Séparation
Lui
Aujourd’hui, je m’en vais.
J’ai pris le temps de faire le tour du jardin ; le printemps arrive et le voilà reverdi.
L’hiver est passé sur les longs chemins moroses de pluie.
Les douves se sont éclairées, peu à peu, des impasses aux grands prés.
Et aujourd’hui, je m’en vais.
Elle
Qui marche dans mon jardin, silhouette grave et tassée ?
Je reconnais cette vieille connaissance, mélancolique réminiscence du passé.
Un éclair parmi d’autres dans les ciels orageux de mon existence.
Des impasses aux grands prés, la lumière est retrouvée.
Alors, qui marche dans mon jardin, silhouette grave et tassée ?
Lui
Son jardin fleurit les fruits d’un océan de chagrins, et mûrit des heures plus douces à venir.
Ancrée dans le calme, elle m’observe depuis le seuil ensoleillé de son quotidien.
Ridée comme un lac où, palmes nageant sous la surface, cent cygnes se pavanent.
Son chemin bucolique ouvre sur un pré où le printemps est arrivé.
Elle
Qui marchait dans mon jardin, au printemps venu ?
Le grincement coutumier du portail, et je le salue comme un vieil ami qui prend congé :
Après l’ultime accolade : un sourire confiant et un geste de la main.
Sur mon visage le contentement de le voir partir, dans mon cœur la certitude de le retrouver à l’avenir.
Qui marchait dans mon jardin, au printemps venu ?
Réponse :
L’obscure parenthèse du changement dans une vie,
La solitude d’un hiver indicible niché dans la nécessité de grandir.
J’ai appris bravement à arpenter les longs chemins moroses de pluie,
Pour toujours vivre, croître et fleurir.

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