Chapitre 9 – Le vieux doge d’Orient
Après cette fameuse croisade qui permit à Venise de s’emparer de modestes territoires byzantins, Enrico Dandolo demeure à Constantinople.
Et c’est ici que l’affaire devient particulièrement étrange.
Car notre vieux doge cesse peu à peu d’être seulement un dirigeant vénitien. Le voilà désormais plongé dans cette nouvelle Romanie latine bricolée sur les ruines de Byzance, au milieu des croisés, des marchands, des nobles occidentaux fraîchement enrichis et des ambitions contradictoires de tout ce petit monde.
Les intérêts de Venise, ceux des patriciens installés en Orient et ceux du nouvel Empire latin ne coïncident déjà plus tout à fait.
Autrement dit : chacun commence discrètement à vouloir sa part du gâteau impérial.
Dandolo lui-même devient alors une figure presque ambiguë. Toujours doge de Venise, certes… mais également acteur d’une domination quasi seigneuriale sur d’anciens territoires byzantins.
La Sérénissime, qui prétendait surtout transporter des croisés, se retrouve désormais avec un empire commercial oriental entre les mains.
Ce qui dépasse légèrement le simple contrat maritime.
Enrico Dandolo meurt finalement à Constantinople en 1205.
Comme souvent avec les personnages médiévaux, la date exacte demeure floue. Certaines traditions évoquent le 14 juin 1205, tandis que d’autres sources, plus prudentes, situent simplement sa mort entre mai et juin de cette même année.
Il est enterré à Sainte-Sophie.
Et il faut reconnaître qu’il existe quelque chose d’assez ironique dans le destin de ce vieil homme presque aveugle, parti de la lagune vénitienne pour finir enseveli au cœur même de Constantinople, cette cité que les croisés étaient théoriquement censés protéger… avant de la piller avec méthode.

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