Chapitre 1 – Naissance et jeunesse
Je pense que vous êtes désormais au parfum : la naissance et la jeunesse des figures historiques offrent souvent un désert documentaire aussi accueillant qu’un paysage martien. Encore que sur Mars, au moins, on y croise quelques robots.
Concernant notre cher Enrico, on murmure une date de dies natalis aux alentours de l’an 1107.
Quant à sa famille… les documents demeurent d’une imprécision tout à fait admirable. Un certain Vitale Dandolo est parfois évoqué comme son père. Pour sa mère, en revanche : rien. Pas une ligne. Pas une note. Pas même un vague gribouillage de moine insomniaque au fond d’une archive humide.
Voilà qui est commode.
Faut-il alors imaginer Enrico apparu spontanément dans les brumes de la lagune ?
Ou né, comme Athéna, du crâne de son père ?
À moins qu’il ne s’agisse d’un procédé vénitien de clonage marchand particulièrement avancé pour le XIIe siècle.
Je doute toutefois que l’autofécondation fût alors plus répandue qu’aujourd’hui, même chez les très riches.
Supposons-lui donc une éducation propre aux élites marchandes vénitiennes : affaires, diplomatie, politique et négociations diverses avec des gens suffisamment fortunés pour sourire tout en préparant votre ruine.
Car si Venise demeure modeste en superficie, ses coffres, eux, débordent.
Et lorsqu’une cité flottante entend survivre au milieu de voisins ambitieux, de pirates, d’empires et de royaumes querelleurs, il existe parfois une arme plus puissante encore que les armées : l’or.
Enrico apprit sans doute très tôt à manier ce levier avec toute la délicatesse vénitienne, c’est-à-dire élégamment… mais sans jamais oublier de présenter la facture.

Annotations