Dans une autre vie...

8 minutes de lecture

Bonjour à toutes et tous,

Je parviens enfin à retrouver ma plume, après une traversée du désert faite de peur de la page blanche et de péripéties professionnelles.

J'avais imaginé cette fin alternative.

Je vous la soumets aujourd'hui, puis je reprendrai le cours de l'histoire officielle.

Bonne lecture à vous !

Faisant volte-face, elle se retourna vers le placard pour y chercher quelque chose. La fébrilité de sa main sur les étagères me confirmait qu'elle était troublée de se retrouver ainsi seule avec moi. La légère nuance de rose qui rehaussait sa pâle carnation m'avait déjà mis la puce à l'oreille.
Emu par une sensation agréable, mon regard se promenait involontairement le long de sa chevelure qui cascadait de ses épaules à sa taille fine en volutes mordorées, longeait le tissu vaporeux de sa robe estivale jusqu'à la naissance des cuisses diaphanes, dont le toucher velouté m'était si familier.
D'ordinaire, j'aurais relevé sans ménagement sa jupe pour la prendre sauvagement, mais tout avait changé entre nous depuis ce temps révolu.
Malgré ce bouleversement, j'avais toujours autant envie d'elle, non bien plus qu'alors, car je m'étais contenu jusqu'à maintenant car je ne voulais plus la blesser.
Mais le désir était là, plus fort que jamais, je brûlais de sentir sous mes doigts ses formes délicates. À ce souvenir, ma queue se tendit douloureusement dans mon pantalon.
Un besoin pressant obscurcissait de plus en plus mon esprit. Il fallait que je la possède, là, maintenant.
Mais après toutes les épreuves qu'elle avait traversées, voudrait-elle de moi ?
De plus, j'étais certain qu'elle avait perçu la barrière que j'avais érigée entre elle et moi. De sentiments, il ne pouvait être question. Je réservais mon coeur à celle que j'épouserai, une jeune fille pure comme le voulait la tradition méditerranéenne, digne de porter mes enfants. Une brune pulpeuse, aux hanches voluptueuses, telle que je me l'étais toujours imaginée.
Je tentai de chasser les pensées importunes qui recommençaient à me submerger et détournai le regard de cette tentatrice à visage d'ange.
— Tu veux quelque chose avec ton café ? J'ai des cornetti, si tu veux, suggéra-t-elle alors, d'une voix légèrement hésitante.
Le timbre un peu gamin, presque ingénu, me rappela aux grands yeux qui m'interrogeaient eux aussi. La bouche étroite contorsionnait ses lèvres charnues dans l'attente de ma réponse, légèrement humides, entrouvertes, satinées, prêtes pour le baiser...
C'en était trop pour moi, il fallait que je la possède, tout de suite, sur-le-champ, là et maintenant.
Mon bras s'élança de lui-même vers la taille menue et s'y enroula assez brusquement pour l'amener contre moi.
Sa gorge se souleva d'un hoquet sous le choc, je devais lui faire l'impression d'un rugbyman en plein plaquage. Il fallait que je me réfrène, plus question de la prendre à la hussarde comme je le faisais auparavant.
— Est-ce que tu veux ? Je balbutiai presque, les mots se formaient difficilement, comme entravés par une timidité inaccoutumée.
C'était vraiment nul comme entrée en matière et comme demande. Je détournai les yeux lâchement pour fuir sa réaction. Elle était toujours blottie contre ma poitrine, la sienne se soulevait rapidement mais aucun son n'en sortait. Après un long et pesant silence, contre toute attente, sa main se posa doucement sur la mienne...
— Oui, je veux bien, répondit-elle simplement.
Elle ne m'avait pas repoussé ! Que faire maintenant ? Comment m'y prendre ? Je retrouvais les embarras du collégien maladroit que j'avais été il y a si longtemps.
Face à moi, elle baissait la tête, certainement dans l'attente que je prenne l'initiative, n'esquissant pas même un geste. Pourtant un tremblement fugace des épaules m'indiqua qu'elle était peut-être aussi fébrile que moi.
