Chapitre 5

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Samedi 15 novembre 2025

Ce matin, un soleil blafard peinait à percer les nuages. Duffort alluma sa lampe et ouvrit son ordinateur. Un mail portant la mention confidentielle s’afficha : rapport signé par le lieutenant-colonel Hélène Sarment, daté du 14 novembre 2025. Objet : Analyse génétique – Ossements Lozère.

Les mots étaient cliniques, telles des incisions dans la chair : ADN humain dégradé, homme de 40 à 50 ans. Puis l’impensable. Des séquences génétiques modifiées via CRISPR‑Cas9, ciblant le gène MC1R (pigmentation, pilosité), PER2 (rythmes circadiens), MAOA (agressivité). Une note glaçante : modifications non naturelles, intégration de séquences canines (Canis lupus) dans des zones régulatrices. Hypothèse : expérimentation clandestine, fusion génétique homme‑loup, post‑2012.

Nathanaël relut deux fois. Un cobaye transformé en hybride ? La balle en argent prenait soudain un sens terrifiant : pas une légende folklorique, mais une mise à mort rituelle d’une créature que l’on croyait impossible.

Il attrapa son portable, composa le numéro d’Hélène Sarment, lieutenant‑colonel au Pôle judiciaire de Cergy‑Pontoise, supervisant l’IRCGN et le Service central de renseignement criminel.

— Sarment, répondit une voix froide, chirurgicale.

Nathanaël déglutit.

— Capitaine Duffort, gendarmerie de Pont‑de‑Montvert. Je viens de lire votre rapport… Des gènes de loup insérés dans un humain. C’est sérieux ?

Un soupir siffla dans le haut‑parleur.

— Duffort, vous saisissez l’idée générale, mais c’est hors de votre portée. Les séquences canines modifient l’expression génique humaine. Ce n’est pas une mutation naturelle, mais une intervention précise. CRISPR, post‑2012. Cette affaire exige une expertise scientifique, pas des gendarmes de campagne.

Nathanaël serra le combiné, ses phalanges craquèrent.

— Sauf votre respect, lieutenant‑colonel, mon équipe est sur le terrain depuis le début. Si Verneuil est l’assassin, il faut qu’on le retrouve pour identifier sa victime. Vous ne pouvez pas nous dessaisir comme ça.

Un rire sec, presque métallique.

— Ne le prenez pas mal, capitaine, mais j’ai besoin de généticiens, pas de chiens pisteurs. Dernier point : ce dossier ultrasensible ne doit pas fuiter dans la presse. C’est clair ? Bonne journée.

Le bip claqua comme une gifle. Nathanaël resta figé, la colère bouillonnant dans ses veines. Hélène Sarment venait de balayer son enquête d’un revers de main. Elle n’avait même pas évoqué la balle en argent qui collait si parfaitement à ce profil génétiquement modifié.

Il se connecta aux réseaux académiques, chercha à percer l’énigme de cette femme. Profil LinkedIn, ResearchGate : Hélène Sarment, 50 ans, allure soignée, un sosie de Faye Dunaway avec des yeux d’acier. Doctorat en biologie à 30 ans, pionnière en thérapie génique CRISPR‑Cas9 pour les maladies pulmonaires. Un article de 2018 sur Bioéthique & Société, la décrivait comme une figure incontournable, créatrice d’une association pour son fils Lucas, atteint de mucoviscidose.

Un clic sur le nom de Lucas Sarment afficha une rubrique nécrologique. Décédé en septembre 2019, à la veille de ses 15 ans, d’une mucoviscidose foudroyante. Après cela, virage brutal : en 2020, elle quittait la recherche académique pour intégrer la gendarmerie scientifique. Mission officielle : traquer les violations bioéthiques, valider les analyses ADN, superviser les prélèvements. Dotée d’une rigueur implacable, elle rabaissait les subordonnés, qu'elle jugeait moins pointus.

Nathanaël devinait une autre chasse : celle des monstres bioéthiques, ceux qui jouaient aux dieux avec des ciseaux génétiques. Mais pourquoi vouloir l’écarter, lui ? Pistait‑elle l’auteur des manipulations ? Ou protégeait‑elle un secret plus sombre, tapi dans les ombres de son propre passé ?

Un aboiement de Monsieur brisa ses pensées. Son chien grattait la porte. Dehors, la nuit était tombée, la lune aux trois quarts pleine jetait une lueur argentée sur les pins. Un Grand‑Duc, aigrettes dressées, se posa sur un chêne, ses pupilles phosphorescentes clignant vers Nathanaël et son chien. Puis l’oiseau plongea, un glapissement aigu déchira la brume.

Nathanaël tira sur la laisse de Monsieur, un frisson le glaça jusqu’au sang. Il claqua la porte du bureau.

Vingt heures. Il bâilla, les yeux brûlants, et replongea dans ses recherches. La forêt murmurait. Et Nathanaël pensa à Léa. Sans ce coup de foudre par ciel bleu, ils seraient encore ensemble, enlacés au coin du feu.

Mais il n’y avait plus de feu. Seulement une piste froide qui menait à un tueur, et peut‑être à un monstre.

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