Chapitre 1

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Deux ans auparavant

Le ciel paraît lourd, chargé de nuages noirs et accompagnés par un orage menaçant.

Debout devant une tombe dont la pierre luisait sous l'effet de la pluie, je me recueille en silence. Ma mère se tient à côté de moi. Je sens ses doigts qui se crispent sur la manche du chemisier qui dépasse de mon manteau en laine ; ses ongles pincent ma peau à travers le tissu. C'est douloureux mais je ne dis rien. Je pose délicatement ma main sur la sienne sans détourner les yeux de la pierre tombale à nos pieds.

J'ai encore un peu de répit, mais demain les choses seront bien différentes. Je devrai prépaper mes bagages et partir vers l'est, là où — selon ma mère — un avenir me tend les bras.

Mais quel avenir ? Que pourrait-il bien y avoir pour moi en dehors de ces terres désertes et humides où le vent nous agresse constamment ; en dehors du soleil froid qui nous aveugle ou de la pluie battante qui inonde nos coeurs à chaque tempête ?

Je viens de perdre mon père mais la voie qu'il m'a tracé avant cela semble bien vivante, elle. Tout comme ma mère qui s'acharne à reprendre la flambeau afin de s'assurer que je fasse honneur à mon rang. A mon sang.

Evidemment, vingt ans, c'est jeune pour savoir où l'on veut aller. Est-ce pourtant une raison valable pour se voir occire le droit de faire ses propres choix ?

Cesse tes caprices, Dahlia. Ou tu finiras comme cette vieille Isolde Crane. Seule et détestable.

Dieu, que je hais la place qu'on m'a donné à la naissance. Mais qui sui-je pour me plaindre ? J'ai tout alors que d'autres n'ont même pas de quoi se nourrir.

Seulement, de tout ce que je possède, il n'y a que la liberté qui me manque. Ici, je me sens comme un oiseau en cage.

Je repense à cette destination prévue.

Peut-être les choses seront-elles meilleures là-bas ?

Ma mère me tape sur le coude.

— Il est temps de rentrer.

— Je reste encore un peu, mère.

— Ne t'attarde pas trop. Il y a encore beaucoup à faire avant ton départ.

— Bien, mère.

Libre. Que je voudrais être libre.

***

Les ballotements du carrosse me berce doucement. Les yeux rivés sur le paysage, je pense à ma destination. Et à ce que je laisse derrière moi. Les mains jointes posées sur les genoux, je prie pour retrouver un souffle de vie à la cour du Roi.

J'observe le paysage par la vitre du carrosse. Ma lande natale est bien loin derrière nous à présent.

Elle va bien me manquer.

Je ne sais pas trop à quoi m'attendre dans ce nouveau royaume. J'imagine simplement un grand château fait de pierres blanches et d'ardoises noires ; plusieurs tours très hautes — si hautes qu'elles pourraient toucher les nuages — de belles fenêtres aux vitres colorées. Et des jardins, tellement vastes que je pourrais m'y perdre.

L'appréhension me gagne lentement bien que cela fait déjà plusieurs heures que je voyage. Une boule se forme au creux de mon ventre et n'en sortira sans doute pas.

Une des roues du carrosse bute sur un caillou. Je sors brutalement de ma rêverie. Les plaines et prairies ont, depuis peu, laissées place à une forêt sombre. Le cocher fait accélérer la calèche d’un coup de fouet.

Je passe la tête par la petite fenêtre, inspirant l’air à pleins poumons. Quelques mèches brunes s’échappent de mon bonnet en velours.

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