Les muscles de mon bras droit se crispèrent d'un coup et je saisissais sa main pour la conduire dans la chambre adjacente. Mes doigts serrèrent doucement les siens, mais ceux-ci me semblaient inconsistants, légers comme une plume au creux de ma patte d'ours.
Elle arriva à ma suite près de son lit, seul ameublement au beau milieu des piles de livres qui étaient le seul ornement de sa chambre d'étudiante.
Le moment était venu. Je fis volte-face en me contraignant à retenir la rudesse accoutumée de mes gestes.
Afin de ne pas me laisser à nouveau arrêter par la perplexité, je tendis les mains vers elle, et laissait celles-ci prendre le contrôle. Happées par la douceur de la chevelure mordorée, elles longèrent le cou, jusqu'au contact duveteux des épaules qu'elles libérèrent des bretelles de la robe.
Le tissu vaporeux glissa lentement à terre, s'attardant à virevolter le long des minces courbes, les dévoilant.
Mes dents grincèrent douloureusement quand les cicatrices apparurent sur la peau laiteuse, défigurant sauvagement ce tableau à la Botticelli.
Flavia contemplait plus que jamais le sol, les membres raidis, et je devinai sans mal qu'elle était horriblement mal à l'aise par le spectacle tourmenté qu'elle offrait désormais.
Je m'approchais donc d'elle pour lui susurrer à l'oreille.
— Si tu le veux, allonge-toi suggérai-je.
En même temps, je réalisai que cette proposition risquait d'accroître son malaise, et de fait, elle obtempéra mais détourna les yeux de moi pour échapper à l'examen brûlant auquel je savais la soumettre.
Et en effet, mon désir atteignait des sommets en ce moment, la voir ainsi dans son plus simple appareil, offerte à mes envies, m'oppressait, et infligeait un étau féroce à mes tempes et à mon caleçon.
Il fallut faire appel à tout mon contrôle pour me défaire de ma chemise, et de mon ceinturon, que je jetais d'un geste presque rageur par terre.
En une fraction de seconde, j'étais nu et prêt à fondre sur ma proie. Une proie tremblante mais que je me devais de réconforter. Ce ne pouvait être un coït animal comme ceux que je lui avais imposés.
Cette fois, je lui ferais l'amour, certes sans toucher ses lèvres - je réservais cette communion singulière à ma seule femme devant Dieu et les hommes , j'en avais fait le serment - mais en l'entourant des égards et de la tendresse que tous lui avaient refusés.
Comment d'ailleurs, tous ces salauds, dont j'avais fait partie, avaient pu lui faire autant de mal ? Comment avais-je pu le faire moi-même ?
Je secouai la tête, le front en feu et m'approchai précautionneusement d'elle.
Le coton des draps était frais à ses côtés, il calma fugacement mes ardeurs mais l'odeur de son corps délicat me fit flancher à nouveau. Mes lèvres recherchèrent le creux de sa nuque, et s'enivrèrent d'emblée de la suavité qui émanait de tout son être.
Après avoir suivi les clavicules, elles se perdirent sur les petits renflements des seins. Sous les mamelons rosés, elles étaient là, les lacérations, plus blanches encore que sa carnation d'opale.
Je le résolus. Par mes baisers, je les ferai disparaître. Un soupir vibrant déchira le silence qui nous enveloppait de son indifférence protectrice.
Comprenait-elle que je voulais ainsi guérir ses blessures ? Ma langue humidifiait lentement la pointe des tétons qui se durcit peu à peu. Elle prenait du plaisir, elle me le communiquait de la sorte et cela me remplissait de fierté dans un mouvement irrépressible.
Mais mon désir croissait encore, si cela était possible, et ma langue se dirigea d'elle-même vers le sillon ombilical, mu par une irrésistible attirance pour les sortilèges du Sud. Avant même que d'y arriver, mes doigts la délivrèrent du dernier bout de satin qui faisait obstacle à la pleine possession que je voulais d'elle.
