Chapitre 1 et 2

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Helena. Je m’appelle Helena. Même s’il n’a rien de très britannique, ce prénom s’est imposé, pour mes parents, comme une évidence. Je suis née à Londres, il y a quarante-cinq ans, dans le quartier de Bloomsbury, où je vis encore aujourd’hui. J’ai grandi entourée de livres, véritable trésor de notre maison, explorant sans cesse des mondes et des idées. Nos repas entre amis étaient souvent des joutes verbales, où les discussions s’enchaînaient, se déchaînaient avec passion. C’est dans cette effervescence que j’ai forgé mon esprit.

Mes parents, bien que modestes, ont toujours eu cette curiosité insatiable, dépassant le cadre de la lecture. Ils fréquentaient autant que possible les théâtres, les salles de spectacle, mais surtout les salles obscures. C’est d’ailleurs à l’une d’entre elles que je dois ma naissance : le Ciné Lumière fut le théâtre de leur rencontre. Mon prénom est, quant à lui, un clin d’œil à cette actrice qu’ils admiraient tant.

C’est dans cette atmosphère que j’ai grandi, bercée par les histoires, avalant romans et sagas, parfois jusqu’au bout de la nuit, incapable de refermer mon livre, les yeux accrochés aux pages, avant d’en connaître l’épilogue.

Aujourd’hui, je travaille comme cheffe de projet éditorial, un métier qui me fait souvent voyager. Mais chaque retour est un plaisir renouvelé. J’aime cette ville pour son cosmopolitisme, sa richesse culturelle, son excentricité bien sûr, mais aussi pour ses parcs.

Hyde Park, en cette saison, offre un spectacle fascinant. Assise près de la Serpentine, j’aime observer, avec une attention presque contemplative, le tumulte suffocant de ceux qui courent — après le métro, après les enfants, après… la vie. Et dans ce chaos frénétique, j’imagine leurs histoires, les tisse comme un scénario qui se déroule devant moi.

De tous ces livres, de toutes ces aventures, j’ai sans nul doute nourri et exacerbé ma faculté à imaginer, à créer des vies, des trajectoires, des rêves qui ne m’appartiennent pas, mais que je façonne au gré de mes envies.

D’intrigues surprenantes en scénarios extravagants, qui n’a jamais envisagé, secrètement, une rencontre inattendue, improbable… comme une sorte de rendez-vous.

Chapitre 2

Jacob. Je m’appelle Jacob. Je suis né à Londres il y a trente-cinq ans. Anonyme parmi les anonymes, j’ai toujours été convaincu que je ferais de ma vie quelque chose de grand.

Depuis l’enfance, le cinéma me fascine — ce monde sans frontières, où tout est possible, où l’espace et le temps s’effacent, laissant place à des héros invincibles. Je voulais en être un.

Mes parents n’ont jamais nourri de véritable intérêt pour le septième art, mais moi, il me faisait rêver. Maman m’y emmenait quand elle le pouvait. Et lorsque, du haut de mes trois pommes, j’affirmais avec ferveur qu’un jour j’incarnerais l’un d’entre eux, ils s’en amusaient.

Hyde Park. Ses allées, ses bancs usés. C’est là que je m’inventais des histoires.

Sous les vieux bancs de bois, j’observais l’armée des arbres-orques. Leur ombre, balayée par le vent glacé de l’automne, les rendait menaçants. Mais le héros que j’étais n’avait peur de rien. Armé de l’arc que papa m’avait offert, je me préparais à tous les décimer, un à un. À mes côtés, les écureuils, valeureux et fidèles alliés.

Des histoires, je m’en suis inventé des centaines. Jusqu’au jour où tout a basculé.

L’annonce est parue dans les journaux : cela allait être un casting exceptionnel. Un jeune garçon recherché pour l’un des rôles principaux.

Je le voulais. Plus que tout au monde. J’ai supplié maman, j’ai tellement insisté qu’elle a fini par m’y inscrire. Et le rêve allait devenir réalité.

Dix années ont filé sans que je les voie passer. Une décennie d’effervescence, de tournages enchaînés, de récompenses célébrées sous des projecteurs qui ne s’éteignent jamais vraiment. Tout est mouvement, tout est vitesse.

Je me suis laissé porter. Adulé, acclamé. Devenu une figure familière pour une génération, je suis le reflet d’une illusion soigneusement entretenue, une succession de rôles applaudis.

Et pourtant… Il y a cet étrange vide.

Je rêvais toujours de cinéma, bien sûr. Mais je rêvais de quelque chose de plus vaste, plus profond — un appel intérieur que je ne savais nommer.

Il m’arrivait souvent, au cœur de la foule, de chercher du regard un signe, une révélation. Comme si, sans le savoir, j’avais rendez-vous.

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