Chapitre 1 - Le village et la mer - 4

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Un dimanche, le village s’habilla de fête. Les cloches sonnèrent dès l’aube, résonnant jusque dans les falaises. Les enfants, encore ensommeillés, se laissèrent entraîner par Elisa vers la place principale. On avait décoré les ruelles de guirlandes de papier coloré, et une odeur de friture et de vin nouveau flottait déjà dans l’air.

Valentina se montra distante, les bras croisés, refusant de sourire aux voisins qui la complimentaient sur sa taille ou ses yeux. Gabriele, lui, s’émerveillait de tout : la fanfare qui s’accordait, les étals chargés de sucreries, les bateaux au port ornés de rubans.

À midi, une procession partit du port. Des barques fleuries portaient la statue d’un saint, accompagnées de chants lents. Les bougies posées sur l’eau formaient une rivière de lumière.

Elisa regardait en silence. Ses yeux se perdirent vers l’horizon, comme si elle espérait voir surgir une silhouette parmi les flammes tremblantes. Valentina détourna la tête avec brusquerie. Gabriele, lui, resta immobile, hypnotisé par cette mer éclairée. Il crut entendre une voix se mêler aux chants : grave, familière, comme un murmure qui venait de loin.

Les jours suivants reprirent leur rythme. Andrea répara une chaise cassée, puis un volet, puis un filet qu’un voisin lui avait confié. Chaque fois, il s’efforçait d’obtenir un mot de Valentina. Elle se contentait de hausser les épaules.

Un soir, il apporta un petit cerf-volant qu’il avait construit.

— Pour Gabriele, dit-il, mais vous pouvez le faire voler ensemble.

Le garçon sourit, ravi. Sa sœur le fusilla du regard. Pourtant, quand le vent se leva et que le cerf-volant s’éleva dans le ciel, Valentina ne put s’empêcher de courir à côté de son frère, ses rires se mêlant aux siens malgré elle. Andrea, en retrait, les regardait, un sourire triste au coin des lèvres.

Un soir d’été, un orage éclata. La pluie tombait en rideaux, le tonnerre grondait si fort que les vitres vibraient. Les enfants s’assirent sur le balcon, malgré les interdictions. Ils voulaient voir la mer déchaînée.

Les éclairs illuminaient l’horizon d’un blanc aveuglant. Gabriele, fasciné, chuchota :

— Tu crois qu’il est là-bas ?

Valentina, crispée, répondit sèchement :

— Il n’est plus nulle part.

Mais en elle, une autre voix murmurait : Et s’il nous regardait encore, caché derrière la tempête ?

La vieille Lidia passa les voir le lendemain. Elle riait comme toujours, mais ses yeux brillaient d’une sagesse étrange.

— Les tempêtes réveillent la mémoire, dit-elle. Parfois, on croit que tout est détruit, mais elles laissent derrière elles une lumière neuve.

Valentina roula des yeux. Gabriele, au contraire, s’accrocha à ses mots.

Cette nuit-là, il rêva de son père. Il le voyait debout sur un bateau, le regard tourné vers l’horizon, la main levée comme pour dire avance. Le rêve se brouilla, mais Gabriele se réveilla avec une conviction : la mer lui préparait un signe.

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