Chapitre 5 – En bisPise
Passons désormais à quelques conflits de l’époque. Les plus notables… ou, à tout le moins, ceux que je consens à vous raconter, ce qui revient sensiblement au même.
Car oui, si Venise ne manque point d’or, elle accumule également quantité de rivaux maritimes plus ou moins irritants. Et parmi eux figure Pise, autre république marchande persuadée que la Méditerranée lui appartient de droit divin.
Le problème est que Venise nourrit exactement la même conviction.
Fort heureusement — ou malheureusement selon les ports incendiés — la Sérénissime entretient aussi un vaste réseau d’alliances et de traités.
Durant le dogat d’Enrico Dandolo, des accords sont ainsi conclus avec Vérone et Trévise en 1192, avec l’Empire byzantin en 1199, le patriarche d’Aquilée en 1200, puis avec le roi d’Arménie et l’empereur germanique en 1201.
Autrement dit : Venise commerce avec tout le monde… tout en préparant discrètement ses prochains désaccords diplomatiques.
Car la cité lagunaire considère l’Adriatique comme sa chasse gardée. Or Pise, enhardie par ses ambitions commerciales, commence à s’y immiscer avec une délicatesse toute relative : soutien à certaines villes rebelles de Dalmatie, accords concurrents, attaques contre des convois et blocus maritimes.
Venise goûta fort peu cette initiative.
La guerre éclata donc en 1199.
Et cette fois, la victoire revint à la Sérénissime, qui imposa à Pise l’abandon d’une partie de ses ambitions adriatiques.
Comme quoi, dans ces eaux-là, mieux valait éviter de contrarier des marchands disposant à la fois d’une flotte… et d’une comptabilité particulièrement vindicative.

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