Chapitre 7 – Réformes internes
Bien. Après toutes ces guerres, tensions diplomatiques, querelles maritimes et autres joyeusetés méditerranéennes, préférons un instant nous intéresser à un aspect moins sanguinaire — quoique tout aussi vénitien — du dogat d’Enrico Dandolo : l’administration.
Oui, je sais.
Essayez malgré tout de rester éveillés.
Les sources divergent encore sur plusieurs points, mais il est généralement admis que le gouvernement de Dandolo correspond à une phase importante de formalisation du droit coutumier vénitien.
Disons que son dogat se situe à un moment charnière où Venise commence à mettre davantage par écrit ses usages juridiques, ses procédures et ses règles de gouvernement — travail qui se poursuivra bien après sa mort.
Car une oligarchie marchande aime deux choses par-dessus tout :
l’argent…
et les documents expliquant précisément à qui appartient l’argent.
La réforme monétaire, en revanche, est beaucoup plus clairement associée au gouvernement de Dandolo. Les études numismatiques situent généralement la création du grosso durant l’hiver 1193-1194.
Cette importante pièce d’argent, conçue pour soutenir les échanges commerciaux avec l’Orient, accompagne alors l’expansion économique de Venise.
Nuance utile toutefois : il ne s’agit pas d’un geste solitaire improvisé par un nonagénaire quasi aveugle frappant des pièces à la chandelle au fond d’un atelier humide.
Les chroniqueurs aiment les héros monétaires.
Les institutions, elles, préfèrent les procédures.
Le grosso demeure néanmoins un remarquable objet historique : on y retrouve à la fois le pouvoir ducal, saint Marc et cette obsession vénitienne du commerce qui finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par revenir sur la table.

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