardon, je suis nulle comme amie. Je me suis persuadée que personne ne pouvait comprendre ce qu’on vivait, elle et moi. Mais maintenant je réalise que je ne voulais pas voir le problème. Je me suis totalement inventé une vie.
— Tu as envie de me raconter ?
— Oui, mais ce n’est pas facile. Si tu savais comme j’ai honte…
Elle se rapproche et passe son bras autour de mes épaules.
— C’est comme tu veux, c’est toi qui décides ! Mais sache que je ne te jugerai pas.
Les premiers mots sont les plus difficiles, puis je me laisse embarquer dans le flot. Je déballe tout : les espoirs, les longs silences, le double jeu, les mensonges, les séparations. À la fin, les larmes coulent sur mes joues, mais je me sens libérée d’un poids.
— … je ne veux plus courir après une chimère.
— Je comprends, me dit Kloé en me câlinant. Et je suis tellement désolée que tu sois tombée sur une connasse pareille !
— C’est terminé ! dis-je, déterminée.
Je ne me ferai plus avoir.
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Amies lecteurices, bonjour,
Désolée pour cette longue absence, je suis de retour avec Sam et Billie ♥

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