Chapitre 3
La gendarmerie de Pont-de-Montvert semblait plus petite depuis que l’affaire avait pris de l’ampleur. Les néons grésillaient toujours, mais l’air portait désormais une odeur de café froid et de dossiers empilés. Dix jours s’étaient écoulés depuis le mail du légiste et la suggestion CRISPR‑9. L’analyse était en cours à Lyon ; on parlait de trois à quatre semaines avant un premier retour fiable.
Assis à son bureau, Nathanaël fixait l’écran où s’affichait le profil de Martin Verneuil. Élise Carminati avait compilé le dossier en urgence : cinquante-six ans au moment de sa disparition, élu régional sans étiquette, vice-président de la commission Agriculture et Forêt. Une photo d’identité judiciaire montrait un homme trapu, la barbe poivre et sel taillée court, le regard bleu acier sous une casquette de chasse. Un anti-loup forcené. En 2021-2022, il multipliait les tribunes, les manifestations à Mende, les posts rageurs sur les réseaux : « Les loups tuent nos brebis, l’État protège les prédateurs au détriment des éleveurs ! ». Le genre de discours qui lui avait valu de solides inimitiés… et peut-être bien plus.
Élise posa une liasse sur le bureau.
— Regardez la suite, patron. Pas seulement un militant bruyant. Soupçons de détournement de subventions européennes anti‑loups. Clôtures électriques, chiens patous, indemnités pour pertes de bétail… Cent cinquante mille euros versés en 2021‑2022. La chambre régionale des comptes a flairé l’odeur : quarante pour cent envolés sur des factures bidon. Une société écran, Ruralité Protégée SARL, au nom de Verneuil. Dissoute fin août 2022, juste avant qu’il disparaisse.
Nora Vernay entra sans frapper, une tablette à la main.
— Et financièrement, ça pue. Août 2022 : retraits en cash progressifs, 88 000 euros en petites coupures sur plusieurs semaines. Discret, presque professionnel. Son opérateur a confirmé : dernier signal GPS le 15 septembre 2022, à deux kilomètres de l’aven. Le téléphone s’éteint ensuite. Plus rien.
Julien Morel, adossé au mur, croisa les bras.
— Ça colle trop bien. Âge, date, contexte. La balle en argent ? Symbolique pour un chasseur anti‑loup. Et l’ADN canin sur les os… il avait des pointers et des braques. Un poil, une salive de chien de chasse ?
Nathanaël se massa les tempes.
— On priorise Verneuil. Si c’est bien l’assassin de l’inconnu de l’aven, il nous mènera à la victime. Élise, demande au juge Cerf une réquisition pour les données historiques de géolocalisation détaillées et les fadettes. Nora, contacte l’opérateur pour confirmer la dernière borne. Julien, prépare une demande de fouille élargie. Si le téléphone est quelque part dans les parages, Monsieur le sentira.
La juge Claire Cerf répondit par retour de mail en fin d’après-midi : réquisition accordée, mais « pas de battue médiatisée, restez discrets ». L’équipe passa la soirée à cartographier un rayon de deux kilomètres autour de l’aven : sentiers, fossés, clairières, zones de parking sauvages.

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