Son mont de Vénus se dessina sous mon regard avide, couronné de son nuage blond, j'y portais bientôt mes lèvres affamées, malgré les marques que la sauvagerie des hommes y avait imprimées. Sa respiration se suspendit alors que je happais ses collines charnues pour découvrir son bouton bombé et brillant. Elle était sucrée ! Le goût d'une femme a toujours eu une grande importance pour moi, c'était un détail auquel j'étais particulièrement sensible et jamais je n'avais dégusté une telle saveur.
Je fus tiré de ces considérations quasi gastronomiques par un spasme qui agita subitement le ventre de ma beauté pâmée.
Il était temps. Lentement, je remontais la douce plaine menant au plexus, laissant sur le passage un sillage de baisers enflammés. Avant de m'engager plus avant, je déposai à nouveau sur les mamelons un dernier hommage.
Pendant ce temps, elle me fixait entre ses paupières entrouvertes, je le jurerais. Elle attendait plus, c'était évident.
Nous touchions enfin au but, mais était-ce le même pour nous deux ?
Toujours est-il que j'empoignai mon membre au paroxysme de la tension pour enfin sentir sa chaleur moite et ne faire plus qu'un avec elle. Un dernier aller-retour sur ses lèvres humides pour faciliter le passage et je m'engouffrai presque sans aménité dans l'étroit sentier.
Ha cette étroitesse ! Elle m'étreignait si délicieusement que j'aurais pu en jouir immédiatement !
Retenant ma respiration pour ne pas succomber tout de suite, j'amorçais les va-et-vient dans cette exquise et moelleuse gangue, mais il était vain de croire que je pourrais me contenir davantage.
Mes reins prirent le contrôle et entamèrent une danse endiablée au rythme des exhalations de ma belle. Je le réalisai alors: je croyais la posséder mais c'était le désir de la combler qui me possédait et j'étais tout entier suspendu à ses tressaillements. Mon corps obéissait aux réactions du sien, il était mu uniquement par le plaisir que j'espérais lui donner.
J'ouvris les yeux pour interroger les siens et les battements erratiques de ses cils me confirmèrent que j'étais sur la bonne voie.
J'intensifiai donc mes efforts et la martelai avec les forces qui me restaient. Une pensée traversa mon esprit: y allais-je trop fort ? Mais un râle subreptice chassa cette idée : je pourrais bientôt lui offrir l'extase.
Mon aine claquait maintenant contre la sienne en un chevauchement passionné, et je serrai les poings pour convoquer ma dernière énergie. À ce moment précis, son corps s'arqua sous le mien, et de délicieuses convulsions m'arrachèrent à mon tour une jouissance bestiale, irréelle...
Je le savais depuis le début, son plaisir était le mien, même quand je la prenais sans ménagement, je ne pouvais atteindre l'orgasme que quand elle y parvenait elle-même.
Je m'abandonnais entièrement à cette délicieuse ivresse des sens qui débordait, me semblait-il, en des territoires inconnus.
Sous mon corps, le sien retrouvait insensiblement la sérénité. La tension s'évanouissait, pour moi aussi, j'aurais pu m'effondrer sur elle si je ne prenais pas garde à ne pas l'écraser sous mon poids.
Mon instinct me prévint alors que quelque chose se passait.
Avec difficulté je m'arrachai à cette agréable torpeur qui me berçait. Les pupilles dilatées me pétrifièrent. Elle en voulait plus, son regard me criait qu'elle avait besoin d'amour. C'était son âme qu'elle m'offrait, c'était mon âme qu'elle réclamait sur-le-champ.
La seule chose que je ne pouvais lui donner. Je m'affaissai d'impuissance à ses côtés, déchiré par la cruauté indicible que je lui infligeais à nouveau.
Pourquoi ne pouvais-je lui donner cela d'ailleurs ?
Mais un son presque imperceptible, une gorge qui se serrait, me tira de la contemplation du plafond.
J'avais failli, le léger courant d'air froid qu'elle souleva en s'en allant me le confirma.














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